Conflit foncier dans la commune de Diapangou : Le naaba Boulga de Tielba expulsé de son village

jeudi 6 septembre 2012 à 23h14min

La commune rurale de Diapangou traverse depuis plusieurs années un conflit foncier. Cette crise qui dure maintenant trois ans oppose Maoda et Tielba, deux villages qui relèvent sur le plan administratif respectivement de Diabo et de Diapangou de la province du Gourma. Maoda considère Tielba comme partie intégrante de son territoire. Les autorités administratives reconnaissent pourtant Tielba comme un village rattaché depuis la période coloniale à la commune rurale de Diapangou. Cette crise a abouti à des actes de violence le 28 juin dernier. La population de Maoda a attaqué par deux fois le domicile du chef de Tielba, entraînant d’importants dégâts matériels. Il a fallu l’intervention de la police pour ramener le calme dans le village. Un mois après, la police est toujours sur les lieux. Un calme précaire règne, mais le sentiment d’insécurité demeure. Le chef et sa famille déclarée persona non gratta et sans domicile ont trouvé refuge dans la ville de Diapangou.

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Conflit foncier  dans la commune de Diapangou : Le naaba Boulga de Tielba expulsé de son village

Les jeunes de Maoda ont tout détruit sur leur passage. Il ne reste plus rien pour naaba Boulga et sa famille. Selon le chef, tous leurs biens ont été emportés ou détruits. Les biens meubles et le matériel d’équipements ont été saccagés. Les maisons décoiffées ou détruites purement et simplement. La famille totalise plus de 70 maisons détruites. Naaba Boulga est chef d’une famille nombreuse. Il est père de plus de soixante enfants, avec une dizaine d’épouses. Les vivres, les boutiques de la famille n’ont pas été épargnées. « Ils ont vidé les boutiques, emporté de l’argent et détruit tous mes greniers de vivres », déclare le chef de Tielba. Ce serait plus de 3 millions de Fcfa qui auraient disparu suite à la violence qui s’est abattue sur la famille du chef.

Sur le plan psychologique, c’est une famille très touchée. La famille du chef est sortie de cette violence traumatisée. La violence des attaques de leurs frères et cousins de Moada a surpris, mais surtout inquiète plus d’un. A Tielba, les enfants du naaba, tolérés pour le moment dans le village, vivent dans la peur et le dénuement. Si un calme précaire règne, la paix des cœurs n’est pas revenue. En dépit du déploiement de la police sur les lieux et les multiples patrouilles, le sentiment d’insécurité demeure dans la famille. Dans cette insécurité réelle ou supposée, la famille n’arrive plus à se nourrir sans l’aide alimentaire fournie par de bonnes volontés. Exilé forcé à Diapangou, le naaba Boulga est logé et soutenu par d’autres personnes. « Je ne peux plus rentrer car je n’ai plus de maison, les vivres ont été détruits ou emportés », affirme le chef, très affecté par cet événement malheureux qui s’est abattu sur sa famille. Mais comment des frères, unis par les liens de sang et l’histoire, qui ont vécu en parfaite harmonie, avec beaucoup de complicités sont-ils arrivés à se détester à ce point ?

Tout serait parti d’une affaire de panneaux d’identification du village. Selon la population de Maoda, sur l’axe Ouagadougou-Fada, il avait été fixé un panneau d’identification qui porte l’écriteau Maoda. Aucune plaque comportant Tielba n’existait. Pour un observateur non averti, il est impossible de distinguer le village Tielba situé pourtant à proximité de la route bitumée. Maoda est plus en profondeur. Les deux villages sont cependant très proches. Il y a trois ans, le panneau d’identification de Maoda aurait été saboté. Des individus ont effacé Maoda pour écrire Tielba. Ce qui a suscité la colère de la population de Maoda. Ainsi ont-ils exigé la restitution du panneau. Quelques jours plus tard, les mêmes individus reviennent à la charge pour couvrir le nom du village avec du goudron.

