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Côte d’Ivoire : La prééminence accordée au « politique » a fait oublier la dimension « économique » de l’enjeu

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Côte d’Ivoire • • vendredi 26 novembre 2010 à 23h27min

C’est symbolique de la situation que traverse actuellement l’Afrique de l’Ouest. Le 14 septembre 2010, Jean Kacou Diagou, « patron des patrons » ivoiriens, a été élu président de la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’Ouest (FOPAO) qui regroupe les organisations patronales sous-régionales (16 pays dont 5 anglophones et deux lusophones).

Cet assureur de vocation (il est diplômé de l’Ecole nationale d’assurances de Paris, l’ENASS), âgé de 62 ans, amateur de chants religieux (ex-séminariste, il a envisagé de se consacrer à la prêtrise et a plusieurs cassettes et CD à son actif), a débuté sa carrière en 1972, à Abidjan, au sein de la filiale locale du groupe UAP. En novembre 1983, il en deviendra le directeur général. En février 1990, il sera porté à la présidence de la Fédération des sociétés d’assurance de droit national africaines (FANAF) après s’être illustré dans différentes organisations professionnelles. En janvier 1995, il va créer la Nouvelle société interafricaine d’assurances (NSIA) et dix ans plus tard, en mars 2005, il sera porté à la tête du Conseil national du patronat ivoirien (CNPI) devenu, depuis, la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). « Patron des patrons » ivoiriens, dans une conjoncture politique délicate et une conjoncture économique difficile, il sera cependant l’organisateur, du 26 au 28 avril 2010, de la conférence sur le thème : « Côte d’Ivoire 2040, le défi du meilleur ».

Kacou Diagou n’est pas un patron d’opérette comme on en a connu beaucoup par le passé en Côte d’Ivoire ; des patrons bureaucrates qui doivent leur carrière à leur proximité avec le parti au pouvoir. Certes, il est présenté comme étant « proche de Laurent Gbagbo » mais il a été, également, secrétaire national des affaires économiques et financières du PDCI. Son accession à la présidence de la CGECI en 2005, en un temps où le devenir de l’économie ivoirienne était plutôt noir, ne l’incite d’ailleurs pas à un optimisme béat même s’il puise dans l’histoire des nations les plus outragées (« Le Japon, hier bombardé, à genoux, est aujourd’hui debout et grand ») des raisons d’espérer. Sauf, dit-il, qu’il « ne faut pas gérer un pays au jour le jour. Notre plus grand défaut, c’est le manque de patience de l’Africain qui privilégie trop le court terme. Il faut avoir une vision de long terme ».

C’est d’ailleurs une attente du patronat ; et dans la perspective de « l’élection », la CGECI a invité les candidats à la présidentielle à présenter leur programme économique. Pas de grandes généralités sur le situation « macro » du pays, du précis, du net, de l’opérationnel : quelle politique sera mise en place pour permettre aux entreprises non seulement de survivre mais de se développer, de créer de la valeur, d’affronter la concurrence sous-régionale et internationale, de lutter contre la corruption, la bureaucratie, le racket… ? « Tout le monde attend de voir ce qui va se passer avant d’investir ou de créer de nouvelles activités, commentera Kacou Diagou (Jeune Afrique - 19 septembre 2010). Il faut que nous allions rapidement aux élections. Il en va du développement économique de notre pays. On sait quels efforts ont été accomplis par les entreprises pour résister à la crise, mais aujourd’hui, elles sont au bout du rouleau ».

Francis Wodié (PIT), Anaky Kobena (MFA), Albert Mabri Toikeusse (UDPCI), Alassane Ouatarra (RDR), Henri Konan Bédié (PDCI) ont, ainsi, été reçus par l’UGECI pour un « grand oral » (intitulé : « Face au patronat ») sur leur programme économique, leur vision du monde des affaires… Laurent Gbagbo (FPI), hélas, a fait l’impasse sur cette invitation. Dommage, il aurait été intéressant de comparer les propositions des deux candidats en lice le dimanche 28 novembre 2010. Hier, lors du débat télévisé, l’économie n’était pas vraiment à l’ordre du jour - média de masse oblige ! Et il est vrai que, en la matière, Gbagbo part avec un sérieux handicap par rapport à son challenger, Ouattara, ancien gouverneur de la BCEAO, ancien directeur général adjoint du FMI ; mais il est vrai, aussi, que le président de la République n’a pas, au cours des vingt dernières années (il s’est présenté pour la première fois à une présidentielle en 1990 !), fait d’efforts en la matière ; on en a pris conscience hier soir, lors du débat télévisé, où, une fois encore, il a été inexistant en la matière. Mais ce n’était pas une surprise.

