Jeunesse burkinabè : éviter de lui présenter « n’importe qui » comme modèle

mardi 9 septembre 2014 à 00h31min

Face à l’impossibilité de l’Etat à faire face à la forte demande d’emplois, la promotion du secteur privé apparaît comme une condition sine qua non pour répondre aux nombreux besoins et contribuer à l’épanouissement réel des jeunes.

Jeunesse burkinabè : éviter de lui présenter « n’importe qui » comme modèle

Pour cela, toute initiative, qu’elle soit publique ou privée, allant dans cette dynamique est à saluer à sa juste valeur. Et c’est dans ce chapitre que nous logeons, volontiers, les initiatives qui tendent à susciter l’émulation au sein de la jeunesse. C’est l’exemple des décorations, remises d’attestations de reconnaissance ou autres gestes similaires qu’on vit au cours des commémorations et autres manifestations à destination des jeunes ou initiées par les jeunes. Si le principe de vouloir mettre en exergue des valeurs ne souffre d’aucun regard péjoratif, les « individus » souvent présentés comme « modèles » posent réellement problème. Chacun peut s’amuser à énumérer ce genre d’exemples à travers des initiatives locales et/ou nationales, portées par les institutions publiques ou soutenues par des institutions étatiques.

Promouvoir la saine émulation, oui mais, elle ne se fera pas en mettant sur orbite, des gens qui foulent au pied de la lettre, les valeurs de notre société pour se retrouver là où ils sont. On décore, on fait des mentions spéciales et on attribue des reconnaissances à des jeunes ou à des prétendus promoteurs de jeunes dont on sait pertinemment qu’ils sont loin, même très loin, d’être des modèles dans la société et pour la jeunesse. Un individu doit-il être considéré comme modèle sur la seule base de la « santé de son portefeuille », de sa position professionnelle et/ou matérielle ? Nous pensons que ces critères doivent être distingués des valeurs à enseigner à la jeunesse. Il faut montrer à la jeunesse, des gens dont le parcours suscite espoir, le goût au travail, le goût à l’effort. La jeunesse se construira à travers les occasions qu’on lui donne d’imiter les personnes qui ont marqué positivement leur domaine et leur environnement social. La jeunesse burkinabè a tout simplement besoin d’être inspirée par le parcours d’hommes et de femmes qui ont apporté positivement une touche à la société, à quelque niveau que ce soit. Elle a besoin de s’inspirer des façons de faire qui mettent l’homme et les valeurs sociales et professionnelles au cœur des actions. En un mot comme en mille, il faut brandir à la jeunesse, de réels modèles, de vrais repères pour pouvoir susciter une saine émulation. Et on ne le fera pas par exemple avec des « boss » qui font main basse sur le « salaire » de leur vigile. Pas non plus avec des « individus » qui « calent » les perdiems de leur chauffeur, etc. et qui n’ont de valeurs à promouvoir que dans leurs discours. En clair, il faut éviter de choisir comme « modèles » parmi des individus qui ont décidé de prostituer leur morale pour se « hisser » à un certain niveau de la société.

La jeunesse n’en a pas besoin. Pas du tout. Les différentes initiatives, surtout celles suscitées par les institutions publiques, doivent donc redoubler de rigueur dans le choix des personnes à présenter à la jeunesse comme « aspirations ». Sinon, on risque de produire l’effet inverse au lieu de promouvoir des valeurs. Il faut faire l’effort de ne pas présenter comme « modèles », des choix qui blessent les bonnes consciences et l’intégrité des Burkinabè (du moins, certains Burkinabè). On ne rendra pas ainsi service à la jeunesse, encore moins au pays. A défaut de désigner de vrais repères pour susciter une saine émulation, il ne faut pas décevoir, par des choix de complaisance, les bonnes volontés qui sont animées d’intégrité dans leurs actions au quotidien. Faisons donc de sorte que « les ‘’seuls’’ Burkinabè à être honnêtes ne finissent pas par se demander pourquoi devraient-ils être les seuls à être honnêtes ? » !

Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

Messages

  • Voici des genres de productions qu’il faut actuellement pour combattre les grands maux que connaît notre société. Il n’y a rien à redire. Vraiment, toutes mes félicitations !

  • Mr. Oumar Ouedraogo, j’ ai beaucoup aime votre reflexion. Elle a de la hauteur et de la profondeur aussi.

    THS

  • Si seulement je pouvais entrer en contact avec l’auteur de l’article ! Je partage entièrement son combat, un combat, parent pauvre des discours que nous entendons par ces temps qui courent.val_sang@yahoo.fr

  • Merci Omar pour cette analyse.La jeunesse a besoin de référentiel digne, honnête et loyal.

  • Article impecable.
    Notre integrite est notre premiere valeur. Que deviendra le burkinabe sans la morale ??? Notre politique son en train de "tuer" notre jeunesse pour le pouvoir. Demarquons nous car l’avenir nous appartient.

