Saran Sérémé, présidente du PDC : « Quand le peuple disait ce 2 novembre prendre son destin en main, c’était une révolution dans la Révolution »

jeudi 6 novembre 2014 à 00h44min

Ces jours-ci le nom de la présidente du Parti pour le développement et le changement (PDC), Saran Sérémé a fait couler et continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. Accusée d’avoir tenté en solo de prendre le dimanche dernier la tête de la transition, Saran s’explique dans le présent entretien, retraçant en long et en large les péripéties de la chaude journée du 2 novembre 2014 à Ouaga. Interview.

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Saran Sérémé, présidente du PDC : « Quand le peuple disait ce 2 novembre prendre son destin en main,  c’était une révolution dans la Révolution »


Lefaso.net : On vous a accusée d’avoir tenté de vous auto- proclamer à la tête de la transition. Une information qui sera démentie plus tard par certaines sources qui font état de ce que vous avez été emmenée contre votre gré à la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) pour cette auto-proclamation. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ce 2 novembre ?

Saran Sérémé : Je vous remercie de venir à la source de l’information. Hier (ndlr : l’entretien a eu lieu le lundi 3 novembre), nous avons été mandatés par le CFOP (Chef de File de l’Opposition Politique, ndlr) pour rendre son message aux participants du meeting à la place de la Révolution. Suite au message délivré par Jean Hubert Bazié, les gens n’étaient pas heureux, n’étaient pas satisfaits parce qu’après son message, il a demandé aux populations de rentrer chez elles. Maître Sankara et moi nous avons dû prendre la parole puisque les gens ne percevaient pas réellement leurs attentes. Et nous avons dit que nous sommes pour que les militaires retournent dans les casernes, nous sommes pour le retour des civils au pouvoir, encadrés par les militaires qui sont nos frères, qui vont nous accompagner. Nous les avons appelés pour qu’ils empêchent un bain de sang et pas pour qu’ils viennent diriger un autre pouvoir étatique, démocratique. Suite à cela, nous leur avons demandé de nous permettre d’aller nous concerter parce que la concertation n’était pas finie et qu’on revienne. Les manifestants voulaient déjà nous prendre en otages mais on a su parler, ils nous ont fait confiance mais ils nous ont donné à peine deux heures pour revenir. On s’est alors retrouvé à la Patte d’Oie au bureau du président Zéphirin Diabré. Après notre réunion on a décidé que trois personnes viendraient en plus de moi, c’est-à-dire Ablassé Ouédraogo et deux autres personnes, parler. Mais déjà, on nous avait appelés pour dire que la population scandait mon nom pour dire que depuis le matin elle n’a pas vu Zéphirin Diabré, Roch Marc Christian Kaboré et certains dirigeants alors que les gens sont fatigués et veulent des décisions. Ils nous ont dit qu’ils ne veulent plus de discours, si on revenait, on doit venir avec le nom d’une personne parmi les responsables de partis politiques pour diriger la transition. Dans le cas contraire, s’ils ne voyaient rien, eux-mêmes ils vont choisir celui qui va être leur président. C’est ainsi qu’on nous a dit qu’on scande « Saran sérémé », « Saran sérémé » parce qu’ils sont fatigués des hommes et veulent maintenant la femme, celle qui a osé sortir avec les spatules et qui a même bravé l’autorité du pouvoir Compaoré, qui a été la première à claquer la porte du parti au pouvoir ; on veut que ce soit elle qui dirige la transition. J’ai appelé Zéphirin de côté et je lui ai dit que si je repartais à la place de la nation, on risquait de me garder là-bas. Il me dit qu’il n’y avait pas de problème, que je pouvais partir, d’assumer. C’est ainsi d’ailleurs que Mme Compaoré qui était le président du groupe parlementaire UPC est