Tahirou Barry, Ministre de la culture : « Je veux être un chargé de mission qui rendra compte tôt ou tard de sa mission devant l’histoire »

LEFASO.NET | Par Oumar OUEDRAOGO • mercredi 12 octobre 2016 à 00h26min

Arrivé troisième sur quatorze candidats à l’élection présidentielle de novembre 2015, Tahirou Barry, président du parti pour la renaissance nationale (PAREN), dirige, depuis janvier 2016, le ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCAT) dans le gouvernement Thiéba, un secteur pour lequel l’un des plus jeunes ministres nourrit, visiblement, de nombreuses ambitions. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, Tahirou Barry dresse un regard sur ses dix mois à la tête de son département et aborde plusieurs autres sujets qui ont captivé l’intérêt de l’opinion à l’image du projet de construction du mémorial Thomas Sankara, son soutien à la reconstruction du studio Abazon de l’artiste Smockey (Serges Bambara), les nominations à polémiques au sein de son département ministériel. Tahirou Barry s’est également prononcé sur la crise au sein de son parti le PAREN et l’an II de l’insurrection populaire. Bonne lecture !

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Tahirou Barry, Ministre de la culture : « Je veux être un chargé de mission qui rendra compte tôt ou tard de sa mission devant l’histoire »

Lefaso.net : Cela fait dix mois, que vous êtes dans le gouvernement, comment appréciez-vous votre présence dans cet exécutif ?}

Tahirou Barry : C’est une grande école, riche d’enseignements, qui me permettent chaque jour de découvrir les vraies réalités de ma Patrie, ses contraintes objectives, sa fragilité et surtout ses grandes opportunités.

Lefaso.net : Forte pression, certainement, pour ce tout premier exécutif de l’ère post-insurrectionnelle avec son cortège de fortes attentes des Burkinabè !

Tahirou Barry  : Forte pression fort logique parce que, le peuple a beaucoup souffert. La nation a traversé beaucoup d’épreuves douloureuses qui l’ont fortifiée et confortée ses espérances pour un meilleur devenir. Le sang a été malheureusement versé et c’est avec ce sang, le sang des martyrs qu’une nouvelle page de notre histoire doit être écrite. Celui qui s’écartera de cette forte aspiration portera indéfiniment les stigmates d’un désaveu cinglant.

Lefaso.net : Au dévoilement de la liste, de nombreux Burkinabè auraient souhaité vous voir plutôt à la tête du ministère de la jeunesse !

Tahirou Barry : Pendant les concertations pour la constitution du gouvernement, nous n’avons demandé que le ministère de la culture. Nous n’avons visé ni ministère dit de souveraineté ni ministère dit riche de plusieurs milliards comme budget, ni ministère de la jeunesse avec ses nombreux Fonds. La raison est simple. Le fondement de toutes politiques, qu’elles soient économiques, politiques ou sociales repose d’abord sur la culture. C’est la culture qui donne sens à la vision politique qu’on veut imprimer dans la marche d’une nation. Beaucoup n’ont pas compris notre choix d’un ministère présenté comme le plus pauvre du gouvernement. En réponse, j’ai toujours répété qu’on n’est pas arrivé au gouvernement pour se servir mais plutôt pour servir.

Lefaso.net : Pourtant, on dit que vous êtes allé à la soupe !

Tahirou Barry : C’est une offense que de penser ainsi. Si je voulais manger, je n’allais pas quitter ma fonction dans le secteur minier pour un salaire ministériel que je savais moins avantageux et assujetti à des dizaines de sollicitations sociales par jour. Ceux qui parlent de ‘’soupe’’ pensent certainement aux basses besognes et autres deals liés aux marchés publics. Mais à l’ère post-insurrectionnelle, il faut être fou et amnésique pour s’y aventurer.

Lefaso.net : Vous êtes quand même dans une grande résidence ministérielle à Ouaga 2000 réservée aux hautes personnalités avec véhicule et chauffeur !