  • - Oumar L. OUEDRAOGO, ton écrit rend service à la nation et tu es digne. Moi Yamyélé quand c’est bien je le dis et quand c’est mauvais, je le crie également. Ton écrit est très correct. En effet, on vois ces derniers temps dans les journaux des jeunes qui sont parfois à la une pour annoncer leurs trahisons (démissions) d’un parti politique pour un autre. Des jeunes indignes qui font de la migration politique une activité lucrative et en plus,ont droit à se pavaner dans les premières pages des journaux. Ce type de jeunes n’est pas à montrer au public car ce sont des prostitués qui ont vendu leurs âmes au diable. Je n’accuse aucun parti politique, pas même le CDP qui est accusé d’orchestrer ces forfaitures indignes de personnes honnêtes. Que celui qui veut m’insulte et je m’en fiche car je trouve indigne que des jeunes pensent défendre leur nation en se comportant de manière indigne ! Il y a ici dans notre village des jeunes paysans qui ont réussi. Ils sont bien installés et travaillent dignement. Ils traitent même de ridicules ces fantaisistes qui sont chaque fois montrés dans les journaux pour leurs trahisons intestinales plus que tout autre

    Par Kôrô Yamyélé

  • il y a -t-il des critères pertinents, une feuille guide pouvant orienter le choix des modèles ?
    Ces critères pourraient considérablement aider les tous ceux qui sont à la recherche de parrains, personnes ressources ou modèles.
    Malheureusement l’argent est en train de prendre le pas sur les autres considérations.

    bonne réception

  • Très bel article mon cher Oumar L. OUEDRAOGO !!! Il faut vraiment de tels écrits pour tirer la sonnette d’alarme sinon la jeunesse semble perdue souvent...

  • Belle analyse ! Il en est de même pour les décorations qui devraient appartenir aux personnes réellement exemplaires et non à des lèche-bottes politiques comme on le voit fréquemment.

  • Sujet pertinent car de nos jours les gens n’ont d’yeux que ceux qui peuvent les rétribuer des espèces sonnantes...Remarquez que le principal critère de choix des parrains est le volume du porte-feuilles cè ainsi que on retrouve des délinquants notoires mais "feuillus" être parrains de ceci ou cela. Avez -vous vu un paysan, un ouvrier, un simple retraité être parrain d’une cérémonie au burkina faso ? Fait rarissime, si non impossible pour un évènement de grande envergure pourtant de paysans, ouvriers, "petits travailleurs" ou retraités vertueux, il en existe même si l’espèce est menacée de disparition prochaine...Le BF ne pourra jamais avancer si on continue à célébrer la délinquance de façon voilée car mettre au-devant des goujats comme modèles de la jeunesse c’est simplement créee l’émulation pour le vol, le mensonge, l’indignité....

  • Vraiment, , je me sens soulagée par cet écrit très riche, pédagogique et plaisant à lire. Je suis souvent révoltée ces mascarades soit disant que ce sont des exemples.

  • Tout à fait d’accord, Oumar. Y a rien à ajouter.

  • Bonjour mon frère.
    Vous venez de débusquer le lièvre aux grandes oreilles qui court en zigzag dans la société burkinabè. On a l’impression que tout est bon à être présenté à une jeunesse désemparée. Une prise de conscience s’impose et la jeunesse elle-même doit être le levier de cette prise de conscience. Notre administration a un cerveau ramolli et ne veut pas le reconnaître. Tôt ou tard, la jeunesse prendra ses responsabilités. Courage mes frères, la victoire n’est plus loin.

  • La société (la jeunesse) burkinabè est pourri à cause de cela.
    Pourquoi l’USUBF est parrainé par le petit frère de PF alors que de grands sportifs qui ont fait la gloire du sport burkinabè restent sur le carreaux ? Les parrains aujourd’hui sont ceux qui ont les feuilles et non ceux qui lutte pour ce peuple. Conséquence, tout le monde court pour le gain facile, car c’est la seule manière de se hisser au sommet.
    Les militaires, policiers et gendarmes qui tombent sur les champs de batail n’ont pas une rue qui portent leur nom. Des enseignants médecins et autres pareil. Seul ceux qui ont l’argent et ceux qui font la politique du parti au pouvoir ont droit à des décoration et des rues baptisées à leur noms. Il faut que le grand chancelier voit cela.

  • Bonne contribution O. L. Ouédraogo ! J’ai particulièrement ce passage ci : "à défaut de désigner de vrais repères pour susciter une saine émulation, il ne faut pas décevoir, par des choix de complaisance, les bonnes volontés qui sont animées d’intégrité dans leurs actions au quotidien". Espérons qu’il n’est pas déjà trop tard pour redresser la barre.

    Dieu bénisse le Burkina !

  • Oumar L. OUEDRAOGO, sincèrement, je n’ai autres mots de valeur que de te dire : Bravo, Bravo et encore, Bravo ! Tu, es un Burkinabè digne. Je voudrais demander aux acteurs des enseignements que cet écrit soit proposé, textuellement, aux élèves, étudiants comme sujet
    de composition ; cela rendra vraiment un grand service à tout le monde, surtout à la jeunesse.

  • val_sang@yahoo.fr, je te suggère de contacter la rédaction du journal. Pourquoi pas appeler directement.
    Je tire mon chapo à l’auteur de l’écrit pour avoir soulevé ce mal qui ronge la jeunesse burkinabé

  • Voici un écrit qui plane très haut par sa pertinence. Tous nos politiciens à quelque niveau qu’ils soient gagneraient à lire cet écrit avec beaucoup d’attention car c’est d’eux qu’il s’agit essentiellement.

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