Mamadou Beloum, maire de Séguénéga : « je n’ai pas détourné l’école de Dambrin au profit de Koura. Je défie quiconque de faire la preuve… »

mercredi 9 octobre 2013 à 23h17min

La réaction de Mamadou Beloum, maire CDP de la commune de Séguénéga, n’aura pas tardé suite à la récente lettre de la société civile du nord tendant à le mettre en cause dans le détournement d’une école de plus de 38 millions de francs CFA au profit du village de Koura, au détriment de celui de Dambrin. Profitant d’un séjour à Ouaga, il a fait spécialement le déplacement de notre rédaction pour livrer sa part de vérité sur cette affaire de détournement d’école qui ne serait en fait, à l’écouter, que l’œuvre d’un conseiller municipal guidé par de la récupération politique. Le maire Beloum a un peu parlé de ce conseiller « manipulateur » qui serait de l’ADF/RDA, mais dont il n’a guère voulu livrer le nom. Voici sa version des faits.

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Mamadou Beloum, maire de Séguénéga : « je n’ai pas détourné l’école de Dambrin au profit de Koura. Je défie quiconque de faire la preuve… »

Lefaso.net : Quel est l’objet de votre visite dans notre rédaction ?

Mamadou Beloum : Je viens à vous parce que sur votre site il y a des informations faisant état de désaccord entre les populations et moi au sujet de l’implantation d’une école. Je voudrais donc livrer à l’attention des internautes la version des faits tels que je les ai vécus et conduits. Tout part de février 2013 quand le ministère de l’Education nationale à partir de Ouagadougou m’a envoyé un arrêté conjoint signé aussi par le ministère de l’Economie et des Finances. Ce document indique que la commune de Séguénéga bénéficie d’une dotation de l’ordre de trente-huit millions (38 000 000) pour la construction d’une école et un peu plus d’un million huit cent, je pense, je n’ai pas les chiffres exacts, pour les travaux de suivi de construction. Ce document n’indique aucune mention de destination physique, de localisation de l’école. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Même en 2012, 2011, la procédure a été conduite de la sorte : nous recevons l’arrêté conjoint et de concert avec les techniciens en charge de l’éducation nationale dans la commune, c’est-à-dire les chefs de circonscriptions d’éducation de base, les conseillers pédagogiques ; nous échangeons et nous décidons que l’école est implantée dans tel village, compte tenu de la connaissance que nous avons des terrains. Cette année, j’ai procédé de même et nous avons implanté l’école à Koura.

La procédure de passation des marchés a été faite, le marché a été attribué à une entreprise dont je ne retiens pas le nom parce que n’ayant pas participé au processus de sélection d’entreprises. Je ne suis pas membre de la commission d’attribution des marchés. C’est le secrétaire général de la commune qui la dirige.

