Marche-meeting du 1er mai : « Les organisations de la société civile ne raviront pas la vedette aux syndicats »

vendredi 1er mai 2015 à 19h36min

La traditionnelle marche-meeting à l’occasion du 1er mai – fête du travail- des organisations syndicales a bien eu lieu ce vendredi à Ouagadougou. Marche- meeting, discours et remise de plateforme revendicative minimale au ministre de la fonction publique, du travail et de la sécurité sociale ont meublé, dans la capitale, ce 109e anniversaire du massacre des ouvriers héroïques qui ont bravé les forces de répression pour exiger la journée de travail de 8 heures.

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Marche-meeting du 1er mai : « Les organisations de la société civile ne raviront pas la vedette aux syndicats »

La mobilisation ce vendredi à Ouagadougou à l’occasion de la traditionnelle marche-meeting du 1er mai était peu moindre, comparée à l’année passée. Aucun leader politique ou de la société civile soutenant la transition n’a été vu à la Place de la Révolution. Mais, pour nombre de syndiqués, s’il y a une chose dont ils sont convaincus, c’est que les organisations de la société civile ne raviront pas la vedette aux syndicats. « J’ai foi au syndicalisme et je reste convaincu que les organisations de la société civile ne raviront pas la vedette aux organisations syndicales », a indiqué Moussa Diallo, militant de la Confédération générale du travail du Burkina (CGTB). Son avis est fortement partagé par Sidiki Dramé, secrétaire général du syndicat national des travailleurs de l’informatique et de la communication (SYNATIC) qui soutient que : « le syndicalisme aura toujours de l’avenir parce que basé sur des convictions solides pour un mieux-être des populations. Contrairement à certaines organisations de la société civile qui sert souvent de sous-couvert pour un intérêt personnel ». De plus, notent des militants, le syndicat est très souvent confondu aux organisations de la société civile alors qu’il n’en est rien. Outre cette confusion, la moins grande mobilisation en ce 1er mai a été déplorée par les syndicats. « C’est tout simplement malheureux », remarque Moussa Diallo qui estime que la plupart des travailleurs ne cherchent pas du tout à comprendre l’essence de cette journée historique. Plutôt donc que de manifester pour une amélioration des conditions de vie et de travail, c’est rentrer dans les mœurs que le 1er mai est un jour de fête, de repos ou encore une occasion pour faire d’autres affaires. Qu’à cela ne tienne, ceux convaincue des idéaux du syndicalisme n’ont pas marchandé leur présence ce vendredi 1er mai. Dès 7h30, quelques-uns avaient investi la place de la révolution. Aux environs de 9 h, les responsables ont convergé vers la direction générale de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour remettre la plateforme revendicative minimale au ministre de la fonction publique, du travail et de la sécurité sociale, Augustin Loada, entouré par plusieurs de ses collègues. Après l’avoir reçue, le Professeur Loada a promis que cette plateforme sera examinée avec attention et le gouvernement de transition fera le maximum pour apporter les réponses possibles aux revendications. Puis s’en est suivie une marche avec pour itinéraire, le rond-point des Nations-Unies, l’avenue Kwamé N’Krumah, l’avenue de la Cathédrale, l’avenue Bassawarga. Près de deux heures de marche sous un soleil de plomb pour de meilleures conditions de vie et de travail. Le retour à la Place de la Révolution a été ponctué d’allocutions livrées par des responsables de syndicats.

Tant que le système capitaliste existera…

Le syndicalisme est né dans un contexte de lutte des classes. Sans pour autant faire le cours de l’histoire du Burkina, les responsables des syndicats n’ont pas pu s’empêcher de revenir sur les évènements d’octobre 2014 et le régime autoritaire de Blaise Compaoré qui aura duré 27 ans. Des rappels qu’ils jugent nécessaire afin de bien appréhender les enjeux du contexte du 1er mai qui est caractérisé par une montée des luttes sociales. Aussi, depuis l’insurrection populaire, des travailleurs ont mené de nombreuses luttes (Semafo, Cameg, canal3, Brakina…) que les autorités de la transition ont parfois qualifiées de luttes anarchiques, relève Georges Kouanda, président des centrales syndicales du mois. A cela s’ajoute, poursuit-il, les pratiques d’injustices sociales comme sous la 4e république avec des avantages exorbitants, etc. Le mouvement syndical rassure, une fois de plus, qu’il n’a pas l’intention de troubler la transition mais affirme toutefois que les préoccupations des travailleurs ne peuvent être mises en second plan sous prétexte que la mission principale de la transition est d’organiser les élections. « A-t-on besoin d’un gouvernement de 27 ministres pour organiser seulement des élections en 11 mois ? », lance Georges Kouanda. Naturellement, les manifestants rassemblés à la place de la nation répondent par la négative. La mobilisation et le suivi de l’évolution de la situation nationale en vue de faire face à toute tentative de remise en aussi des acquis de l’insurrection et des libertés démocratique et syndicales sont plus que jamais fondamentales, à en croire les responsables syndicaux. « Nous devons nous donner la main dans ce combat qui vaille, celui de la défense du bien-être du peuple », laisse entendre à ce propos le premier vice-président de la Coalition contre la vie chère (CCVC), Chrysogone Zougmoré.
Par ailleurs, les organisations syndicales disent constater avec beaucoup de regret que leurs cahiers de doléances 2013 n’ont pas reçu de réponses favorables de la part du gouvernement Tiao. Leur cahier de doléances de 2014 n’a toujours pas été examiné par le gouvernement, disent-ils. Idem leurs plates-formes revendicatives objets des grèves des 17 et 18 février, puis du 8 avril qui attendent toujours réponses favorables. C’est pourquoi, en attendant l’examen de la plate-forme 2014 comme le leur a promis le gouvernement, les centrales syndicales et syndicats autonomes du Faso a soumis la plate-forme minimale qui porte essentiellement sur l’amélioration des conditions de vie et de travail et sur la lutte contre l’impunité.

