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Dialogue islamo-chrétien : « Les diverses communautés doivent s’accepter davantage et respecter les différences doctrinales », abbé Etienne Kaboré

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • vendredi 8 janvier 2021 à 23h59min
Dialogue islamo-chrétien : « Les diverses communautés doivent s’accepter davantage et respecter les différences doctrinales », abbé Etienne Kaboré

En sa qualité de responsable de la Commission dialogue islamo-chrétien de l’archidiocèse de Ouagadougou, l’abbé Etienne Kaboré, vicaire à la paroisse Christ-Roi de l’Univers de Pissy, a accordé une interview à Lefaso.net, le 6 janvier 2021, pour parler du dialogue islamo-chrétien au Burkina Faso. Pour lui, « chrétiens et musulmans sont appelés à entrer en dialogue entre eux pour mieux se connaître, se tolérer, accueillir l’autre dans sa différence et en faire une richesse, afin de parvenir à une cohésion sociale et à une paix durable ».

Lefaso.net : En dehors du ministère sacerdotal, vous êtes aussi spécialiste des questions islamo-chrétiennes. De quoi s’agit-il en langage simple ? Comment vous l’exercez au Burkina Faso ?

Abbé Etienne Kaboré : J’ai fait des études en arabe classique et en islamologie à Rome et au Caire, à Dar Comboni, en Egypte. Compte tenu de ces études, j’accepte le titre de spécialiste en islamologie. Je ne sais pas si je suis vraiment spécialiste des questions islamo-chrétiennes. Il faut plutôt parler de la question du dialogue entre chrétiens catholiques et musulmans. De manière courante, nous utilisons l’appellation dialogue islamo-chrétien.

Ayant un autre regard sur l’islam et les musulmans, j’essaie d’apporter ma contribution à travers la promotion du dialogue entre les communautés musulmane et chrétienne. Je joue le rôle de facilitateur entre la FAIB [Fédération des associations islamiques du Burkina] et la communauté catholique à chaque fois que besoin est. Chrétiens et musulmans sont appelés à entrer en dialogue entre eux pour mieux se connaître, se tolérer, accueillir l’autre dans sa différence et en faire une richesse, afin de parvenir à une cohésion sociale et à une paix durable.

Vous avez récemment initié une formation sur le dialogue islamo-chrétien. Parlez-nous de cette initiative.

C’est la Commission épiscopale pour le dialogue islamo-chrétien qui a tenu la session de lancement de ses activités au mois de novembre 2020 au Centre national Cardinal-Paul-Zoungrana (CNCPZ). En principe, ce sont les responsables de tous les diocèses du Burkina qui se rencontrent à cette session de trois jours. L’objectif de cette rencontre était de renforcer les capacités des participants en matière de dialogue islamo-chrétien.

La commission a pour obligation de tenir, en début de chaque année pastorale, une rencontre d’orientation de ses activités et de faire le point des préoccupations nationales concernant le vivre-ensemble entre les différentes communautés au Burkina Faso. C’est donc l’intérêt national, c’est-à-dire la recherche de la cohésion sociale en vue de parvenir à la sécurité et à la paix, qui a été le vecteur directeur de cette rencontre de formation.

Nous avons abordé la question du terrorisme, des conflits intercommunautaires liés aux occupations anarchiques des lieux de culte et la nécessité de mener des actions concrètes de dialogue entre les différentes communautés dans chaque diocèse du pays. Le désordre citoyen constaté, l’insécurité, les difficultés liées au mariage islamo-chrétien, etc. ont été des thèmes également abordés.

Les participants, constitués de prêtres, étaient tous préoccupés par la manière de parvenir à un vrai dialogue islamo-chrétien. Conscients que le dialogue islamo-chrétien est une composante de la mission évangélisatrice de l’Eglise, ils ont reconnu que ce n’est pas un choix que d’aller en dialogue avec nos frères les musulmans ; mais un devoir pour tout chrétien.

On parle d’une cohabitation réussie entre les confessions religieuses au Burkina Faso. Avez-vous cette impression ?

Nous travaillons chaque jour pour qu’il y ait une cohabitation réussie entre les différentes confessions religieuses au Burkina Faso. Les diverses communautés (catholique, musulmane, protestante et les adeptes de la religion traditionnelle) doivent s’accepter davantage, et respecter les différences doctrinales. Il faut surtout éviter le langage qui incite à la haine et à l’extrémisme violent. En ce moment, la cohésion entre les différentes confessions religieuses sera une réussite.

Au regard de certaines activités des groupes armés qualifiés de terroristes sur le territoire burkinabè, quelle doit être la réponse des confessions religieuses ? Quelles sont les pistes de solutions que vous proposez en tant que spécialiste du dialogue islamo-chrétien ?

En m’inspirant du document sur la fraternité humaine du pape François et du grand imam Ahmed al-Tayyeb, je dirais qu’aucune religion n’invite et n’incite à la violence, à la haine et à la guerre. Malheureusement, certains groupes armés mènent des activités à des fins personnelles sous le couvert de la religion.

Il faut dire que les actes terroristes sont la conséquence des interprétations erronées de certains passages des textes sacrés. Chaque confession religieuse doit lutter, dans la vérité, contre les terroristes, quelle que soit leur provenance religieuse. Même si les terroristes sont issus d’une confession donnée, les adeptes de cette confession doivent se démarquer d’eux et les combattre.

Les armes qu’il faut pour ce combat sont les prières, les rencontres de négociation, la promotion du dialogue interreligieux, la valorisation de la sacralité de l’être humain, et non la violence. La violence n’engendre que la violence. Il faut une contextualisation des versets des Livres saints qui incitent à la violence.

Quel est votre message à l’endroit de la population burkinabè ?

Chers compatriotes, nous avons soif du bon vivre-ensemble, de la cohésion sociale, de la sécurité et de la paix. Pour avoir cette eau, il nous faut nous abreuver obligatoirement aux sources du dialogue interreligieux en général et au dialogue islamo-chrétien en particulier.

Que chaque Burkinabè sache que la cohésion sociale et la paix dans notre pays sont possibles si chacun à son niveau travaille honnêtement pour l’intérêt de la nation. Que chaque communauté fasse un examen de conscience, quitte son orgueil, son complexe et se laisse guider par une conscience propre.

Interview réalisée par Edouard Kamboissoa Samboé
samboeedouard@gmail.com
Lefaso.net

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