Alors, c’est comme cela, il y a deux semaines, la population de Dambrin se présente à moi pour dire qu’elle a l’information selon laquelle ils sont attributaires d’une école mais comme ils ne voient rien venir, ils viennent à moi pour se renseigner. Je leur ai dit qu’une école était en construction dans leur zone, à Koura et que c’était certainement de cette école dont ils étaient en train de parler. Je leur ai indiqué aussi, comme je viens de le dire, que j’ai eu un arrêté mais qui ne précisait pas la destination de l’école. Ils me font savoir qu’ils ont des informations émanant de la direction provinciale de l’éducation nationale à Ouahigouya qui indiquent que l’école devrait être implantée à Dambrin. Je leur ai demandé s’ils avaient un document qui donne cette indication. Ils m’ont dit non. J’ai mesuré donc la gravité de la situation et j’ai immédiatement informé le préfet et nous nous sommes accordés pour rencontrer au niveau de chacun des deux villages (Koura et Dambrin) 2 conseillers municipaux, 2 responsables de CVD (NDLR : Conseil villageois de développement) et 2 notables, soit 6 personnes par village. On les a rencontrés au moins à trois reprises. Et nous sommes arrivés à la conclusion qu’on entérine le choix fait pour Koura et moi je m’engage à prendre tous les contacts nécessaires pour que le prochain complexe scolaire qu’on va avoir, soit implanté à Dambrin ; cela puisque moi je n’ai pas reçu de document m’indiquant l’implantation de l’école et Dambrin n’est pas non plus en mesure de produire ce document. On était au 2 octobre. Les représentants des deux villages, en tout cas, ont marqué leur accord. Ils ont juste demandé que nous venions en informer la population dans les villages. Nous nous sommes accordés pour le faire le samedi 5 octobre. Entre-temps, le directeur provincial de l’éducation nationale du Yatenga est venu à Séguénéga, accompagné de responsables du service chargé de la carte scolaire, puisque les gens de Dambrin aussi sont allés à la direction provinciale pour comprendre ce qui s’est passé. Je les ai reçus en présence de l’inspecteur en charge de l’éducation dans la commune. Je leur ai répété ce que je viens de dire. Ils ont dit que moi-même j’ai eu l’arrêté avant eux. Eux, ils ont eu l’arrêté en question, ce n’est même pas l’arrêté sous la forme que moi j’avais, mais c’était une information sur le net daté d’avril 2013. Je leur ai alors demandé comment se passe l’implantation des écoles ? Parce que je leur ai dit ceci : moi depuis 2009 j’ai signé le protocole de transfert de compétences aux communes de la matière enseignement de base ; j’ai pensé qu’il était dans mes compétences de discuter avec la CEB (Circonscription d’éducation de base) pour les implantations des écoles. Ils m’ont dit ‘’non’’, ‘’ça ne se passe pas comme ça, la décision d’implantation relève toujours de l’administration centrale ou de l’administration déconcentrée au niveau provincial’’. Je leur ai dit que dans ce cas, ils auraient dû prendre des dispositions pour me donner un document qui me dit que l’affectation budgétaire va avec un document portant implantation de site, ç’a m’aurait évité cela. Ils ont réagi en disant que moi aussi j’aurais pu entrer en contact avec eux lorsque j’ai reçu l’arrêté en février 2013. Je leur ai expliqué que je n’ai pas pensé à entrer en contact avec eux parce que j’ai agi de la sorte depuis 2011, et il n’y a pas eu de réactions. Donc, nous nous sommes accordés pour dire ce qui est arrivé, c’est à la suite d’un déficit de communication entre la DPENA (Direction Provinciale de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation) et moi. A mon niveau il y a eu une mauvaise interprétation du transfert de compétence. Et j’ai pris l’engagement à l’avenir, si une dotation de ce genre arrive, d’échanger avec la DPENA pour régler la question de l’implantation.

Lefaso.net : Mais, au-delà du non respect de la procédure d’implantation, est-ce que le choix de Koura pour implanter la présente école se justifie ?

Pour moi, la seule justification de Koura par rapport à Dambrin, c’est la distance. Koura est plus éloigné de l’école la plus proche que Dambrin. L’école la plus proche est Sima. Koura est à peu près 7-8 kilomètres de Sima. Alors que Dambrin est autour de 3-4 kilomètres de Sima. Voilà le seul argument sur lequel je me suis appuyé pour proposer que l’école soit implantée à Koura. Voilà.

Lefaso.net : Mais, il est dit aussi que Koura est le village de vos oncles…

Mamadou Beloum : Moi, je n’ai pas mes oncles à Koura. Mes oncles sont à Gambo. Notre décision n’a rien à voir avec ça. Malheureusement, je dois avouer que c’est parce qu’il y a des tentatives de récupérations politiques de la question que tous ces éléments sont avancés. Et je sais qui est à la base de ce jeu-là pour donner des interprétations qui ne conviennent pas à la décision. Je dis : c’est juste un manque de communication entre la DPENA et moi, et une interprétation qui n’est pas exacte de ma part de la question de transfert de compétences. Je comprends maintenant que le transfert de compétence ne va pas jusqu’au choix du site, même si c’est la commune qui passe les marchés.

