Sa Majesté Kupiendiéli, Roi du Gulmu : “Je me demande quels ennuis on peut causer à un chef coutumier dans l’exercice de ses fonctions” ?

mercredi 4 février 2009 à 01h03min

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Sa Majesté Kupiendiéli, Roi du Gulmu

Le premier invité de la rédaction de l’année 2009 du journal de tous les Burkinabè est un homme de culture, un homme de tradition, Sa Majesté Koupiendieli, roi du Gulmu. Ce septuagénaire bien respecté est aussi un politique averti. En effet, homme avisé des questions de la gestion de la cité, il a adhéré aux idéaux de l’ADF/RDA en 2006 et devenu député du même parti en 2007. Koupiendieli qui signifie "case en métal blanc attirant des regards" a été reçu par la rédaction des Editions Sidwaya ce 6 janvier 2009. Pendant plus de trois heures d’horloge, le monarque du Gulmu a su, à travers son franc-parler, restituer un pan de l’histoire du Burkina Faso. La parenté à plaisanterie entre Gourmantché et Yadcé a permis d’apporter une dose de bonne humeur à cet entretien.

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Sidwaya (S) : Fada a abrité cette année, la célébration de la fête nationale. Quels grands enseignements peut-on tirer de cela ?

Sa Majesté Kupiendieli (S.M.K.) : Avant tout propos, il me revient l’honneur d’être le premier invité de l’année 2009. Ce qui m’offre l’opportunité de présenter à toute l’équipe et à tous les agents des Editions Sidwaya, mes souhaits de bonne et heureuse année. Je leur formule mes vœux de santé, de prospérité et à l’entreprise parce qu’il faut qu’elle grandisse et que tout le monde se sente à l’aise.

On a célébré un grand événement à Fada. La première leçon est que Fada a drainé un monde qui ne s’attendait pas à voir ce qui a été fait en peu de temps au niveau des infrastructures et de l’organisation même de l’événement. Il a été une grande école positive pour les organisateurs parce que c’est un enseignement qu’on garde pour l’avenir. Nous serons progressivement rôdés dans l’organisation de cérémonies de grande envergure.

La deuxième leçon est que le Burkina s’est senti uni et solidaire, ce jour-là, dans la nouvelle capitale qu’était la ville de Fada N’Gourma. Ceux, qui y étaient, sans vouloir me vanter, ont pu constater qu’il y avait du très positif au niveau de toutes les cérémonies qui ont eu lieu. Mis à part bien sûr l’événement malheureux qu’a constitué l’accident de l’avion. Il y a même eu des innovations dans la façon de concevoir l’événement. Et cela est à l’honneur de tout le monde. Y compris ceux qui sont venus d’autres provinces.

S. : Mais est-ce à dire que les ancêtres n’ont pas agréé votre rituel ?

S.M.K. : Cette question revient souvent. On croit que c’est le roi seul qui peut invoquer les mânes des ancêtres pour que les événements se passent comme on l’aurait souhaité. Je vous rappelle que les communautés protestante, musulmane, chrétienne, ont eu des journées de célébration au cours desquelles chacune d’elles a souhaité que l’événement se passe dans de meilleures conditions. Maintenant, parce qu’il y a eu crash, on attribue cela aux ancêtres. Je ne sais pas si Jésus, Abraham ou Mohamed n’est pas l’ancêtre de quelqu’un quelque part. Donc c’est un événement qui s’est passé, il devait se passer. Il n’est lié ni à la façon dont j’ai officié, de mon côté, ni à la façon dont les autres aussi ont officié. On déplore l’événement, je crois que c’est ça l’essentiel qu’il faut retenir..

S. : Quel commentaire faites-vous de cet accident tragique ?

S.M.K. : Je suis mal placé pour faire des commentaires parce que pour des raisons de santé, je n’étais pas sur les lieux au moment où l’événement s’est produit. Pour ceux qui ne le savent pas, je venais de rentrer de France où j’ai subi une opération chirurgicale. J’ai été opéré le 02 décembre, j’ai quitté l’hôpital le 04 décembre et le 06 décembre j’étais à Fada pour suivre les derniers préparatifs ; il y avait ces cérémonies réligieuses qui étaient programmées. Pour ce qui concerne ce malheureux accident, il semble que le vol de l’avion n’était pas prévu.

S. : Est-ce que le sable avait prévu un accident d’avion ?

S.M.K. : Le sable avait prévu qu’il n’allait pas pleuvoir le 10 et le 11 décembre mais n’avait pas prévu un accident d’avion.

S. : D’aucuns disent que vous ne seriez pas très content du fait que l’on ne vous a pas associé à l’organisation pratique de la fête. Que dites-vous ?

