Parc automobile national : « Nous sommes en train de réfléchir sur les mesures pour limiter l’âge des véhicules à importer », Issiaka Sigué, directeur général du Transport terrestre et maritime

lundi 22 septembre 2014 à 00h34min

Le Burkina Faso, de par sa position de pays enclavé, dépend fortement des pays limitrophes portuaires pour son commerce intérieur et extérieur. Face à une telle réalité, disposer d’un parc automobile de transport performant devient un impératif pour une économie nationale qui se veut encore plus dynamique. Or, le constat est que le parc automobile national se caractérise par sa vétusté.

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Parc automobile national : « Nous sommes en train de réfléchir sur les mesures pour limiter l’âge des véhicules à importer », Issiaka Sigué, directeur général du Transport terrestre et maritime

C’est, certainement, ce qui a motivé le gouvernement a initié, en 2012, une « opération » de renouvellement du parc par une exonération, à titre exceptionnel, du droit de douane et de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour l’importation non seulement de véhicules de transport de marchandises mais également de véhicules à usage de taxis. Dans cet entretien, le premier responsable de la direction générale du Transport terrestre et maritime (DGTTM), Issiaka Sigué, nous livre le bilan de cette opération et dévoile, par ailleurs, les chantiers en cours dans sa structure pour répondre aux besoins des usagers et de l’économie nationale.

Lefaso.net : Quel bilan peut-on faire de l’opération d’importation de véhicules de transport de marchandises et d’usage de taxis, lancée en 2012 ?

Issiaka Sigué : Il avait éffectivement été lancé, courant 2012, un programme de renouvellement du parc. En fait, il s’agit du parc de véhicules de transport public de marchandises et d’hydrocarbures, mais aussi de taxis pour le transport urbain. Alors, le gouvernement avait autorisé l’importation, en franchise du droit de douane et de TVA, de 200 ensembles articulés pour le transport des hydrocarbures, 400 ensembles articulés pour le transport de marchandises et 300 pour les taxis. A ce jour, la situation se présente comme suit : pour ce qui est des véhicules de transport d’hydrocarbures, nous avons importé 200 véhicules sur les 200 qui étaient autorisés ; pour les véhicules de transport de marchandises, à la clôture, il y avait seulement 52 sur 400. Mais, il se trouve que certains opérateurs avaient nos attestations d’importation et ils avaient engagé la procédure mais, comme il y a non seulement les négociations bancaires qu’il faut mener (il faut faire les commandes, faire la fabrication, les acheminer jusqu’ici), ces derniers sont arrivés juste quelque temps après la clôture. Au regard de cela, ils ont bénéficié, à titre exceptionnel, d’une faveur pour être pris en compte par la mesure (étant entendu qu’ils s’étaient engagés là-dedans parce qu’il y avait cette faveur qui était accordée). Il est donc attendu dans ce cadre-là, environ 290 véhicules, plus les 52 qui étaient entrés, cela donne environ 342 sur les 400. Donc, en résumé, on a, de manière effective, les 200 véhicules sur 200 pour ce qui est des hydrocarbures, 342 sur 400 pour ce qui est des véhicules de transport de marchandises. Là où l’opération n’a pas marché du tout, c’est au niveau des taxis. Le gouvernement offrait la possibilité pour l’importation en franchise de droits de douane et de TVA, 300 véhicules neufs à usage de taxis. A l’arrivée, nous avons eu seulement 25, et ce sont ces taxis jaunes que vous voyez circuler en ville.

Lefaso.net : Quel était l’objectif poursuivi à travers cette opération ?