« Combien de temps peut-on croire en un pays où la situation politique est incertaine ? » interrogeait Patrick Lucas, président du Comité Afrique de MEDEF-International lors de sa rencontre avec la CGECI le mardi 23 mars 2010, dans le cadre du Pullman d’Abidjan. Kacou Diagou n’a pas répondu à cette question qui l’oppresse depuis longtemps ; il s’est contenté de réclamer que « les hommes politiques ivoiriens arrêtent de persécuter le peuple par des prises de position qui ne conduisent pas au développement ». Il y a quinze ans (Bédié était président de la République, Daniel Kablan Duncan, premier ministre), en octobre 1995, au lendemain d’une dévaluation du franc CFA taillée sur mesure pour la Côte d’Ivoire, le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (Cepici) - dont le directeur général était Jean-Claude Kouassi avait organisé la première édition de Investir en Côte d’Ivoire (ICI). Le pays ambitionnait alors de devenir « l’éléphant d’Afrique ». Il a aujourd’hui des allures de « poulet bicyclette ».

A la veille du second tour, et alors que le débat économique a été absent de la campagne, il faut reconnaître que seul Ouattara s’est posé la question : « Qu’allons nous faire, ensemble, pour redresser et assainir l’économie ? ». C’est de cela qu’il s’agit ; et non pas de satisfaire l’ego d’un homme et les ambitions prévaricatrices de son entourage. « Les Ivoiriens, a-t-il dit lors de son « Face au patronat » (17 novembre 2009), veulent que nous apportions des réponses concrètes aux questions essentielles qui leur tiennent particulièrement à cœur, à savoir comment relancer la machine économique ? Comment favoriser le retour à une croissance durable ? Comment lutter efficacement contre le chômage, véritable cancer social ? ».

Chacun sait que Ouattara a un programme « massif » (selon ses propres termes) d’investissements de 10.000 milliards de francs CFA sur cinq ans qui résulteront d’une saine gouvernance (recouvrement des impôts, meilleure gestion des ressources de l’Etat, allègement de la dette extérieure, coopération bilatérale et multilatérale, etc.) ; ils seront consacrés aux « secteurs de soutien à l’activité économique » (santé, éducation, infrastructures) pour 45 %, à la réhabilitation et à la construction de nouvelles infrastructures pour 34 %, à la relance de l’agriculture, des mines, de l’énergie, de l’habitat pour le solde soit 21 %.

Ouattara veut, par ailleurs, « faire du secteur privé le moteur de la croissance économique » dans un partenariat Etat-opérateurs économiques qui visera à ce que « la bonne gestion des affaires publiques redevienne la norme et non pas l’exception ». Rien de révolutionnaire ; un modèle classique. Mais qui prend en compte que l’économie ivoirienne est non seulement sinistrée mais, plus encore, sans acquis. Ce qui faisait l’orgueil des Ivoiriens au temps de Félix Houphouët-Boigny est au mieux obsolète, au pire par terre. Et dont la crédibilité résulte de l’expérience menée, sur le même terrain, de 1990 à 1993, quand Ouattara était premier ministre et qu’il devait faire face à l’opposition de… Gbagbo et de Bédié.

Vingt ans plus tard, celui-ci est devenu un allié. Et donc une raison d’espérer. Pour la Côte d’Ivoire mais aussi pour l’Afrique de l’Ouest qui a besoin, d’urgence, de retrouver une « locomotive » économique et sociale, créatrice d’emplois et vecteur de… transferts Western Union !

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche

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