S.M.K. : J’ai été associé de façon indirecte ; lorsque des séances des comités d’organisation se tenaient pour un problème précis, on déléguait le haut-commissaire ou le préfet pour me consulter à domicile pour avoir des orientations dans tel ou tel domaine. C’est une part indirecte d’association mais vu également mon temps et mon état de santé, je ne pouvais pas être présent un jour sur deux dans la salle de réunion de la commission d’organisation ou ailleurs. Il faut aussi rappeler que nous étions en pleine session budgétaire au niveau de l’Assemblée nationale. Donc on m’a ménagé. Cette situation ne m’a pas permis d’être associé directement à l’organisation des activités.

S. : Alors si les événements étaient à refaire, qu’est-ce que vous n’avez pas fait que vous auriez dû faire et ce que vous avez fait que vous auriez aimé recommencer ?

S.M.K. : Comme je vous le dis, je n’étais pas disponible pour voir ce qui a été fait, sinon sur le papier, les cérémonies, les jeux prévus, je les avais imaginés dans le cadre du 20 décembre, anniversaire de mon intronisation. Mais n’ayant pas l’état de santé qu’il fallait pour cela, je me suis contenté d’entendre ce qui se dit par rapport à ce qui a été fait. Mais si je devais réorganiser un autre 11- Décembre à Fada, je sais que je n’aurais pas manqué un certain nombre d’activités. On ne peut pas tout faire à la foi, on a fait ce qu’on pouvait. Peut-être même si on doit le refaire, il y aurait d’autres événements qu’il aurait fallu sacrifier. Le problème majeur était que la jeunesse n’était pas impliquée de façon permanente à toutes les étapes du processus. Parce que si on l’a fait en 2008 à Fada, il faudra attendre 12, 13, 15 ans peut-être avant que ça revienne à Fada. Il fallait que les jeunes soient à tous les échelons de la fête et peut-être même qu’ils inventent ce qu’ils auraient pu faire dans le cadre de cette fête là. Je ne critique pas parce que c’est facile de critiquer. C’était ça mon souhait majeur, associer le plus possible les jeunes à toutes les manifestations.

S. : Sa Majesté, des infrastructures immobilières, routières ont été réalisées. Comment appréciez-vous ces infrastructures ; est-ce que c’est important pour la ville de Fada ?

S.M.K. : Absolument. Si ça n’avait pas été fait, je crois que tout le monde aurait critiqué avec “C” majuscule ce qui se serait passé là-bas parce qu’il n’y avait aucune disponibilité en matière d’infrastructures pour accueillir tout ce beau monde qui venait à Fada N’Gourma. Les villas qui ont été construites, l’auberge qui a été réalisée, les infrastructures routières restent, c’est un acquis, qu’on n’aurait pu obtenir en dehors de l’événement et j’espère qu’entre 2008 et 2015, il y aura encore plusieurs kilomètres de bitume dans la ville. C’est du permanent, du solide et qui permet de résoudre de nombreux problèmes que connaissait la ville en matière de logement.

S. : L’ADF/RDA a tenu son congrès. Que retenir des grandes lignes du congrès ? Y-a-t-il eu des changements au niveau du parti ?

S.M.K. : C’est vous qui devez nous donner l’information car personnellement je ne le sais pas. J’étais absent pour des raisons de santé au moment où se tenait le congrès. Je suis venu de France le 05 décembre, le 06 j’étais à Fada. J’ai reçu des informations presque résiduelles. Les vraies informations c’est dans le compte rendu détaillé du déroulement du congrès et toutes les modalités de restructuration qui ont été décidées y sont que je n’ai pas encore lues. C’est à vous de me dire quel est le changement qui vous paraît le plus contestable ou le plus inattendu. Nous avons fait les changements qui étaient en faveur de l’avancée du parti dans le sens qui est le sien, en respectant la volonté des masses. Et si de notre côté nous posons des actes anti démocratiques, ce ne serait pas à l’honneur du sigle que nous prétendons représenter.

S. : Mais apparemment dans la direction du parti, il n’y a pas eu grand changement, c’est le même président, par rapport à la configuration du bureau. Est-ce que ce n’est pas de la redondance ? Si vous dites démocratie, pourquoi ne pas faire de l’alternance.

