Recrutement de 4 200 professeurs de niveau BAC+2 : L’analyse de l’Association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire du Burkina

mardi 29 mars 2016 à 22h41min

Aujourd’hui, la grande question qui fait l’actualité surtout relative à l’éducation, qui se pose et se débat de part et d’autre, c’est bien la mise en œuvre du programme de recrutement des 4 200 enseignants niveau BAC+2 pour le post primaire. En effet, après le traditionnel point de presse du gouvernement tenu le jeudi 17 mars 2016, où le ministre de l’Education nationale, Jean Martin Coulibaly, en présence de Smaila Ouédraogo, ministre de la santé et Rémis Fulgance Dandjinou de la Communication, a fait part de la mesure, chacun y va de ses commentaires.

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Recrutement de 4 200 professeurs de niveau BAC+2 : L’analyse de l’Association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire du Burkina

Les nombreux écrits qui assaillent le forum sur le Net et les chaudes réactions dans les média et les divers "grins" sont la preuve que le débat est non seulement intéressant, mais passionnant. A côté de ceux qui apprécient ce recrutement, il y a aussi naturellement d’autres qui le rejettent. Quelquefois on assiste à des débats de sourds sur la question, les uns n’arrivant pas à convaincre les autres. Cela est normal car l’éducation est un domaine qui passionne comme le football et par conséquent, chacun cherche à démontrer jusqu’où il détient le monopole de l’argumentaire.

Dans cette situation, où les analyses ne permettent pas une orientation claire des étudiants qui rempliraient les conditions exigées, l’Association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire du Burkina Faso (ANEP) ne peut s’empêcher de réagir ou plutôt de participer de façon responsable au débat comme à son habitude, en tant qu’association de professionnels de l’éducation présente légalement dans le paysage éducatif burkinabè depuis 2008. Cela s’inscrit dans notre ligne de conduite depuis notre existence qui est de soutenir les bonnes mesures d’où qu’elles viennent et de nous démarquer de celles qui sont insensées. En ce qui concerne le programme de recrutement des enseignants BAC+2, il faut relever son caractère utilitaire

Tout d’abord, il faut retenir que le Burkina Faso n’est pas à sa première expérience dans ces genres de recrutement. Ce n’est pas une invention du présent gouvernement comme quoi, la thèse de Lavoisier est vérifiable partout : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». En 1993, l’Etat burkinabè a lancé un recrutement de contractuels de cette nature. Ils n’avaient bénéficié d’aucune formation. Ils étaient payés à 45 000 f par mois et ceux qui voulaient au terme de leur contrat, ont pu intégrer la Fonction publique après. Certains sont allés voir ailleurs, aidés par l’expérience acquise. Comme le recrutement que le présent gouvernement vient de lancer, cela s’appelle de l’insertion professionnelle en offrant de l’emploi le temps de la durée du contrat. Juste pour dire à ceux pour qui le recrutement des 4 200 professeurs ne tient pas compte des textes de la Fonction publique et du code de travail révisé en vigueur au Burkina, que la formation et l’insertion professionnelle des jeunes ne peuvent aucunement tirer leur base légale à ce niveau. Mais d’un programme spécial ou d’urgence (peu importe comment on va l’appeler) émanant du ministère de la jeunesse et de l’emploi et pouvant être annexé à un ministère du secteur d’activités où l’on voudra insérer professionnellement les jeunes. C’est dire que si pour le cas présent, les autorités, sur la base des réalités de terrain qui font état d’un déficit d’enseignants au post-primaire créé par la gestionite des gouvernements précédents, décident le recrutement de 4 200 jeunes diplômés pour faire face à ce déficit , on ne saurait le faire sur la base de la règlementation de la fonction publique ou du code du travail. Il faut que les jeunes étudiants retiennent qu’au terme de leur contrat, ils seront intégrés dans la Fonction publique par le biais d’un test qui sera organisé à leur intention comme ce fût le cas en 1993.