Tahirou Barry : Je n’ai pas jugé utile de résider dans ces villas. J’habite toujours chez moi et j’utilise toujours mon véhicule personnel pour mes déplacements divers et au bureau. Le véhicule de fonction n’est utilisé que pour les besoins de service car, pour moi les biens publics sont sacrés. Je tiens à rappeler que je ne me considère pas comme un ministre avec tous ses attributs protocolaires. Je veux être un chargé de mission qui rendra compte tôt ou tard de sa mission devant l’histoire.

Lefaso.net : Comment définissez-vous votre mission et que souhaitez-vous comme action à la culture de votre pays ?

Tahirou Barry  : Ma mission est simplement de repositionner le département dans la place qu’il mérite et de l’engager résolument dans l’accomplissement plein et entier de toutes ses prérogatives dans le cheminement de notre nation vers l’émergence.

Lefaso.net : Juste avant l’insurrection populaire, un artiste burkinabè avait déclaré que « la culture n’est même plus le parent pauvre mais plutôt le parent mourant de la politique nationale ». Quel a été votre diagnostic de la situation à votre arrivée à la tête du département ?

Tahirou Barry  : Dès ma prise de service, j’ai fait le tour des régions pour toucher du doigt la réalité de mon département et organiser des assemblées générales avec l’ensemble des acteurs. Le constat n’était pas reluisant ! J’ai trouvé d’abord des agents démotivés et apparemment lassés de tout, inexistence ou inadaptation d’infrastructures culturelles, faible déconcentration de l’administration culturelle, un BBDA (Bureau burkinabè du droit d’auteur) au bord de l’implosion, artistes, créateurs et promoteurs peu outillés, effacés, sans protection sociale, difficultés d’accès aux subventions, absence d’aménagement de la quasi-totalité de nos sites et attraits touristiques, absence de promotion de la destination du Burkina, bref une situation très préoccupante.

Lefaso.net : Dix mois, c’est également le temps à la tête de votre département, quel arrêt peut-on marquer, en termes de bilan partiel ?

Tahirou Barry  : En un mot, c’est la dynamique culturelle et touristique que nous avons suscitée dans toutes les régions, l’accompagnement financier à travers des mécanismes divers de centaines d’initiatives culturelles porteuses, la révélation de nouveaux talents artistiques, la nouvelle gouvernance au BBDA avec en perspective un audit financier et organisationnel, la mise en place d’un Fonds de soutien aux créateurs de plus de 50 ans, aménagement des infrastructures et sites comme le CENASA (Centre national des Arts du spectacle et de l’audiovisuel). On note également dans ce registre, la tenue effective du SITHO (Salon International du Tourisme et de l’Hôtellerie de Ouagadougou) et du Symposium international de Laongo après deux éditions d’éclipse, la poursuite de l’aménagement des ruines de Loropéni, l’opérationnalisation en cours du Fonds de développement culturel et touristique, la formation des acteurs privés notamment les guides touristiques, la promotion extérieure de nos artistes au Mali, Abidjan, New-York, France, l’adoption en Conseil des ministres du projet de loi dite des 1% etc. Bref, un bilan détaillé sera préparé.

Lefaso.net : Quel est le contenu du projet de loi dite des 1% ?

Tahirou Barry : Le projet instaure une obligation de décoration artistique des constructions publiques et des bâtiments recevant du public. Il contribuera à l’éducation artistique par la découverte de notre histoire commune et favorisera le développement d’une véritable industrie d’art plastique et appliqué. Si le projet est adopté, nos villes burkinabè auront une véritable âme à travers la valorisation de notre riche patrimoine.

Lefaso.net : A votre arrivée au ministère, vous avez institué certaines pratiques comme la visite et le soutien des artistes âgés souffrants, la montée du drapeau à 7h en chantant l’hymne national, le port du Faso danfani les lundi et jeudi. Quelle est la philosophie de toutes ces actions ?

