Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

lundi 11 novembre 2013 à 05h41min

… des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière ». On connaît la formule que l’armée française a vulgarisée un peu partout en Afrique. Même si l’Afrique a été une terre où, trop fréquemment, la règle a été oubliée. Mais il est vrai que les armées ne sont plus celles du conseil de révision et du service militaire qui étaient, pour les hommes de ma classe d’âge, un rite initiatique qui vous faisait passer dans la catégorie de ceux qui, enfin, étaient « dégagés des obligations militaires ».

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Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

L’armée n’est plus ce corps homogène résultant du brassage social que permettait la conscription au temps de nos pères et de nos grands pères qui, les uns et les autres, vivaient sur les bons et mauvais souvenirs des guerres de 39-40 et de 14-18. La place des forces armées nationales dans les Etats africains contemporains est un sujet de débat permanent. Même là où elles n’ont jamais pris le pouvoir (le Sénégal et le Cameroun par exemple), les forces armées jouent un rôle politique. Ailleurs, bien sûr, elles sont un acteur (ou, plus exactement, des acteurs) qui entend ne pas être cantonné dans un seul rôle : celui où les subordonnés sont seulement soumis à une « obéissance entière ».

La professionnalisation des armées, rendue indispensable partout dans le monde par l’évolution technologique des systèmes d’armes mis en œuvre, a changé la donne. Sans que, pour autant, « l’esprit de corps » ne disparaisse totalement. D’où la difficulté qu’il y a aujourd’hui, en Afrique notamment, a gérer un corps social très structuré qui, du même coup, se pense parfois comme un recours quand le pouvoir civil vacille. Heureusement les armées, aujourd’hui, ne se contentent plus d’agir ; elles réfléchissent aussi !

Au Burkina Faso, où, à de multiples reprises, l’armée a exercé le pouvoir, où le pouvoir actuel est issu d’une « Révolution » qui doit autant aux « capitaines » qu’aux révolutionnaires (les uns se confondant souvent avec les autres), où l’année 2011 a été marquée par des « mutineries » qui ont laissé des traces indélébiles dans la société civile, l’armée et la vie politique du pays, où, récemment encore (dans la nuit du 30 au 31 août 2013), un ex-soldat du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) s’est « attaqué » à la Présidence du Faso, la réflexion est devenue une nécessité. Par le passé, déjà, des « mouvement sociaux » au sein des forces armées n’avaient pas été sans créer des incidents politiques majeurs.

Les hautes cadres des Forces armées nationales (FAN) tiennent désormais un séminaire annuel. Le premier (5-7 septembre 2012) avait pour thème : « Commandement de confiance, communication et responsabilité ». Il s’agissait de tirer des enseignements des « mutineries » (un mot que les militaires détestent puisque c’est l’expression du refus de cette nécessaire « obéissance entière »). Le deuxième (17-19 septembre 2013) était intitulé : « Le développement des capacités opérationnelles des forces armées nationales : quelles approches ? ». Des réflexions qui s’inscrivent dans le cadre du plan stratégique 2012-2016 pour la réforme des FAN mais également dans un contexte sécuritaire régional perturbé.

Pourtant, l’armée, acteur politique et social majeur au Burkina Faso (parce qu’elle a été, aussi, une « école » pour beaucoup de Voltaïques et de Burkinabè), a pu avoir le sentiment, un temps, de n’être plus prise en considération autant qu’elle le méritait. Ce n’est plus vrai.

Le Burkina Faso, après le 15 octobre 1987, entendait faire oublier d’où il venait pour qu’on ne perde pas de vue où il voulait aller : du militaire au civil ; du révolutionnaire au démocrate ; du socialisme au libéralisme ; du siège du Conseil de l’Entente à Kosyam… Le temps a effacé sur les murs les slogans d’une époque révolue ; celle où la kalach n’allait pas sans conscience politique. Sauf qu’il est toujours plus facile d’acquérir l’une que l’autre. On a donc rangé l’armée au magasin des accessoires.