rentrée avec moi dans la voiture. On dit bon si les femmes doivent prendre leurs responsabilités, on va les assumer. Quand nous sommes arrivées à la place de la nation, la foule nous a pris en étau en scandant « Saran au pouvoir », « Saran au pouvoir ». On a voulu des micros pour parler à la foule mais les micros n’existaient plus. On leur a dit, pas de problème, ne vous inquiétez pas. Si c’est pour assumer, nous allons le faire et nous vous remercions pour cette confiance placée en nous. Mais, nous leur avons dit qu’on avait une rencontre avec les militaires le soir, d’attendre qu’on ait cette rencontre pour qu’on puisse confirmer. Nous leur avons dit que lorsque nous viendrons avec le nom, nous serons avec les autres collègues ; qu’on allait leur faire appel d’ici le soir ou le lundi. Ils nous ont dit non, qu’ils ne bougeraient pas, si ce n’était pas ce dimanche même. Je leur ai dit s’ils voulaient me donner l’autorité, il fallait qu’ils me fassent confiance, qu’ils me laissent partir et revenir ; sinon si dès maintenant ils contestaient mon autorité, je ne voyais pas en quoi je pouvais me permettre de diriger une transition. Ils ont tous applaudi. Ils ont accepté mais pour eux, de toute manière, ils ne voulaient pas d’un coup d’état à l’interne parce qu’ils avaient déjà choisi leur président de la transition et qu’il n’était plus question pour les partis politiques et les militaires de choisir une autre personne. Quand on remontait dans la voiture pour partir, la foule scandait toujours mon nom. Une fois dans la voiture, j’ai dit à mon cousin chauffeur d’aller tout droit. Ils me disent non et qu’il faut qu’on aille à la RTB. Je leur ai demandé pour y faire quoi ? Ils me disent qu’il faut qu’on aille faire une déclaration à la RTB pour dire que c’est moi qui est choisie comme président de la transition. Je leur ai dit que je ne pouvais pas aller à la RTB. Je leur ai suggéré qu’on aille au CFOP pour parler avec les autres présidents de partis. Ils me répondent que je n’avais pas de décisions à prendre, que c’est le peuple qui décidait, que si nous avions dit que nous sommes politiques, que si nous les avions mobilisés depuis ; il fallait que nous apprenions à respecter aussi leur décision. Qu’il n’était pas question d’aller au CFOP où les autres présidents allaient leur faire un coup d’Etat et imposer une autre personne. Je leur ai dit non parce que moi je travaille avec le CFOP et je ne pouvais pas me permettre cela. Ils ont alors bloqué toutes les portières et éteint la voiture qu’ils ont poussée jusqu’à la RTB. J’ai essayé en vain de discuter et les jeunes nous ont dit c’est ça ou ils cassent la voiture et me tuent. Qu’ils vont aller brûler le CFOP, chez tous les partis d’opposition et chez les militaires. J’ai appelé Zéphirin Diabré. Je l’ai appelé au moins vingt-cinquante fois. La première fois, ils riaient. Il dit que sa femme danse parce que les femmes vont monter au pouvoir. Je lui ai dit de ne pas rire parce que les gens sont en train de m’emmener à la radio, je n’ai pas de militaires avec moi et aujourd’hui nous sommes face à un coup d’Etat et donc les militaires vont répliquer. Je l’ai prié d’appeler les autres présidents pour qu’ils viennent nous retrouver sur la route. Il me dit si c’est cela, de les envoyer au CFOP. Je lui ai dit que c’était facile à dire qu’à faire. Une foule de milliers de personnes. Je crie, je parle, ils disent qu’ils ne veulent rien entendre. Ma portière est bloquée. En ce moment, j’ai descendu mes vitres pour qu’il entende les manifestants qui criaient ‘’RTB’’, ‘’RTB’’. Je n’avais pas voix au chapitre. Je rappelle Zéphirin qui me dit qu’il arrive. J’attends et ne le vois toujours pas. Je le rappelle encore et il me dit qu’on vient de lui dire que c’est moi qui ai demandé que les militants m’emmènent à la RTB, que j’ai été mandatée par le CFOP.