Tahirou Barry : C’est une exigence de réhabilitation même du ministère en tant qu’appareil chargé de la promotion des valeurs de référence, de mobilisation sociale, de créativité et d’impulsion du changement de comportement. Jean Jaurès l’a dit, « on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir. On enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est ». Notre département devrait donc donner l’exemple et non montrer l’exemple. « Soyez l’exemple que vous voulez pour les autres » nous dit Gandhi. Dès ma prise de service, j’ai effectué une tournée dans toutes les directions à partir de 7h et j’ai constaté que les retards étaient devenus des principes et la ponctualité l’exception. Certains services étaient désespérément vides souvent jusqu’à 8h.C’est un mal qu’il fallait corriger souplement en raison de la démotivation souvent légitime des travailleurs. Figurez-vous ce que l’Etat perd chaque année en raison des retards et autres absentéismes des travailleurs. Prenons l’exemple d’un ministère de 5000 employés qui cumulent chacun un retard d’une heure par jour soit à l’arrivée ou et au départ avant l’heure. En une semaine, chacun perd 5h et en 48 semaines dans l’année, cela représente 240 heures. Appliqué à l’ensemble des 5000 travailleurs, la nation perd plus d’un million d’heures de travail. Peut-on construire un Etat avec une telle plaie ? C’est pourquoi, j’ai interpellé chaque directeur sur ses responsabilités envers ses agents et proposé qu’on se retrouve tous les jours ouvrables à 7h pour la levée de drapeau en chantant l’hymne national. L’hymne rappelle à chacun chaque matin qu’il est au service exclusif de la mère Patrie qu’il doit contribuer à bâtir avec enthousiasme et sacrifice. Quant au port du Faso danfani, il vise à stimuler notre intérêt pour notre produit vestimentaire et réaffirmer notre soutien à tous ces braves hommes et femmes de la filière qui se battent pour valoriser notre patrimoine et reculer les frontières de la pauvreté.

Lefaso.net : Vous êtes donc présent au bureau dès 7h. Pouvez-vous nous raconter une journée normale de travail du ministre ?

Tahirou Barry : Après la montée des couleurs, je reçois mes directeurs selon les priorités du moment jusqu’à 11h. Entre 11h et 17h, j’entame les audiences avec les acteurs du privé. A partir de 18h, j’examine mes dossiers dans le calme. Généralement, ma soirée se termine dans des cérémonies et autres activités culturelles jusque souvent à 0 heure. C’est le cas surtout les week-ends.

Lefaso.net : Vous semblez donc dormir peu. Qu’est-ce qui vous fait tant courir ?

Tahirou Barry : Je répète à qui m’interpelle que je ne suis pas venu en tourisme au ministère du tourisme. Je suis-là avec une mission et une volonté. Le département a assez de difficultés et ce n’est pas avec nos larmes qu’on va les nettoyer. C’est avec nos sueurs. J’ai aussi compris que dans la vie, le triomphe passe par trois valeurs : la bonne foi, le travail et le temps.
La foi est votre lumière, votre guide. Le travail vous libère, et le temps bien géré consolide votre action. Un temps perdu est définitif. Ce n’est pas facile surtout quand souvent mes enfants me demandent où je vais encore. Mais l’essentiel est d’assumer sa condition et de progresser.

Lefaso.net : Il y a certaines actions qui ont été fortement critiquées telles que l’interdiction du concert de l’amitié avec à l’affiche le camerounais auteur de la chanson « coller la petite ». Pourquoi avez-vous interdit le concert ?

Tahirou Barry  : J’ai simplement exigé le respect de la loi sur la réglementation des spectacles qu’on s’est octroyée librement et cela doit s’appliquer à tous sans exception. Le promoteur a compris notre démarche et s’est conformé aux règles. J’y veille personnellement car notre mal, c’est souvent l’absence de l’Etat quand il faut asseoir l’autorité, la discipline et l’ordre.

Lefaso.net : Il y a aussi les nominations à polémique notamment celles des enseignants !

