Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

vendredi 19 décembre 2014 à 00h47min

Sa petite silhouette cache une grosse personnalité. Economiste de formation, porte-étendard du mouvement le Balai citoyen au cours de ses balbutiements de nouveau-né à Bobo-Dioulasso, Pîiga Souleymane Yaméogo est un de ces jeunes leaders qui ont tout abandonné, ou presque pour déboulonner Blaise Compaoré du palais de Kossyam. Blaise parti, cet économiste de formation a évoqué avec Lefaso.net les motivations de son engagement, sa vision du Burkina nouveau, le défi du gouvernement de transition et bien d’autres questions.

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Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

Lefaso.net : Pouvez-vous nous relater votre journée du 30 Octobre 2014, premier jour de l’insurrection populaire ?

Pîiga Souleymane Yaméogo : Rappelons que mes maux de dos ont commencé le 28 octobre 2014 après la marche de l’opposition où nous avons été gazés. Donc, je souffrais de mal de dos, des examens plus approfondies ont diagnostiqué une discopathie. J’étais donc sous traitement et j’étais affaibli. Le Jeudi 30 Octobre, j’ai quitté la maison avec des maux de dos et je me suis fait déposer au niveau de la Cité An III où je devais retrouver les autres membres du Balai Citoyen. Les choses étaient calmes à Ouaga et l’ambiance allait bientôt changer vers 9h-10h. Au niveau de la cité An III, j’ai retrouvé Me Kam que je n’ai plus quitté jusqu’au 31 octobre. De la cité An III, nous avons brisé des barrières et nous avons entamé la marche en repoussant les forces de l’ordre jusqu’à l’Assemblée nationale, qui a été brulée devant nous (nous avons tenté d’empêcher de bruler en demandant aux gens de ne pas le faire, mais c’était peine perdue). Ensuite, c’était au tour de la Télé qui a été saccagée. Après cela, Me Kam et Moi, on monta sur une moto et on demanda aux gens de descendre sur Kossyam. Et le mouvement s’ébranla vers Kossyam.

En appelant les manifestants à descendre sur Kossyam, n’avez-vous pas eu peur d’être à l’origine d’un drame ? Quand on sait que le risque de carnage était trop grand…

C’est vrai, mais nous nous sommes rendu compte que les populations étaient déjà en route pour Kossyam. Nous avons rencontré des colonnes de jeunes qui allaient vers Kossyam. En appelant les jeunes à marcher sur Kossyam, nous répondions à la volonté des jeunes de faire partir Blaise Compaoré. Tout le monde savait qu’en appelant les populations à sortir ce 30 octobre, les risques étaient énormes. Je pense que la jeunesse avait décidé d’aller au bout de sa décision. J’ai été impressionné par la fougue de la jeunesse. Sa volonté de changer de système ne pouvait pas être arrêtée

Cela n’arrive pas tous les jours d’affronter des balles justes pour demander le changement. Avec le recul, comment peut-on expliquer votre détermination et la détermination de toute la jeunesse burkinabè ?

Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver et surtout prendre en charge son propre destin. Cette jeunesse a toujours voulu se mettre en mouvement pour changer les choses, mais elle a toujours été trahie par les hommes politiques. Elle s’est donc repliée sur elle-même. Mais avec l’émergence de mouvements de la société civile, la jeunesse a commencé à prendre confiance en elle-même et à vouloir lutter. Seul un cadre crédible de lutte manquait pour canaliser les frustrations des jeunes et de transformer cela en une bombe qui une fois explosée a fait partir Blaise Compaoré et son groupe. Pour ce qui me concerne, j’ai toujours lutté pour que la jeunesse se prenne en charge. A travers mes activés dans le Balai Citoyen, avec l’organisation du Thé-Batteurs par mon association Per-Form et mes activités de sensibilisation sur la RTB avec la génération Cheikh Anta Diop, je pense que j’ai contribué au changement de mentalité avec mes camarades.

Pourquoi et quand avez-vous rejoint le Mouvement le Balai-Citoyen ?

Je n’ai pas rejoint le Balai Citoyen, je fais partie de ces jeunes qui ont créé le Balai Citoyen. Et je l’ai lancé pour la première fois à Bobo Dioulasso, lors de la marche du Senat. Mais les Bobolais ont découvert ce mouvement à Bobo-Dioulasso, le jour de la finale de mon concours le Thé-Batteur en 2013. Nous avons créé le Balai Citoyen parce que nous voulions canaliser les aspirations des jeunes frustrés par la mauvaise gestion de la lutte des ainés pour transformer notre pays.

Qu’est-ce qui peut expliquer le triomphe, si on peut le dire du Mouvement Balai Citoyen dans la lutte contre le régime Compaoré ?