Issiaka Sigué : L’objectif était de venir en appui aux transporteurs, qui en avaient fait la demande au gouvernement lors de plusieurs rencontres gouvernement-secteur privé à Bobo-Dioulasso. Le gouvernement avait pris l’engagement de faire quelque chose, et ce quelque chose, c’était de souffrir ses droits de douane et de TVA pour l’importation de véhicules. Il faut dire aussi que la mesure venait comme celle d’accompagnement en application du règlement N°14 de l’espace communautaire sur les charges à l’essieu des véhicules. (Il s’agit du règlement relatif à l’harmonisation des normes et des procédures du contrôle du gabarit, du poids, et de la charge à l’essieu des véhicules lourds de transport de marchandises dans les Etats-membres de l’UEMOA, signé à Bamako en décembre 2005, ndlr). Donc, pour permettre la pleine application de ce règlement, il fallait aider les transporteurs à renouveler en partie leur parc. Le parc est, actuellement, au Burkina, très vieux. Pour les véhicules de transport de marchandises, on est à une moyenne de 22 ans d’âge ; ce qui n’est pas très bon pour des questions sécuritaires.

Lefaso.net : Comment expliquez-vous l’échec au niveau des taxis ?

Issiaka Sigué : Il faut dire que les opérateurs de taxis, initialement, avaient souhaité faire entrer des véhicules d’occasion ; ce que nous n’avions pas accepté parce que l’un des objectifs, c’est de rajeunir le parc. Alors, on ne peut pas parler de rajeunissement en faisant venir encore des véhicules d’occasion. Vous savez que le taxi, c’est quand même la vitrine d’un pays ; un étranger, quand il entre, son premier contact, c’est le taxi. Donc, nous avions la prétention, à travers cette opération, de faire en sorte, non seulement, que les gens puissent acheter des véhicules mais aussi, que les usagers puissent être transportés dans de très bonnes conditions. Il y avait donc ce problème de départ. Nous avons fini par nous accorder dessus avec les syndicats mais, à l’arrivée, ils se sont trouvés confrontés à des problèmes de financement. Je crois qu’ils ont eu des difficultés avec les banques, parce que, certainement, l’on s’est dit qu’avec la concurrence des deux roues, ça ne va pas marcher. La troisième raison, c’est que certains avaient estimé que les taxes du droit de douane, la suppression du droit de douane et de la TVA n’était pas suffisante et qu’il fallait véritablement que l’Etat achète les voitures, qu’on les mette à leur disposition, ils vont exploiter et payer. Ce qui n’était pas possible. Je crois qu’il y a eu des expériences dans ce sens qui se sont passées dans les années 90 et qui n’ont pas été très heureuses. Voilà, un peu, ce qui a fait que du côté des taxis, l’opération n’a pas eu les résultats escomptés.

Lefaso.net : Mais de façon générale, quel est l’état qu’on peut faire du parc automobile national ?

Issiaka Sigué : L’état du parc est caractérisé par sa vieillesse. Lorsque vous regardez au niveau de nos immatriculations, la moyenne des véhicules neufs que nous immatriculons, c’est moins de 10 %. Tout le reste, ce sont des véhicules de seconde main. Ça va de 3 ans d’âge jusqu’à pratiquement 22 ans d’âge. Alors, vous comprenez, dans ces conditions, si vous ajoutez à cela l’état de certaines de nos infrastructures routières à l’interne, l’amortissement des véhicules est vite arrivé. Voilà globalement comment notre parc se présente et il va falloir qu’on soit donc plus regardant sur ça, sinon on va continuer d’avoir un parc vieillissant avec tout ce que cela pose comme problèmes de sécurité routière.

Lefaso.net : Etre plus regardant... Est-ce dire qu’on peut s’attendre encore à d’autres mesures de ce genre ou similaires dans la même dynamique du renouvellement ?