S.M.K. : Le fait pour moi d’être au sein du bureau comme 3e vice-président, ce n’est pas de la redondance, c’est du nouveau, très nouveau parce que je n’étais pas encore dans les structures du parti à part le fait que j’étais dans le bureau exécutif national. De par ma fonction de député, j’étais d’office membre. Mais maintenant que le bureau a été repris, il y a eu des retraits et des ajouts. Je ne sais pas d’où peut venir la redondance puisque un parti est une équipe. Si l’équipe gagne, on la reconduit, si elle est chancelante, on remplace les parties chancelantes et on continue le travail, ce qui n’est-pas le cas. Donc, il n’y a pas de redondance. Il y a toujours démocratie aussi bien à la base qu’au sommet. Si vous avez des échos de personnes particulières qui se plaignent de n’avoir pas été élues au sein des instances du parti, c’est autre chose. Vous pouvez me le dire, je prendrai contact avec ces personnes pour qu’on aligne nos points de vue sur cette vision là.

S. : Qu’est-ce qui a movité votre adhésion à l’ADF/RDA ? Y-a-t-il eu des circonstances particulières ?

S.M.K. : Particulières ? Oui ! Parce que le 20 décembre 2002, lorsque je présidais la cérémonie de mon intronisation, j’ai eu à annoncer que je quittais mes fonctions politiques et à ce moment j’étais le président provincial du PDP/PS. J’ai donc quitté sans aucune pression, sans aucune injonction. Je l’ai annoncé. Cela a même surpris les membres de mon parti qui ne s’y attendaient pas et auxquels je n’avais rien laissé transparaître. J’avais dit que c’était pour des raisons d’objectivité. Effectivement, pendant tout ce temps jusqu’en juin 2006, j’ai gardé ce statut de neutralité. Il y a eu un événement en 2006 qui a bouleversé la situation.

J’ai eu à prendre position entre deux membres du parti au pouvoir et cela n’a pas plu aux dirigeants du parti qui ont brandi des menaces à mon endroit. Ces menaces me sont revenues et j’ai analysé seul les conséquences de ces menaces et ce n’est qu’en décembre 2006 que j’ai appelé un des responsables du parti au pouvoir pour lui annoncer mon intention d’adhérer à l’ADF/RDA ; j’ai précisé à l’intéressé qu’il ne s’agissait pas pour moi de lutter contre le président du Faso mais il s’agissait de sauvegarder le peu de crédibilité que l’on pouvait encore accorder à la région de l’Est.
Et beaucoup d’entre eux ont été alertés, ils ont même fait des interventions. Et voyant que la menace du mois de juin 2006 était, disons, inéluctable, j’ai préféré me ranger ailleurs qu’avec ces messieurs qui me menaçaient.

S. : De quelles menaces s’agissait-il ?

S.M.K. : Ce sont des menaces verbales qui m’ont été rapportées, donc je ne peux pas dire que c’est un indiscutable argument. On a dit que “Sa Majesté se mêle de politique, on va savoir maintenant où le mettre”. Alors quand le parti au pouvoir dit ça, il faut vous demander, si c’est dans une bouteille qu’on va vous mettre ou si c’est dans un fut de gazoil ou dans n’importe quoi ! Voulant prévenir les choses, j’ai pris les devants et j’ai adhéré à l’ADF/RDA qui, à mon sens, est un parti proche de la majorité présidentielle. La preuve c’est qu’en 2005, le président du parti a fait toutes les étapes de la campagne électorale avec le président du Faso. Le programme de l’ADF/RDA, concorde avec celui du parti au pouvoir. Donc pour moi ce n’était pas un retour dans l’opposition en tant que tel sinon je serais reparti au PDP/PS.

S. : En adhérant, l’objectivité dont vous parlez n’est plus de mise alors ?

S.M.K. : Elle est toujours de mise parce que j’ai une conscience.

S. : Comment peut-elle être de mise si vous êtes engagé ?

S.M.K. : Dans mes actes de tous les jours, je ne tiens pas compte de l’opinion politique de quelqu’un pour juger une affaire dans laquelle X ou Y est impliqué. En aucun moment je ne dis, toi tu n’es pas de notre bord politique donc tu n’as pas raison. Quand on juge, on le fait objectivement et cette objectivité, je la maintiens jusqu’à preuve du contraire.

S. : Vous avez tantôt parlé de deux personnes du parti au pouvoir que vous avez approchées pour une médiation. Qui étaient ces personnes-là ?

S.M.K. : Pas deux personnes. Elles sont nombreuses et si vous voulez des noms je peux vous les citer. Mais, je crains que ces messieurs ne soient un peu à l’écart de ce que nous disons aujourd’hui. J’ai demandé au président de l’Assemblée nationale Roch Marc Christian Kaboré, au maire de Ouagadougou, à Salif Diallo, chacun d’eux disait : “non c’est pas possible, comment cela se fait-il ?” Je leur ai dit de vérifier et qu’ils verront que c’est comme ça. Et tous après ma prise de position ont été unanimes à admettre ou à accepter le principe que je puisse me rebeller par rapport à tout ce qui se faisait contre moi. Vous vous souviendrez que dans un journal de la place j’ai dit que je ne voulais plus que la province du Gourma soit traitée comme une équipe de deuxième division. Parce qu’effectivement tout se faisait et gravitait ailleurs qu’à Fada. Maintenant que Fada N’Gourma n’est plus en deuxième division, je pense que beaucoup ont rabattu le caquet, et vont voir les choses autrement.