Tahirou Barry : Rappelons qu’avant mon arrivée, tous nos quatre directeurs provinciaux au Bam, Passoré, Bougouriba, Nahouri étaient des enseignants et cela n’était pas mauvais en soi car, la culture est si vaste et multisectorielle qu’elle ne saurait reposer sur les épaules des seuls spécialistes du ministère. L’option s’est donc poursuivie au regard du contexte actuel de la stratégie nationale de valorisation des Arts et de la culture dans le système éducatif et la nécessité de parachever la déconcentration culturelle en dotant toutes les 45 provinces de directeur provincial. C’est ainsi qu’une dizaine d’enseignants ont été responsabilisés mais la trentaine des postes est restée entre les mains des spécialistes du ministère qui ont accepté la proposition de servir dans les provinces.

Lefaso.net : Les hommes sont un maillon indispensable dans l’accomplissement des missions, quelle est votre politique/vision en matière de gestion et de promotion du capital humain à l’interne ?

Tahirou Barry : Les hommes constituent notre première richesse et restent notre première fierté. Ils s’investissent à fond dans leur travail sans attendre une quelconque récompense. Les agents de liaison que j’ai rencontrés m’ont avoué qu’ils utilisent leur propre moyen de déplacement pour les services du ministère. Certains acteurs privés vendent leurs biens pour réaliser leurs projets. Cela me donne des larmes aux yeux et le ministère ne restera pas indifférent dans leur besoin d’accompagnement technique, financier ou matériel.

Lefaso.net : Quelles sont les actions prioritaires que vous avez identifiées dès votre arrivée à la tête du département ?

Tahirou Barry : Il y avait beaucoup de priorités mais la question du Fonds de développement culturel et touristique, le statut de l’artiste, la réhabilitation des salles de spectacle, la question du BBDA étaient au cœur de ma préoccupation. Je vous confie qu’immédiatement après ma prise de service, j’ai consacré une journée entière à la question du BBDA et je salue au passage l’esprit de responsabilité qui a guidé tous les acteurs pour éteindre le feu qui couvait. Toutes ces urgences sont quasiment finalisées ce qui me permet de retrouver un peu le sommeil.

Lefaso.net : De nombreux observateurs pensent que « vous avez réussi en si peu de temps à donner une autre allure » aux actions de votre département avec ce qu’ils ont qualifié également de « politique culturelle de proximité » à travers le pays. A ce stade, qu’auriez-vous souhaité pouvoir réaliser, poser comme actes et qui vous laisse un sentiment mitigé ?

Tahirou Barry : C’est la question de l’accès à nos sites touristiques majeurs qui ne dépend pas directement de moi. Un site sans voie d’accès sera très peu attractif, quels que soient ses aménagements. L’exemple de notre seul site inscrit au patrimoine mondial de l’humanité est édifiant. A partir de Banfora, il faut faire un grand tour en passant par Bobo, Diébougou et Gaoua avant d’atteindre les ruines de Loropéni par une voie d’escalier. Pourtant, il ya un autre site majeur juste à coté à savoir les sanctuaires des rois gans. Il en est de même pour le Sahel qui compte par exemple le grand site archéologique de Oursi à l’image de Birbacte de France, la marre d’Oursy avec ses centaines d’espèces d’oiseau, le musée de Pobé-Mengao et les gravures rupestres, à l’Ouest les Cascades de Karfiguela et je peux encore citer plusieurs autres exemples ! De gros investissements s’imposent et j’ai fait un plaidoyer au gouvernement dans ce sens.

Lefaso.net : La question de l’emploi des jeunes est une priorité de premier plan pour les dirigeants. Pensez-vous que la culture peut être un secteur plus dynamique en matière de création d’emplois pour la jeunesse du Burkina ?