D’abord c’est un mouvement de jeunes, un mouvement crédible qui est resté fidèle à ses principes, mais aussi et surtout parce que le Balai est porté par des personnes qui ont mené la lutte contre Blaise au moment où personne n’osait parler. Ensuite, le Balai citoyen a retroussé les manches et s’est mis au travail pour mobiliser et sensibiliser les jeunes. Enfin, nous avons uni nos forces aux autres forces du mouvement pour fédérer l’énergie de toute la jeunesse de tout bord, sans exclusion

Que retenez-vous du Président Compaoré, l’homme qui a dirigé le BF pendant 27 ans ?

Blaise Compaoré est un gâchis pour le Burkina Faso et une déception pour l’Afrique.

Dans l’immédiat, le grand défi du Burkina est la réussite de la transition qui doit conduire le pays à des élections en 2015. Le pari est-il gagnable ?

Oui, il suffit que chacun sache ce qu’il a à faire et le délai qu’il a pour le faire et qu’il le fasse bien. C’est tout ce qu’on demande aux uns et aux autres.

De la présidence, Yacouba Isaac Zida s’est retrouvé à la primature avec des camarades militaires dans des ministères. Est-ce à dire que le Burkina n’a pas encore fini avec des militaires qui s’immiscent dans l’exécutif ?

Je pense que l’heure n’est pas à ce genre de débats. Nous sommes dans une transition. Et par principe, une transition n’est pas une situation idéale, mais un mouvement vers le point idéal et le point idéal c’est de faire en sorte que justement les élections permettent de mettre chacun à sa place, militaire, homme politique, société civile. C’est cela qui doit faire objet de débat en ce moment.

Concentrons-nous sur les objectifs de la transition et faisons tout pour les atteindre
Avant le Balai Citoyen, tu t’es révélé à la jeunesse de Bobo à travers un concept, le thé-batteur. Peux-tu nous donner de plus amples explications sur ce concept ?

Oui. Le Thé-Batteur est un concours d’éloquence qui visait, comme tu l’as dit bien avant le Balai Citoyen, à cultiver le goût du débat contradictoire au sein de la jeunesse, à lui permettre de prendre conscience de son rôle et surtout de se battre pour ses points de vue sans violence. Nous avons fait deux éditions à Bobo Dioulasso et une édition à Ouaga à la Télévision nationale. Nous l’avons fait avec engagement et sans sponsor véritable qui nous aide vraiment. Mais notre conviction nous permet de continuer notre projet afin de créer un cadre d’expression pour la jeunesse sur toute l’étendue du territoire

Le thé-batteur continue ?

Nous sommes à la recherche de fonds pour l’organisation de la 3e édition que nous voulons cette année nationale. Et nous espérons obtenir des financements pour cela. Nous ne comptons pas abandonner.

Panafricaniste que vous êtes, quelles sont les répercussions plausibles de l’insurrection burkinabè sur les états africains qui sont toujours à la solde des présidents qui ont plus de 20 ans de présidence ?

Je pense que notre résistance a eu des échos sur la jeunesse africaine. Elle sait qu’elle peut renverser un dictateur sans attendre l’aide de la France ou des Etats-Unis. Et je suis content de voir les mobilisations des jeunes du Togo, du Congo. J’ai même reçu des appels de jeunes de pays qui voulaient comprendre nos stratégies pour s’en inspirer. Et c’est avec joie que je leur explique. Seulement, seuls les Etats-Unis d’Afrique peuvent nous permettre d’éviter ce genre de dérive de nos dirigeants…

Interview réalisée en ligne par Ousséni BANCE
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 19 décembre 2014 à 04:12
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    "....porte-étendard du mouvement le Balai citoyen au cours de ses balbutiements de nouveau-né à Bobo-Dioulasso...." ça veut dire quoi ça ? Ousséni BANCE, qu’est-ce que cela veut dire ?

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  • Le 19 décembre 2014 à 06:06, par yeriyoublo
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    Du courage car le chemin à parcour est long et parsemé d’embûches . Mais tout est possible Ave la volonté . Il faut surtout mettre l’accent sur la sensibilisation . La jeunesse doit se réveiller et mener une lutte farouche contre les dirigeants égoïstes et leurs acolytes . Commet le chemin est long ,d’autres générations prendront le relais pour terminer le travail en chassant du pouvoir ces dirigeants corrompus et vendus, s’il le faut. L’ Afrique ne sera indépendante que lorsqu’elle se sera débarrassée de ces dirigeants à la solde des grandes puissances . Seule la lutte paie. Viva Africa.

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  • Le 19 décembre 2014 à 09:49, par Burkinbi
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    Bravo à vous et courage pour la suite.
    Nan lara an sara.
    La patrie ou la mort nous vaincrons.

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  • Le 19 décembre 2014 à 10:04, par L’Afro-optimiste
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    Merci pour cette interview,merci aussi à Mr Piiga.Moi tout simplement j’apprécie Mr Piiga parce qu’il mérite une vraie place quant à la conscientisation de la jeunesse grace à ses idées nobles,comme un certain bon nombre de leader des OSC d’ailleurs.Peace Wakat Faan ! LA PATRIE OU LA MORT NOUS VAINCRONS.

