« À Son Excellence, Monsieur le Président Blaise Compaoré : arrêtez le processus de révision de l’article 37 de notre Constitution consensuelle ! » dixit Etienne Traoré

samedi 14 décembre 2013 à 00h32min

A travers l’écrit ci-après, l’universitaire Etienne Traoré appelle le président du Faso à renoncer à ses velléités de modification de l’article 37 de la Constitution, et le peuple à refuser de s’associer à ce qu’il qualifie de « forfaiture démocratique ».

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 « À Son Excellence, Monsieur le Président Blaise Compaoré : arrêtez le processus de révision de l’article 37 de notre Constitution consensuelle ! » dixit Etienne Traoré

Je tiens d’abord à féliciter et remercier Hervé Taoko qui, dans le numéro 48 de " Courrier Confidentiel" confirme avec de nouvelles preuves les ambitions politiques de la famille Compaoré et de ses structures soumises (CDP et FEDAP-BC notamment), à savoir : instaurer au Burkina Faso un pouvoir dynastique débutant par Blaise Compaoré. La honteuse et mensongère campagne médiatique en cours, impliquant le premier ministre pour une fois, infantilise dans le fond le peuple Burkinabè rendu incapable de trouver en son sein un autre dirigeant compétent en dehors de Blaise. Elle répète aussi l’argumentaire de l’ex-Président nigérien Mamadou Tandja :" Je travaille bien. Il suffit de voir mes performances. J’ai encore de nombreux autres chantiers pour l’émergence. Alors, soyez raisonnables et laissez-moi continuer !". Et suivra éventuellement un référendum financièrement bien arrosé où les promesses démagogiques et surtout la corruption électorale seront les principaux moyens de collecte des voix.

J’avais déjà déduit à partir de ses déclarations sur des chaînes américaines que Blaise Compaoré voulait se maintenir au pouvoir (sur mon blog le 26/09/13) et j’ai continué en énumérant les principales raisons de cet entêtement le 10/11/13 sur le même blog. Aujourd’hui, à tort ou à raison, le Président Compaoré pense être en train de reconquérir le rapport des forces politiques, ce qui lui permet de sortir progressivement son agenda électoral. Il s’agit d’exécuter une décision familiale prise à Ziniaré. Cette décision familiale est ainsi en train d’être réalisée à travers des structures portevoix et de nombreux courtisans-profiteurs parmi lesquels se font néanmoins entendre des voix critiques de plus en plus nombreuses, mais en privé, privé, privé !!! C’est qu’en fait, le phénomène du double langage qui caractérise toute fin de règne s’y développe. Et ici comme ailleurs, celui qui va échouer n’y croit pas. Ceux qui en seront les causes, ou il ne les voit pas ou il les minimise. Ici, ce sont les capacités de résistance et de refus de notre peuple qui sont particulièrement minimisées ou minimisables par la simple corruption électorale croit-on. Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, sa famille, son CDP, sa FEDAP-BC et leurs supporters dans cette aventure, doivent se rappeler sans cesse que la volonté légitime et réelle de notre peuple (même de tous les peuples) peut s’exprimer autrement que par des urnes éventuellement corrompues ! Il vaut mieux éviter de rechercher une nouvelle légalité en rupture avec la légitimité. Dans ce cas comme dans tous les autres, c’est la légitimité qui finit par triompher pour définir une légalité nouvelle qui ne lui soit plus contradictoire. Mais souvent, le temps du divorce entre les deux est un temps de crise plus ou moins violente. Au Burkina aujourd’hui, nous vivons ce divorce que le pouvoir veut tenter de surmonter par des campagnes médiatiques mensongères précédant une éventuelle campagne électorale où certainement l’argent sera versé comme il ne l’a jamais été dans notre pays. Mesdames et messieurs, sachez que la légitimité ne s’achète JAMAIS. Pour nous faire sortir de cette crise, une seule solution : ne pas réviser l’article 37 de la Constitution qui limite à deux le nombre des mandats présidentiels. Cette limitation est le fruit laborieux d’une volonté consensuelle qu’il ne faudrait pas trahir par un recours régressif à une volonté majoritaire, même au profit d’un Président en exercice. Je rappelle qu’en démocratie, le consensus est supérieur à la majorité car le consensus recueille toujours plus de voix que la majorité. J’ajoute que le consensus unit toujours mieux les citoyens.