Avec d’autant plus d’empressement que le Burkina Faso était engagé dans un processus de « démocratisation » qui était aussi une « démilitarisation » des institutions. C’est la crise ivoiro-ivoirienne qui a ramené l’armée sur le devant de la scène. Et l’internationalisation de la résolution des crises africaines a fait le reste. Erigé en facilitateur, le Burkina Faso n’est pas resté pour autant l’arme au pied. Dans le cadre des Nations unies, le pays a plus qu’assumé sa part : il figure au 21ème rang sur les 116 pays contributeurs de troupes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Côte d’Ivoire (ONUCI), Darfour (Minuad), Haïti (Minustah), RDC (Monusco), RCA (Binuca), Sud-Soudan (Minuss), Mali (MISMA puis Minusma)… les militaires burkinabè (ils étaient au nombre de 1.125 au 30 avril 2013 dont 51 femmes à servir dans le cadre des Nations unies) sont sur bien des fronts.

Présents mais pas nécessairement reconnus. Les militaires d’aujourd’hui ne sont plus les bidasses d’il y a vingt ou trente ans, corvéables à merci. Mais si le discours a changé, les conditions de vie des armées ne s’étaient pas fondamentalement améliorées. D’où les soubresauts qui ont bouleversé le « Pays des hommes intègres » ces dernières années. Même la hiérarchie où les capitaines ont fini par devenir commandants, colonels et même généraux n’était pas des mieux loties. Même le ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants (MDNAC) était resté en marge de l’évolution diplomatique et militaire du pays (mais il est vrai que les autres ministères n’ont, pour l’essentiel, pas vu leur cadre de travail notablement amélioré au cours des décennies passées).

Intenable. Sauf que le mercredi 30 octobre 2013, Beyon Luc Adolphe Tiao, Premier ministre du Faso, a inauguré à Ouaga 2000 le nouveau siège du MDNAC. Un projet qui aura mis pas loin d’une décennie pour être, enfin, opérationnel. Et permet à l’administration militaire d’avoir une structure digne de sa mission. Un R + 2 sur 20 hectares : 56 bureaux, salle de conférence (150 places), salles de réunion, cafétéria… et des équipements informatiques et de transmissions dignes du XXIème siècle. Pas loin de 4 milliards de francs CFA ont été investis pour cette première phase (une deuxième phase est prévue) qui va accueillir le cabinet du ministre, le secrétariat général et ses services.

C’est le symbole d’un « nouveau départ » a déclaré le colonel-major Alassane Moné, secrétaire général du MDNAC. Il s’agit, a-t-il dit, de « donner plus de respectabilité à l’institution et, partant, de renforcer son image au sein de la nation ». Le général de brigade Nabéré Honoré Traoré, chef d’état-major général des armées (qui récupère à son seul profit les anciens locaux du MDNAC), a lui aussi mis l’accent sur « la respectabilité de l’institution militaire ». Tiao a salué une « armée reconstituée, consciente des défis qu’elle doit relever pour le pays ».

Les mutineries de 2011 sont passées par là et le discours se veut didactique et refondateur. Quelques jours plus tard, le vendredi 1er novembre 2013, à l’occasion des cérémonies marquant le 53ème anniversaire des FAN, Blaise Compaoré (qui n’a pas assisté à l’inauguration du MDNAC alors qu’il est le ministre en titre depuis la nomination de Tiao à la tête du gouvernement), a insisté sur « la cohésion et l’esprit de corps », « la motivation et la responsabilisation de l’ensemble des militaires et paramilitaires », « le ferme attachement à la discipline, à la loyauté, au patriotisme, le renforcement de la formation et du professionnalisme, pour un plus grand respect des valeurs républicaines et du droit international humanitaire ». Il veut, dit-il, que l’armée soit un « acteur privilégié dans la réponse à la problématique de défense de la souveraineté des Etats, de promotion de la sécurité des hommes et des femmes ».

Alors que la sécurité régionale est fragile, le Burkina Faso redécouvre son armée et entend lui redonner son image républicaine qu’elle avait, un temps, « gâtée ». Travail de reconstitution qui doit servir de modèle à la région Ouest-africaine où les armées sont, pour beaucoup, en déliquescence.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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Vos commentaires

  • Le 10 novembre 2013 à 20:02, par CHEIKH
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    Voilà enfin quelque chose d’assez louable. Mais qu’on en profite tout autant, pour signifier à nos vaillants militaires, que les principes de loyauté et de discipline, ne riment point avec celui de la solidarité aveugle contre leurs frère civils, à la moindre peccadille. Bien au contraire face à un quelconque civil, tout militaire devrait être en mesure de prouver à mains nues sa supériorité, tant pour montrer sa forme physique du moment, que son niveau technique en combat. Et cela tout seul, sans la rescousse des autres, tant que c’est à l’intérieur du pays. Sans quoi, ce serait plutôt signe de couardise et non de bravoure. En tout cas, changez de méthode, sinon à cette solidarité militaire aveugle et inconsciente, nous les civils déciderons un jour de répondre aussi du tic au tac, par la solidarité civile.