Issiaka Sigué : Oui, nous sommes en train de réfléchir à la proposition pour voir dans quelle mesure limiter l’âge des véhicules à importer. On est même en retard par rapport à beaucoup de pays autour de nous qui ont déjà instauré des mesures similaires (le Ghana, la Côte d’ivoire, même la Guinée et, tout récemment, le Gabon) pour éviter que leur pays ne soit des dépotoirs de véhicules dits « France au revoir ».
C’est un domaine assez délicat parce que, lorsque vous regardez le pouvoir d’achat du Burkinabè, on se dit qu’il ne peut pas acheter de véhicule neuf. Mais, nous ne pouvons pas ne regarder que ça. Ce que nous devons regarder, c’est, en fait, notre sécurité à nous. Vous savez que ces vieux véhicules sont polluants et, compte tenu de leur état technique, quand ils entrent, ils ne tiennent pas longtemps la route et sont sources d’accidents. Nous n’allons pas continuer à s’offrir cela ; il faudrait que, courageusement, on regarde les choses et faire des propositions à nos hiérarchies respectives afin qu’à l’image d’autres pays, on puisse remettre un peu plus d’ordre à ce niveau.

Autre grand projet que nous avons, c’est la sécurisation de nos outils de transport. Sécurisation, pourquoi ? Il s’agit de voir dans quelle mesure nous allons désormais produire des documents de transport sécurisés (cartes grises et des permis de conduire). Aujourd’hui, les cartes grises (étant entendu que c’est fait sur du papier, avec le développement des TIC) font l’objet d’imitation. Il y a beaucoup de fausses cartes grises qui circulent et cela pose des problèmes, non seulement d’évasion de recettes (parce qu’une fausse carte grise veut dire que le véhicule ou la moto n’a pas été régulièrement mise à la consommation et à la circulation) mais encore, plus grave, des questions sécuritaires. Lorsque vous avez quelqu’un qui circule avec une fausse carte grise (donc, forcément une fausse plaque), si cette personne commet un forfait, on ne peut pas la retrouver. Puisqu’elle n’est répertoriée dans aucune base de données et cela pose des problèmes de sécurité. Idem, lorsque vous avez quelqu’un qui circule avec un faux permis, c’est-à-dire un permis qui n’a pas été régulièrement délivré, il est un danger, et pour lui et pour les autres usagers. C’est pourquoi voulons-nous changer le format de ces deux documents (carte grise et permis de conduire, ndlr) pour délivrer des documents miniaturisés, à l’image des cartes de crédits, beaucoup plus difficiles à imiter.

Lefaso.net : On voit qu’au sein de la direction générale également, vous avez entrepris une sorte de réorganisation, notamment en ce qui concerne les intermédiaires devant les guichets …

