Fronde sociale : « Si le pouvoir organise l’affrontement avec les syndicats, il y perdra beaucoup de plumes », Dr Alain Zoubga de l’Autre Burkina/PSR

DECLARATION • dimanche 6 mai 2018 à 22h31min

Ceci est une déclaration de l’AUTRE Burkina/PSR à l’occasion de la rentrée politique du parti le samedi 05 mai à Laye.

Fronde sociale : « Si le pouvoir organise  l’affrontement avec les syndicats, il y perdra beaucoup de plumes », Dr Alain Zoubga de l’Autre Burkina/PSR

Depuis plus d’une année, de nombreux citoyens parmi les plus optimistes ont fini par se convaincre que le Burkina traverse une crise socio-politique profonde doublée d’une crise de régime ! Cette situation qui se traduit par un « blocage institutionnel » s’explique entre autres par : d’abord les conditions d’accession du MPP au pouvoir, après une révolte nationale dévoyée par le régime militariste de la transition ; ensuite après avoir conquis le pouvoir en tant qu’hommes politiques nos dirigeants ont du mal à revêtir la tenue d’homme d’Etat dans la gestion du pays.

En effet, le lourd héritage légué par la transition n’est pas toujours compatible avec les nouveaux choix stratégiques du MPP, et c’est le début des contradictions au sein des « insurgés ». Mais, en dépit du désir subjectif de certains acteurs, elle n’a pas été et ne pouvait pas être une révolution. Qu’à cela ne tienne le slogan mythique d’alors « Plus rien ne sera comme avant ! », réussissait déjà à « emporter les masses ». Les revendications devenaient plus nombreuses et surtout complexes ! Plusieurs mois après les évènements, l’on se croirait aux premiers jours de la révolution d’Août 83. Sous le règne du régime des colonels, ses principaux dirigeants ont érigé la tricherie en système de gouvernement.

Les discours et comportements des chefs de la transition militariste indiquaient clairement leur volonté de transformer la transition démocratique du peuple en révolution démocratique. Toute critique contre la « marche radieuse » de la transition, devait être châtiée. Les élections devraient attendre. Ainsi, notre pays découvre brutalement l’un des régimes les plus autoritaires de son histoire, qui, à certains moments ressemble fort à un Etat de non droit, dans un esprit de haine et de vengeance (terreur, justice aux ordres, légalisation des exclusions politiques, malversations financières, rapines immobilières, népotisme, arrestations..).

A l’issue d’un processus électoral verrouillé par un code électoral inique, le MPP s’installe au pouvoir. Très vite, certains des anciens alliés dénoncent ouvertement une récupération de leur « lutte révolutionnaire » ! Et comme si tout cela ne suffisait pas, les défis de l’insécurité et de l’incivisme viennent s’ajouter aux anciens défis. Face à cette tâche gigantesque et comme pris par une panique certaine, le nouveau pouvoir choisit alors de gouverner avec la rue et par la rue. Erreur !

Et rapidement, l’équipe de PKT (Le premier ministre Paul Kaba Thièba, ndlr) montre des signes d’incompétence réelle, entrainant des critiques internes, des mises en garde ; certaines voix dénonçant clairement son analphabétisme politique. Fait caractéristique à souligner, c’est le recours systématique du PM (Premier ministre, ndlr) à la « méthode du rétroviseur ».

En effet, dans la difficulté pour avancer et trouver des solutions aux préoccupations des citoyens, PKT préfère rejeter la responsabilité du mauvais état de la nation (insécurité, pauvreté....), sur le Régime COMPAORE. Ainsi, à force de se fixer sur son rétroviseur, le PM ne voit rien à l’avant et il va droit au mur ; il oublie qu’il est là pour apporter des solutions à nos aspirations légitime car plus rien ne doit être comme avant. Actuellement le pays est devenu un champ de foyers de mécontentements et d’agitations multiformes.

Concernant la gouvernance nationale actuelle, notre parti s’interroge. En effet, alors que c’est justement le PF (Président du Faso, ndlr) lui-même qui nous a expliqué la politique du « Mouta-mouta » pour nous mettre en garde, paradoxalement on constate qu’elle existe dans les milieux proches du pouvoir.

Dans JA 2989-2990 du 22 avril_05 mai le PM déclare « Le PNDES c’est ma boussole » ! Du reste aujourd’hui l’on peut se demander ce qu’il aurait pu nous proposer d’autre en tant que nouveau PM, bon élève de la grande finance ? Nous ne sommes pas des négativistes, alors nous reconnaissons que le PNDES n’est pas rien. Mais dans les conditions actuelles et en examinant les potentiels facteurs de réussite, le PNDES ne sera pas la force qui provoquera « L’insurrection contre la pauvreté » dans le pays, comme l’avait proclamé PKT.

