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Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET | Par LEFASO.NET • mercredi 19 septembre 2018 à 08h30min
Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

Complicité d’attentat à la sûreté de l’État, mort de treize personnes, coups et blessures volontaires sur 42 autres, dégradation de biens et incitation d’un ou de plusieurs militaires à commettre des actes contraires à la discipline militaire. Ce sont les charges qui pèsent sur cet artilleur de l’armée, ex-aide de camp du président Blaise Compaoré, le capitaine Oussène Zoumbri. Appelé à la barre la veille, son interrogatoire s’est poursuivi hier mardi 18 septembre 2018 et s’étalera jusqu’à ce mercredi 19 septembre.

C’est par la charge relative à la complicité d’attentat à la sûreté de l’État que s’est ouvert l’interrogatoire. Les débats sur ce point se sont poursuivis toute la journée de mardi (soient sept heures de temps, avec une heure et dix minutes de pause). L’accusé a plaidé non-coupable. Place donc aux échanges entre les différentes parties (défense, partie civile, parquet), le tribunal faisant office d’arbitre dans la police de la parole.

Dans sa narration, l’accusé est revenu sur le rapport d’expertise de Younoussa Sanfo, notamment sur les messages SMS qui l’incriminent. Dans cette phase d’échanges où partie civile et ministère public soulèvent des éléments à charge, l’agacement de l’accusé se fait sentir. Cet « énervement » se déporte parfois entre avocats des parties ou entre avocats de la défense et le parquet, obligeant le président du tribunal à inviter « les uns et les autres » à jouer balle à terre.

Sur le rapport, Me Séraphin Somé de la partie civile, après démonstrations, s’est voulu ferme. Le « rapport d’expertise est tout à fait crédible » ; ce, d’autant que, justifie-t-il, l’accusé, qui en a eu copie, ne l’a pas contesté. Toujours à la charge du capitaine Zoumbri, l’avocat note qu’il a participé à la rédaction (amendements) du communiqué portant proclamation de la prise du pouvoir par le CND (Conseil national pour la démocratie), lu par le lieutenant-colonel Bamba.

« C’est la première fois que je vois un rapport qu’on lit du bas vers le haut »

L’avocat de l’accusé, Me Adrien Nion, se dit « très embarrassé » de revenir sur le rapport de Younoussa Sanfo, pour entre autres raisons que le lieutenant Jacques Limon a suffisamment démontré les « circonstances malheureuses » dans lesquelles le document a été « pondu ». L’avocat rappelle que le directeur du tribunal militaire s’était même rendu chez le lieutenant Limon, nuitamment, pour voir ce dernier dans le cadre du rapport incriminé.

« C’est la première fois que je vois un rapport qu’on lit du bas vers le haut. Je n’ai jamais vu cela de toute ma longue carrière », s’insurge Me Nion. Toujours sur ce chef d’accusation de complicité d’attentat à la sûreté de l’État, l’avocat invite les parties à tenir compte du contexte dans lequel les choses se sont déroulées. « Les faits se sont déroulés dans un camp. C’était comme au Far West », soutient Me Adrien Nion, pour illustrer le climat qui prévalait entre éléments du corps (au moment des faits, il y aurait le bloc de l’ancien Premier ministre, Isaac Yacouba Zida, et ceux qui ne lui étaient pas favorables).

« Je ne voulais pas mourir bêtement, sous les balles de mes éléments qui ne voulaient pas exécuter mes ordres. Car mourir sans gloire, c’est mourir deux fois ; et moi, je ne voulais pas mourir bêtement ; je voulais mourir dans la gloire, c’est-à-dire sur le champ de bataille », soutient l’accusé, précisant plus loin que les officiers étaient perçus par les sous-officiers comme des pro-Zida.

Toujours dans la dynamique de démonstration du « manque de crédibilité » du rapport d’expertise, des avocats de la défense, scrutant des messages échangés entre le capitaine Zoumbri et d’autres officiers du corps, s’étonnent de l’écart de temps entre certains messages. En effet, la défense fait observer, lecture des procès-verbaux à l’appui, que pour certains messages, le temps de l’envoi, la réception par le destinataire, la rédaction de la réponse, l’envoi et la réception par l’expéditeur est de onze secondes.