Au Président Compaoré, je répète que l’unité nationale, la paix sociale, la bonne gouvernance... relèvent de votre responsabilité première, pour les gagner, les garantir et les pérenniser conformément à votre serment d’investiture. Et ce, le cas échéant, contre vos intérêts personnels, familiaux ou partisans. Aujourd’hui, il vous est plus que nécessaire d’écouter, de regarder, de consulter par delà vos cercles déjà acquis. Vous pourriez alors vous décider autrement et ainsi éviter à notre cher pays des lendemains de divisions dramatiques. Alors, le seul vrai courage patriotique qui vaille maintenant, c’est d’arrêter ce processus infernal et régressif de révision de l’article 37 de notre Constitution. Je ne peux pas vous souhaiter le sort de Bokassa, mais il a dit un mot qui pourrait servir de leçon pour nombre de Présidents africains pris en tenaille par leurs courtisans toujours producteurs de bonnes paroles en se fondant sur leurs prétendues qualités ou chances extraordinaires ; l’adhésion de leurs peuples à tous leurs projets ; les bonnes prophéties de prétendues forces occultes. Voici ce mot prononcé à Abidjan après sa chute : " En Afrique, quand vous avez le pouvoir, tout le monde dit toujours que vous avez raison. Dès que vous tombez, tout le monde dit que vous aviez toujours tort". (Il s’agit bien sûr du pouvoir africain moderne car dans le traditionnel le Chef doit strictement se soumettre aux us et coutumes à tel point qu’il y est de principe que " ce n’est pas le Roi qui a la Royauté mais c’est la Royauté qui a le Roi".) Pourquoi alors une telle situation dans les pouvoirs modernes africains ? Une réponse essentielle : de la part des Présidents africains, un manque, voire un refus de la parole critique. Par contre, une grande écoute de la parole flatteuse. Et comme on a peur du Président on finit par ne lui dire que ce qu’il veut bien entendre !

À tous les jeunes, à toutes les femmes et à tous les responsables coutumiers qui seront particulièrement sollicités, j’ose vous demander de refuser d’être associés à cette forfaiture démocratique que notre histoire jugera très sévèrement. Sachez tous, en même temps que l’ensemble de notre peuple que ma conviction est faite : si ce pouvoir continue sur sa ligne, il se perdra. Et ce, au regard des expériences du genre en Afrique et ailleurs où des familles ont voulu confisquer le pouvoir ; au regard de la géostratégie politique en cours de réaménagement sans compter encore sur un Blaise Compaoré, hier incontournable ; au regard de l’histoire politique de notre pays où le peuple a toujours rejeté tout pouvoir autocratique ( cf. Les sorts de la première République, de la tentative un moment sous Lamizana d’instaurer un parti unique dénommée Mouvement National pou le Renouveau...) ; au regard aussi du fragile niveau de cohérence interne du pouvoir lui-même (malgré les apparences) etc. J’ai donc la conviction que ce pouvoir, en voulant coûte que coûte se maintenir, va à sa perte quels que soient les moyens qu’il utilisera. Ces moyens seront à la fois ceux des promesses démagogiques notamment aux jeunes, aux justes défenseurs des candidatures uniques, aux chefs coutumiers auxquels il pourrait faire miroiter un revenu mensuel ; des menaces ouvertes de scandales ou de mort envers ses anciens collaborateurs les plus lourds politiquement ; une corruption électorale inédite ; et au finish éventuel, la violence....fatale !

Évidemment, même si l’issue est connue, son avènement long ou rapide, violent ou pacifique, dépendra largement de l’ardeur du peuple dans la lutte pour contrer cette trahison dynastique. En terminant et pour résumer l’enjeu de la grosse crise actuelle, je vais redire mes propos sur mon blog du 26/09/13 : " La principale cause de cette crise persistante, c’est bel et bien Blaise Compaoré car il ne veut pas quitter le pouvoir. S´il est ainsi LE PROBLÈME, il a aussi paradoxalement LA SOLUTION : accepter de quitter le pouvoir en 2015 et l’annoncer dès maintenant. Toutes autres tergiversations de sa part, de la part des acteurs civils et politiques, ne feraient que prolonger la crise qui, plus elle dure moins elle aura une issue pacifique". Il faut donc se battre en se rappelant sans cesse ce juste conseil du Sage Professeur Joseph Ki-Zerbo : " Dieu n’aide pas ceux qui restent couchés".

Etienne Traoré, Université de Ouagadougou, 11 Décembre 2013, Blog : nababio.blog4ever.com

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