Tahirou Barry : Notre secteur peut et doit être des industries de service créateur d’emplois et de richesses tout en contribuant à l’élévation du niveau de conscience culturelle et identitaire. La solution ne relève pas du miracle. Des pays comme la France, les USA, l’Espagne et la Chine qui constituent les premières destinations touristiques au monde n’ont rien de spécifiquement supérieur à notre patrimoine. La France qui se trouve au sommet depuis les années 90 malgré les attaques terroristes ne met en valeur que ses bâtiments comme les cathédrales, son patrimoine historique et ses grands hommes à travers le Panthéon. Ce n’est pas ce qui nous manque. L’inventaire que nous venons d’achever nous a permis de recenser plus de 1100 éléments de notre patrimoine culturel et touristique avec hélas, plus de 300 en menace de disparition ou de dégradation. Nous avons des habitats extraordinaires comme ceux des Gourounsi de Tiébélé, ceux des Lobis sans oublier l’architecture mystérieuse des ruines. Parmi nos grands hommes, on peut citer Thomas Sankara, reconnu pour son action dans le monde entier ! On a des trésors qu’on semble méconnaître et ce sont les autres qui les valorisent à notre place. Faites un tour au musée de l’homme à Paris que j’ai visité récemment, vous verrez plusieurs objets en provenance de l’Afrique et même du Burkina. Donc, notre essor culturel et touristique ne dépend que de notre seule volonté.

Lefaso.net : A propos de Sankara, on vous a vu à la Maison du peuple dans un discours qui a été fortement applaudi lors du lancement du mémorial. Pouvez-vous nous rappeler votre message et nous donner les raisons de la construction d’un tel mémorial ?

Tahirou Barry : Mon discours était une interpellation de ceux qui sont attachés aux idéaux défendus par le Président Sankara sur leur devoir moral d’œuvrer à la réalisation du projet. C’est d’ailleurs au nom de ce devoir moral que le Président Rawlings (Jerry) a immédiatement adhéré au projet quand il a été contacté. J’ai dit que ceux qui ont tué Sankara ont coupé l’arbre en oubliant les racines. Or, c’est la racine qui fait la force du baobab. J’ai souligné que ceux qui ont tué Sankara avec violence ont oublié que la violence du vent n’effacera pas les traces du léopard et que l’éléphant peut mourir mais ses défenses demeureront à jamais.
Quant aux motivations du projet, il faut d’abord relever que c’est la rencontre de plusieurs initiatives visant à perpétuer et honorer la mémoire du Président Sankara. Il sera un haut lieu de commémoration, de souvenir, d’études, de réflexion, de promotion et de diffusion des idéaux défendus par Thomas Sankara. Le mémorial devrait comporter un musée contenant les effets et images du Président, une salle de conférence et de projection, un mausolée, une statue du Président, des bureaux, un jardin et un terrain de sport. A l’issue de l’AG (Assemblée générale) constitutive, quatre structures ont été créées pour prendre en compte toutes les volontés nationales et internationales qui travailleront d’arrache-pied pour édifier le projet.

Lefaso.net : Quel est le coût ? On parle de 5 milliards !

Tahirou Barry : Le coût sera déterminé à l’issue du concours architectural international qui sera lancé par la structure d’initiative avec l’appui technique du ministère de l’habitat. Mais il ne devrait pas atteindre ce montant au regard des différentes composantes envisagées et la mise à disposition gratuite d’un espace par le gouvernement qui soutient fortement le projet. Le Chef de l’Etat ainsi que les plus hautes autorités du pays soutiennent fortement le projet qui va accroître la destination touristique de notre pays et élever notre niveau de conscience nationale.

Lefaso.net : Que répondez-vous à ceux qui exigent la justice préalable ?

Tahirou Barry : Le comité restera attaché à l’évolution du dossier judiciaire et c’est tout le sens de la marche qui a été engagée lors du lancement. En un mot, le mémorial et la justice pour Sankara ne s’opposeront pas.

Lefaso.net : Pourquoi ce projet ne peut-il pas attendre ?

Tahirou Barry : Faut-il encore attendre après près de 29 ans quand on a une opportunité d’honorer, d’enseigner et d’éduquer ? L’idéal sankariste n’aurait aucun sens sans formation et prise de conscience rêvée par le président Sankara car, il n’y aurait jamais de changement là où il n’y a pas de conscience.

Lefaso.net : Dans vos discours politiques depuis les campagnes, vous faites régulièrement référence à Thomas Sankara. Qu’est-ce qui justifie un tel attachement alors que vous n’êtes pas dans un parti sankariste ?