S. : Votre ancien parti, le PDP/PS, a tenu son congrès il n’y a pas longtemps et avec à la U ne des querelles qui font ressortir une des tares de l’opposition burkinabè à savoir son incapacité à s’unir et à s’organiser. Existe-t-il une alternative pour être crédible ?

S.M.K. : Ne parlons pas seulement du PDP/PS. Il y a plusieurs partis dans ce pays. Ce qui fait qu’aucun des partis ne représente aucune voie d’accès au pouvoir par l’alternance. On annonce le chiffre de 114 partis. Pour certains, ils sont 78.
On ne sait même pas combien de partis sont créés dans ce pays. Donc hélas, ce qui est à déplorer c’est que la plupart du temps, ces partis se créent pour avoir accès à la manne financière. Si c’est la manne financière qui doit guider la création d’un parti, ce n’est vraiment plus la peine de créer un parti. Les querelles au sein du PDP/PS, c’est tout à fait normal, il y en a ailleurs, dans les autres partis, petits ou grands vous le savez. Mais ça ne va pas au dehors parce qu’on couvre ça, on dit qu’il ne faut pas que ça se sache mais ça se sait hélas.

S. : Depuis votre démission surprise du PDP/PS, il y en a qui vous citent parmi les fossoyeurs de ce parti.

S.M.K. : Le fossoyeur est ailleurs. J’ai mené le parti jusqu’au 20 décembre 2002 sans aucun problème d’organisation, de structuration ou autre. A mon niveau, dans la province, j’ai fait ce que je devais faire sans le moindre regret, sans le moindre complexe.

S : Majesté, vous avez été d’abord au PDP/PS, vous avez viré au CDP ?

S.M.K. : Non jamais, jamais, je proteste formellement qu’on dise cela.

S. : Vous êtes dans l’ADF/RDA. Est-ce que vous ne considérez pas que c’est un nouveau défi politique ? et si oui, est-ce que vraiment ça peut apporter la crédibilité et la force de l’opposition ?

S.M.K. : Je réitère mon non absolu pour la bonne raison que pendant les quatre ans, aucun dirigeant ou responsable du CDP n’a discuté politique avec moi, aucun. Et dans le même temps, le PDP/PS est encore moins bien placé pour rediscuter politique puisqu’il savait quelle était ma position. Nomadisme veut dire être là aujourd’hui et le lendemain être ailleurs. Les nomades du désert, quand ils font leur transhumance, n’attendent pas qu’on sonne la cloche pour aller du Nord vers le Sud où il y a les grands pâturages. Mais chez moi, c’est une prise de position liée à un événement que je vous ai relaté et qui ne m’empêche en aucun moment d’avoir les meilleures relations avec les anciens ou les cadres actuels du PDP/PS. Même si ce parti est en crise, je suppose que c’est toujours un parti politique.

S. : Selon vous qui est-ce qui peut construire une opposition crédible, capable d’être l’alternative qu’on recherche ?

S.M.K. : Il faut qu’il y ait moins de partis politiques parce qu’on assiste à un éparpillement des mentalités, et des voix au moment des votes, mais un éparpillement même des responsables. Plus de 114 partis multiplié par 6 ou 7 responsables politiques par parti, on aurait 7 ou 800 dans ce pays ; si on en avait 7 partis multiplié par le nombre de responsables, ça fait 60 ou 700. Il faut cette approche. Malheureusement ceux qui se défendent d’un leadership particulier n’arrivent pas à s’entendre pour représenter cette tendance-là. Je donne un exemple, les Sankaristes, ils sont combien ? 4 ou 5 partis, ils peuvent en faire un. Chacun veut être le seul patron. C’est pas comme ça. Il faut poser la question à ceux qui n’arrivent pas à s’entendre parce que si on veut s’entendre pour construire, il faut tous signer pour ne pas vouloir être exigeant à tout point de vue.

S. : Mais Majesté, l’ADF/RDA semble avoir une position ambiguë présentement ?

S.M.K. : Dans quel domaine ?

