Obsèques du Pr Ki-Zerbo : De Ouaga à Toma

vendredi 8 décembre 2006 à 07h32min

La dépouille mortelle du Pr Joseph Ki-Zerbo a quitté Ouagadougou pour Toma (sa ville natale) hier 7 décembre 2006 peu après 10 heures. Mais avant, une messe a été dite en la cathédrale de l’Immaculée conception pour le repos de son âme. Parents, amis, camarades de lutte, membres du gouvernement et présidents d’institution y ont pris part.

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Ayant grandi et ayant été forgé dans la chrétienté, le Pr Joseph Ki-Zerbo, ce fils du premier chrétien (Alfred Diban) baptisé au Burkina Faso, ne pouvait pas rejoindre définitivement son village de Toma, où il reposera désormais, sans faire un détour à la cathédrale.

C’est donc le plus normalement du monde qu’en route pour Toma, sa dépouille mortelle a fait cette escale à la cathédrale, où une messe a été présidée par l’abbé Serges Bassinga en concélébration avec trois évêques (de Ouaga, Koupéla et Diébougou) et une vingtaine de prêtres.

Autour de ce baobab qui vient de tomber, on reconnaît la veuve Jacqueline, leurs enfants et petits-enfants. Puis viennent les amis de la famille, les camarades de lutte, des ministres, des présidents d’institutions nationales, des diplomates, des responsables de partis politiques et de la société civile et la multitude des fidèles chrétiens et des non-chrétiens.

On aura noté l’absence du président du « Pays réel », Me Halidou Ouédraogo. Le président du Collectif contre l’impunité, comme on le sait, est souffrant, et on imagine que c’est pour cela qu’il ne s’est pas rendu à cette messe.

Pour accompagner la prière, la chorale grégorienne de la cathédrale avec ses beaux chants en latin, que nombre de personne ne pouvait reprendre aisément, mais que des fidèles d’un âge certain entonnaient allégrement comme au bon vieux temps de leur enfance quand le latin avait encore pignon sur rue.

C’est donc à juste titre qu’au nom de la famille éplorée, Georges Ki-Zerbo a déclaré que « Joseph doit être heureux, lui le grand amoureux des chants grégoriens depuis le temps où il était au petit séminaire de Pabré ».

Au tout début de la messe, on a procédé à la lecture du curriculum vitae de l’illustre défunt. Une riche et longue biographie d’une vie qui a commencé le 21 juin 1922 à Toma pour se terminer le 4 décembre 2006 à Ouagadougou.

Ki-Zerbo fut agrégé d’Histoire, enseignant dans plusieurs pays, secrétaire général du CAMES, leader politique, député, exilé politique à Dakar, journaliste, écrivain (il est auteur de nombreux ouvrages et d’une abondante série de communications), membres de plusieurs comités et associations, lauréat de nombreux prix et de deux doctorats honoris causa, etc.

Dans son homélie, l’abbé Serges Bassinga a apprécié la vie riche qu’a été celle Ki-Zerbo cet homme qui a lutté pour ses idées, à savoir essayer de donner à l’homme noir sa fierté et sa dignité. Une vie qui, aujourd’hui, se récapitule dans celle du Christ. Une vie faite d’engagement et d’amour.

Considérant cette assemblée en prière, le prêtre a estimé que c’est un message que le célèbre historien nous donne : amitié, solidarité, tolérance sur cette terre du Burkina. « Sur cette terre, dira l’abbé Bassinga, nous sommes des pèlerins, construisons des tentes et non des châteaux, car nous n’emporterons rien à part l’amour de Dieu et de nos prochains ».

Pour sa part, le Pr Ki-Zerbo a combattu pour la vie, et ce, jusqu’à sa mort, si bien que ce combat « l’a littéralement consumé », mais malgré les épreuves et les privations de toutes sortes, il est resté un homme de foi et d’espérance, comme l’a dit son fils Georges.

Au nom de la famille, il a remercié tous ceux qui ont soutenu la famille depuis le 4 décembre dès l’annonce du décès du professeur.

Le chant de sortie a été un chant en mooré qui s’inspire du contexte du baptême du Christ dans le Jourdain et de la voix qui a crié : celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le. Selon Mgr Séraphin Rouamba, archevêque de Koupéla, le défunt avait souhaité que ce chant soit entonné pour la sortie de la messe de ses obsèques.

Il paraît que Ki-Zerbo esquissait des pas de danse en entendant cette chanson. L’évêque a donc appelé la chorale à entonner ce chant, car, « C’est sûr que le professeur va danser devant l’Eternel ».

Après la sortie de la messe, le cortège funèbre s’est mis en route pour Toma, escorté par la police jusqu’au péage situé à la sortie de la ville. Plusieurs personnalités étaient du cortège.

En chemin, après trois escales dans les localités de Réo, Didyr et Koin (Ndlr : le papa de Ki-Zerbo a été catéchiste dans ces villes), le cortège a atteint, à la tombée de la nuit, la ville de Toma dans la province du Nayala où une veillée de prières a eu lieu jusque tard la nuit.

Ce matin, une autre messe a lieu à Toma avant l’inhumation du professeur Joseph Ki-Zerbo. Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions avec nos envoyés spéciaux, Issa K. Barry et Emmanuel Ilboudo, qui sont à Toma depuis mercredi dernier.

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga

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