Mais, est-ce que vous ne l’avez pas dit ?

Mais, soyons sérieux. Moi-même je ne savais pas qu’on partait à la RTB quand j’étais dans ma voiture. Vous pouvez peut-être faire un micro-trottoir avec ceux qui étaient là pour savoir ce qui s’est passé. Pour revenir à ce que je disais, j’ai dit à Zéphirin si j’avais dit ce qu’il dit, je n’allais pas demander aux gens d’aller au CFOP et que les gens refusent. Ils ne veulent même plus se reconnaître au CFOP parce qu’ils estiment que nos hommes politiques tergiversent, qu’ils ne savent pas prendre les décisions qu’il faut. Il y a quand même un minimum de logique. J’ai dit à Zéphirin si c’est cela, venez nous retrouver et vous saurez si c’est moi qui ai dit ou pas dit. Rejoignez-nous où nous sommes et vous ferez un discours devant la foule pour m’aider à calmer parce que je suis seule dans la voiture. Mais, en ce moment, personne n’est venu. En fait, si moi je devais être lynchée, aucun président de parti ne serait venu pour me sauver. Le minimum, c’était de faire le déplacement pour voir ce qui se passait. Pourquoi personne n’est venu ? Quand même il y a quelque chose qui ne va pas. Ils pouvaient venir au moins pour sauver leur collègue. Même si ce n’était pas pour me sauver, ils pouvaient venir pour dire que ce n’est pas le CFOP qui m’a mandatée. Mais, cela n’a pas été le cas. Et les gens ont continué à pousser la voiture. C’est en ce moment quelqu’un est venu dire que le Général Lougué est déjà à la RTB, qu’il a appris que je viens et qu’il est allé sécuriser les lieux. Je dis ah là, ça devient grave parce que ce sera un problème pour la foule. Les gens n’imaginent pas ce que moi je vivais. J’étais presque sûre d’être morte parce que j’avais décidé que je ne parlerais pas. Je suis une intellectuelle, une politique, je ne vais pas aller prendre le pouvoir de la sorte. Cela ne se fait pas. Je travaille avec des collègues et tant qu’on n’est pas ensemble je ne vais pas aller m’auto- proclamer. Et en définitive, mon cousin me dit, quand on sera à la télé on va trouver un bureau t’enfermer, le temps qu’on trouve une solution pour que les autres présidents viennent calmer. Et c’est ce qu’on a fait. Quand nous sommes arrivés on a vu des militaires, des éléments du Lieutenant-Colonel Zida. Ils m’ont tous escortée en disant à la foule de rester dehors et que c’est moi qui pouvais passer pour ma déclaration. Je me suis dit ah bon !, donc le Lieutenant-Colonel Zida est d’accord mais moi je n’irai pas dans ce sens. Parce que le Lieutenant-Colonel et ses éléments étaient là. Ils ne m’ont pas bousculée. Quand je suis rentrée dans la salle d’enregistrement tous les médias, nationaux comme internationaux, étaient déjà installés. La télé nationale n’allait pas marcher mais les autres presses allaient enregistrer. J’ai profité demander où était le Général Lougué. On m’a dit qu’il était dans une salle. J’ai alors demandé à le voir parce que je ne ferais pas de déclaration sans l’avoir vu. Moi, je cherchais une échappatoire. On m’a emmenée dans une salle. Quand j’y suis entrée, les deux portes de la salle ont été fermées à clés. Et je suis restée dans cette salle. Lougué n’y était pas et on a envoyé le chercher. Quand il est venu, il m’a dit que lui il avait fait une déclaration parce qu’on lui avait dit que le peuple venait, il croyait que c’était pour lui. Mais, qu’après on lui a dit qu’on m’emmenait. Je lui ai dit non, je ne venais pour des déclarations. Il m’a dit si c’était cela, lui il allait partir parce qu’il voulait faire sa déclaration.

Est-ce que le Général Lougué a pu faire sa déclaration ?