S. : Quant à sa nature même, la nature même du parti, est-il de la mouvance présidentielle ou un parti d’opposition ?

S.M.K. : Quand on parle du parti d’opposition, il ne faut pas qu’on se voile la face . Je ne vois pas quel parti aujourd’hui, peut dire voilà on a voté le budget de tel ou tel département et il est pour ou contre ceci ou cela. Je ne vois pas quel est le parti d’opposition qui peut dire qu’il est pour ou contre l’envoi des avions pour chercher la pluie. Ce sont des gens qui veulent s’opposer pour s’opposer, sinon le fait de vouloir s’opposer de façon inconsidérée, je trouve que cela est malsain, parce que nous ne nous en sortirons jamais à force de s’opposer pour la forme.

S. : Pourquoi dit-on que le PDP/PS est un parti très radical ?

S.M.K. : Il est tellement radical que c’est ce qui a causé sa perte. La perte du PDP/PS a commencé lorsque, juste après les événements de 1998, il y a eu des élections en 2000 où ce parti avait prôné le “boycott actif”.

Ces deux mots ont été mis ensemble l’un contre l’autre à tel point que le PDP/PS n’a pas présenté de candidat pour les municipales. Si le PDP/PS avait présenté des candidats, je ne vous dirai pas que c’est le sable qui le dit, la situation politique était telle qu’il aurait pris le devant sur le parti au pouvoir. Il ne s’est même pas présenté. Donc il a laissé le champ libre et on a mis n’importe qui comme conseillers municipaux. Ceci a conduit à la dérive même pas du PDP/PS mais à la déliquescence du pouvoir local et Et il a été chef pendant 6 ans et demi. Mon grand frère Yentangou que certains connaissent, au moins de nom, a été fonctionnaire pendant 18 ans avant d’être chef. Il l’a été pendant 14 ans et demi avant de mourir. Parce qu’on est à l’ère de la mondialisation, je ne sais pas. Pourquoi on refuse que je sois fonctionnaire à la retraite, roi du Gulmu et que je postule. Cependant que mon père a été député, mon grand frère aussi donc père fonctionnaire député, mon frère fonctionnaire député, moi-même fonctionnaire, je veux être député on dit qu’il faut laisser et Je suis sollicité par l’administration dans le cadre de campagnes de vaccination ou de sensibilisation à la scolarisation des filles.

C’est un ensemble de domaines telle la transhumance pour lesquels ne pouvant pas être de ces structures, je délègue mes pouvoirs aux membres de la Cour. Ceux-ci me représentent et me rendent compte. Je peux envoyer un ou deux de mes ministres à un séminaire à Fada N’Gourma ou à Ouagadougou pour me représenter et suivre les débats. Je ne prends aucun décret écrit, tout se fait à l’oral. D’autant plus que notre fonction fut autrefois régie par une administration verbale. Mais on veut nous arracher le pouvoir traditionnel, au nom de la décentralisation. On est d’accord sur le principe que quand on décentralise, c’est pour mieux administrer. Mais quand vous mettez dans un village deux personnes qui sont soi-disant conseillers et n’ont aucune envergure pour traiter de certains problèmes, tel le foncier, c’est un problème très sensible que vous créez au niveau du conseil. A aucun moment les conseilers ne peuvent agir sans se référer au chef ; parce qu’un chef est censé connaître les limites exactes de son terroir, voire de son territoire. Et s’il ne le connaît pas, personne d’autre ne peut lui enseigner cela.

Mais à partir du moment où vous connaissez les limites de votre administration, vous êtes apte à gérer cette administration ; mais donner ce rôle au chef traditionnel reviendra à les confiner dans un rôle très lourd et à contre-courant avec ce qu’il faut faire. Si le chef doit administrer le terroir, il doit être en mesure de gérer le foncier en collaboration avec les pouvoirs publics. Il nous a été relaté qu’au Ghana, le gouvernement est en train de négocier pour avoir trois hectares pour le Burkina Faso, dans le cadre du port d’Accra. Cela relève obligatoirement du maire mais celui-ci ne peut pas se prononcer sans se référer au chef traditionnel. Cette stratégie permet d’éviter les ennuis si à chaque fois l’on fait les documents administratifs conformément aux parcelles attribuées. Mais vouloir s’approprier les terres à l’insu du chef est dangereux parce que l’on ne pourra pas recourir à lui en cas de conflit, du fait qu’on l’a contourné dès le départ.

S. : L’insécurité dans la région de l’Est est grandissante, de même que la criminalité. Quel est votre apport dans la lutte contre le grand banditisme, en tant que responsable averti ?

S.M.K. : Encore faut-il connaître les braqueurs. Malheureusement, ce problème remonte à 1988-1989. Je me rappelle avoir été à la chasse à cinq kilomètres de Fada et fait deux crevaisons en roulant sur des pieux.
Je revenais donc à pieds à Fada et à la hauteur de l’actuel poste de police, j’ai signalé en vain pour qu’une voiture s’arrête mais le conducteur est passé à toute vitesse.

