Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • samedi 7 janvier 2017 à 03h25min

Le feuilleton judiciaire des militaires qui complotaient d’attaquer la maison d’arrêt et de corrections des armées (MACA) et les casernes militaires se poursuit. Après trois séances (deux en décembre 2016) et une, la veille, le fond du dossier est enfin attaqué, ce 6 janvier 2017 au tribunal militaire de Ouagadougou. A la barre, neuf accusés ont été entendus et les avocats de la défense ont demandé le retrait d’une pièce du dossier.

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Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

Pour le deuxième jour de la reprise du procès, un élément important a été longuement discuté par l’accusation et la défense. Il s’agit de l’admissibilité de la pièce que constitue l’enregistrement sonore de la réunion du 19 décembre 2015 au domicile du présumé cerveau des accusés, le caporal Madi Ouédraogo. « Comment l’accusation a-t-elle obtenu cet enregistrement ? D’un officier de police judiciaire, d’un témoin ou d’un inculpé ? »

Pour la défense, la légalité de cet enregistrement est remise en cause car il a été frauduleusement obtenu. Aussi, selon elle, il y a des passages qui ont été rayés. Par qui ? Me Birba Christophe, répondra que la défense ne sait pas qui les a rayées. « S’il y a des passages qui ont été enlevés, ce n’est pas exclu qu’on en rajoute d’autres », a-t-il indiqué. Tous ces éléments ont conduits les avocats de la défense à demander le retrait de la pièce du dossier « par respect le tribunal ».

Invoquant le code de procédure pénale en ses articles 11 et 427, le Commissaire du gouvernement Alioune Zanré a déclaré que l’enquête est sécrète et qu’elle est non contradictoire. Faisant toujours référence au code, Alioune Zanré a indiqué que la loi dit de l’officier de police judiciaire qu’il n’est pas tenu de dévoiler sa source d’enquête ou ses sources d’informations. Et en guise de droit comparé, le commissaire du gouvernement a évoqué plusieurs éléments de jurisprudence en la matière avant de terminer « nous n’allons pas dévoiler sa source ».

Parmi les militaires qui ont comparu, l’on retiendra le passage du Caporal Manboné Alexis, dernier à passer devant le juge avant que celui-ci ne suspende le procès pour le lendemain, 7 janvier à 8h30. S’il reconnait avoir détenu des munitions, le caporal Manboné Alexis a tout de même nié le fait d’association de malfaiteurs.

Dans son récit, l’on retiendra qu’il a été contacté par son collègue du Régiment de sécurité présidentielle, le caporal Sama Clément, en partance au Mali dans le cadre de la mission du bataillon Badenya 3. Celui-ci lui aurait demandé de garder les effets de sa maison pendant son absence. Ayant accepté, le caporal Manboné avoir aperçu une kalachnikov plus trois chargeurs sur le matelas de son collègue à la maison. « Quand j’ai vu l’arme, j’ai immédiatement appelé son commandant d’unité pour lui rendre compte. Il m’a alors demandé de venir réintégrer l’arme », a déclaré Manboné Alexis qui a pris le soin de préciser à la Cour que la dotation pour tout soldat du RSP est composée d’une kalachnikov et de quatre chargeurs.

Le matériel réintégré, le caporal dit avoir pris le soin d’en informer son collègue. Plus tard, après avoir déménagé les effets du caporal Sama Clément dans l’une des chambres de son domicile sans chercher à savoir s’il y avait toujours des munitions ou des armes, le caporal Manboné raconte que c’est lors d’une perquisition de la gendarmerie que des munitions ont été découvertes dans le tiroir d’une armoire appartenant à son collègue.

Pour ce qui est du fait d’association de malfaiteurs en vue de l’attaque de la poudrière de Yimdi et des casernes militaires, le caporal Manboné affirme avoir été informé par Madi Ouédraogo. Ce dernier, selon l’accusé, n’est pas un fantassin mais un tringlot, c’est-à-dire un conducteur. « Je ne pense pas qu’un caporal peut avoir des moyens pour attaquer Yimdi et aller libérer les détenus », s’est-il dit.

« Il m’a juste informé du projet, il n’y a pas eu de débats. Je suis reparti. Le lendemain, je suis reparti lui dire que je ne pouvais pas participer au projet. Je suis allé trouver qu’il n’y avait personne et c’est à mon retour que j’ai rencontré un soldat qui m’a informé que Madi a été arrêté », a déclaré le caporal Manboné.

Le caporal Bontougdou Yemdaogo fait partie de cux qui ont comparu très tôt dans la matinée. Il a raconté avoir participé le 16 décembre 2015, à une réunion au domicile de Ouédraogo Mady. A l’en croire, l’ordre du jour portait, initialement sur la perte du matériel des éléments du RSP. « J’ai perdu deux bœufs, quatre moutons, une télé écran plat, une bouteille de gaz après l’assaut sur le camp Naba Koom. Je cherchais des solutions pour rentrer en possession de mon matériel, parce que quand j’ai rendu compte à ma hiérarchie, elle m’a fait savoir qu’elle ne pouvait rien faire. Il n’était pas question d’attaquer la MACA pour libérer les généraux ». C’est en substance le témoignage du caporal.