Il paraît qu’il l’a faite mais ce n’était pas en direct. Mais, il se trouve donc que lui il est parti. Mais, moi je me suis enfermée. Je suis restée plus d’une heure trente dans la salle. Les gens tapent, ils ont tout fait. Les jeunes disaient si je ne sortais pas, ils allaient venir brûler la télé, la radio et moi-même dedans. Je suis restée, je ne suis pas sortie parce que je ne voulais pas faire de déclarations. Quand j’entends des gens dire que ce sont les militaires qui sont venus empêcher ma déclaration, ce n’est pas du tout vrai. Les journalistes étaient juste après la porte. Pendant deux heures j’avais eu le temps de faire mille déclarations si je le voulais. Il faut être sérieux. J’ai expliqué à mes interlocuteurs sur place que je ne pouvais pas faire de déclaration sans mes collègues, que même si le peuple m’avait choisi, mes collègues ont leur mot à dire, puisque c’est un travail collégial. J’ai demandé à mes interlocuteurs de porter ce message aux manifestants. Ils m’ont dit que s’ils sortaient pour dire cela, on allait les écraser. Je leur ai dit : si c’est cela, je prends sur moi la responsabilité de sortir et d’affronter le peuple. C’est en ce moment qu’on a ouvert la porte. Les journalistes européens sont venus pour me demander s’il n’y avait pas de déclaration. Je leur ai fait savoir que l’heure n’était pas à des déclarations. En même temps le Colonel Barry, l’adjoint du Lieutenant-Colonel Zida, est venu vers moi pour me demander si je voulais faire ma déclaration. Je lui ai dit que je venais parler à la foule, l’affronter. Que même si j’allais mourir pour cela, je ne pouvais pas trahir mes camarades parce qu’on a œuvré ensemble depuis et je ne pouvais pas venir faire une déclaration seule. On m’a dit que c’est vraiment risquant parce que le peuple est déchainé. C’était des milliers de personnes et qui ne voulaient rien entendre. Pour eux, refuser c’était comme la dernière trahison. Peut-être que Dieu ne voulait pas que je meurs. Parce que quand je me suis approchée d’eux, il y a eu les militaires qui sont venus de partout et qui ont commencé à tirer immédiatement en l’air. Donc, évidemment c’était la débandade et moi je suis rentrée à nouveau dans la salle. Il semblerait que le général Lougué a fait une déclaration dehors et qu’il a dit qu’il va amener des renforts. Bon, moi je n’en sais rien puisque je n’étais pas avec lui. On n’est pas venu ensemble et je ne savais pas qu’il venait. Mais, ceux-ci sont venus en renfort, ils ont dispersé la foule. Mais, comme leurs militaires étaient avec moi, ils ont tout suivi et savent que j’ai refusé de prendre la parole. Les gens m’ont négociée, j’ai refusé. Ils savaient que je ne venais pas de mon gré pour prendre le pouvoir. Evidemment, ils ont rendu compte. Quand ils ont fini de disperser les gens, ils ont cherché à savoir si j’étais en sécurité. On leur a dit que oui et ils sont alors partis. C’est après que le lieutenant-colonel Zida a envoyé son véhicule tout terrain pour me chercher pour qu’on discute. Quand on est allé, c’était dans tout le respect, il m’a bien accueillie ; je n’ai manqué de rien et il n’y a eu aucune brutalité. Non, au contraire.


De quoi avez-vous discuté ?