J’ai reconnu le véhicule et son propriétaire. J’ai donc continué à marcher jusqu’à la maison. Quand j’y suis arrivé, la première chose que j’ai vue, c’était la voiture en question. Son propriétaire s’est excusé de ne s’être pas arrêté quand je lui ai fait signe. Il m’a alors expliqué que presqu’au même endroit il a été victime de braquage.
Il revenait de Ouagadougou et a aperçu sur la route un gros bois.
Il a donc foncé là-dessus parce que ce n’était pas un arrêt obligatoire.
C’étaient les premiers coupeurs de route qui étaient à l’œuvre. Quelques deux semaines après, sur la route de Niamey, à 45 km, deux camions remorque ont été l’objet de tirs de raffales. Mais ils ne se sont arrêtés que dans le prochain village, à 6 ou 7 km de là. Tout ceci n’était que les prémices de ce que nous vivons actuellement.

Les armes dont disposent les bandits ne sont pas à la portée d’un simple citoyen. Entre temps, il y a eu les tristes événements en Côte d’Ivoire, au Nigeria et dans d’autres pays de la sous-région. Pendant ce temps, les braqueurs ont continué à exercer jusqu’à nos jours. Ils sont moins poursuivis compte tenu de la distance existant entre les villages (au moins quarante 40 km). Alors comment résoudre ce problème ? C’est difficile. Beaucoup d’efforts ont été entrepris pour les neutraliser, mais en vain. Le gouverneur en a parlé en long et en large, lors de son interview accordée le 11 décembre, à la presse.
Néanmoins, les gens ont de moins en moins peur d’y aller, car toute une armada veille pour la sécurité des voyageurs.

S. : Vos plus proches collaborateurs dans la chefferie traditionnelle, vous feraient des coups bas. Est-ce vrai ? Comment arrivez-vous à gérer cela ?

S.M.K. : Les chefs de canton se côtoient et se consultent pour trouver des solutions à leurs problèmes ; il n’ya aucun coup bas à ma connaissance.

S. : Comment analysez-vous l’élection de Barack Obama ?

S.M.K. : L’élection de Barack Obama, c’est le triomphe de la démocratie et aussi celui de la société américaine.
De 1963 à nos jours, qui aurait pensé que les Américains en seraient venus à élire un Noir, en 2008 ? Mais c’est chose faite. C’est tant mieux pour la démocratie. Cependant, ce n’est pas encore la fin. Barack Obama risque d’avoir trop d’épines sur son chemin parce qu’il y a encore les ressentiments au sein de la population et des refoulements dans les organisations anti-noirs. Il faudra donc que l’administration veille sérieusement à sa sécurité pour qu’il assume son mandat. Sinon techniquement, administrativement et politiquement, il est armé pour diriger les États-Unis pendant quatre (4) ans, multipliés par deux.

S. : Que représente l’élection de Barack Obama pour l’Afrique ?

S.M.K. : Pour l’Afrique, ca ne représente rien de particulier, à partir du moment où il est avant tout président des États-Unis.
Maintenant, si dans sa politique envers l’Afrique, il nous communique ses intentions, nous saurons ce qu’il pense et veut de notre continent. Sinon, l’Afrique ne peut pas compter sur Barack Obama pour que les choses aillent mieux. C’est à lui de dire ce qu’il envisage pour l’Afrique.

S. : Robert Mugabé est en butte à une contestation de plus en plus forte. Peut-il trouver une solution pour le Zimbabwe ?

S.M.K. : A propos de Robert Mugabé, je trouve que l’Afrique n’a pas joué son rôle dans cette situation, une affaire interne et en putréfaction. Ce n’est pas possible qu’une élection évidente que tout le monde a saluée aboutisse à un tel chaos.

S’il a proclamé les résultats et prêté serment une heure après, c’est parce qu’il y a quelque chose de louche et nous ne pouvons pas continuer à accepter cette situation. Il faut réagir mais ceux qui doivent réagir ne le font pas.

S. : La justice internationale épingle de plus en plus les chefs d’Etat africains en activité. Faut-il souscrire à cette démarche ou y apporter des garde-fous ?

S.M.K. : Dès lors qu’il s’agit d’une justice internationale, il n’y a plus de garde-fous. Parce que la justice internationale s’impose à tout le monde.