Sur le front social, tout brûle dans tous les secteurs. Et l’erreur du gouvernement c’est de vouloir rendre impopulaire les revendications syndicales, oubliant que ce sont de vielles manœuvres, bien éprouvées par les syndicats burkinabè qui n’ont plus rien de commun avec des syndicats jaunes. A titre d’exemple, en déclarant le sit-in non légal le gouvernement s’engage dans une voie sans issue. Et concernant le Fond Commun, si les revendications syndicales sont légitimes, la volonté du pouvoir de mettre fin à une certaine injustice liée au FC est tout aussi légitime. Néanmoins en termes de légalité et d’éthique le gouvernement devrait faire profil bas, car il n’ignore rien des textes incriminés. Dans son exposé, faisant allusion à la période noire du FC, Mme la ministre indique clairement que « le FC est passé de 20,11 milliards en 2012 à 55 milliards en 2017 » ; on peut déduire que sa responsabilité est clairement engagée. Et sur ce point il est difficile de se cacher derrière un rétroviseur ! En outre, selon certaines informations, des autorités du Ministère bénéficieraient des FC.

Notons aussi que l’Exécutif a donné un très mauvais exemple en instituant le gré à gré sur les milliards du PPP. C’est pourquoi, nous l’invitons à engager des négociations globales et franches incluant même les caisses noires et autres fonds. Si le pouvoir organise l’affrontement avec les syndicats, il y perdra beaucoup de plumes, au regard des tendances d’évolution de la situation nationale. A la santé la question des évacuations sanitaires, est perçue comme une grosse injustice au sein de l’opinion, même parmi les personnels de santé et une grogne se développe à bas bruit. Au total, concernant la question des injustices, l’AUTRE Burkina/PSR donne un carton rouge au gouvernement PKT pour avoir accordé des avantages discutables aux magistrats !

Le Burkina d’aujourd’hui, c’est aussi l’heure des grands procès et il faut se féliciter de l’ouverture de deux de ces procès ! Mais, la dernière prise de position du MBDHP qui dit « Craindre que ce procès ne subisse le même sort que celui du gouvernement TIAO III » vient nous rappeler une certaine réalité. Ainsi, concernant le procès des anciens ministres, après une suspension sine die, tout le monde attend de connaitre la vérité des faits, mais aussi la réalité des véritables accusés, les ministres étant eux accusés de complicité. Ces complices veulent rendre compte et s’expliquer alors que visiblement l’on veut les « maintenir dans une situation où ils ne peuvent vivre ni mourir ». Et pourtant après la longue suspension, les autorités judiciaires ont déclaré que la Haute Cour de Justice est désormais parée pour un procès équitable ! Nous demandons la reprise rapide du procès.

La situation sécuritaire est d’une extrême gravité et à chaque fois que nous l’abordons c’est douloureux. Condoléances aux victimes, courage et félicitations aux FDS. Depuis 2015, plusieurs dizaines des enfants du pays ont été assassinés par la horde terroriste et nous sommes en passe de perdre le Nord du pays. Nous le soulignons davantage, une guerre injuste nous est imposée. En effet, c’était sous la direction de SARKOZY, des puissances étrangères ont organisé leurs propres groupes armés au sahel, déclenché diverses opérations militaires en RCI, en Libye, au Nigéria, au Mali, en RCA, avec des objectifs inavouables.

C’est pourquoi, nous interpellons le Chef de l’Etat afin que : i/des moyens plus importants soient mis à la disposition des FDS ; ii/ il réexamine sa politique d’alliance pour définir sa propre ligne d’action, une diplomatie secrète parallèle, car ces puissances ont des cellules en contact avec ces djihadistes ; iii/ il envisage la mise à contribution de la composante citoyenne dans la défense du territoire ; iv/ revisiter profondément nos services de renseignements ; v/Enfin, nous demandons au PF, chef des armées, d’aller sur le champs de bataille, pour des visites de soutien à nos troupes au Nord.

L’autre sujet qui fâche c’est la Réconciliation nationale. Et pourtant l’état des lieux est horrible ; la quasi-totalité des régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance politique sont accusés de crimes politiques, économiques et de sang.

La liste des assassinats attribués à ces pouvoirs est très longue ; les régimes du CNR, du Front populaire et de la IVème république sont fortement indexés. Depuis lors, que de familles endeuillées, des cœurs meurtris nourris par une volonté de vengeance, avec en prime un sentiment réel d’impunité. La transition des colonels apporta aussi sa part de haine et de vengeance ! De nouvelles rancœurs, de nouvelles haines viennent s’ajouter aux anciennes, rendant chaque jour la réconciliation plus compliquée. Le danger est donc réel pour la cohésion sociale et la paix. Désormais les enfants du pays doivent se parler pour se réconcilier sur la base de la VERITE, la JUSTICE, et le PARDON !

OUAGADOUGOU, le 05 mai 2018
Dr Alain Dominique ZOUBGA

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