Mgr Anselme Titianma Sanon, l’icône du Trésor humain vivant de la SAGES

lundi 4 novembre 2013 à 02h40min

Monseigneur Anselme Titianma Sanon, fort d’une riche expérience dans la connaissance des hommes, de leur foi et espérances, de leur manière de vivre et de sentir le monde, a réussi à inscrire son action, à la fois volontariste et humaniste, dans une démarche initiatique en vue de la modélisation intellectuelle, spirituelle et culturelle de la nouvelle génération.

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Mgr Anselme Titianma Sanon, l’icône du Trésor humain vivant de la SAGES

De l’humanisme de notre père

L’humanisme est un concept abstrait, difficile à définir que par les actes qui accompagnent cet état d’esprit. Par contre, la déshumanisation est plus facile à identifier et à qualifier. Les actions ethnocidaires de l’esclavage et de la traite négrière, par exemple, rendent compte du processus de déshumanisation de l’Afrique : « Les périodes de domination coloniale et d’impérialisme ont écrit l’histoire selon leur étalon civilisationnel à un moment où leurs cultures se déshumanisent : l’Afrique et l’Asie ont été décentrées par le monde occidental » affirme à juste titre Monseigneur, à travers un entretien qu’il a accordé à la S.A.G.E.S.

L’humanisme se rapporte à la dimension intérieure de l’homme qui lui donne des prédispositions à donner la primauté de l’être sur l’avoir, l’amour sur l’égoïsme, l’amabilité sur la possessivité, la vérité sur le mensonge, la compréhension sur la mésintelligence. En effet, selon la vision de Monseigneur « l’humanisme est d’abord la manière d’être, d’exister « humain », de devenir humain, membre de ce qui fait être l’authenticité et l’originalité de ce vivant capable d’intelligence, d’esprit et de responsabilité  ».

Les impératifs moraux de Monseigneur résultent certes de son appartenance à la foi et à la communauté chrétiennes. Son don de soi, la grande sollicitude dont il fait montre, sa propension à servir la communauté quelles qu’en soient les circonstances, constituent un appel à la spiritualité, autrement dit, à l’humanisation des sentiments pour un monde de paix et de partage : « Il s’agit pour nous d’être utiles à la société lorsqu’elle a besoin de nous  » a-t-il confié dans une profonde humilité au monde entier sur une chaîne internationale.

De l’acquisition des valeurs par l’éducation et la culture

L’une des raisons de vivre de Monseigneur est la transmission des valeurs à la nouvelle génération, dont l’éducation et la culture constituent des maillons indispensables dans la chaîne de modélisation.

Le constat est triste aujourd’hui dans la société moderne qu’on n’éduque plus, mais qu’on dispense plutôt de l’instruction aux apprenants. Dans la démarche intellectuelle de notre père, il remet en cause les apprentissages mécaniques, certes nécessaires, mais non suffisants pour la modélisation de la personnalité des apprenants. C’est pourquoi Monseigneur soutient qu’il s’agit d’allégations de l’éducation « facile » où la primauté des droits de l’enfant fait oublier les devoirs et droits réciproques des générations. On en arrive, selon vous, à « des générations non instruites, à faible niveau d’éducation et d’humanisation, parvenant à des hauts degrés de l’échelle sociale dressée par la modernité occidentale  ».

Les enseignements du Père sont à la fois imprégnés de pensée cartésienne, de sagesse africaine et de cette grande spiritualité qu’il met au service de la communauté. La formation d’une élite capable de s’assumer et de proposer des projets de société structurants dépend de cette modélisation réussie qui se traduirait par la pierre angulaire de l’instruction, de l’enseignement et de l’éducation, pour faire émerger des aptitudes, consigner des attitudes, cultiver des habitudes dans l’intérêt de la société tout entière.

Malheureusement dans la société mondialisée et modernisée à outrance, le constat est alarmant selon Monseigneur que «  les courants de l’éthique personnelle sont balayées par l’éthique individualiste, privée et libérale, « égotiste » (…) tandis que les éthiques collectives ou de masse statistique, sont très souvent des éthiques de ramassis anonyme, de collections ou collectifs d’intérêts conjugués autour de consensus, de droits basés ou revendiqués sans considération de la finitude humaine ».

Du corrélat traditions et modernité

L’on se rappelle le discours de l’ancien président français Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar : « Il est vrai que jadis, les Européens sont venus en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances et les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser ; ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé. Ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique ».

Cette vision dialectique de la rencontre entre l’Europe et l’Afrique est à l’aune des antagonismes que nous constatons parfois de nos jours entre traditions et modernité. L’apport du modernisme, devenu l’étalon occidental, a servi de prétexte à la déshumanisation des autres civilisations comme l’affirme Monseigneur en ces termes : « Les mouvements d’idées, la rationalité, l’incroyance, la laïcité devenue anticléricale et antireligieuse, ont fait de la modernité leur bouclier pour traiter les autres cultures et civilisations de traditionnelles, au sens d’antiques, ignorant tout des grandes civilisations du Mexique, d’Asie ou d’Afrique ».

