Transition politique au Burkina : Il faut « contribuer, et non vouloir revendiquer quoi que ce soit », dixit Victorien Tougma, président du MAP

lundi 1er décembre 2014 à 01h36min

L’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 avec son corollaire de processus transitionnel, chacun y a son petit mot ; surtout quand on est politicien. Et ce n’est pas Victorien Tougma, le président du Mouvement africain des peuples (MAP) qui fera l’exception. Dans l’entretien ci-après, il a, en effet, donné son témoignage sur cette insurrection et exprimé son appréciation relativement à la dynamique de transition enclenchée depuis le 31 octobre dernier. A travers cet entretien, c’est également la voix du MAP qui est donnée sur les chantiers à prioriser au cours de la période transitoire de 12 mois. Lisez !

Transition politique au Burkina : Il faut « contribuer, et non vouloir revendiquer quoi que ce soit », dixit Victorien Tougma, président du MAP


Lefaso.net : Quel est votre témoignage relativement à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ?
Victorien Tougma :
Je tiens tout à dire que je m’incline devant la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie, à souhaiter un prompt rétablissement aux blessés, et à saluer le courage des Burkinabè, surtout les plus jeunes qui ont vraiment lutté pour plus d’espoir dans notre pays. J’ai suivi les événements à travers la presse et à travers nos militants qui étaient sur le terrain. C’est l’occasion pour moi de saluer le travail de la presse qui nous a permis de suivre de bout en bout l’évolution des choses sur le terrain.
C’est vraiment une journée historique. On ne s’attendait pas à une telle allure des événements. Mais c’est dire que l’histoire s’est répétée au Burkina. En 1966 aussi, on ne pensait pas que Maurice Yaméogo allait partir ; mais il est parti. C’est ce qui s’est passé avec le président Compaoré aussi. Cela doit donner à réfléchir aux hommes politiques pour qu’ils comprennent que le plus important pour le peuple et surtout pour la jeunesse, c’est la liberté et les perspectives pour elle. Quand on est au pouvoir, on doit donc travailler au mieux-être de tout le monde. C’est la leçon que nous, nous voulons que les politiciens puissent tirer de cette insurrection.

Comment appréciez-vous la dynamique actuelle de sortie de la période pré-transitoire ?

Nous, nous saluons positivement cette dynamique de prise de responsabilités de l’Armée. Disons-le, le chaos qui s’est installé les 30 et 31 octobre, seule l’Armée pouvait remettre de l’ordre. Et c’est ce que l’Armée a fait, fort heureusement. Elle a aussi respecté sa parole qui est de rendre le pouvoir aux civils. Le processus est bien entamé avec la désignation de Michel Kafando comme président de la transition.
Je pense que l’Armée a vraiment joué un rôle important. Elle est en train de montrer qu’elle est du côté du peuple ; ce qui est à saluer. Zida a fait un travail remarquable avec toutes les autres forces de défense et de sécurité.
Maintenant, il revient aux civils de travailler pour que la démocratie s’instaure véritablement, pour ne plus donner l’occasion à l’Armée de devoir intervenir.
Pour nous, la période pré-transitoire qui est en train de s’achever, est à l’honneur du peuple burkinabè dans son ensemble.

Qui est, selon vous, le président de la transition ?

Michel Kafando, on a vu sa biographie. On note que c’est un diplomate, quelqu’un de mâture. Je crois que c’est un bon choix. Au regard de l’environnement actuel, il ne fallait pas prendre un homme politique, mais une personnalité civile. C’est d’ailleurs ce que nous, nous avons souhaité. Une personne d’un certain âge, qui fasse preuve de recule, de maturité et de patience nécessaires pour pouvoir bien conduire la transition.
Michel Kafando, c’est quelqu’un que j’ai eu la chance d’avoir rencontré aux Etats-Unis quand il était représentant du Burkina Faso à l’ONU. C’est un homme très ouvert d’esprit, un homme très professionnel. Je crois que son expertise va servir au peuple burkinabè durant cette transition.
La transition devant être conduite avec célérité, il est important qu’elle soit dirigée par quelqu’un va rassembler les Burkinabè, les remettre au travail, organiser des élections vraiment transparentes pour que le choix des Burkinabè puisse se porter sur une bonne personne, en passant bien sûr, par l’adoption d’une nouvelle Constitution qui va nous permettre d’avoir des institutions plus fortes que des hommes forts.

Vous plaidez donc pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution durant la période de transition ?

Absolument ; il le faut. Je pense que la Constitution de la IVè République est longtemps décriée comme n’étant pas à la hauteur des attentes du peuple, parce qu’elle donne trop de pouvoir au président. Je pense que les priorités pour la transition, c’est d’abord de rassembler tout le monde pour faire comprendre que c’est main dans la main, qu’on pourra mieux réussir cette transition. Il faudra donc fédérer toutes les parties prenantes pour que nous regardions dans la même direction.
Au cours de cette transition, il faut rapidement mettre en mouvement la commission des réformes politiques et constitutionnelles pour l’élaboration d’une nouvelle constitution. C’est après l’adoption de cette nouvelle Constitution que l’on saura quels sont ceux qui sont vraiment en mesure de participer aux compétitions électorales à venir, présidentielle, législatives, et éventuellement municipales.
Ce qui ouvre la voie au deuxième grand chantier de la transition, qui est l’élection. Il faut réussir cette élection. Il faut qu’elle soit la plus transparente, la plus juste, la plus équitable possible, afin que le choix du peuple puisse se porter sur les personnes qu’il faut, pour qu’on se mette rapidement au travail.
Nous savons bien que la Constitution actuelle ne tient pas, et que dans tous les cas, il faut aller aux élections. Nous, nous avons souhaité que les élections puissent se tenir en six mois, au lieu ce soit en un an. Techniquement, il serait bon de faire en sorte que nous puissions voter pour les élections couplées ou triplées au cours du mois de mai 2015, sinon la campagne électorale va coïncider avec la saison des pluies où la majorité des électeurs seront aux champs. Il y a donc lieux d’accélérer la cadence pour que l’adoption d’une nouvelle Constitution intervienne d’ici à fin juillet, et permettre qu’on puisse voter en début mai.

Quel rôle le MAP souhaite-il jouer dans le cadre de cette transition ?

Je pense que la transition a bien commencé. Mais il faudrait vraiment maintenir le cap. Nous, nous sommes de l’opposition, mais non-affilié au chef de file de l’opposition qui a d’ailleurs rendu le tablier. Ce qui fait qu’on n’a pas été un acteur direct de cette période pré-transitoire. Mais nous, le rôle que nous voulons jouer, c’est d’appeler tous les Burkinabè à aider le président Kafando, ainsi que tous les organes de la transition à réussir.
Nous espérons qu’après la mise en place du Conseil national de la transition et du gouvernement de la transition où nous ne souhaitons pas avoir de poste, les choses iront plus vite.
Dans les autres commissions, s’il y a des possibilités, comme dans la commission des réformes constitutionnelles ou ailleurs où on peut apporter nos réflexions, nous serons disponibles en tant que parti à apporter notre contribution pour que cette transition puisse être une réussite totale. Mais, nous ne revendiquons rien, parce que le plus important aujourd’hui, c’est d’aider ces organes de la transition à réussir. C’est cela qui doit être la responsabilité de tous les partis politiques et de tous les citoyens burkinabè : contribuer, et non vouloir revendiquer quoi que ce soit.

Entretien réalisé par Fulbert Paré
Lefaso.net

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