Issiaka Sigué : Alors, disons qu’à ce niveau, nous avons quelques difficultés avec certains intermédiaires, sinon, disons tous les intermédiaires. Pour procéder à l’immatriculation d’un engin, nous, nous sommes en bout de piste, en fait. C’est-à-dire que les pièces à fournir pour l’immatriculation commencent depuis l’entrée du véhicule, de la moto : il faut le dédouaner, c’est-à-dire le mettre à la consommation ; avant cela, il faut avoir fait la visite technique, il faut, si c’est un vieux véhicule, faire l’expertise, ensuite, il faut faire faire l’Interpol pour s’assurer que le véhicule n’a pas fait l’objet d’un vol, chercher les timbres fiscaux ainsi de suite. Tout ça se fait en dehors de la DGTTM. Tout le monde n’a pas le temps pour faire ces courses. Certains s’en remettent donc à des démarcheurs. Tant que c’est pour aider les gens, il n’y a pas de problème. Mais, il se trouve qu’il y a de l’exagération. Les tarifs que nous proposons, que nous indiquons (qui sont même affichés à la porte), sont quelque fois triplés. Ce qui donne l’impression qu’en fait, ce sont des frais en vigueur à la direction des transports, alors que non, ce n’est pas le cas. Voilà un peu le premier problème que nous avons avec ces démarcheurs qui, faut-il le rappeler aussi, sont utiles pour certains parce qu’ils ne peuvent pas faire toutes ces courses-là. Malheureusement, je pense que certains démarcheurs ne sont pas loyaux ; ils abusent des usagers et c’est ce que nous voulons (avec les reformes que nous sommes en train de faire) arrêter. Comment ? En donnant l’information aux usagers sur la composition de tous les dossiers, de toutes nos prestations et leurs coûts. Nous l’avions déjà fait, en son temps, vous aviez relayé cette information mais, malheureusement, tout le monde ne peut pas venir ici lire et s’informer. Nous l’avons mis sur notre site mais, tout le monde ne peut pas non plus aller sur internet. Donc, il nous faut trouver d’autres formules pour que cette information passe. Au-delà de ça, il y a le fait que lorsque les usagers viennent à la DGTTM, il y a parfois des problèmes de parking. Comme ils ne savent pas où garer, ils sont à la merci de ces démarcheurs-là qui prennent tous les dossiers (certains même prennent les dossiers et les font disparaître. Il y en a qui prennent mais après avoir doublé, triplé le prix à l’usager). Donc, nous avons pris d’abord un certain nombre de mesures en interne. Alors, depuis un certain temps, nous avons décidé de faire la réception des dossiers de véhicules à l’intérieur de la cour, de sorte que, lorsque vous arrivez, si vous avez un dossier d’immatriculation de véhicule, vous présentez le dossier à l’entrée et on vous permet d’aller vous aligner à l’intérieur pour faire votre prestation. Les démarcheurs avaient pris l’habitude de venir très tôt, à 5 h du matin pour certains, s’aligner à nos guichets sans dossiers. Donc, lorsque vous arrivez, ça vous donne l’impression qu’il y a un monde fou alors qu’en réalité, ce sont les démarcheurs qui sont alignés. Dans une telle situation, vous n’avez que deux choix : soit vous leur donnez votre dossier pour qu’ils poursuivent le tout moyennant une rétribution, soit ils vous vendent leur place. Dans un cas comme dans l’autre, cela pose problème. C’est pour ça, nous avons ramené la réception des dossiers véhicules à l’intérieur parce qu’ils ne peuvent pas venir s’aligner et vendre de la place à l’intérieur. Si vous n’avez pas de dossiers, vous ne pouvez pas entrer. Pour ce qui est des motos, nous avons mis des guichets à l’arrière-cour pour la réception visuelle des motos. Dès qu’on fait la réception visuelle des motos, on procède à la réception du dossier en même temps. Ce qui va permettre de réduire ce monde que l’on voit à l’entrée, en attendant le gros projet d’aménagement de notre arrière-cour que nous sommes en train de réaliser et à la fin duquel, l’ensemble des guichets à fortes affluences d’usagers seront transférés à l’arrière-cour ; ce qui va dégager un peu plus l’entrée. Nous allons mettre en place, un guichet accueil et informations pour que la tranquillité règne (pour que les gens viennent s’informer et faire leurs prestations tranquillement ; ce qui n’était pas possible depuis un certain temps). Nous avons démarré avec ça, pas plus tard que la semaine dernière (l’entretien a eu lieu le 10 septembre) et ça commence à donner des résultats, en attendant le réaménagement de l’arrière-cour. Nous allons y intégrer de nombreuses commodités dont un grand parking pour permettre aux usagers de faire tranquillement leurs prestations.

Lefaso.net : Votre message à vos usagers ?

Issiaka Sigué : Aux usagers, je dirai qu’il y a de grandes reformes qui sont en cours actuellement au niveau de la DGTTM et qui sont centrées sur comment les servir au mieux. Dès que nous allons finir la réalisation de l’arrière-cour, tel que je vous ai expliqué, les gens verront toutes les facilités qui leur sont offertes. Non seulement il y aura un grand parking que nous allons dégager, un hangar sera aménagé pour l’accueil des usagers, mais aussi, nous allons refaire et augmenter les guichets. Nous sommes en train de prendre toutes les dispositions pour que les prestations que les usagers viennent faire chez nous se fassent de manière beaucoup plus sereine qu’elles ne le sont actuellement.

Entretien réalisé par :
Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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