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Yacouba Napon dit MCZ, réalisateur burkinabè : « Tout coûte cher dans le cinéma »

Accueil > Actualités > Culture • LEFASO.NET | Par LEFASO.NET • dimanche 14 juillet 2019 à 22h44min
Yacouba Napon dit MCZ, réalisateur burkinabè : « Tout coûte cher dans le cinéma »

Il fut danseur et chanteur. Aujourd’hui, il est derrière la caméra, en tant que réalisateur. Dans une interview qu’il nous accordée, Yacouba Napon alias MCZ ( Maître de cérémonie de tous les arts de A à Z) parle de sa carrière, de ses projets, de son saut de la musique au cinéma.

Lefaso.net : On vous a connu dans la musique, la danse… Maintenant, vous portez la casquette de cinéaste. Pourquoi ce virement ?

MCZ : J’ai eu la chance d’être dans une ville de la France qui s’appelle Clermont-Ferrand. C’est une ville qui a l’un des plus grands festivals de cinéma court métrage en Europe. C’est là-bas que j’ai eu l’initiative d’aller à l’école de cinéma et de fréquenter des associations de cinéma. Comme mon pays est un pays de cinéma, je me suis dit que c’est mieux que je m’intéresse aussi à porter une pierre à l’édifice du cinéma africain. C’est ainsi que tout est parti.

Réalisateur, producteur ; depuis combien de temps l’êtes-vous ?

Cela fait 8 ans maintenant que j’ai commencé les formations. Mon premier film, je l’ai tourné en 2014 pendant l’insurrection populaire. Il est intitulé « Adieu belle-mère ». Il est sorti en salle le 4 juillet 2016. J’ai eu la chance d’avoir le 1er prix « Succès cinéma » car le film a fait plus 20 000 entrées en moins de trois mois. À ce jour, j’ai sept films : « Adieu belle-mère », « Sabab Biiga » que j’ai réalisé avec Sidnaaba, « Le parvenu », « Folie d’amour », « Burkina Rawoko », « Lalé le Voisin de Rama », « Wend-panga ».

Les films, ce sont des faits racontés avec des images. D’où tirez-vous vos scénarios et quels sont les thèmes mis à l’écran ?

À 80%, je suis inspiré par les faits sociaux. Ce sont les problèmes que nous vivons au quotidien.

Quelles sont les conditions dans lesquelles vous créez ?

Je n’ai pas assez de moyens. Mais quand on veut, on peut. Sinon, ce n’est pas facile. Pour faire du cinéma, il faut déjà les moyens. Je travaille sur fonds propres. Quand j’ai un scénario, je lance le casting. Je fais le film avec les acteurs retenus. Dieu merci, j’ai mon studio d’enregistrement. J’ai eu la chance de faire venir du matériel de la France. Je travaille moi-même en postproduction. Je fais moi-même les montages, l’étalonnage et le mixage.

Cinéaste, un beau métier. Mais il y a certainement des difficultés dans ce domaine...

Tout tourne autour de l’argent. La difficulté majeure, c’est le financement. Tout coûte assez cher dans le cinéma. Or, nous au Burkina, il n’y a pas de subvention régulière pour le cinéma. C’est vrai que le ministère fait ce qu’il peut, mais en dehors de ça, il n’y a pas de mécénat. Les sociétés ne sponsorisent pas le cinéma. C’est la plus grande difficulté.

Quand on veut faire les tournages, pour avoir même des fois les lieux, les décors, c’est très compliqué. Tout est possible une fois qu’on a les moyens. C’est pourquoi je dis, ensemble, aidons le cinéma burkinabè. Il ne faut pas se limiter à nous applaudir ; soutenons le cinéma burkinabè. Le soutien n’est pas que financier. Il peut être matériel. Par exemple, mettre sa voiture à la disposition du cinéaste pour ses scénarios, ou encore une villa luxueuse. Beaucoup de Ouagalais ont de grandes villas à Ouaga 2000, qui ne sont même pas exploitées. Ce sont les lézards même qui dorment là-bas. Ils peuvent aider les cinéastes avec ces maisons.