S. : Comment se passent les choses au niveau de la justice internationale ?

S.M.K. : Il faudrait voir avec Maître Pacéré pour savoir comment se passent les choses au niveau de la justice internationale. Il pourra vous donner les détails sur les modalités de saisine de cette Cour, les dossiers effectifs qui lui sont soumis, etc.
Il y a des arguments qu’on présente pour appuyer ses accusations. Si les faits sont avérés, la Cour déplace la procédure auprès de la personne concernée. Mais ce temps pour arriver à la conclusion est très long.
Il faut quelqu’un pour introduire le dossier auprès de la Cour et ce n’est pas moi.

S. : Que pensez-vous de l’évolution politique en Guinée depuis la mort du président Lansana Conté ?

S.M.K. : Le cas de la Guinée est déplorable. Ce n’est pas normal que des populations soient massacrées parce qu’elles réclament le pain quotidien, que des militaires soient tués parce qu’ils revendiquent leurs salaires et que l’on ne dise rien sous prétexte que c’est une affaire interne. Je ne suis pas d’accord sur ce principe. C’est donc dire que je suis mal placé pour être ministre des Affaires étrangères ou à un poste stratégique.
J’allais démissionner dès le lendemain. Ceux qui ne m’ont pas nommé ont bien fait. Je les remercie.

S. : Peut-on dire que le tripatouillage est fini ?

S.M.K. : Le tripatouillage n’est pas fini. C’est ce qui fait que de nombreux chefs d’Etat ne peuvent rien dire et c’est pour ça que l’on n’avance pas.

S. : Que doit faire l’Afrique face à la crise financière ?

S.M.K. : La crise financière est une porte ouverte à toutes les dérives sociales. Il faut que les Etats africains s’y préparent.
L’Union africaine doit faire une grande conférence sur le sujet avec des experts à même de dire la vérité afin de prévenir le mal. Même si ça fait mal, il faut prendre les dispositions nécessaires car il revient aux Etats africains de faire leur autopsie financière, pour éviter que le choc soit trop brutal.

S. : Quelle appréciation faites-vous des crises persistantes dans la bande sahelo-sahélienne (Niger, Mali, Mauritanie) ?

S.M.K. : C’est vraiment dommage que les Etats ne prennent pas en compte toute l’étendue du territoire. Ce n’est donc pas étonnant que ceux qui sont brimés se révoltent. C’est ce qui s’est passé au Mali.

S. : Peut-on s’attendre à voir l’alternance au sein de l’ADF/RDA ?

S.M.K. : L’alternance est le terme que nous, nous souhaitons. Peut-être que ça arrivera un jour à l’ADF/RDA. Ce qui s’est passé au Ghana en est la preuve. Ce pays a respecté le choix démocratique et c’est une bonne chose. En réalité, les gens se disaient que ce serait la même chose qu’au Kenya ou au Zimbabwe. Mais le Ghana est sorti victorieux et c’est un point positif pour l’Afrique.

S. : Quel est, selon vous, le pays le plus démocratique en Afrique ?

S.M.K. : Le pays, le plus démocratique ? (Rires). Vraiment c’est difficile à trouver parce qu’il s’agit d’un processus. Quand je parle de pays démocratique, je veux dire celui qui fait le moins d’entorse à la démocratie. Il ne faut pas comprendre ça autrement.
Vous pouvez donc m’aider à chercher. Après le Ghana, le Bénin, c’est le Mali, l’Afrique du Sud, etc. Le Sénégal a tripatouillé et éjecté son président de l’Assemblée nationale. C’est malhonnête et malsain. Pourtant le langage de Wade, quand il était candidat, condamnait de tels comportements.

S. : Et si on vous demandait, qui êtes-vous ?

S.M.K. : Je suis né en février 1935 à Fada. Fils d’un fonctionnaire et d’une ménagère. Après des études primaires à Zorgho, je suis allé pour le collège moderne à Ouagadougou où j’y suis resté quatre ans. De là, je me suis retrouvé à Bamako parce qu’il n’y avait pas de place au second cycle pour moi à Ouagadougou. J’ai donc fait la seconde et la première à Bamako puis je me suis vu offrir une bourse pour aller faire la deuxième partie du Baccalauréat en France. Malheureusement, j’ai échoué et je suis revenu au pays chercher du travail. J’en ai eu, sans peine. J’ai passé deux ans dans le département des finances. Juste après, on m’a proposé un stage à Paris, dans le domaine des sciences sociales.