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  • Le 19 décembre 2014 à 11:10, par Bissinde
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    courage soule !!j’apprécie ta façon d’analyse et ton charisme !!bon vent a toi !!

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  • Le 19 décembre 2014 à 16:24
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    Blaise Compaoré est un gâchis pour le Burkina Faso et une déception pour l’Afrique, voilà une phrase qui me réjouit, on dirait que c’est dans mon coeur que tu as puisé pour parer avec ta bouche. Blaise est une véritable honte pour l’humanité. Ceux qui disent qu’il n’a pas fait que du mal, nous leur répondrons ceci. Oui, il n’a pas fait que du mal, il a aussi fait du bien pire.
    Maintenant, le reproche que j’ai à te faire, sache que les anciens aussi ont lutté. Il ne faut pas pensé que c’est seulement la nouvelle génération qui a fait le travail, c’est une erreur de ne pas reconnaître la lutte des anciens

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  • Le 19 décembre 2014 à 18:52, par FGH
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    Ce jeune a la tête bien pleine et on pourrait se réjouir sur la qualité de la relève. Seulement, on t’a fait croire, et à beaucoup d’autres, que seule ta génération a pu venir à bout du système Blaise Compaoré. Une telle conviction serait le début de ta perte... Prends le comme un conseil gratuit.

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  • Le 19 décembre 2014 à 21:42, par OS
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    Felicitations mon frere,
    J’ai connu ce jeune homme en qui j’ai vu un vrai reveur, optimiste et idealiste dans le bon sens il y a un bout de temps deja (2009). Et je suis fier de ce que la jeunesse de ce pays a abattu comme boulot en deboulonant le pseudo faiseur de paix et particulierement fier pour ce jeune homme, parce que je suis certain qu’il reconaitra avoir participe au plus grand combat de sa jeune vie.
    Felicitations mon cher niets et merci pour le boulot abattu meme si le combat n’est pas fini !!!

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  • Le 20 décembre 2014 à 01:45, par 2shine
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    this is my bro !true you de talk.i like that ! together w’re never alone. get my country and my continent free or die trying blessness !

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  • Le 20 décembre 2014 à 19:01, par l’Homme et le peuple
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    On est très fier de cela et félicitation à nous tous pour le bon boulot. C’est tout le monde, ancienne génération comme nouvelle, du reste son règne a concerné plusieurs "générations"et surtout de la pire manière possible quand on se rappelle de nos études universitaires sans issues dès les années 98 faisant naitre des terminologies bidons de extra et intra muros....n’importe quoi. je sais que plus d’une personne est en boule en pensant à cela mais crions victoire aujourd’hui ;merci à Mr Piiga, on est ensemble !

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  • Le 22 décembre 2014 à 11:32, par Un fidèle lecteur de Bamako !
    En réponse à : Pîiga Souleymane Yaméogo : « Avec assez de recul, je pense que la jeunesse burkinabè veut rêver »

    J’apprécie cette interview à la hauteur de l’insurrection populaire des journées du 30 et 31 octobre dernier en saluant tous les vaillants combattants qui ont manifesté héroïquement jusqu’à la chute du despote et apatride régime de Blaise Compaoré. Je ne saurai poursuivre mon propos sans m’incliner particulièrement devant les martyrs de cette lutte, tombés les armes à la main en refusant le bâillonnement de leur destin et celui du peuple burkinabé. En lisant ce jeune qui a du génie à revendre, il donne là un programme politique que les hommes politiques qui souhaitent diriger le burkina aujourd’hui ou demain doivent s’en inspirer. Il ressort de son propos l’aspiration profonde du peuple à se prendre en charge lui-même. Ce qui n’est pas sans rappeler les valeurs prônées par l’immortel Thomas Sankara. Le deuxième point important de l’interview, c’est la conscientisation de la jeunesse dont le fer de lance est le journaliste Norbert ZONGO qui est un symbole manifeste de la liberté d’expression.
    A travers ce jeune, je dis :
    Bravo à la jeunesse burkinabé !
    Bravo au peuple burkinabé !
    Qu’attend la jeunesse du Cameroun pour se réveiller ?
    La jeunesse du Tchad, où est-elle ?
    Que fais le peuple du Togo quand Faure se trace le chemin d’un pouvoir à vie ?
    Que disons-nous, quand KABILA, Sassou N’gesso sont toujours là au pouvoir ?
    La liste est longue pour le continent africain. La seule solution qui vaille ; réveillons-nous et levons-nous, car aucun réveil n’est possible après la mort !

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  • Le 5 février 2015 à 07:44, par awesome seo
    En réponse à : IaaZeCIJCzSWDMGz

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