Elle se demande comment tout ce processus peut s’opérer en seulement onze secondes, quand on sait que, souligne-t-elle, la qualité des réseaux des compagnies de téléphonie mobile est souvent défaillante.
La défense a également relevé plusieurs autres points qu’elle qualifie d’intrigants, mais qu’elle se réserve d’évoquer pour le passage à la barre de l’auteur dudit rapport.

« Le RSP était bon ; les choses étaient tellement bien faites, bien organisées que… »

Parlant des éléments qu’il aurait envoyés à la Place de la nation, l’accusé indique qu’il s’agissait d’une sortie de contrôle de la zone aux fins d’éviter tout affrontement entre civils et militaires, et permettre la reprise normale des activités ainsi que la libre circulation des personnes.

« Vous êtes un officier qui a fait Saint-Cyr [une école de guerre française, ndlr] et là-bas, l’on n’apprend pas n’importe quoi aux officiers », magnifie Me Mamadou Sombié de la défense.

« Le RSP était bon ; les choses étaient tellement bien faites, bien organisées qu’on ne devrait pas avoir ces problèmes », renchérit le capitaine Zoumbri, informant qu’au sein du corps existaient des registres sur lesquels étaient consignés les mouvements des hommes et du matériel. « Curieusement, ces registres ont disparu. Sinon d’autres personnes se seraient également retrouvées à la barre ici », a dévoilé l’accusé. « Qui peut avoir pris ces registres ? ». À cette interrogation, l’accusé dit ne pas avoir de réponse. Qu’à cela ne tienne, la défense est curieuse de savoir pourquoi l’on n’a surtout pas « préservé » les lieux et les documents pour les besoins de l’enquête.

La défense est en outre convaincue que cette crise était spontanée, à telle enseigne que de nombreux officiers, dont le capitaine Zoumbri, ont été mis face au fait accompli. « Ils ont donc tenté de colmater les brèches », plaide-t-elle.

« Le rapport-là est véritablement une mine d’or »

« Nous sommes très satisfaits dans la limite des réponses militaires données », acquiesce d’abord le parquet, avant de revenir sur des messages échangés entre, d’une part, le capitaine Zoumbri et le lieutenant Limon (Jacques) et, d’autre part, le capitaine et l’adjoint du corps, le commandant Aziz Korogho. Le ministère public a démontré, à la lumière des dépositions, que le rapport d’expertise incriminé est bien crédible. « Le rapport-là est véritablement une mine d’or », charge le parquet.
« Ces messages que vous lisez avec une si belle voix, ce sont vos messages ; ce ne sont pas mes messages », réplique l’officier au ministère public.

Pour le reste des chefs d’accusation, le capitaine Zoumbri dit également ne pas les reconnaître. Sur ce rejet également, le parquet entre en jeu à travers commentaires et questions à l’accusé, en brandissant des éléments à même de consolider la thèse que le capitaine est responsable des morts et coups et blessures volontaires.
Des arguments que l’avocat, Me Adrien Nion, va battre en brèche, ajoutant être convaincu que le tribunal va abandonner les charges contre son client.

« Si le client [Zoumbri, ndlr] n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner », plaide la défense, qui informe que même les supérieurs ont souligné le rôle qu’a joué le capitaine dans le processus de désarmement de l’ex-RSP.

C’est à ce stade que le président du tribunal a annoncé la suspension de l’audience qui reprend aujourd’hui, mercredi 19 septembre 2018, toujours avec le capitaine Zoumbri.

Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 19 septembre à 13:03, par Mafoi En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

    Lors du même procès,le même capitaine Zombri a révélé avoir aperçu dans la soirée du 16 septembre 2015 votre collègue Ouédraogo Adama dit Damiss ainsi que plusieurs autres personnes au Camp Naaba Koom 2 notamment dans le bureau du Chef de corps,le Commandant adjoint Korhogo.Pourquoi donc cette narration biaisée du procès avec un article qui n’est même pas signé ?Autre question:Que faisait votre collègue Damiss le soir du putsch dans un camp militaire ?
    En tout cas dans son retranchement au Camp Naaba Koom 2,j’ai ouï-dire qu’il aurait participé activement à la rédaction des fameux communiqués de ce fameux cnd.Alors c’est bien de faire du corporatisme mais il faut le faire avec un certain recul et surtout avec discernement

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  • Le 19 septembre à 14:43, par Sarko En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

    C’est ridicule de voir des officiers mentir et pleurer pour attendrir le tribunal.Napoléon lors de sa capture a dit que même devant la mort le soldat de surcroit un officier doit avoir le torse raid et la tête bien relevée. Par contre à ce procès à part quelques deux ou trois personnes , le reste ce ne sont que des menteurs .Les sous officiers ont raison ; ils ne voulaient pas faire le sale boulot à votre place .