Cet « affront » n’a pas été toléré par le village de Maoda qui a saisi le maire de la commune de Diabo d’où relève le village de Maoda pour comprendre la raison de ce sabotage. Il leur a été conseillé de consulter le chef de Tielba pour en savoir davantage sur le remplacement du nom de Maoda sur la plaque. Le chef naaba Boulga aurait refusé toutes les rencontres de concertation initiées par les sages de Maoda. « On l’a appelé, mais il n’est jamais venu », affirme le patriarche de Maoda. Le chef de Tielba prétend que son village fait partie de Diapangou et ne répond que de la mairie de Diapangou. « Il a dit que les terres lui appartiennent et c’est le maire qui a autorisé d’effacer Maoda », déclarent des jeunes de Maoda. « Pour la plaque, je ne sais rien. », réplique le naaba Boulga. Mais Maoda est convaincu de la culpabilité des enfants du chef. Une plainte fut déposée à la justice et le conseiller du village de Tielba reconnu coupable fut condamné. « Ce sont les fils du chef qui ont effacé le nom Maoda sur la plaque, et il a fait porté le chapeau à d’autres personnes », pensent toujours certains jeunes de Maoda.

Le haut commissaire du Gourma finit par se saisir du dossier. Il demande la confection d’une nouvelle plaque d’identification pour Moada afin de mettre fin à la tension entre les deux parties. Mais les plaintes d’actes de sabotage se sont poursuivies. Le maire de Diapangou décide d’enlever la plaque. Un geste qui a suscité la colère de Maoda. Le village organise immédiatement une marche de protestation à Diabo pour dénoncer le parti pris du maire de Diapangou. C’était le début d’une crise ouverte. Selon Moada, le maire de Diabo leur a signifié que Tielba est devenu un village. Et que le maire de Diapangou a préféré enlever les plaques pour éviter les querelles. « On a demandé à savoir si Tielba est devenu un village, il relève de quelle commune : Diapangou ou Diabo ? », affirme un notable de Moada.

La marche a pu ramener la plaque de Maoda, mais le statut de Tielba continue de diviser les deux parties. Selon le patriarche et ses frères, Tielba fait partie de Maoda. Dans un cours d’histoire, il indique que les populations de Tielba ont été accueillies et installées par ses ancêtres. Cependant, il reconnaît que les populations qui y vivent relèvent de Diapangou. Les terres sont la propriété de Maoda. Et ils ne veulent pas céder sur ce point. Le premier incident grave fut l’humiliation subie par un des chefs de Diapangou, sa majesté Bahama, de retour d’une tournée de réconciliation dans les deux villages. Ce dernier serait également contre le chef de Tielba parce qu’ayant été intronisé par son rival.

Ce jour-là, des jeunes venus de Dianpangou ont retiré tous ses attributs de chef et la clé de sa moto. Pour Moada, la responsabilité du chef de Tielba ne souffre d’aucun doute. « C’est le chef de Tielba qui a informé les partisans de l’autre chef de Diapangou et il a été pourchassé. Maoda est parti récupérer les attributs de chefferie et sa moto », expliquent les jeunes. Un premier avertissement fut envoyé au chef de Tielba. Des jeunes sont partis casser du matériel à son domicile. Quelques jours plus tard, c’est le gouverneur de la région de l’Est qui réunit les autorités communales et départementales de Diapangou et de Diabo pour mettre un terme à cette guéguerre. Il fait comprendre aux deux parties que sur le plan administratif, Tielba est un village rattaché à la commune de Diapangou. C’était pour Maoda une provocation de trop.

Suite à cette rencontre du 28 juin avec le gouverneur, dans la soirée, les jeunes de Maoda ont fait une descente au domicile du chef naaba Boulga et ont fait d’énormes dégâts. Il a fallu une intervention de la police de Fada pour évacuer le chef de Tielba à Diapangou et sécuriser le village. La présence de la police n’est pas du goût des jeunes de Maoda. « La CRS est toujours là. Pourtant, l’affrontement est fini. Le village ne supporte pas la présence de la police », fait savoir un jeune de Maoda.

Franck Régis Tapsoba

MUTATIONS N. 12 de août 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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