Koupéla-Fada N’Gourma : Les 80 km de calvaire et de colmatage !

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • mardi 4 juillet 2017 à 11h25min

La route nationale n°4, Koupéla-Fada, fait grand bruit depuis trois ans, encore plus bruyamment ces derniers mois. Et pour cause, la dégradation avancée du bitume, véritable calvaire pour les usagers. Plusieurs marches de protestation à Fada N’Gourma pour réclamer la réhabilitation de la route. Les principales compagnies de transport qui desservaient la capitale de la région de l’Est, restent maintenant à Koupéla, en provenance de Ouagadougou. A moto, nous avons fait le trajet. 80 km de vigilance absolue dans l’évitement des ornières. Reportage…

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Koupéla-Fada N’Gourma : Les 80 km de calvaire et de colmatage !

En ce début de soirée du 15 juin 2017, à la gare de la compagnie de transport en commun STAF de Koupéla, les apprentis débarquent notre moto du coffre du véhicule. C’est le terminus. Tout comme d’autres compagnies, STAF a décidé depuis le 12 juin 2017 de ne plus desservir la ville de Fada. « Après chaque voyage, il faut envoyer le véhicule au garage, c’est à cause de ça », nous répond l’apprenti qui descend notre monture, quand nous lui demandons pourquoi le car n’arrive plus à Fada.

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Une image singulière sur le tronçon

Une question dont nous avons déjà la réponse, puisque c’est pour cette raison que nous avons embarqué notre moto depuis Ouagadougou. La solution pour arriver à Fada, c’est de rouler, ou emprunter les minicars communément appelé ‘’dina’’.

Dans un communiqué publié le 13 juin 2017, le ministère des infrastructures s’étonnait de l’arrêt de la desserte de la ville de Fada N’Gourma, « (…) au moment même où les travaux d’entretien ont été intensifiés à travers la régie du ministère des Infrastructures et où de grands moyens ont été déployés sur le terrain pour pallier la lenteur des petites entreprises ».

Casque bien vissé sur la tête, le périple est engagé. Il est 15h30. Le ciel menace avec des épais et sombres nuages. Le temps est lourd, la pluie s’annonce. L’ordinateur que nous amenons dans un sac accroché à la moto, est surtout l’objet de nos appréhensions. Finalement, de fines gouttes de pluies pour accompagner la sortie de la cité des ‘’pierres blanches’’, Koupéla.

Rouler dans tous les sens

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Des Flaques d’eau sur une route nationale

Quelques kilomètres après Koupela, l’état du bitume alerte. Il faut lâcher souvent le poignet, avoir un pied sur le frein quand on entame le trimard. Dans un état de dégradation avancé, la prudence est de mise pour les usagers. Accélérations, puis décélérations. Crevasses, ornières, nids de poules, peu importe le mot, parsèment tout le tronçon.

Aux environs de Gounghin, nous apercevons un camion, chargé d’argile rouge. Les ouvriers de cette société internationale remblaient les trous béants.

Sur une route avec un tel aspect, tantôt on roule à gauche, tantôt à droite. Tous les côtés sont bons pour éviter un tant soit peu, les obstacles. Dans cet exercice, non sans danger, il n’est pas rare de se retrouver nez à nez avec un usager qui s’adonne au même manège. Pas de plaintes, le passage est négocié. Ce n’est la faute à personne.
Par mesure de prudence et par endroits, il vaut mieux quitter carrément ce qui fait encore office de bitume, quand on croise par exemple des camions qui se contorsionnent à distance.

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80 km sur une mauvaise route, ça use les véhicules

Des véhicules, camions ou ‘’dina’’ au bas-côté de la chaussée. Voici une scène devenue ordinaire sur la route Koupela-Fada. Des voyageurs allongés sous les arbres, en attendant que le chauffeur dépanne le véhicule.

A Maoda, à moins de 40 km de Fada, un groupe de huit garçonnets fait le même travail que celui des entreprises commises pour colmater les brèches. Moumouni Kaboré et ses camarades avec une charrette, tentent de boucher les crevasses. « Pendant les vacances, nous faisons ça, pendant l’école, c’est les jours que nous n’avons pas cours que nous venons ici », nous dit « l’ouvrier » en classe de 6e.
Les voyageurs leur lancent des pièces de monnaie, question de les encourager. « Par jour, on peut avoir 1500, parfois 2000 F », nous précise le garçon, avec un sourire non dissimulé. Des ouvriers de circonstance comme Moumouni Kaboré, on en trouve sur tout le trajet.

Réactions et contre réactions

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En attendant l’équipe de réfection

La dégradation de la route nationale n°4 (RN4) en son tronçon Koupela-Fada fait beaucoup parler et aussi marcher, depuis maintenant trois ans. Pas moins de cinq marches meeting à Fada pour interpeller l’autorité à s’y pencher. Notamment le tronçon Koupéla- Fada jusqu’à la frontière du Niger. La section Gourma de la Coalition contre la vie chère Gourma (CCVC), sonne le tocsin de la mobilisation. La dernière en date, celle du 22 juin 2017.