Maintenant, si la DEP à partir de Ouagadougou et la DPENA en envoyant l’arrêté conjoint qui alloue la somme pour les travaux, si ces deux structures-là avaient envoyé un document qui dit que l’implantation doit se faire quelque part, si je n’avais pas respecté cette instruction, j’aurais accepté qu’on dise que j’ai détourné l’école. Mais, à défaut de ce document-là qui impose le choix du site, je dis, je refuse : je n’ai pas détourné l’école de Dambrin au profit de Koura.

Mais, c’est qui est derrière ce jeu de récupération politique dont vous faisiez cas tantôt ?

Non, je n’ai pas besoin de donner un nom, mais tous ceux qui connaissent ma commune, savent que cela est tout à fait orchestré par un conseiller dont je n’ai pas besoin de donner le nom.

J’ajoute : comme nous sommes arrivés à un accord le 2 octobre 2013 avec les représentants des deux villages et que les populations semblaient avoir marqué leur accord pour attendre au premier trimestre 2014 pour que Dambrin ait son école ; et sachant que sur le terrain les agitations politiciennes se poursuivaient ; le conseiller en question a voulu introduire cette question en débat à la session du conseil municipal tenue le 3 octobre. Le conseiller a voulu introduire trois questions en divers en passant par cette question de l’implantation de l’école, mais à l’introduisant par des termes polémiques. Ce conseiller dont je sais que c’est lui qui a orchestré le mouvement à partir de Dambrin, parce que c’est lui qui les a reçus à Ouahigouya, c’est lui qui leur a aussi produit le document sur le net qui indique que l’implantation devait se faire à Dambrin. Ce conseiller, arrivé plus tôt avant le début du conseil, aurait pu m’approcher pour comprendre. Mais, comme il s’est focalisé sur la thèse de détournement, voulant associer Dambrin dans son mouvement, je savais que la tension était déjà tendue entre le bord que lui il manipule, et je savais que les autres conseillers attendaient pour réagir, peut-être violemment, en tout cas, ils allaient s’empoigner verbalement, et pourquoi pas physiquement ? J’ai dit au conseiller que je ne reçois pas en débat sa question sur Dambrin, puisqu’on était parvenu à un accord le 2 octobre avec les deux villages. Je lui ai dit de passer directement à sa deuxième et troisième question de divers, sinon je levais la séance. En prenant cette décision, je dis, « gouverner, c’est prévoir ». Si des affrontements devaient intervenir en conseil, ce n’était pas bon. Je refuse que la session du conseil municipal soit une tribune pour mener des débats non constructifs. Moi, mon ambition, c’est de rassembler les conseillers municipaux. Je savais que ce conseiller n’avait pas besoin d’informations de ma part, sinon il aurait pu me voir entre 8 h et 10 h. Donc, en refusant ce débat, je savais que je pouvais être taxé de non démocrate, d’autocrate. Ce sont des qualificatifs désagréables, mais je supporte. Pour moi, le plus important, c’est la préservation du climat d’entente au niveau du conseil municipal. Il ne faut pas permettre, au motif d’être démocrate, qu’il y ait des affrontements. C’est moi qui assure la police des débats. J’ai dit ceci : Quand je sens qu’il y a des débats non constructifs, il y a des rixes qui peuvent survenir, je préfère être taxé d’autocrate et non démocrate que de laisser les conseillers s’affronter. Voilà ce que je tenais à dire, c’est ma version des faits. Je les ai livrés en toute responsabilité, en toute conscience, que chacun se fasse une opinion. Je répète, jusqu’à ce jour, personne n’est en mesure de me dire qu’on a envoyé à la commune de Séguénéga un document qui indique que l’école devait être implantée à Dambrin. Ni par papier, ni verbalement. Ce document, je ne l’ai pas vu. Personne ne peut faire la preuve qu’un document du genre a été envoyé à Séguénéga. Je défie quiconque de faire la preuve qu’un document a été envoyé à la commune de Séguénéga portant implantation de l’école dans le village de Dambrin. Je ne dis pas que le document n’existe pas. Je ne l’ai pas vu. J’en ai entendu parler.

Propos recueillis par Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

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