Les aides matérielles réduisent le budget d’un film. On peut aider le cinéma aussi en venant massivement au cinéma pour nous permettre d’avoir beaucoup d’entrées qui pourront nous permettre d’avoir d’autres ressources pour produire d’autres films. Ceux qui peuvent aussi nous donner de l’argent en espèces pour nous soutenir, il faut le faire ; ensemble aidons le cinéma burkinabè.

Maintenant que vous êtes réalisateur, que devient votre carrière musicale ?

Beaucoup de personnes me disent que je fais trop de choses. Je leur réponds que ce ne sont pas des choses que j’ai faites au même moment de ma vie. J’ai d’abord commencé par la danse dans les années 1984-1985. Ensuite, s’en est suivie la musique en 1997 avec mon premier album « Benga show ». J’ai commencé le cinéma il n’y a que 8 ans. Donc j’ai eu le temps de chanter, de danser et d’apprendre beaucoup de choses.

Ce sont des différents moments de ma vie. En plus, la musique, on ne la fait pas tous les jours. Si on entre en studio, on fait des mois, après on fait la promotion, l’album sort ; c’est quand il y a des contrats qu’on sort les weekends pour jouer. Le cinéma, c’est pareil : une fois que tu as ton scénario, tu tournes, tu peux faire deux ans même sans tourner. Donc il y a tout le temps pour faire autre chose.

Il faut s’occuper, en fait j’aime travailler. J’aime apprendre et c’est ce qui fait que je suis polyvalent. J’ai mon studio d’enregistrement, ça fait près de 15 ans. J’ai eu le temps d’apprendre les choses pendant plus de 20 ans. Ça ne me gêne pas.
C’est vrai qu’actuellement, je fais beaucoup de cinéma. Je me consacre plus au cinéma parce qu’on prend aussi de l’âge. J’assure ma retraite aussi. Mais je continue la musique en Europe. J’ai mon groupe « Les benga show ». On a notre propre orchestre. On continue à jouer. Je donne toujours des spectacles ; mais comme ce n’est pas tous les jours, c’est par moments, donc il n’y a pas de souci.

Est-ce que l’un de vos films a été une fois sélectionné au Fespaco ?

À part mon premier film « Adieu belle-mère » qui a été sélectionné au Fespaco, dans le panorama au Fespaco 2017, aucun de mes films n’a été sélectionné. Même lorsqu’il y a eu le milliard du président, j’ai déposé le dossier de mon scénario « Plus jamais ça » mais je n’ai pas eu les moyens pour faire le film.

Que pensez-vous du Fespaco et de son apport au cinéma burkinabè ?

Je pense que le Fespaco et le cinéma burkinabè font deux choses différentes. Le cinéma burkinabè est à part et le Fespaco aussi. À mon avis, le Fespaco et le cinéma burkinabè ne sont pas à mélanger, ils n’ont rien à voir. Quand on parle du cinéma burkinabè, on parle du cinéma qui se fait au Burkina par les cinéastes burkinabè. Mais quand on parle du Fespaco, on parle de toute l’Afrique, on parle du monde entier.

Le Fespaco est panafricain et ne fait pas que la promotion du cinéma burkinabè. On ne pense pas privilégier ou faire la promotion du cinéma burkinabè à travers le Fespaco. Tous les Fespaco que j’ai vus, je n’ai vu aucun film burkinabè qui a été privilégié. Je pense que même s’il n’y avait pas de cinéma au Burkina Faso, le Fespaco se passerait. Il y a des années où il n’y a pas vraiment eu une représentation cinématographique burkinabè. Je pense qu’il a eu jusqu’à trois films burkinabè, avec des séries et puis des courts métrages, qui sont ont allés au Fespaco passés, mais ils n’ont pas eu grand-chose.

Est-ce que le métier de cinéaste nourrit son homme ?

Je peux dire que le métier de cinéaste nourrit son homme. En tant que réalisateur, producteur, j’ai deux entrées. Donc je n’ai pas de problème sur ce point. Pour d’autres, ce serait le contraire surtout les acteurs parce qu’à part leur cachet, ils ne perçoivent rien encore. Ou peut-être quand le film marche aussi, ils ont une part au BBDA.

Je peux dire que le métier de cinéaste nourrit son homme aussi parce qu’on a la chance au Burkina d’avoir un public qui aime le cinéma. Un public qui va toujours au cinéma et qui peut faire plus de 20 000 entrées en moins de trois mois dans une salle au Burkina. Cela veut dire que les gens aiment le cinéma, donc ça nourrit. Pas comme on l’aimerait, mais petit à petit oui.