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Moumouni Kaboré et ses camarades tentent aussi de colmater les brèches

« Nous avons l’impression qu’à l’Est nous sommes abandonnés, méprisés. Nous avons trois provinces qui souffrent du même mal ; la Komandjari, la Tapoa et la Gnagna », ne cesse de clamer Adolph Tankoano, président de la CCVC/Gourma. « Quand on voyage, le seigneur vous accompagne de Fada à Koupéla et le chauffeur vous envoie de Koupéla à Ouaga », avait-il dit au ministre en charge des infrastructures Eric Bougouma, lors d’une rencontre le 29 avril 2017.

Des déclarations dans la presse paraissent fréquemment pour plaider la cause de toute la région, quelque peu coupée du reste du pays. Dans une lettre ouverte, un ressortissant de la région, a demandé carrément aux députés élus de la région ainsi que leurs suppléants, de déposer une motion de suspension de leurs mandatures et rejoindre la base pour réfléchir à des alternatives citoyennes solidaires en vue de soulager le calvaire des populations de la région.

Au cours d’une conférence de presse animée le 19 juin 2017, le premier ministre estimait que la dégradation de la RN4, tout comme d’autres tronçons dans d’autres localités, était un problème structurel.

« Nous avons une vision cohérente de ce qu’il faut faire au Burkina. Nous ne construisons pas de routes ou des infrastructures pour faire plaisir à des gens ; nous construisons des infrastructures parce que nous savons que l’absence d’infrastructures routières constitue un blocage structurel à la croissance de l’économie nationale », avait déclaré Paul Kaba Thiéba.

« Nous espérions mieux »

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Le bitume devenu ’’une voie rouge’’, après le passage des équipes de réfection

Des travaux d’entretien ont été engagés depuis quelques semaines sur le tronçon. Selon la régie du ministère des infrastructures, ce sont 3 équipes techniques qui ont été déployées sur l’axe Goughin-Tilonti, Tilonti-Diapangou et Diapangou-Fada. Leurs objectifs, boucher les nids de poule et redonner un nouveau souffle à la chaussée. De Gounghin à Fada, les travaux couteront 210 millions de francs CFA.

Des mesures palliatives en attendant une route à même de supporter les gros porteurs qui arpentent ce tronçon. La région de l’Est fait frontière avec trois pays (Niger, Togo, Bénin). Du coup, le trafic sur les différentes routes est intense. Surtout celle qui relie la capitale de la région de l’Est, à Koupela, puis Ouagadougou.

Les travaux en cours, sont accueillis en demi-teinte par les usagers. Moustapha Tindano que nous rencontrons aux environs de Tilonti à côté de son mini car en panne, se demande quand est-ce que une nouvelle route sera construite. « Ce qu’ils sont en train de faire, c’est juste pour quelques temps, après le passage des camions je suis sûr que ça va se gâter encore », nous dit le transporteur en langue gourmantché.

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Les installations d’une équipe de réfection de la route

Alors que nous nous arrêtons pour faire des images à Tilonti, les ouvriers d’une des entreprises viennent à nous. Nous engageons la discussion avec eux. Ils nous font savoir que dans quelques semaines, tous les nids de poule seront bouchés et que la circulation redeviendra agréable. « Ah, nous on ne sait pas », nous rétorque l’un d’eux alors que nous demandions quand est-ce que les travaux du nouveau bitume vont démarrer.

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Un camion chargé d’oignons renversé

A l’escale de Diapangou, un groupe de jeunes est réuni au bord d’une boutique. Notre bonsoir lancé en langue gourmantché les met en confiance et le contact est vite établi. C’est en chœur qu’ils déplorent l’état de la route. Natangou Ouoba nous apprend par exemple que son jeune frère a dû aller à moto à Ouagadougou pour prendre part aux épreuves d’intégration de l’Ecole nationale des enseignants du primaire (ENEP).

Roger Thiombiano, un enseignant, lui aussi se demande bien, quand précisément est- ce que les ‘’vrais travaux’’ vont débuter. Et de renchérir : « C’est bien comme ça, on verra ce qu’ils vont venir nous dire aux prochaines élections. Ils disent que le financement n’est pas totalement acquis ».

C’est à la tombée de la nuit, peu avant 19h que nous rentrons à Fada N’Gourma. Le même trajet le 17 juin avec les mêmes constats jusqu’à Koupéla. Les parties refaites du bitume, comme un pansement sur une plaie béante, calmeront-elles la clameur ? En tout cas, même réfectionné, la circulation sur ce tronçon requiert la prudence. Un camion chargé d’oignons, les roues en l’air, sur la route du retour. Deux apprentis endormis, en attendant certainement les dépanneurs. C’est la dernière image gravée dans notre mémoire, une fois installé dans le bus à Koupéla, sur le chemin du retour.


Lire aussi : Dégradation de la route Koupéla-Fada(RN-4) : Des OSC entament une marche de protestation de 72 h


Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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