De la crainte d’un enseignement de qualité

L’un des griefs est de savoir si véritablement des étudiants de niveau BAC+2 formés seulement en 6 mois pourront et sauront transmettre convenablement les connaissances requises aux élèves. En réalité on s’inquiète plus sur le niveau des élèves où la qualité des apprentissages. A ce niveau le doute, généralement caractérisé par les genres « on n’a jamais vu ça » peut-être légitime car il est un phénomène normal pour les cerveaux qui ne sont pas prompts à affronter tout de suite l’inconnu ou à accepter un changement. Cependant sur le plan pédagogique, il n’y a rien à craindre de notre point de vue. Car les étudiants actuels de niveau BAC+2 ont un bagage intellectuel qui puisse satisfaire au besoin de connaissances d’un élève de la sixième, cinquième, quatrième et troisième. Il faut se convaincre qu’en matière d’enseignement, la première de toutes les règles, c’est qu’on n’enseigne bien que ce qu’on connaît parfaitement soi-même. Et là-dessus, les propos de Vial sont très exacts : « l’enseignement exige de la part de l’enseignant des connaissances très sûres et très étendues ». Nos étudiants malgré le cafouillage pédagogique qu’on connait ces dernières années au niveau universitaire ne sont pas à comparer à la plupart des enseignants dits révolutionnaires d’une certaine époque dont la maitrise même des notions à enseigner était discutable, voire aléatoire et auxquels plusieurs spécialistes attribuent le début de la baisse du niveau de l’éducation au Burkina. Toutefois, reconnaissons aussi la justesse de la thèse selon laquelle pour enseigner il ne suffit pas de savoir, mais de savoir enseigner. Le savoir-faire pédagogique est aussi capital que l’étendue des connaissances. Mais l’acquisition de cet art d’enseigner appelé pédagogie, peut bien s’acquérir en six, huit mois ou un an et même plus. Cela dépend des facteurs suivants : le niveau des formés, la qualité des formateurs et surtout les méthodes de formation. En clair, l’acquisition de la technique d’enseigner ou encore de la capacité à transmettre les connaissances aux élèves dépend moins du temps mis que des conditions ci-dessus énumérées.

De la rémunération jugée infime

L’argent est le nerf de la guerre, dit-on. Selon les propos du ministre Jean Martin Coulibaly ceux qui seront recrutés recevront une allocation forfaitaire mensuelle de 100 000 F CFA qui n’a pas le caractère d’un salaire ou d’une rémunération ce qui veut dire qu’à la fin de chaque mois, chacun aura un net à payer de 100 000 F. Le domaine de l’argent est comme celui de la connaissance ; on n’en a jamais assez et l’on doit toujours chercher à en avoir le plus possible. C’est pourquoi, il est difficile d’engager une polémique là-dessus. Toutefois, il faut se dévoiler la face et se dire ceci : nous sommes au Burkina Faso. Nous sommes également dans le cadre d’un programme d’insertion professionnelle pour jeunes et non un concours régulier de la Fonction publique. Tous les jeunes qui seront recrutés recevront 100 000 FCFA à la fin de chaque mois. Avouons que si ce n’est pas beaucoup pour certains, ce n’est pas rien non plus pour d’autres. Mieux vaut pour un gouvernement de proposer ce qui est faisable et d’y tenir. L’association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire souhaite que des gens qui ont leur salaire, qui sont à l’abri du besoin et pour des raisons qu’on ignore ne poussent pas nos jeunes frères étudiants à la déroute en diabolisant le débat. Il faut laisser chacun opérer son choix en toute responsabilité. De toute façon, si l’on se permet de parler comme les compatriotes Yadsé de Ouahigouya, on pourrait dire ceci : « il ya une offre d’insertion professionnelle offrant un emploi contractuel d’un an renouvelable à concurrence de trois ans dans l’enseignement post-primaire avec une allocation de 100 000 FCFA par mois ; que celui qui veut, s’engage en toute franchisse. On n’en voudra pas à celui qui trouve le montant insignifiant et qui refuse d’y aller, préférant attendre de passer les concours directs qui seront bientôt lancés. »

Pour terminer, l’Association nationale pour le bien-être des enseignants du primaire du Burkina, en abrégé ANEP qui apprécie à sa juste valeur l’initiative donne au passage ce conseil aux jeunes méditable en tout temps : « entre le travail de haut niveau que nous n’avons pas, et le travail sans importance que nous ne voulons pas, le danger existe que nous ne fassions rien. »

Pour l’ANEP
Le Président national
Jérôme KABORE,
Instituteur principal
Ancien chargé de communication et de relations publiques du PDDEB (2004-2007)
www.anep.fr.gd
+226 70 19 15 11
jeromekabore@gmail.com ; enseignants.burkinafaso@gmail.com

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