Tahirou Barry  : Le Président Sankara m’a marqué quand j’étais écolier à Gaoua. Il s’y rendait régulièrement notamment dans notre école primaire qu’il a fréquentée. Depuis son assassinat, j’ai essayé de comprendre le mal qu’il a fait pour subir un tel sort et c’est ainsi que j’ai découvert la noblesse du combat qu’il a su mener. Pourquoi avoir adhéré à un parti non sankariste, je dirai que les idéaux du PAREN ne sont pas différents de ceux défendus par le président Sankara. Le sankarisme ne se proclame pas. Il se mérite.

Lefaso.net : Vous avez également engagé les trésors du Faso qui sont à la 8è édition en 9 mois .Quels sont les objectifs de cette activité ?

Tahirou Barry  : J’ai proposé cette activité à l’issue de ma tournée dans les régions. J’ai constaté qu’il y avait des merveilles culturelles, artistiques et touristiques enfouies dans chaque région mais hélas peu connues et valorisées. L’objectif est donc de mettre en lumière tous nos trésors et surtout d’accompagner leur promotion et valorisation. Aujourd’hui, on note une certaine dynamique dans nos régions et on découvre à chaque édition des grands créateurs, acteurs et talents en présence de l’ensemble des forces vives desdites régions ainsi que nos amis des ambassades avec souvent des engagements de ceux-ci. Au centre-nord par exemple, grâce à l’engagement de COGEB International avec monsieur Moctar Mando, c’est six millions de FCFA qui ont été mobilisés auprès des acteurs économiques et mis à la disposition de certains artistes de la localité ce qui leur permettra de réaliser certains projets pertinents.

Lefaso.net : Il y a également le FESPACO qui, de l’avis de certains observateurs, doit s’adapter à la mutation sans cesse du monde en termes d’innovations, d’opportunités, etc. Quel commentaire sur cet aspect précis et que peut-on retenir des préparatifs à environ quatre mois de la prochaine édition ?

Tahirou Barry : Les préparatifs sont engagés depuis plusieurs mois. Une fois de plus, c’est la question de la mobilisation des Fonds comme à la SNC (Semaine nationale de ma Culture) qui se pose. Déjà la dotation habituelle de l’Union Européenne de l’ordre de 200 millions a pris fin en 2015 et il faut trouver d’autres sources. Mais nous sommes déterminés à réussir l’organisation et à le maintenir toujours car, le Burkina culturel sans le FESPACO serait un zèbre sans rayures.
Pour favoriser également une participation de qualité de nos cinéastes, nous avons mis à leur disposition un Fonds géré par une commission présidée par Gaston Kaboré (Cinéaste, ndlr).

Lefaso.net : Lors de la dernière SNC, vous avez pris des engagements. Qu’en est-il aujourd’hui depuis la clôture de la dernière édition ?

Tahirou Barry : L’engagement était la post-production et la promotion des lauréats. Déjà, la promotion à l’extérieur à commencé à Abidjan en juillet dernier lors des TAC (Traité d’amitié et de Coopération) et des tournées, des productions ainsi que des éditions d’œuvres sont programmées au cours des prochaines semaines. Par ailleurs, une profonde reforme de la SNC est déjà engagée à travers un atelier à Koudougou en vue de sa pérennité et touchera le Fond de l’activité qui ne devrait pas mettre en concurrence des rythmes du terroir d’ères culturelles différentes.

Lefaso.net : Le gouvernement fait l’objet, à tort ou à raison, de critiques acerbes surtout de certaines OSC qui demandent sa démission et le départ de certains ministres. Personnellement, qu’est-ce que cela vous laisse comme ressentiment, lorsque vous entendez ou lisez ce genre de reproches ?

Tahirou Barry : La réaction libre des OSC (organisations de la société civile) est le résultat des acquis de l’insurrection populaire. Toute réaction, d’où qu’elle vienne, dès lors qu’elle est exprimée de bonne foi, mérite attention.

