ROYAUME DU LIPTAKO : Des affrontements sanglants à Falagountou

vendredi 6 janvier 2012 à 01h03min

Les problèmes coutumiers que connaît le royaume du Liptako s’exacerbent et se ramifient. Alors que les chrétiens se préparaient à la célébration de la naissance du Christ, à Falagountou, on était à couteaux tirés. La rixe qui a opposé les membres de la famille Maïga de ce canton, a pour origine le manque de consensus sur la désignation du chef coutumier de cette localité, en remplacement de celui décédé le 14 avril 2011. Cette querelle entretenue par des frères consanguins, parmi lesquels devrait sortir le responsable coutumier du canton de Falagountou, a fait plusieurs blessés suite à des affrontements qui ont eu lieu le 24 décembre 2011 près du marché de cette localité. La personne de Amirou Dicko, l’un des prétendants au trône de l’émirat du Liptako était, de sources concordantes, la cible de ces attaques. Amirou Dicko s’en est sorti indemne et une enquête a été ouverte par la gendarmerie faisant suite à des interpellations, en vue de situer les responsabilités dans ce trouble à l’ordre public. Retour sur une scène accablante.

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Dans notre édition du 28 décembre, nous tirions la sonnette d’alarme sur la crise que couve le royaume du Liptako situé en plein cœur du Sahel. Comme une poudrière, cette crise, dans une de ses ramifications, a dégénéré et tourné à des affrontements sanglants. Ce spectacle remonte aux 24 et 25 décembre 2011 quand nous avons effectué un séjour dans le royaume du Liptako, dans le but de couvrir une cérémonie de remise d’ambulance à la population de Falagountou, don de Amirou Dicko, un des prétendants au trône de l’émirat. Nous avons voulu, à cette occasion, mieux nous imprégner des problèmes qui divisaient les garants des traditions des peuples burkinabè du Sahel.

Dans cette logique, nous avons été le lendemain de notre arrivée, soit dans la matinée du 24 décembre 2011, dans la cour royale. Dans ce palais, nous avons vu un parterre de chefs coutumiers venus de la ville de Dori et des villages relevant de l’autorité du royaume du Liptako. Ils ont répondu à l’invitation de Amirou Dicko qu’ils ont élu au trône de l’émirat du Liptako pour des informations. De cette concertation qui aurait eu lieu le lendemain de notre arrivée, rien n’a filtré, secrets traditionnels obligent, nous a-t-on signifié. Cependant, ils soutiennent leur choix sur leur élu, en l’occurrence Amirou Dicko. « Nous sommes partis du fait que c’est son père qui nous a élus », nous a confié Hama Dicko Moussa, Premier ministre du « Gouvernement » Amirou Dicko.

Sous le bruit de tam-tam et les youyous des griots, nous avons quitté la cour royale divisée, pour le département de Falagountou où nous y avions été conviés pour la cérémonie de remise d’une ambulance au CSPS de ladite localité. Avant de partir pour cette localité située à environ 55 km de Dori, nous convenions d’une visite à Ousmane Bassirou Dicko, l’autre prétendant au trône de l’émirat du Liptako comme son neveu Amirou. A la question de savoir qui nous envoie à Falagountou et pour quoi faire, nous lui avons dit l’objet de notre sortie sur ce village. « Allez-y , je vous attends à votre retour. Mais je puis vous assurer que cette histoire d’ambulance est une diversion. Il n’y a point de remise d’ambulance là-bas », nous a confié Ousmane Dicko Bassirou. Il était 14h passées, quand le cortège qui accompagnait le prince du Liptako, Amirou Dicko arrivait.

Après un bain de foule, le cortège s’ébranla vers une cour qui jouxte le marché de Falagountou : c’est la cour, avons-nous appris, d’un riche commerçant du nom de Yaya Maïga Ousmane. L’accueil réservé à Amirou Dicko et sa délégation a été très effroyable. C’était par une pluie de coups de gourdins et de machettes que les gens de la famille Maïga, hostiles à la visite de Amirou Dicko, ont accueilli les arrivants. D’un côté, c’étaient des hommes qui se battaient, de l’autre, des femmes qui se dépouillaient. Et un homme d’un certain âge observant ce spectacle de lancer : « C’est regrettable que des gens d’une même famille se livrent à ce spectacle pour une histoire de chefferie ». Du coup, nous comprenions les raisons de cette querelle consanguine. Un homme, armé d’une machette, a accueilli, à sa sortie de voiture, un des compagnons de Amirou Dicko à qui il assena des coups.

Il l’avait pris pour le prétendant au trône de l’émirat du Liptako. Le pire a été, de justesse, évité grâce à l’intervention des forces de sécurité. Ces échauffourées ont fait des blessés parmi lesquels un confrère du journal La Colombe, Abdouldramane Maïga, qui faisait partie du cortège. Amirou Dicko aussitôt replié, entendait par cette visite, selon les dernières informations, échanger avec un des prétendants à la chefferie de Falagountou. Ayant aperçu les conséquences d’une telle visite, le haut-commissaire du Séno, à qui nous avions rendu visite, a affirmé s’y être opposé. « Je l’ai même joint au téléphone alors qu’il était en route pour Falagountou et il m’avait promis qu’il rebrousserait chemin, mais il ne l’a pas fait », regrette Dramane Sanou. « Si j’avais été à la place du haut-commissaire, je l’aurais fait arrêter après ces incidents pour troubles à l’ordre public », s’indigne Arba Diallo, maire de la commune de Dori et beau-père de Amirou Dicko que nous avons rencontré chez le haut- commissaire.

En effet, il est ressorti que Falagountou, un canton coutumièrement indépendant du Liptako, vit des problèmes de chefferie. Là-bas, deux camps disputent le trône suite à la mort, en avril 2010, de Moussa Maïga Oumarou, chef coutumier de Falagountou. Il s’agit du clan de Boureima Maïga et de celui de Djibril Daoudou. Chaque camp a déjà intronisé comme chef de Falagountou son candidat. Maïga Boureima Issa lui, a été intronisé le 26 avril 2011 par son camp, et Djibril Daoudou le 10 avril du même mois par l’autre. La visite du prince de Liptako à un des prétendants à la chefferie de cette localité, était vue par le camp adverse, comme une provocation et une esquisse de légitimer leur adversaire dans son fauteuil de chef. Avant de quitter Dori, nous avons rendu visite à Ousmane Boubacar Bassirou, l’un des prétendants au trône de l’émirat du Liptako. Après un accueil chaleureux et les salutations d’usage, nous entamons la conversation avec notre hôte qui s’est dit heureux de nous revoir sains et saufs à l’issue de ces incidents.

Pour ce sage qui a assuré plusieurs fois l’intérim de l’émirat du Liptako, tout le monde à Dori sait qu’il est habilité à assurer la continuité de la tradition dans la dynastie Férobé. Aussi dit-il n’avoir pas besoin du folklore pour sa légitimité, laquelle, ajoute-t-il, ne dépend pas des chefs de sa tribu envers lesquels Ousmane Bassirou dit avoir beaucoup de considération. « Certains ont, à dessein ou par ignorance, mal interprété mes propos quand je disais que ces notables n’avaient rien à voir dans la nomination de l’Emir du Liptako », a-t-il relevé.

Armel ILBOUDO

Le Pays

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