Revenant à la question de l’étalon occidental, la presse internationale avait fait état d’un sujet à polémique selon lequel «  toutes les civilisations ne se valent pas », ce qui rejoint outre mesure cet esprit de condescendance de l’ancien président français vis-à-vis de l’Afrique : «  l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire(…) parce que [l’Afrique] n’arrive pas à se libérer de ses mythes ».
Aussi, selon la vision de Monseigneur, il faudrait faire des traditions et cultures en Afrique des garantes de la paix et de la cohésion sociale. Elles devront réussir, de ce fait, la médiation de l’homme africain avec le monde moderne par leurs capacités à inspirer le progrès sur le continent : « Face à cette modernité dénaturée et partiale, les Africains se souviennent que la tradition est ce qui germe au rythme de la créativité et de l’innovation dans une culture ou une civilisation : si la tradition stagne, la culture se fossilise. Toutes les cultures ont leurs forces et leur futur dans leurs racines comme les arbres, tandis que la modernité sans référence aux valeurs fondatrices, peut être une dérive pour l’humanité et conduire aux débâcles et désastres que le XXe a subis ».

En homme de sagesse, Monseigneur n’oppose pas une vision manichéenne dans la quête du meilleur de l’homme au sein des deux systèmes. La foi en ses propres valeurs, en ses propres cultures et traditions, détermine le modèle socio-sacral de la mondialité. C’est pourquoi le révérend père cite à propos l’expérience édifiante des Négro-américains qui ont réussi à montrer que « des geôles inhumaines ou des champs de coton à la Maison Blanche quelque chose s’est produit : le refus de l’inhumain au nom de l’humanité, la dignité au nom de ses ancêtres et l’espérance au nom de nos raisons de vivre [et de mourir]  ».

Du dialogue intergénérationnel

La vision de Monseigneur sur le dialogue intergénérationnel est édifiante. Elle répond au souci de réconcilier notre passé et notre présent, mais surtout à envisager l’avenir avec beaucoup de sérénité. La génération s’inscrit dans une dynamique anthropologique qui entraîne, selon lui, « la transmission des moyens de vivre (héritage ou patrimoine), des manières de vivre (culture) et surtout des raisons de vivre et de mourir  ».

Monseigneur postule dans ses réflexions que le déficit de communication entre générations et les paradoxes auxquels sont confrontés les systèmes de transmission de valeurs sont entre autres les causes du conflit intergénérationnel : «  les savoirs et sagesses ne sont pas transmis, la continuité s’établit rarement entre les familles, la rue et le milieu scolaire ; on ne sait pas qui fait autorité auprès de l’enfant ! Qui ? Les parents ? La rue, les camarades et les médias ? L’école et le maître ? Chaque individu se présente équipé de ses droits sans devoirs. Ces droits libéralisés et privatisés sont facteurs de regroupements ou de mouvements associatifs pour lancer des doléances, revendications, contestations, révoltes avec la violence comme moteur » (entretien S.A.G.E.S).

De la nécessité du dialogue interreligieux

Se rapportant au Manifeste conciliaire, Monseigneur estime que les hommes attendent des diverses religions, «  la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain : qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ? Qu’est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence… »
Monseigneur fait de la foi une espérance et un instrument d’éveil des consciences. Ses enseignements empreints de sagesse et de paraboles l’amènent à déplorer le fait que « le panorama religieux du monde actuel montre des bribes du religieux enfouies dans des étoffes de coton, prêtes à prendre fuite, à être des foyers de divergence, de violence, d’intolérances, d’extrémismes. Le religieux sert de couverture à bien des conflits d’ordre sociaux, commerciaux, politiques, économiques et à des revendications identitaires ».

L’œuvre de notre révérend père est incommensurable. Edifiante est sa vision. Profonde est sa foi en Dieu et en la dignité humaine. Altière est sa conception d’une culture humanisante, ancrée dans un système de valeurs, en phase avec les idéaux de paix et de cohésion sociale.

Une trilogie caractérise la vie et l’œuvre de Anselme T. Sanon. Cette trilogie se résume merveilleusement dans la cohérence entre démarche initiatique, recherche intellectuelle et quête spirituelle. Elle se rapporte également à la synthèse dynamique entre le culturel, le cultuel et le cultural, trois entités indissociables reposant sur le dénominateur commun de la triplicité : la confession, la réflexion et l’action.

Les trois dimensions de l’humain sont réunies dans la personnalité de Monseigneur : la hauteur d’esprit, la largeur de vue, la profondeur de la foi. Ces trois dimensions, qui forgent la personnalité et confortent la finitude humaine, s’inscrivent dans l’unité chez Anselme T. Sanon, en tant que grand serviteur de Dieu, défenseur de la tradition, homme de culture et des savoirs au Burkina Faso.

Dr. Dramane KONATÉ

Spécialiste de littérature, cultures et civilisations

Héraut de la Francophonie

Président de la Société des Auteurs, des Gens de l’Écrit et des Savoirs (SAGES).

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