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  • Le 10 novembre 2013 à 21:03, par Le Sage
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    Pourquoi c’est toujours mon ami JP BEJOT qui se livre à des commentaires concernant les informations névralgiques de notre pays ? Il faut lui donner la nationalité burkinabé pour l’intégrer à la communauté Nationale burkinabè. A moins qu’il ne l’aie déjà ? Le Sage.

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  • Le 11 novembre 2013 à 07:41, par Voir clair
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    En attendant le PF doit faire mettre de l’ordre a la mairie de Tenko ou la 2ème adjt au maire aurait detourné les prises en charge des agents Himo. Elle aurait falsifié les listes regulierement recrutées et remplacé ces femmes en s’inscrivant ses enfants, ses parents basés a Pouytenga. Plus de 400 listes fictives et le Tresor aurait payé une centaine sans le savoir. Il faudrait une mission d’inspection du MATD, MATS MJEFP MEF pour situer les responsabilités.

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  • Le 11 novembre 2013 à 09:17, par zoulou
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    les militaires burkinabè (ils étaient au nombre de 1.125 au 30 avril 2013 dont 51 femmes à servir dans le cadre des Nations unies) sont sur bien des fronts....bla bla bla
    d’où tiens tu ça menteur ? saches que le Burkina a deux contingents au Darfour et au Mali (850 hommes + 650 hommes = 1500) et en plus 2 FPU(force de police/gendarmerie) de 150 chacune.a cela s’ajoute les observateurs militaire, les staff officers... même si tu ne sais pas compter ça va chercher dans les 2000 hommes et femmes.
    pourquoi tu n’essaies pas plutôt de dénombrer les gaulois déployés en Afghanistan, en Cote d’Ivoire ou au mali ???? ça me semble être plus tes oignons non ?

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  • Le 11 novembre 2013 à 09:52, par la morale
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    hyiyiyi ! mon type, t’as déjà été victime ou quoi ? ou-bien tu te vois rivaliser avec un militaire à quelque part ? toutefois, je te soutien sans réserve.

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  • Le 11 novembre 2013 à 11:13, par Pour une armée indépendante
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    Oui pour une armée républicaine indépendante, surtout de la France. Autrement, l’ armée burkinabè (comme d’ ailleurs toutes les autres armées africaines) restera une armée faible et coloniale.

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  • Le 11 novembre 2013 à 11:19, par Alexio
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    La grande erreur de notre armee nationale fut le depart de l Armee Francaise de notre pays en Cote DIvoire par le defunt President Maurice Yameogo. La disipline militaire a cette epoque etait tres exemplaire et bien defini de sa raison d etre. Ironiquement que ce depart de cette armee a favoriser les coups d etats dans notre pays avec tous ses evenements qu ont connais aujourdhui. L armee jouant double role,nous a faucher une vie republicaine a ses ayants droits:Les civils pour sa gestion. Peut etre que sans ce depart de l armee francaise nos institutions allaient avoir un solide soubassement comme le Senegal ou le Cameroun.Exemptes des coups d etat qui ont mi la Concorde nationale en jeu par les vengeances dans le corps meme de l Armee qui a abouti sur l avenement de la revolution qui a son tour a creer le regime actuel, par sa duree est devenu corrompu et sans vision pour une politique inclusive de toutes forces vives de la societe.

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  • Le 11 novembre 2013 à 14:11, par DRIBAL
    En réponse à : Forces armées nationales (FAN) du Burkina Faso : « La discipline faisant la force principale…

    DITE O MDNAC QU’UNE ARMÉE DOIT ÊTRE DOTÉE RÉGULIÈREMENT EN TENUE.IL NE FAUT PAS ATTENDRE UNE MISSION EXTÉRIEURE POUR DOTER LA SÉCURITÉ.

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