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Sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo : « Je n’ai pas reçu la formation de vérifier les ordres avant de les exécuter »

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Putsch du Conseil National pour la Démocratie • LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • dimanche 1er juillet 2018 à 12h20min
Sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo : « Je n’ai pas reçu la formation de vérifier les ordres avant de les exécuter »

Débuté dans la soirée du 29 juin 2018, l’interrogatoire du Sergent-Chef Laoko Mohamed Zerbo s’est poursuivi dans la matinée du 30 juin. L’intéressé a tout nié. Il n’a pris personne en otage. Il n’a pas détruit le studio Abazon à coup de roquette, il n’a pas incendié une radio à Zorgho. Il n’a pas tué quelqu’un. L’accusé a quand même reconnu qu’il était en ces lieux, soit pour observation, pour maintenir l’ordre, pour escorter... Une stratégie de déni selon la partie civile, de la part du commando.

Des heures et des heures à balayer du revers de la main toutes les accusations portées contre lui. L’interrogatoire du premier appelé à la barre du président du tribunal, Seydou Ouédraogo, s’est poursuivi dans la matinée du 30 juin. Le Sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo a nié avoir participé à des rencontres à Naba Koom (Ndlr. Quartier général de l’ancien Régiment de sécurité présidentielle) et au ministre de la défense.

« Non, je n’ai pas reçu l’ordre d’arrêter quelqu’un » a-t-il également répondu, en référence à l’irruption d’anciens éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en plein conseil des ministres pour arrêter le président, le premier ministre et certains membres du gouvernement. Selon ses dires, ce jour-là, il a plutôt reçu l’ordre de surveiller le côté ouest du palais présidentiel ». Pour y faire quoi ? Pour une mission « d’observation ». Et n’a-t-il pas aperçu quelque chose d’inhabituelle ? Non, Juste des fleurs, des arbres et la nature, dira-t-il en substance. A l’en croire, c’est le lendemain qu’il a appris à travers les médias que le président et autres participants au conseil des ministres étaient mis aux arrêts.

« Je n’ai pas tiré de roquette »

Selon la version de l’accusé, c’est au rassemblement général le lendemain qu’il a été envoyé en ville avec son équipe, pour ‘’maintenir l’ordre’’. Au moins, l’ancien militaire (Il a été radié après sa désertion de l’armée, puisqu’avec de l’échec du coup d’Etat il a fui en Côte d‘Ivoire) a reconnu sa présence au studio Abazon. Ayant reçu l’ordre de maintenir l’ordre, son équipe et lui se sont retrouvés dans les encablures du SIAO, « pour dégager des barricades ».

C’est de là, a-t-il poursuivi qu’il a reçu l’information que sur le côté droit du SIAO, des éléments armés du RSP qui auraient été blâmés au sein du camp Naba Koom pour mauvais comportement, posent des actes répréhensibles. C’est de fil en aiguille que lui et le Sergent-Chef Ali, ainsi que leurs équipes se sont retrouvés au studio Abazon, qu’ils ne connaissaient pas auparavant.

Sur place, ils ont aperçu de la fumée qui se dégageait du studio. « C’est après que j’ai entendu que le studio a été attaqué », a-t-il lâché devant les juges. Pourtant, lors de l’instruction, un de ses acolytes a laissé entendre que c’est Mohamed Zerbo qui a apporté son assistance technique l’ors de l’utilisation de la roquette, note le président. « Négatif », rétorque-il, tout en ajoutant qu’il n’a pas tiré de roquette, et qu’il n’a pas non plus donné l’ordre de tirer une quelconque roquette.

De l’incendie de la radio Laafi de Zorgho

L’ancien instructeur commando s’est également prononcé sur la mission effectuée à Zorgho. Il faut noter que pendant la période du putsch, la radio Laafi de Zorgho a été incendiée. Le commando Zerbo, a reconnu qu’il était effectivement à Zorgho, cette fois encore avec le Sergent-Chef Sanou Ali et leurs hommes. Il était question au départ, d’escorter un véhicule, de marque Mercedes à Boudry. L’accusé informera à la barre qu’il ne connaissait même pas l’identité des occupants de la Mercedes. Il obéissait aux ordres de son supérieur Ali Sanou.

De Boudry, ils auraient continué sur Zorgho et sont rentrés dans une cour. Lui ne savait pas que c’était une radio, puisqu’il ne serait pas descendu du véhicule. Il n’est donc pas au courant d’un incendie.

Des tueries en ville

Là également l’accusé a nié simplement les faits. « Je n’ai tué personne », note-t-il avant de préciser qu’il a effectivement effectué des sorties en ville, mais soit pour aller en renfort à un élément du RSP pris en embuscade au niveau du pont Boulmiougou, soit pour enlever des barricades, soit pour ‘’information’ à Savane FM... Là le président du tribunal lui demande de retracer son itinéraire, ce que Mohamed Zerbo fit.

Le procureur saisit la balle au rebond, pour dire que c’est justement sur les axes empruntés par le commando et ses éléments que des morts ont été enregistrés.
Est-il normal et légal que ce soit le RSP qui maintienne l’ordre ? Lui demanderont les avocats de la partie civile. « Je n’ai pas reçu la formation de vérifier la légalité des ordres avant de les exécuter. Dans l’armée on doit exécuter sans murmurer. Moi-même en tant que sergent-chef, je ne vais pas tolérer qu’un subalterne discute mes ordres », s’est défendu l’instructeur commando.

Et pourtant, reprend le procureur militaire, dans l’armée, il y a ce qu’on appelle aussi la théorie de la baïonnette intelligente, qui consiste à décliner les ordres même émanant d’un chef tant que ceux-ci ne répondent pas aux règles militaires.

Il faut dire que lors de l’instruction, les déclarations du Sergent-Chef Zerbo étaient différentes de celles qu’il a tenues à la barre. Lors de l’instruction, avec précisions et citant des noms, il a expliqué le mode opératoire de certaines scènes. Pour l’intéressé, ce sont les propos à la barre qu’il faut retenir, puisque à l’entendre, lors de l’instruction, il était face à un chef militaire qui voulait qu’il dise ce qu’il n’a pas forcément fait. En plus il est resté isolé pendant 86 jours à la gendarmerie et ses interrogatoires se déroulaient du matin jusqu’à tard dans la soirée sans qu’il ne boive de l’eau. Pour son avocat, Me BADINI Idrissa, le principe de l’oralité dans un procès pénal est très important. L’instruction n’est qu’une phase.

L’interrogatoire du désormais ancien Sergent-chef se poursuit ce lundi 2 juillet 2018.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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