De tout et de rien. De cette situation déplorable qui s’est passée puisqu’il la suivait. Il m’a félicitée de n’avoir pas fait de déclaration et m’a demandé de voir comment nous allions travailler ensemble pour sortir le pays de la situation. Il a voulu savoir ma position. Je lui ai réitéré ma position. Je lui ai rappelé que les militaires doivent retourner en casernes. Ce n’est pas parce que je suis parmi eux que je vais changer de position. J’étais vice-présidente du parlement de la CEDEAO, je connais les textes. J’ai œuvré pour que Dionkounda Traoré revienne au pouvoir au Mali parce que j’étais présidente de la zone francophone. En Guinée Bissau, c’est un de mes vice-présidents qui a été désigné président intérimaire parce qu’il fallait remettre le pouvoir aux civils. Ce n’était donc pas à moi de venir dire autre chose aujourd’hui. Même si je dis que les militaires sont des civils en tenue, ils ont leur contribution à apporter. Ce n’est pas parce qu’ils sont des militaires qu’ils ne peuvent pas nous aider à gérer le pays. On peut trouver un système où on va œuvrer ensemble, travailler ensemble sans qu’ils soient forcement à la tête pour gérer le pays. Dans le cas contraire, on sera sous sanctions et c’est le peuple burkinabè qui va souffrir. Et si eux ils ont pris leurs responsabilités, ils ont évité un bain de sang, je suis sure que leur objectif, ce n’est pas de voir leur peuple souffrir. Donc, on a discuté mais on s’est dit qu’on aura le temps de pouvoir voir comment se donner les meilleures idées pour aider le Burkina. Il y avait ensuite la rencontre avec les chefs de partis d’opposition.

Pendant que vous étiez à la RTB, le CFOP a fait un communiqué pour dire qu’il ne se reconnaissait pas dans ce qui se passait. Comment avez-vous apprécié cela ?

Je trouve cela tout simplement déplorable. Parce que je suis allée avec sa présidente de groupe parlementaire. Il savait ce qui allait se passer à la place de la nation. Il était informé. Aller à la radio quand on me l’a demandée, il n’était pas au courant tout comme moi aussi je n’étais pas au courant. Comme je vous l’ai dit, j’ai été prise de court. Mais, le minimum en tant que CFOP, c’était de faire le déplacement. Pourquoi il n’est pas venu ? Il a peur du peuple ? Il est un homme du peuple. Il ne peut pas dire que je partais pour m’auto- proclamer. Il ne peut pas écouter des ‘’on dit’’ sans m’écouter alors qu’il m’a même écoutée. Le minimum, pourquoi il n’est pas venu pour savoir ce qui se passait réellement, ne serait-ce que parce que j’étais prise en otage ? Il devait venir m’aider à me libérer. Donc, si j’étais morte, c’était fini pour moi. Je n’ai pas les mots pour qualifier les déclarations par rapport à ce qui se passait. C’est triste, tout simplement.

Avec ce qui s’est passé, peut-on encore parlé d’unité au sein du CFOP ?