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  • Le 19 septembre à 17:21, par Noraogo En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

    Mafoi, qui est Adama dit Damss ? Cela me permettra de bien comprendre votre commentaire. Comme il faut au moins cinquante caractères, sinon c’est juste la question que je veux vous poser.

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    • Le 19 septembre à 20:48, par Mafoi En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

      Damiss est un journaleux putschiste et il passera à la barre lors de ce procès.En fait si son nom n’apparaît pas dans le présent compte rendu de la narration des faits du capitaine Lombri et sûrement par solidarité entre journaleux,c’est qu’au moment de son interpellation pour son implication dans ce putsch foireux,tous ces scribouillards de la petite semaine étaient vent debout pour crier à la liberté de la presse mais voilà qu’il est confirmé avec l’audition du capitaine Lombri que Damiss était présent le soir du 16 septembre 2015 au Camp Naaba Koom 2 avec les cerveaux des putschistes et toujours certains journaleux n’en parlent pas comme cet article de Lefaso.net qui,curieusement n’est même pas signé.Où est donc le professionnalisme dans tout ça ?

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      • Le 19 septembre à 21:44, par Le corse En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

        Quelle honte , quelle abomination !
        , comment un militaire sortant de saint cyr peut il commettre de tels actes !! À part un fou ou un drogue ! ?? Tu insultes une formation exceptionnelle qui aurait dû faire de toi un exemple et non pas un renégat ! Je n arrive pas à le croire , tu ne mérites aucun procès , tu es déjà condamné par tes pairs à qui tu as trahi la confiance donnée ! L armée française ne t à donc rien appris ??

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      • Le 20 septembre à 00:46, par 1.3, En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

        Mafoi, tu es prototype des personnes dangereuses pour notre société. Pourquoi confondre tes propres sentiments à la réalité ? J’étais au procès, tout comme je crois comprendre. Mais je ne vois nullement (et contrairement à vous) un compte-rendu biaisé. Loin s’en faut. Pourquoi citer le nom du monsieur en question plutôt que celui du capitaine Dao ou de Koussoubé ? Plusieurs ont été cités mais c’était de passage, certains plusieurs fois. Le nom de Adama Ouédraogo n’est ressorti qu’une seule fois en dans une énumération au passage. Les journalistes n’ont relatés que ce qui était essentiel et de tout ce que les autres médias il ne ressort nulle part le nom de Adama Ouédraogo parce que son nom est revenu une seule fois..Tout comme beaucoup d’autres. Donc, si tu as un problème, vas les résoudre avec ton Adama et laisse. Toi qui connaît, créé en même temps ton journal ou un blog.

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  • Le 20 septembre à 06:36, par Ka En réponse à : Procès du coup d’État manqué : « Si le capitaine Zoumbri n’est pas à décorer, il n’est pas à sanctionner » (Défense)

    Ce capitaine Zoumbri mérite une sanction exemplaire. Dire avec fierté qu’il est sorti de Saint- Cyr et oublier la discipline, la sincérité, et l’intelligence, et autres, qui sont les qualités d’un bon militaire, et doivent être mis en avant pour le sens de l’honneur, la probité, le professionnalisme et le comportement, on peut conclure que le capitaine Zoumbri fait partie de ces initiateurs du coup d’état à la maternelle qui a coûté la vie de nos enfants.

    C’est complètement idiot de rédiger le discours de ce coup d’état minable et se voiler la face. Si je dis que ce capitaine caméléon comme son mentor Blaise Compaoré mérite une sanction exemplaire, c’est que la première chose que font les faiseurs de coups d’état comme lui, c’est de suspendre la Constitution pour pratiquer le Far West et rendre le pays ingouvernable. Aujourd’hui vouloir jouer l’ange devant les juges, c’est insulter les familles des victimes et le peuple Burkinabè.

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