Mais pourquoi le soldat n’a-t-il pas rendu compte à sa hiérarchie, après avoir su qu’il y avait un autre point à l’ordre du jour, celui d’attaquer la MACA, a demandé le commissaire du gouvernement Alioune Zanré pour qui le compte rendu libère le subordonné. « Je ne leur ai pas rendu compte parce que je n’avais pas confiance, en plus ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de solution à mon problème, alors c’est pour cela que j’ai participé à la réunion », a répondu le caporal.

Il y a de grandes différences entre ce que les accusés ont déclaré à la gendarmerie lors de l’enquête et ce qu’ils disent à la barre. Le caporal Bontougdou Yemdaogo a confié qu’ils n’ont pas été bien traités. Par exemple, il affirmé qu’il a passé plus de deux jours sans manger et que c’est son geôlier qui lui a donné une demi-miche de pain en lui recommandant de ne rien dire. « Sous la faim et avec un interrogatoire qui a lieu en présence des chefs des accusés, ce derniers n’étaient pas libres », ont insisté les avocats.

En attendant la reprise du procès le samedi 7 janvier, Me Birba Christophe est convaincu que le témoignage du caporal Ido Claude, l’une des pièces maitresses de la réunion de décembre 2015 pourrait faire basculer le procès car « c’est lui qui a fait la proposition d’aller attaquer la MACA et cette partie n’existe pas dans l’enregistrement sonore. Pourquoi », s’est interrogé l’avocat de la défense ?

Herman Frédéric Bassolé et Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 7 janvier à 15:04, par Zara
    En réponse à : Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

    C’est bien de dire le droit, mais il faut aussi respecter nos martyrs ! ce sont ces mêmes RSP qui ont passé 25 ans à tuer et traumatiser ce peuple Burkinabé qui, nous sollicitent aujourd’hui un jugement équitable, il faut remercier le peuple burkinabé pour son insurrection, je pense que sous votre mentor le Blaiso un tel acte est synonyme d’exécution immédiate !

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    • Le 7 janvier à 21:11, par Harouna
      En réponse à : Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

      Zara, vous exagerez. Le RSP a passé son temps à tuer le peuple et vous vivez toujours ? Le RSP était composé de burkinabè comme vous et moi.

      Répondre à ce message

    • Le 8 janvier à 07:30, par zwwa
      En réponse à : Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

      Avez vous regardez l’age des prevenus a la bare ? Vous verez que l’on pas a juger des gamins pour les erreurs de leur predecesseur, fallait donc attrapper Zida pour regler vos problem de 25ans.... Sans oublier que le RSP n’a meme pas 25 ans d’age.....

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    • Le 9 janvier à 09:50, par Kôrô Yamyélé
      En réponse à : Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

      - Zara, s’il te plait réfléchit un peu plus. Considère l’âge de ces soldats dans ton raisonnement et tu déduiras que ce sont leurs prédecesseurs plus anciens qu’eux qu’on doit accuser des nombreux crimes commis par le RSP dans ce pays. Je pense à Diendéré, à Zida, à Kéré Boureima, à Hyacinthe Kafando, à Marcel Kafando et j’en passe. Ce sont ces gens et leurs classes du RSP qui doivent endosser ces crimes dont tu fais allution.

      Malheureusement, en stratégie militaire, il y a ce qu’on appelle la relève. On te relève et celui qui te remplace paye tes crimes à ta place, surtout si ce n’est pas totalement prouvé. Sinon comment peux-tu comprendre qu’un Yacouba Isaac ZIDA qui a conduit de main de maître l’affrontement entre le RSP et les civils sans armes puisse à un moment donné se retrouver comme président, puis 1er ministre dans ce même pays ? N’eût été la formidable résistance des citoyens, son mentor Blaise serait toujours assis confortablement à Kossyam pendant que les RSS seraient entain de chanter l’hymne du ciel avec les anges.

      Par Kôrô Yamyélé

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  • Le 7 janvier à 23:44, par kihan
    En réponse à : Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

    ZIDA a simplement piégé les enfants, en introduisant ce point à l’ordre du jour de la réunion des enfants ; si non comment comprendre que c’est celui là même qui enregistre la réunion qui introduit le point à l’ordre du jour.

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  • Le 7 janvier à 23:56, par Pandore
    En réponse à : Procès des militaires : les premiers inculpés comparaissent

    Monsieur le commissaire du gouvernement
    Le code de procédure pénale que vous évoquez nous vient de France. Elle est issue de la réforme de 1958. (Cf. le cours de police judiciaire). Aussi dans la procédure pénale de droit latin, il n’y a point de témoignage anonyme encore moins pour une pièce fondamentale sur laquelle se fonde la poursuite. Toutes les pièces versées dans la procédure doivent être authentifiées et les auteurs identifiés. La procédure pénale n’a que faire des bulletins de renseignement de la police ou de la gendarmerie. La seule pièce qui vaille est un PV et l’on est obligé de donner son nom et sa qualité en vertu de laquelle l’acte est dressé. Si un temoignage unique est un temoignage nul (Testis unus, testis nullus), qu’en est-il donc d’un temoignage anonyme ? C’est djibnamori . C’est comme ça la procédure pénale et dommage pour la justice burkinabè. Soyons professionnels.

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