Droits de l’Homme et accès à la justice : Des jeunes en font leurs préoccupations

mardi 12 août 2014 à 06h23min

Placée sous le thème central « Droits humains et accès à la justice », la 5è édition des universités d’été des droits humains organisée par le Centre d’information et de formation en matière de Droits humains en Afrique (CIFDHA) en partenariat avec le Centre de conseils et d’appui pour les jeunes en matière des droits de l’homme (CODAP), a refermé ses portes à Ouagadougou le samedi 9 août 2014, après cinq jours d’intenses travaux.

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Droits de l’Homme et accès à la justice : Des jeunes en font leurs préoccupations

Ils étaient 27, les jeunes qui ont pris part à la 5è édition des universités d’été sur les droits humains. Ils sont membres d’organisations de la société civile (OSC), notamment des OSC de défense et de promotion des droits humains du Bénin, du Burkina Faso, de la Gambie, de la Guinée Conakry, de la Côte d’Ivoire, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Sénégal et du Togo. Il s’agit de jeunes dont l’âge est compris entre 20 et 30 ans, ayant un niveau universitaire et une expérience d’au moins deux ans dans le domaine de la défense et de la promotion des droits de l’Homme. Ce sont eux qui ont suivi des exposés théoriques et animé des travaux pratiques, dans le cadre de la présente édition des universités d’été du CIFDHA. Une édition qui a mis un accent particulier sur le partage d’expériences entre participants dans un élan d’analyse collective des mécanismes de promotion et de protection des droits humains en Afrique.

Et à en croire Etienne Kaboré, Coordonnateur général du CIFDHA, « la participation à ces échanges est satisfaisante ». Aussi, a-t-il précisé, « Nous nous sommes rendus compte que tous ceux qui étaient là ont prêté une oreille attentive aux intervenants qui sont venus, ils ont suivi les cours avec vraiment beaucoup d’attention. Nous avions des outils à leur apprendre, et nous avons fait le constat qu’ils les ont bien appris ».

Du côté du CODAP – partenaire du CIFDHA depuis 2010-, la satisfaction est également au rendez-vous. En effet, confie Cédric Chatelanat, Coordonnateur international du CODAP, « on a assisté à une session vraiment intéressante avec plusieurs nouveautés dont un procès simulé pour se familiariser avec les procédures de saisine de la Commission africaine des droits de l’Homme par exemple, des modules de qualité sur l’accès à la justice ».

Des jeunes ainsi formés, il est attendu le dynamisme sur le plan de la promotion et de la défense des droits de l’Homme, à travers entre autres, des projets. Ils ont, en effet, été formés à l’élaboration de projets mobilisateurs de bailleurs de fonds et à impacts concrètement pertinents sur le plan de l’accès à la justice en cas de violations des droits humains dans leurs pays. Et comme leurs aînés, ils seront non seulement appuyés dans la finalisation desdits projets, mais aussi suivis dans la mise en œuvre des activités inscrites dans l’agenda des projets élaborés. C’est du moins, ce qu’a confié Etienne Kaboré qui a aussi promis la tenue de la 6è édition desdites universités d’été en 2015. Et le CODAP promet également d’être de la partie.

Signalons que le Centre d’information et de formation en matière des Droits humains en Afrique (CIFDHA) partage la vision selon laquelle l’ignorance est à la fois une violation et une cause du non-respect des droits humains. Mieux, conscient du fait qu’une jeunesse informée et acquise à la cause des droits humains est gage d’une société plus sûre et prospère, il s’est engagé dans la formation et l’information de la jeunesse africaine sur les questions des droits de l’Homme.

Fulbert Paré

Lefaso.net

Des participants rappellent les acquis, et apprécient…

Toé Blandine/ Burkina Faso :

On a appris beaucoup de choses par rapport aux mécanismes universels des droits de l’Homme. On a aussi appris à élaborer des projets.

Par rapport aux mécanismes de défense des droits de l’Homme, on a appris la procédure de saisine des juridictions à tous les niveaux : national, sous régional et international.

Avec ces connaissances, je compte m’investir dans une dynamique de partage et de sensibilisation en vue de mettre à l’actif des autres, les connaissances que j’ai apprises à ces universités d’été.

Il y a des choses à améliorer au niveau de l’organisation de façon pratique. Il y a de petites difficultés tenant par exemple au cadre d’accueil de la formation, qu’on peut améliorer avec le temps et bien sûr avec les moyens disponibles.

