MARABOUTAGE-CHARLATANISME : Un "métier" qui nourrit son homme

jeudi 31 mars 2011 à 02h08min

Bobo-Dioulasso est une ville réputée pour sa culture, le commerce et aussi le développement des mythes. C’est l’une des villes où le genre humain est encore considéré comme sacré, et l’éthique toujours de rigueur. La solidarité y règne malgré l’individualisme que veulent imposer le modernisme, la cherté de la vie et leurs corollaires. Cependant, c’est aussi là où les pratiques occultes, le maraboutage et le charlatanisme ne sont pas encore enterrés. Ces gens (faiseurs de bien ou escrocs), tirent profit de leurs manoeuvres, et s’en sortent dans la vie. C’est le constat que l’on pouvait faire sur le terrain.

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A Bobo-Dioulasso vivent majoritairement des musulmans mais également des chrétiens et des animistes. C’est une ville cosmopolite où cohabitent plusieurs civilisations. Réputée pour sa valeur culturelle, la ville de Bobo connaît aussi des pratiques occultes tels le maraboutage, le charlatanisme, pour lesquels les acteurs développent jour après jour des techniques nouvelles pour satisfaire ou arnaquer leurs clients.

Dans les ruelles et les carrefours, les dépôts d’œufs, de canaris, de morceaux de bois soigneusement rassemblés, de céréales et colas, de cauris et autres objets entérinent l’attachement des Bobolais au maraboutage sous ses diverses formes. En revanche, on note plus de présence de marabouts que de charlatans dans la ville de Sya, proposant leurs services à ceux qui accordent encore un intérêt quelconque à ce pouvoir.

A Bobo-Dioulasso, les clients fidèles à ces marabouts ou charlatans sont généralement les femmes, cherchant à conquérir un homme ou à sauvegarder leur foyer parce que leur homme nourrit l’ambition de devenir polygame à leur détriment. A ce sujet, S. M témoigne qu’elle a pu sauvegarder son foyer grâce à un marabout de Ouezzin ville, secteur 15 de Bobo. Une autre fille-mère a confié qu’elle a misé une fortune pour rester avec le père de son premier enfant, mais c’était peine perdue. Pour elle, c’est un hasard, à la limite de l’escroquerie.

Quant aux hommes qui fréquentent ceux-ci, ils y vont pour des raisons d’emplois. Se faire une promotion professionnelle, conserver sa place ou renverser un autre ou encore réussir à un examen ou concours. "Les cas des hommes qui cherchent à envoûter les femmes sont devenus assez rares depuis un certain temps", nous a confié un charlatan à Sarfalao secteur 17. Mais pourquoi cette passivité des hommes à conquérir des femmes par le maraboutage ? “Le meilleur marabout, c’est l’argent”, a déclaré Issa, cet autre témoin de la rue. Lui, il soutient qu’avec cette grosse somme qu’on pourrait bien verser au marabout ou charlatan pour envoûter une fille qu’on aime, la moitié de la même somme suffirait à gagner sa confiance et obtenir le mariage.

Malgré le nombre très élevé de croyants, toute confession religieuse confondue, on remarque une affluence chez ces "voyants", comme les appellent les clients eux-mêmes. Ils y vont généralement de leur gré pour investir de gros sous dans l’espoir de voir changer leur destin. Selon les types de consultations et le rang social du client, les frais peuvent varier de 500 F CFA à des centaines de mille, voire des millions. Un autre charlatan à Bendougousso, secteur 14 a laissé entendre que ses meilleurs clients lui viennent de l’étranger, et les nationaux sont généralement de hautes autorités. A Soumousso et dans les autres villages du département de Karangasso-vigué, les voitures de marques qui y vont chaque week-end transportent ces “gourous” qui espèrent une évolution de leur carrière. Des moutons, chèvres et poulets dans les coffres, sans oublier les billets de banque bien craquants qui accompagnent ces bêtes. Les charlatans et marabouts vivent véritablement de leur métier.

Cependant seules une minorité de clients trouve la solution à ses problèmes. Une victime du secteur 2 de Bobo témoigne sa mésaventure rocambolesque vécue aux examens du BAC 2010. Selon elle, son nom, son prénom, et son vœu ont été écrits sur du papier et retranscrits en arabe avec de l’encre noir sur une ardoise en bois, conçue à cet effet. Tout cela contre une grosse somme d’argent. L’ardoise a été ensuite lavée et on lui donna cette eau qu’elle a bue. Ensuite, elle s’en est servie pour se laver les yeux le jour de l’examen, afin de voir plus clair les épreuves. Mais à sa grande surprise, ses yeux se sont plutôt assombris et larmoyaient pendant la composition.

Face à une telle situation, quelle attitude tenir, alors que les spécialistes du droit expliquent que le maraboutage n’est pas une infraction qu’il faut réprimer ? Selon le Droit pénal spécial, seuls certains cas peuvent être considérés comme de l’escroquerie, d’abus de confiance ou vols, recel, complicité… selon la technique utilisée par le marabout ou le charlatan pour arnaquer ses victimes ou pour aider une tierce personne à commettre un acte ignominieux.

Ces malades mentaux, ces laissés-pour-compte, ces morts terrifiantes…aussi bien que ces supers chanceux que l’on rencontre un peu partout ont-ils un lien avec le maraboutage ou charlatanisme ? Des bandits arrêtés à un certain moment ont confessé avoir reçu des marabouts, un pouvoir d’invisibilité pendant leurs opérations. A Diébougou, un jeune sourd-muet s’est retrouvé avec le sexe amputé par des bandits et le gland a été emporté à des fins de maraboutage, dit-on. Certains malfrats, après avoir abattu leur victime, emportent soit son sexe, soit un membre ou une autre partie de son corps et cela à des fins de maraboutage ou charlatanisme comme ce fut le cas d’un jeune homme en 2009 au secteur 2.

On ne sait vraiment pas à quel saint se vouer, dans une Afrique où la mythologie a pris de la place, la pesanteur de ces actes rocambolesques occupe les mœurs, les ténors d’une telle activité ne cessent de brandir les menaces contre ceux qui se révolteraient, alors qu’aucune loi ne régit la matière. La pratique jusque-là prend de l’ampleur dans la ville de Sya, et on y trouve des marabouts de toutes les qualités, de tous les âges, et de toutes les origines. A voitures, motos, vélo ou à pied les clients ne cessent de défiler. La fiabilité de cette pratique est controversée. Alors que les uns croient au maraboutage, les autres ne lui accordent aucun crédit. Culte de mort, consultation des mantes, géomanciens, autant de noms pour désigner les charlatans comparables à un virus têtu qui change d’appellation au fil des découvertes. Tout cela a contribué à dénaturer le maraboutage bobolais qui, par contre a autrefois démontré son utilité à travers des combats pour la quête de la liberté.

Josias Zounzaola DABIRE

Le Pays

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