Dieudonné Samson Yaogho : A 28 ans, il est directeur national d’une société minière canadienne

jeudi 5 novembre 2015 à 02h36min

Il avait voulu être un officier de l’armée Burkinabè, le destin en a décidé autrement. Il est directeur national d’une compagnie minière canadienne au Burkina, Komet Ressources. Dieudonné Yaogho Samson, 28 ans, ne se prend pourtant pas la tête. Pour lui, ce n’est pas une question d’âge, « lorsqu’on garde la tête sur les épaules, on apprend beaucoup des anciens et cela permet de grandir plus vite que normalement ». Formé au Burkina Faso, il se dit être la preuve que l’on peut bien se former au Burkina et se réaliser, sans avoir besoin d’aller à la conquête d’un paradis incertain, ailleurs. « L’avenir, c’est ici », clame-t-il

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Dieudonné Samson Yaogho : A 28 ans, il est directeur national d’une société minière canadienne

Dieudonné Yaogho Samson, c’est du 100% made in Burkina. Des cours Atti pour l’école primaire, jusqu’à l’université de Ouagadougou pour les études supérieures, en passant par le Lycée Philippe Zinda Kaboré pour le collège et le lycée (1999-2006), il s’est entièrement formé au Burkina Faso. A 28 ans, il est directeur national d’une société minière canadienne. Pourtant l’homme avait toujours voulu être un officier de l’armée Burkinabè. « Je n’avais d’yeux que pour l’Académie militaire Georges Namoano (AMGN) de Pô. J’ai toujours voulu être militaire. Même très jeune, j’écrivais sur les murs de ma chambre AMGN, des amis peuvent le confirmer », raconte-t-il.

Quand il passe le concours en 4e année en droit, il est si convaincu de sa réussite, qu’il refuse de terminer son examen de la session de juin. « Je n’avais composé que 3 matières sur 15. Quand le concours de l’AMGN n’a pas marché, j’étais obligé de revenir composer le reste. Avec l’abnégation je suis passé ». Il a raté sa passion d’enfance, mais la déception après l’échec au concours des officiers s’est vite dissipée. « L’homme propose et Dieu dispose. Ce n’est pas nécessairement là où on veut aller, que l’on doit aller. À défaut d’avoir ce que l’on aime, il faut aimer ce qu’on a ».

« La baraka », ou la compétence, le tout jeune diplômé de 2010 n’a pas eu le temps de se retourner longtemps les pouces après l’université. Dans un contexte où l’université est souvent taxée de machine à pondre des chômeurs, Dieudonné, comme lui-même le reconnait, a eu la « baraka », « je n’ai vraiment pas chômé, en tout cas, pas longtemps », reconnait-il.

« Lorsque j’ai fini (ses études, Ndlr.), j’ai commencé un stage dans une société d’ingénierie canadienne. A la suite de cela, j’ai eu vent d’un recrutement dans une société minière canadienne de Toronto. J’ai postulé, nous étions trois, j’ai été retenu. En avril 2012, j’ai été retenu et j’ai commencé à travailler ». En tant que juriste attaché des ressources humaines, il débute sa carrière dans la société Dumas, contracteur minier qui entre temps, met la clé sous le paillasson, après deux années, à cause de problèmes de management depuis le Canada. Dumas ne réussit pas à s’installer au Burkina, mais garde son jeune cerveau comme consultant en Afrique.

Son entrée à Komet Ressource en tant que directeur national

De son nouveau poste de consultant de l’entreprise Dumas en Afrique, Dieudonné Samson apprend que l’entreprise Komet Ressources veut s’établir au Burkina. « La bourse canadienne a exigé que soit établie une vérification de la propriété à acheter. Une vérification au plan juridique, fiscal, environnemental sur 13 points. J’ai été contacté pour coordonner cette vérification pour la bourse de Vancouver. Je l’ai réalisée avec une équipe expérimentée, nous avons produit plus de 800 pages que nous avons adressées à la bourse canadienne, parmi les plus exigeantes au monde, elle a validé le rapport, sans réserve et sans recommandation ».

Komet ayant eu l’autorisation de s’installer au Burkina, c’est en toute logique que celui qui a mené le travail en amont ait été retenu. « Komet m’a alors fait une offre et en juillet 2014, j’ai commencé à travailler ».

Avec ses 28 ans, le directeur national manage des employés beaucoup plus âgés que lui. Mais à entendre notre interlocuteur, tout est une question de coaching. « C’est le respect qui est à la base de tout. Ce n’est pas une question d’âge, mais d’équipe. On se met ensemble pour atteindre un objectif. Par la force des choses, c’est moi souvent qui doit le faire, ça aurait pu être n’importe qui ». Plus loin, il reconnait que ses collaborateurs le croient souvent plus âgé. Son secret, « je prends les choses avec patience, je considère les gens avec beaucoup de respect. Dans les institutions publiques, les gens s’étonnent toujours de ma jeunesse mais quand on échange, ils se rendent compte qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre d’années. Ce n’est pas parce qu’on est jeune que l’on ne peut pas réaliser de bonnes choses. Lorsqu’on garde la tête sur les épaules, on apprend des anciens, ça nous permet de grandir plus vite que normalement », foi du directeur national qui dit être en perpétuel apprentissage.