(Un moment de silence). Je ne sais pas si le mot ‘’unité’’ sied parce qu’il peut y avoir discordance mais là, c’est plus grave qu’une discordance. Il est vrai, lui, il l’a dit plusieurs fois, notre combat c’était de faire partir Blaise Compaoré. A peine Blaise Compaoré est parti, on a commencé avec les peaux de banane et les coups bas. Pourtant rien n’est encore gagné, parce que les militaires sont encore là. J’ose quand même croire à leur bonne foi, j’ai discuté avec le Lieutenant-Colonel Zida et je vois qu’il est décidé à faire la différence, je l’espère. Mais, le combat qui est commun, n’est pas encore fini. Quand j’étais à la CEDEAO, j’ai aidé beaucoup de pays dans leur transition à pouvoir s’en sortir jusqu’aux élections. On n’a pas besoin de commencer des inimitiés en voulant juste salir certaines personnes qui semblent devenir populaires, en croyant juste en finir avec une concurrente politique de cette manière vile, de cette manière dégueulasse. Ce n’est pas honorable pour l’opposition, ni pour les hommes politiques que nous sommes. C’est regrettable tout simplement. L’unité, ce sont nos actes qui la forgeront, que nous puissions dépasser certains détails. Pour le moment, je n’ai pas envie de voir la lutte se fracturer, que j’y sois ou que je n’y sois pas. Je peux me retirer du CFOP. Cela peut même être une évidence. Je souhaiterais que la lutte continue toujours. L’essentiel, c’est que nous arrivons à établir l’Homme qu’il faut au poste qu’il faut c’est-à-dire à la première loge de la Présidence du Faso ; l’Homme en qui le peuple burkinabè se reconnaîtra. Même si on dit que la politique est une jungle, il y a des limites. Les anacondas de service, on se connaît. On n’a pas besoin d’utiliser des mots. On a vu les déclarations de plusieurs personnes à certains moments précis. Quand il fallait oser, on a vu certains entre-temps dire dans les médias qu’ils étaient pour le referendum. Ceux qui osent aujourd’hui parler d’indiscipline, ils ont osé proclamer à la veille du vote à l’Assemblée nationale, qu’ils étaient pour le referendum. Parce qu’ils ne pensaient pas que le peuple allait faire sa révolution. N’étant pas un parti qui a déjà participé à des élections, on travaillait avec le peuple. Parce qu’on savait qu’il n’y a que le peuple qui pouvait faire partir Blaise Compaoré. Blaise n’avait peur que du peuple. Il n’avait peur ni de la communauté internationale, ni de qui que ce soit. Comme je dis, nous on vient du pouvoir et on connait comment combattre l’adversaire. Parce que si vous ne connaissez pas votre adversaire, vous ne pouvez pas le combattre. Et c’est quand la peur tenaillait, que nous femmes sommes sorties avec l’instrument le ‘’vugri’’ (spatule) pour montrer le chemin de l’honneur aux hommes. Et ce ne sont pas ces actes honorables posés que nous allons venir gâcher de la sorte comme si nous étions des analphabètes parachutées en politiques, parce que nous sommes assoiffées de pouvoir pour aller, de façon anarchique comme ils le disent, nous auto- proclamer président. Je n’ai pas besoin de ça.

Mais, êtes-vous toujours disposée à assumer des charges comme celles de président de la transition si on vous faisait appel à l’issue des consultations en cours ?

Cela dépendra du consensus national. Je suis peut-être meurtrie dans ma chair, déçue par certaines personnes mais au stade où j’en suis, je ne peux pas abdiquer. J’ai suffisamment traversé des épreuves pour abdiquer pour des détails. Ceux qui croient que par ce fait je vais abdiquer, se trompent lourdement. Ils ne connaissent peut-être pas qui est Saran Sérémé parce qu’eux ils n’ont jamais lutté. Ils sont peut-être nés avec des cuillères dorées dans la bouche. Ils n’ont jamais marché, si ce n’est maintenant ; ils n’ont pas fait de prison, ils n’ont jamais été torturés, ils n’ont jamais été en exil, ils n’ont jamais souffert, ils n’ont fait qu’occuper des postes ministériels, de présidents d’institution ou de représentants spéciaux. Moi je me suis toujours battue pour être ce que je suis. Ces petites tentatives, qu’ils les considèrent comme des détails. Cela me permet de savoir qui j’ai en face de moi et cela m’aguerrit davantage.

Ressentez-vous du remords pour ce qui s’est passé ?