A l’issue de ce stage, j’ai été affecté comme directeur des Affaires sociales de 1959 à 1967. Je me suis alors présenté au concours d’entrée à l’Institut des hautes études d’Outremer, l’actuel Institut international d’administration publique. J’y suis resté trois ans, deux ans comme administrateur civil puis en 1971, j’ai été affecté à l’OFNACER (Office national des céréales). En avril 1974, j’ai quitté l’OFNACER pour être directeur du budget. En 1976, j’ai été proposé comme conseiller financier du chef de l’Etat de l’époque. J’ai renoncé à ce poste et chômé deux ans. En 1978, j’ai été recruté comme directeur administratif et financier du centre régional de télédétection de Ouagadougou (CRTO).
En 1986, pour des raisons politiques, on m’a emmené à la gendarmerie pour me poser des questions. On m’a relâché au bout de trois jours sans avoir même enregistré mon nom. Il n’y a aucune trace de mon passage à la gendarmerie.

C’est ainsi que j’ai été remis à la disposition du ministère des ressources financières. Et sentant le danger venir, j’ai demandé une retraite anticipée. J’ai donc joui de cette retraite de 1988 à 2002 où j’ai été intronisé Roi du Gulmu.

S. : Quel est le sens de Kupiendieli ?

S.M.K. : Le sens de Kupiendieli, je vais décomposer le mot.
Ku (abréviation de Kudi : (métal) -piendi : (blanc)
dieli : c’est la case Kupiendieli veut donc dire une case en métal blanc, attirant des regards.
Je demande donc à mes sujets, à toute la population de se ranger autour de moi pour que nous puissions administrer le royaume.

S. : Quelle est l’origine des Gourmantché ?

S.M.K. : Je déplore que les historiens n’aient pas encore trouvé une réponse quant à notre origine et supposent que nous venons du Tchad. Ça, c’est à revoir.

S. : Kupiendieli est marié à combien de femmes ?

S.M.K. : J’ai deux femmes et six enfants : 4 garçons et deux filles.

S. : Quel est votre divertissement préféré ?

S.M.K. : Mon divertissement préféré, c’est la musique de chez moi. Avant, c’était la chasse que j’aimais. Actuellement, j’aime écouter la musique africaine à 100% et aussi la musique américaine. Je ne joue pas d’instrument bien que j’aie été fondateur d’un orchestre en 1963. C’était l’orchestre ATIMBO que vous n’avez jamais connu.

S. : Quelle est l’origine du sable ?

S.M.K. : Le sable est d’origine égyptienne si nous venons de là-bas, c’est peut-être le savoir égyptien qui nous fait taper dans le sable. Mais malheureusement, il y a d’autres peuplades qui pratiquent ce rite et qui n’ont pas d’origine africaine.

S. : Pourquoi portez-vous des boucles d’oreilles ?

S.M.K. : En fait, ce ne sont pas des boucles d’oreilles. C’est une chaînette accroché au bonnet. Mais comme c’est à la même hauteur que les oreilles, on pense que ce sont des boucles d’oreilles. Ni mon père ni mon frère n’ont porté de boucles d’oreilles.

S. : Tous les chefs traditionels ont-ils un pouvoir mystique ?

S.M.K. : Ils n’ont aucun pouvoir mystique. Ils se réfèrent à leurs fétiches, et aux ancêtres.

S. : Qu’est-ce que Kupiendieli aime ou n’aime pas ?

S.M.K. : J’aime la démocratie. J’aime les bons plats. Le foutu de banane par exemple, le couscous aux raisins, les pâtisseries. Si vous voulez me donner tout ça, envoyez-moi à Marina Market. (Rires).
Ce que je n’aime pas, c’est l’insolence des gens, la provocation, le retard. Je croyais que votre porte était du côté du marché. Je ne savais pas qu’il fallait faire le tour, sinon je serais venu à l’heure pile.

S. : Que pensez-vous de la privatisation de l’OFNACER ?

S.M.K. : Je n’ai pas apprécié la privatisation de l’OFNACER.
En 1974, j’avais 545 millions de F CFA dans les comptes de banque de l’OFNACER et plus de 600 tonnes de céréales. Malheureusement, celui qu’on a mis à ma place s’est laissé manœuvrer par ceux qui étaient autour de lui. Ils sont arrivés à la conclusion qu’il fallait scinder l’OFNACER en deux et donner la partie du secours alimentaire à quelqu’un d’autre et au bout de deux ans, l’argent a été dilapidé et les stocks épuisés. Je ne sais plus ce qu’il y a dans les stocks de l’OFNACER, actuel SONAGESS.

S. : Que pensez-vous des médias, de la presse ?

S.M.K. : La presse a fait des progrès et doit se professionnaliser encore davantage. L’ADF/RDA aura son journal d’ici l’année prochaine, mais ce n’est pas facile de créer un journal.
Je sais que Sidwaya va fêter ses 25 ans dans trois mois.
A cette occasion, je félicite tous ceux qui ont été de la partie depuis le début. Félicitations et merci de m’avoir reçu comme invité de la rédaction.

La rédaction

Sidwaya

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