Lefaso.net : Vous avez apporté un soutien financier à Serges Bambara alias Smockey à la faveur de la levée de Fonds initiée pour soutenir la relance de son studio, ravagé par un incendie. Mais, ce geste a suscité des critiques au sein de l’opinion ; certains voulant savoir s’il y a une ligne budgétaire pour de telles causes ou s’il s’agit d’un geste spontané envers l’artiste-activiste. D’autres ont même conclu à un traitement discriminatoire des acteurs par votre institution. Quelle est votre réaction ?

Tahirou Barry : Il faut d’abord rappeler que le ministère peut soutenir des initiatives culturelles et touristiques dans le cadre de sa politique de valorisation de notre patrimoine et une ligne budgétaire à cet effet existe bel et bien. La raison est simple. Personne ne fera la promotion de notre patrimoine à notre place car, la culture c’est d’abord et avant tout une affaire de la nation. L’Etat peut soutenir des entreprises culturelles recherchant même un bénéfice à cause surtout de sa dimension valorisante de notre identité et cela n’est pas nouveau. Au-delà du matériel, un projet culturel peut renfermer la plus grande richesse du monde, celle de l’âme. Ne voyons donc pas le prix de la chose mais plutôt la valeur. C’est dans ce sens que dans le cadre d’une opération dénommée « renaissance du studio abazon » pilotée par une organisation, le ministère a apporté son soutien à une entreprise culturelle en détresse ayant joué un rôle déterminant dans la promotion des jeunes talents depuis plus d’une décennie dans le genre Hip-Hop inspiré de notre terroir.
Cette décision a été prise après une réunion de cabinet avec les directeurs en charge de la question. C’est un studio qui a été soutenu mais pas Smockey. On peut épiloguer sur le montant selon sa vision mais notre indifférence serait incompréhensible, voire inconséquente.

Lefaso.net : Vous êtes également le président du PAREN et en août dernier, l’on a assisté à une crise au sein de votre parti ; opposant d’une part, le fondateur du parti, Laurent Kilachu Bado, et d’autre part Carlos Toé (Secrétaire chargé des questions politiques du parti, votre directeur national de campagne à l’élection couplée présidentielle/législatives de novembre 2015) et vous-mêmes. Quelle est la situation réelle à ce jour (on se souviendra également que vous avez fait une déclaration commune…) ?

Tahirou Barry : J’avoue que cette sortie violente m’a beaucoup affecté mais l’oiseau ne doit pas se fâcher contre l’arbre. Le mémorandum publié n’enlève en rien tout le respect que je dois à celui que je considère comme un père, un éducateur et un modèle. On s’est parlé en famille et ce qui ne relevait que d’un simple malentendu a été levé. Laurent Bado est une grande valeur de notre nation et je lui dois beaucoup dans mon cheminement professionnel et politique. Par conséquent, je ne ferais rien pour perturber notre franche collaboration.

Lefaso.net : Quel message pour l’ensemble des militants et sympathisants du PAREN ?

Tahirou Barry : C’est de rester toujours attachés aux idéaux du parti quels que soient les obstacles et autres manipulations. Au-delà de nos différences, on doit rester soudés et dignes au nom des valeurs qui nous unissent.

Lefaso.net : A quelques jours du deuxième anniversaire de l’insurrection populaire, dont vous avez été un des acteurs majeurs aux côtés du CFOP-BF (Opposition politique) d’alors, quel message vous pouvez adresser aux Burkinabè, notamment à sa jeunesse ?

Tahirou Barry  : A la jeunesse, je lui demande de croire en sa force et de cultiver chaque jour sa foi en l’avenir.

Lefaso.net : Vous arrive-t-il de douter ou d’avoir peur … ?

Tahirou Barry : C’est vrai ! Souvent, le soir, au fond de ma solitude, je m’interroge et j’ai des moments de doutes, surtout quand je vois se dérouler sous mes yeux des entreprises de sabotage, de diabolisation et de déstabilisation de mon action. Mais je finis toujours par me convaincre avec Olivier Lockert « Qu’il n’y a qu’une seule façon d’échouer, c’est d’abandonner avant d’avoir réussi ».

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