Diaby Maïba/ Côte-d’Ivoire :

Il faut noter que le thème principal de cette formation était l’accès à la justice. Alors, nous avons débattu autour des problèmes d’accès à la justice. On a abordé l’aspect économique, l’aspect géographique et l’aspect psychologique de cette question. Nous avons, à cet effet, tablé nos réflexions sur l’assistance judiciaire à cause du coût élevé des frais de justice. Psychologiquement, les gens n’ayant plus confiance à la justice, il va falloir qu’on mène un plaidoyer auprès de nos différentes institutions. Dans ce sens, en Côte-d’Ivoire, nous irons voir le ministre de la justice pour plaider pour la vulgarisation de cette notion d’assistance judiciaire pour des gens qui n’ont pas d’argent, mais aussi pour faire rapprocher le justiciable de la justice.

Indépendamment de cet aspect, nous avons fait un tour d’horizon au niveau national pour voir les textes qui régissent les droits de l’Homme. Il en a été de même au niveau régional, on a parlé des textes africains, notamment la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples. Nous avons parlé des mécanismes de contrôle, nous avons aussi parlé de la saisine. A ce propos, on a dit que les Etats peuvent saisir, les individus peuvent aussi saisir. Et avant d’aller saisir les juridictions au niveau régional, il faut d’abord épuiser les voies de recours internes. C’est ce tour d’horizon que nous avons fait.

Nous avons aussi fait des cas pratiques en équipe, pour pouvoir mieux cerner ces questions. On a également fait un procès fictif se rapportant à la saisine de la Commission, à la saisine de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Ce procès fictif s’est vraiment déroulé comme si on était devant la Cour.

Après ça, on nous aidé à faire des projets personnels. Alors, au sortir d’ici, qu’est-ce que moi je préconise ? D’abord, au sein de mon ONG, je vais faire une restitution et faire un plaidoyer auprès du ministère de la justice et voir aussi des avocats pour faire en sorte que l’accès à la justice soit facilité.

Sur le plan sociologique, on avait dit que les femmes n’avaient pas assez accès à la justice, parce qu’elles se sous-estimaient. C’est pour cela qu’il est important de faire une sensibilisation pour faire comprendre que l’accès à la justice n’est pas réservé qu’aux hommes. Des textes existent au niveau national, au niveau régional, pour protéger les femmes. Faire un plaidoyer pour que les femmes puissent prendre conscience qu’elles ont aussi le droit d’ester en justice en cas de violence. D’ailleurs, moi mon thème porte sur les violences faites aux femmes ; ils m’ont aidé à monter un projet dans ce sens.

Franchement, moi j’ai aimé le cadre. Je n’ai pas à me plaindre. Je pense qu’il faut surtout encourager les organisateurs à continuer dans cette lancée, parce que c’est bien de chercher à former les jeunes de l’Afrique de l’ouest. Moi, je les félicite, je les encourage, et je suis vraiment contente au sortir de cette formation.

Fatimata Ba / Mauritanie

Nous avons eu une semaine de cours intenses à l’issue desquels on a pu retenir certaines notions comme la justice transitionnelle, l’accès à la justice internationale. Ce sont des sujets qui nous préoccupent aujourd’hui. Et à l’issue de cette formation, j’ai pu me faire une idée claire de ces notions.

Lors de la formation, on a essayé d’élaborer des projets individuels et on les a présentés publiquement. De retour au pays, on va essayer de les mettre en œuvre avec l’appui de nos associations respectives.

Je suis vraiment satisfaite. Particulièrement, le cadre d’échanges m’a vraiment impressionnée, avec la participation d’éminents avocats comme Me Bénao. Il y a aussi que l’environnement dans lequel la formation s’est déroulée, est agréable. Grosso modo, je retourne avec beaucoup de satisfaction.

Tomota Badara Aly/ Mali

Dans le cadre de ces universités d’été, plusieurs sujets ont été abordés, notamment l’accès à la justice, les principes fondamentaux de la justice, les instances juridictionnelles internationales. Ce que j’ai pu retenir de cette formation, c’est que les instances juridictionnelles internationales sont accessibles à tous. Cette formation m’a aussi permis de connaître les voies et moyens de recours à ces instances. J’ai pu apprendre beaucoup de choses sur la Commission et la Cour africaine des droits de l’Homme.
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Ces connaissances, j’en ferai bon usage de retour dans mon pays. Je vais les partager avec mes frères qui n’ont pas eu l’opportunité de participer à ces universités d’été. J’encourage les autres jeunes à postuler aux prochaines sessions de ces universités d’été.