Hasard du calendrier ou relation de cause à effet, la date de son anniversaire lui porte décidemment chance. C’est le 28 juillet 2014, que sa nomination en tant que directeur national de Komet Ressources est intervenue à la bourse canadienne. Une année après, encore le 28 juillet 2015, il a présenté devant la commission nationale des mines, la convention minière que Komet entend signer avec l’Etat Burkinabè. « On peut dire que la date du 28 juillet me porte chance », remarque-t-il, tout souriant.

Eviter le piège…

Très tôt, très jeune, mais soumis à de hautes responsabilités, Dieudonné Samson Yaogho se trouve entre deux mondes à concilier, celui de ses amis, et son monde professionnel. « C’est l’erreur à ne pas commettre. Quand on se retrouve entre deux générations, on perd son identité ». Raison pour laquelle, tous les soirs, quand son temps lui permet il va jouer au foot avec des amis de son quartier, ou se retrouve autour d’un thé avec eux.

« Je reste toujours Moi », même si pour relativiser il concède qu’il « y a peut-être des choses » qu’il ne peut plus faire comme avant » pour préserver son image et celle de la société.

« L’avenir c’est ici »

Instruit de sa propre expérience, l’ancien pensionnaire du Lycée Philippe Zinda Kaboré soutient qu’il ne faut pas croire que c’est en allant se former en Europe ou en Amérique que l’on peut forcément « décrocher un bon job ». « Cela doit être une fierté pour les Burkinabè de savoir que l’on peut avoir une très bonne formation chez soi. Il suffit d’avoir confiance en ceux qui dispensent cette formation ». D’ailleurs, il dit garder de bons souvenirs de ses « quatre merveilleuses années » passées sur le campus avec les meilleurs enseignants. Malgré les difficultés, il a toujours maintenu le cap, arguant que « lorsqu’on sait ce qu’on est venu chercher, lorsqu’on aime ce qu’on est venu apprendre, on s’en sort toujours ».

A cette jeunesse qui pense que c’est en partant ailleurs que l’on peut se réaliser, préférant mourir dans les eaux ou trimer dans les rues européennes ou américaines, que de rester au pays, Dieudonné Samson Yaogho, leur dit « Non ». Pour lui, l’avenir est ici. Les destinations prisées sont saturées selon lui. « En Europe ou en Amérique, même quand vous voulez vendre de l’urine, vous trouverez quelqu’un qui le fait déjà. Ici tout est à faire, dans tous les domaines ». Il s’empresse d’ajouter que « certains » diront que c’est parce qu’il a réussi à tirer ses marrons du feu au Burkina, mais avance –t-il, « chacun a son histoire, mais lorsqu’on croit en soi, on pense que l’on excelle dans ce que l’on fait, on doit se donner la chance de se réaliser avec sa famille autour de soi, au lieu d’aller dans l’inconnu. Chacun fait son choix de vie, moi je partage mon expérience, on apprend dans la douceur ou dans la douleur ».

Il insiste donc que l’avenir se passe, ici, car même les indicateurs le prouvent, car pendant qu’avec la stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD), référentiel de développement du Burkina, l’on vise une croissance à deux chiffres, « les pays européens, américains, ils tournent autour de 1% ou 2%. Quand il y a un taux de croissance de 3%, c’est énorme. C’est ici qu’il ya des choses à faire. Il y a des gens pour qui ça marché à l’étranger, tant mieux, mais tout porte à croire que c’est ici qu’on peut mieux réaliser ».

Les challenges

Le directeur national qui dit gagner sa vie à la mesure de la charge qu’il occupe, veut donner une bonne image de son pays dans la société canadienne, « montrer qu’il y a des burkinabè valeureux, travailleurs, que mon pays malgré tout ce qu’on dit est prêt à aller dans le concert des nations ». Mais avant tout, conduire le projet Komet Ressources au Burkina qui bientôt entrera dans sa phase d’exploitation. « Que le projet réussisse pour qu’on voie qu’au Burkina, des jeunes peuvent mener des projets fructueux, c’est mon premier défi », selon lui, s’il arrive à relever ces défis, cela ouvrira des portes à d’autres jeunes, même dans d’autres domaines.

Dieudonné SamsonYagho, est conscient que des jeunes comme lui qui arrivent à s’insérer dans la vie professionnelle juste après les études, ne sont pas légion dans le contexte burkinabè. Des centaines de jeunes sont diplômés des universités Burkinabè chaque année, mais croulent sous le poids du chômage, pendant des années, avant que la source de leurs espoirs finisse par tarir, faute de perspectives. Alors, le « rescapé » de « Guantanamo (Ndlr. nom donné à l’université de Ouagadougou pour traduire les dures conditions d’études) entend tendre la main, dans la mesure de ses possibilités. « Je suis en train de réfléchir avec des amis et des partenaires à l’étranger, pour monter des structures de formation d’appui à la jeunesse. Avec des amis qui sont à Montréal, de par le passé, on avait organisé les 24h de l’innovation pour permettre à des étudiants et à des chercheurs d’avoir le flair dans l’innovation. C’est le secret de la réussite ».

Pour lui, c’est en innovant qu’on est meilleur et qu’on s’impose et c’est ainsi que « beaucoup ont fait fortune ailleurs. Les lingots d’or ont finalement séduit celui qui voulait être un officier de l’armée Burkinabè. Des projets ne sont pas à exclure dans le domaine, pourquoi pas ? « Peut-être qu’un jour nous allons développer nos propres projets. On propose et on verra la disposition de Dieu », conclut celui qui est célibataire, mais pas pour longtemps, le sourire en coin.

Tiga Cheick Sawadogo
tigacheick@hotmail.fr
Lefaso.net

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