Amélioration des conditions de vie et de travail

Pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, les organisations syndicales posent les doléances suivantes :
1. La révision de la loi 013/98/AN du 28 avril 1998 portant régime juridique applicable aux emplois et aux agents de la fonction publique, de la grille salariale des agents publics de l’Etat et de la loi 028-2008/AN du 13 mai 2008 portant Code du travail et de la loi 027 portant régime applicable aux agents des collectivités territoriales selon une échéance et un calendrier qui seront arrêtés de commun accord avec les syndicats ; application effective et extension des conventions déjà signées ;
2. La relecture consensuelle de l’arrêté conjoint n°2013-195/MEF/MFPTSS du 30 mai 2013 portant procédures de traitement et modalités de liquidation de la retenue salariale pour fait de grève ;
3. La mise en œuvre des engagements pris par le gouvernement relatifs d’une part au check off et son élargissement au privé et parapublic, d’autre part à l’organisation des élections professionnelles ;
4. La suppression de l’Impôt Unique sur les Traitements et Salaires (IUTS) sur les primes et indemnités servies aux travailleurs du privé et des établissements publics et parapublics de l’Etat ;
5. Diminution significative des prix des hydrocarbures et des produits de grande consommation tels que le riz, l’huile, le savon, le sucre, et le contrôle de la qualité et des prix des produits ; suppression des monopoles de fait sur les produits d’importation tels que le riz et suppression de la COTECNA ;
6. Prise de mesures urgentes pour assurer la fourniture en électricité et en eau pour les populations ;
7. Création d’emplois décents et stables pour la jeunesse ;
8. Suspension du système LMD (Licence-Master-Doctorat) dans les Universités Publiques, en attendant de réunir les conditions de sa mise en œuvre. Augmentation du taux de l’aide et son élargissement à tous les cycles d’enseignement ;
9. Prise de mesures adéquates en matières d’infrastructures et d’équipements, de ressources humaines, de gestion des carrières du personnel, du contenu de l’enseignement dans le cadre du transfert du préscolaire et du post primaire ;
10. Prise de mesures urgentes en faveur des travailleurs ayant perdu leur emploi du fait de la destruction de leur entreprise lors de l’insurrection ;
11. Baisse des loyers des marchés et yaars

Doléances sur la lutte contre l’impunité

1. Mandat d’arrêt international contre Blaise Compaoré et François Compaoré et mise aux arrêts de toute personne impliquée dans les crimes de sang et crimes économiques ; Identification et saisie des biens et fonds détournés par les dignitaire du régime de Blaise Compaoré et prise sans délais de mesures nécessaires, en vue de recouvrer l’ensemble des fonds expatriés ;
2. Vérité et justice pour Norbert Zongo, Thomas Sankara, Boukary Dabo, les martyrs de l’insurrection et toutes les victimes de crimes de sang ; jugement et châtiment des auteurs et commanditaires de ces crimes et des crimes économiques, qui doivent être frappés d’indignité politique et électorale ;
3. Audit des opérations de lotissement ; jugement des auteurs de pillage du foncier ; retrait des parcelles spoliées et leur réattribution aux victimes et/ou aux citoyens dans le besoin. Diminution, réglementation et contrôle des prix des loyers ;
4. Dissolution du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) ;
5. Respect et élargissement des libertés individuelles et collectives : réintégration des travailleurs abusivement licenciés, abrogation du texte instituant les zones dites rouges.
Au total, ce sont 16 doléances que contient la plateforme revendicative minimale remise au ministre de la fonction publique, du travail et de la sécurité sociale.

Bassératou Kindo et Grégoire B. Bazié
Lefaso.net

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