Je sais que le CIFDHA est une association à but non lucratif qui bénéficie d’accompagnement de partenaires pour réaliser ces cadres de formation. Le cadre de la formation à cette édition des universités d’été était très bien. Mais j’invite le CIFDHA à essayer de revoir les conditions d’hébergement pour les éditions à venir. Sur le plan de l’organisation des échanges, rien à dire, tout a été parfait.

Salamata Bah / Guinée Conakry

Lors de la formation, on a eu à échanger sur des mécanismes qui nous permettent d’ester en justice quand on est victime, et de prendre les précautions en tant que défenseur des droits humains pour mieux agir.

J’ai acquis beaucoup de connaissances théoriques et pratiques, notamment le comportement qu’on doit adopter face aux problèmes que l’on pourrait rencontrer dans la défense des droits humains, les procédures à suivre pour ester en justice.

J’ai beaucoup apprécié la méthodologie de la formation. J’estime qu’on a acquis beaucoup de choses, et on a reçu des documents nous permettant de renforcer davantage nos capacités.

Harouna Abdoulaye Mahamane Salé/ Niger :

Nous avons travaillé une semaine durant, sur l’accès à la justice et les droits humains. Au sortir de cette formation, on peut retenir quelques points saillants. Il s’agit notamment d’amener chacun des participants à travailler sur l’accès à la justice aussi bien dans son pays qu’au niveau international. Il s’agit également de faire en sorte que chaque participant ait un projet sur l’accès à la justice ou sur un autre aspect des droits humains. L’occasion nous a permis de comprendre le fonctionnement de la justice dans chacun des pays représentés. Nous avons essayé aussi d’appréhender ce qui empêche les organisations de la société civile de saisir la justice tant au niveau national qu’au niveau international en cas de violation des droits humains.

Au cours de la formation, nous avons, avec les formateurs, réfléchi sur un certain nombre de projets que chacun compte mettre en exécution une fois de retour dans son pays. Par exemple, moi j’ai choisi une problématique sur l’accès des femmes à la justice au Niger. C’est un projet qui n’est pas imaginaire. Je compte le mettre en œuvre d’abord grâce à mon effort personnel, mais aussi avec l’aide d’un certain nombre de structures dont le CIFDHA, le CODAP.

J’ai trouvé que la formation est parfaite. Mais il y a de petites améliorations que je pense nécessaires. Je suggère au CIFDHA de beaucoup réfléchir sur le procès simulé. Je voudrais que le CIFDHA organise un procès fictif digne de ce nom, qui va regrouper des étudiants et toute personne intéressée. Et je pense que cela va permettre au Centre d’avoir plus de visibilité.

Aujourd’hui, il y a en Afrique des structures qui sont reconnues grâce aux procès fictifs qu’elles organisent. Je propose humblement au CIFDHA et au CODAF de beaucoup réfléchir sur le procès simulé ; ce qui pourrait davantage amener les jeunes à s’intéresser et à plaider pour la défense des droits humains.

Papa Diene Diop/ Sénégal :

La formation a été accentuée sur la gestion des projets en droits humains par les jeunes. Nous sommes chargés, une fois de retour au pays, de restituer à nos ONG les connaissances acquises. On a eu à présenter des projets, on a aussi eu à emmagasiner beaucoup de connaissances sur les mécanismes de protection des droits humains.

On a pu comprendre comment saisir la commission et la Cour africaines des droits de l’Homme, ainsi que les instruments africains de protection des droits humains. On a élaboré des projets dont on a présenté les grands axes. Moi, je vais travailler sur la garantie de la liberté de manifestation en toute sécurité, le droit à l’intégrité physique et morale de la personne. On a constaté que lors des élections ou des marches, il y a souvent des heurts entre les policiers et les manifestants. Ce qui est sans doute dû au manque d’information des manifestants et au manque de formation des policiers. Nous avons décidé de rassembler ces acteurs autour d’un projet qui va les informer sur les mécanismes de protection des droits humains. Le droit de manifestation est prévu dans la Constitution ; mais sa mise en œuvre pose problème.

Nous allons travailler à faire évoluer les choses. Quand on tend vers l’excellence, même si on ne réussit pas tout, on peut améliorer. On a la volonté pour aller dans ce sens, en dépit des oppositions, parce qu’il y’en aura toujours.

Propos recueillis par Fulbert Paré

Lefaso.net

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