Je déplore qu’il y ait eu un décès qui n’est pas de notre faute. Parce que ce sont les hommes de tenue qui se sont tirés entre eux pour que cela arrive. La foule n’est pas venue avec des armes. On n’avait pas besoin de venir disperser la population en tirant, cela pouvant créer une panique pour que les gens se piétinent, surtout que chacun savait que je refusais de toute manière de faire une proclamation. Je pense que la proclamation faite par le Général Lougué a contribué à cette situation parce que lui il est un homme de tenue. Paix à l’âme de la victime ! Je regrette que la foule n’ait pas pu se maîtriser et ait voulu m’obliger à aller faire une proclamation. Mais, c’est ça aussi la foule. Parfois, elle n’est pas maîtrisable et elle ne fait qu’exprimer son désidérata. Et c’est un message en même temps pour le Lieutenant-Colonel Zida et à toute la classe politique. Cela signifie que la foule se cherche un repère, se cherche une personne en qui elle veut se retrouver. Le peuple qui sort n’est pas la rue. C’est un peuple consciencieux. Pendant deux ans, ils sont sortis sans casser. Quand ils ont brûlé, c’est parce que nous-mêmes nous avons parlé de désobéissance civile et ils en avaient ras-le-bol. Ce ne sont pas des tarés. Et quand ils disent qu’ils en ont marre, ils ont raison. En effet, nous les politiques nous devons apprendre à nous assumer et non tergiverser parce qu’on a peur si on fait telle déclaration on peut nous arrêter, on peut nous tuer. Mais, si tu ne peux pas mourir pour ton pays, tu n’es pas digne d’être un citoyen, encore moins un leader. Si tu n’es pas prêt à faire la prison pour ton pays, tu n’es pas un digne citoyen. Pour moi, la prison et la politique sont des galons. Elles enrichissent l’expérience. Je ne regrette pas ce qui s’est passé. Parce que je me dis que le comportement d’une foule consciencieuse peut parfois amener ce qui s’est passé. Et quand ils disaient qu’ils prenaient leur destin en main, c’était une révolution dans la Révolution. D’habitude dans les révolutions, le peuple sort pour dire qu’on ne veut pas de telle ou telle personne. Mais, il ne sort pas pour réclamer un homme, encore moins une femme. Et dans nos traditions cela n’est pas aussi évident. Et si les gens l’ont fait ici, cela suppose qu’ils ont vu des qualités, des compétences en ma personne, en qui ils se retrouvent. Et moi je ne pouvais déjà que les remercier pour cette confiance mais je leur signifié que je ne pouvais pas faire une déclaration sans l’aval de mes camarades, surtout qu’il y avait un dialogue en vue avec les militaires. Nous avons dit qu’ils ne sont pas nos ennemis. Les militaires sont nos frères, ils ont pris le pouvoir et ils n’ont pas dit qu’ils ne le quitteront pas. C’est à nous d’amener le peuple à comprendre. Là j’étais seule en otage. Malgré tout, j’ai réussi à ne pas faire de déclaration parce qu’on doit pouvoir amener le peuple, au risque de sa vie, à suivre la vérité et la justice.

Vous avez rencontré le Lieutenant-Colonel Zida. Est-ce que l’homme vous inspire confiance ?

Je n’oserais pas mettre en cause sa bonne foi en disant que je n’ai pas confiance en lui. Je sais qu’il avait reçu l’ordre de tirer sur la foule mais il ne l’a pas fait. Lorsque les populations ont saccagé le Parlement, ils ont reçu l’ordre de tirer mais ils ne l’ont pas fait. Déjà pour cela, je lui fais un ban. La confiance se mérite. C’est à travers les actes posés que l’on peut avoir confiance totalement en une personne ou superficiellement. Mais, pour le moment, moi je lui fais confiance en espérant qu’il va écouter le peuple, qu’il saura trouver la solution et se retirer. Il a déjà rencontré la communauté internationale et discuté avec l’opposition, les anciens chefs d’Etat, etc. Comme je le lui ai aussi dit, j’espère qu’il ne fera pas le Dadis Camara, le Guéi ou Sanogo. J’espère que lui surtout en tant que croyant œuvrera à dépasser la mêlée, surtout dépasser cette folie du pouvoir parce qu’il n’en a pas encore. Il est au début et l’appétit vient en mangeant. Donc, je prie pour qu’il y ait ce sens de pouvoir se retirer tout en ayant un œil sur le processus de transition pour que les autorités intérimaires ne dévient pas des voies de sortie crise qui viendraient à être tracées. Les militaires sont une composante de la société au même titre que les acteurs politiques et ceux de la société civile. Ces trois composantes méritent naturellement de faire partie des organes de la transition.

Propos recueillis par Grégoire B. Bazié
Lefaso.net

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