Vous avez dit tout à l’heure que vous avez fait un film avec Sidnaaba ; vous travaillez toujours en coréalisation ou en solo ?

Quand on s’approche des grands-frères, je pense qu’on apprend beaucoup. C’est pour cela que j’ai accepté de travailler avec le grand-frère Sidnaaba. C’est un homme très ouvert. Il a voulu voir comment je travaille, et vice-versa. C’était une première expérience, sinon je travaille toujours en solo. Je suis toujours en collaboration avec lui. On ne fait pas toujours des films forcement mais nous avons une relation de grand-frère et de petit-frère. Quand j’ai besoin de lui, je vais vers lui.

Quel conseil pouvez-vous donner aux jeunes qui veulent embrasser une carrière cinématographique ?

Difficile à répondre parce que moi-même, je suis jeune. On m’appelle jeune producteur et réalisateur burkinabè. Je pense que je ne suis pas encore arrivé à un certain stade pour pouvoir donner des conseils. Je peux simplement dire aux jeunes d’apprendre les métiers du cinéma ; c’est ça le plus difficile. Il faut apprendre par passion ce qu’on aime. Une fois que tu connais, tu peux maintenant essayer de vivre de ça.

Avez-vous quelque chose de nouveau sous la main ?

Actuellement, j’ai deux film que j’ai sortis : « Lalé, le voisin de Rama », qui passe du 15 au 28 juillet au ciné Burkina, et « Wende Panga », qui passera en août au ciné Neerwaya. J’ai déjà aussi un autre film « Le destin de Rama » que j’ai déjà tourné qui est en préparation de sortie, peut-être d’ici la fin de l’année.

Je prépare aussi l’anniversaire de mes 20 ans de carrière musicale. Normalement, c’est 22 ans mais j’ai arrondi ça à 20 ans. Ce sera le 7 décembre à la Maison du peuple en live, et j’appelle ça « Zamen yi noogo ». C’était normalement prévu pour le 29 juin, mais avec la pluie et puis la Can, on a décidé de reporter ça en fin d’année. J’aurai besoin du soutien de tout le monde pour faire mon anniversaire.

Avez-vous un dernier mot ?

Comme dernier mot, je dirais qu’il faut garder la flamme du cinéma en soutenant, en organisant ou en lançant des appels à projets pour soutenir les œuvres culturelles, cinématographiques et autres. Les cinéastes meurent dans leur art s’ils ne font rien ; or, au Burkina ici, il faut chaque Fespaco pour qu’on parle du cinéma, et après rien.
Il faut qu’il y ait une vraie politique de cinéma dans notre pays. Nous n’avons que deux salles qui marchent, le ciné Burkina et le ciné Neerwaya.

Pour que le cinéma soit rentable, il faut créer des cadres de diffusion, c’est-à-dire des salles de cinéma. Il faut qu’on rouvre les salles de cinéma. Il faut qu’on construise des salles de cinéma. Il y a des salles de cinéma de quartier qui ne sont pas fréquentées parce que ce n’est pas couvert en saison des pluies. Quand il pleut, il n’y a pas de cinéma. Nous avons beaucoup d’opérateurs économiques, ça ne coûte rien de créer des salles. Faites une salle polyvalente qui peut abriter des concerts, des séminaires et en même temps du cinéma. C’est rentable, ça rapporte et c’est ça qu’il nous faut pour qu’on puisse redécoller. Aussi, rouvrir les salles de ciné comme le ciné Sagnon à Bobo qui est fermé en longueur d’année. Ce sont les margouillats qui sont là-bas, franchement c’est du gâchis.

Je profite en même temps de votre micro pour dire que nous avons décidé de mettre en place une plateforme qui s’appelle Fasollywood, pour faire la promotion de tous les films burkinabè. Au maximum, nous voulons créer un site en même temps aussi, pour pouvoir vendre nos films en ligne, pour que les Burkinabè qui sont à l’extérieur, puisse le voir. On a initié ça et on veut essayer de projeter nos films dans quelques salles du Burkina Faso pour faire la promotion au maximum et ramener les gens en salle.

Interview réalisée par Korotoumou DJILLA (Stagiaire)
Lefaso.net

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