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Zones non loties inondables : « Demolition man »(1) est entré en action

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Inondations au Burkina • • vendredi 6 novembre 2009 à 01h51min

Photo : Fasozine

« …Le gouvernement lance, à partir du jeudi 5 novembre 2009, la première phase d’une opération de démolition des habitations dans les zones non loties inondables. Cette opération concerne prioritairement les maisons d’habitation totalement ou partiellement détruites par les eaux… » annonçait, entre autres, le communiqué de presse du Service d’information du Gouvernement, publié dans notre édition du mercredi 4 novembre 2009. Selon le planning de ce dernier, les villages de Lanoag Yiri et de Balkuy, dans l’arrondissement de Bogodogo, étaient les premiers concernés par l’opération, qui s’y déroulera du 05 au 13 novembre 2009. Le jeudi 5 novembre dernier, en présence du ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme et du bourgmestre de la capitale, la démolition a effectivement débuté, exécutée par des machines, dont un bulldozer, qualifié par les habitants de Lanoag Yiri de « Demolition Man ».

Jeudi 05 novembre 2009, 7h00, nous sommes à la sortie de la capitale sur la route de Pô. Une demi-douzaine de véhicules est stationnée sur le flanc droit de la voie bitumée. De l’autre côté, devant la zone non lotie dénommée Lanoag Yiri, deux 4x4 de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS), pleins d’agents. Leur présence s’explique par l’opération de démolition des habitations dans les zones non loties, qui est prévue pour débuter par Lanoag Yiri. Autorités municipales et hommes de média se rendent bien compte, à 7h30 passées, du retard dans le début de l’opération, qui était prévue pour commencer à 7h précises ce jeudi. La raison, une « petite » panne technique qui empêcherait les bulldozers de parvenir à la zone. Le petit monde qui attend est l’objet de toutes les curiosités de la part des habitants du non-loti.

Ces derniers observent chacun de leur mouvement, se demandant bien ce qui se passe et pour certains « à quelle sauce ils seront encore mangés ». En effet, du fait d’une mauvaise information des habitants de Lanoag Yiri ou d’une mauvaise compréhension de leur part, c’est selon, beaucoup d’entre eux, en tout cas, pensaient que l’opération de démolition visait tout simplement à raser leurs habitations. Au nombre d’eux, Alizèta Zongo qui, soutenue par ses voisines, nous confie ne pas avoir fermé l’œil de la nuit parce qu’on leur avait annoncé « simplement qu’on viendrait démolir leur maison ce jeudi ».

Incompréhension au départ

Une fois informée que la première phase ne concernerait que les habitations totalement ou partiellement détruites par les eaux, Alizèta affirme que son angoisse n’en est pas pour autant retombée : « Tant que les papiers de nos nouvelles parcelles ne sont pas dans nos mains, nous ne pouvons être rassurés totalement. Surtout que ces parcelles soient dans des zones en hauteur, car nous ne voulons pas revivre les évènements du 1er septembre dernier ». Ali Dianda, lui, ferme à double tour sa maisonnette, en banco, avant d’enfourcher son vélo et pour prendre la direction de son lieu de travail.

La démolition, selon lui, cache une injustice qui ne dit pas son nom : « Ils disent qu’ils vont détruire nos maisons parce qu’on est dans une zone inondable, mais est-ce que vous les entendez parler des maisons qui de l’autre côté à Ouaga 2000 et qui sont dans la même situation géographique que les nôtres ? On se jette sur nous parce que nos habitations sont faciles à casser, leur Demolition man [Les bulldozers] ne peuvent pas toucher aux buildings en béton qui sont de l’autre côté ».

08h, arrive sur les lieux l’édile de la capitale, Simon Compaoré, suivi du ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme (MHU), Vincent T. Dabilougou, et du maire de l’arrondissement de Bogodogo, Henri Sandaogo Kaboré. A leur suite, les machines, composées d’un bulldozer, d’une niveleuse et d’une pelle chargeuse aidées de véhicules bennes. « Les Demolition man sont là ! », « Les machines de nettoyage sont là ! », s’écrie-t-on de part et d’autre en voyant les mastodontes de couleur jaune démarrer et avancer le long du bitume. « Wahi !

C’est lui là même le bandit chef des Demolition man ! » s’exclame un habitant en désignant le bulldozer. Les autorités réunissent les habitants pour leur expliquer en quoi consiste l’opération. Première précision, ce sont les maisons inhabitées qui vont être détruites au cours de cette phase. « Que ceux qui pensaient qu’on va tout raser déjà se détrompent. Ce sont les maisons en ruines et celles totalement ou partiellement détruites que l’on va détruire d’abord.

Il y aura ensuite un recensement et une attribution de nouvelles parcelles avant que l’on ne commence à casser », a souligné Simon Compaoré. Applaudissements dans la foule, où les visages sont visiblement soulagés, maintenant que la cible de l’opération « nettoyage » a été bien définie. Et le maire de Ouagadougou de préciser ensuite : « C’est l’Etat souverain, le gouvernement, qui a décidé de cette opération, et nous, élus locaux, nous sommes à leur côté pour accompagner le processus et veiller à sa mise en œuvre ».

Selon le ministre Vincent T. Dabilougou, cette opération marque la mise en œuvre du décret adopté par le Conseil des ministres, en sa séance du 19 septembre 2009, et portant réglementation des bandes de servitudes de canaux primaires d’évacuation des eaux pluviales, des zones inondables inconstructibles et des zones submersibles dans la ville de Ouagadougou : « Ce décret représente tout un processus, mais il traduit la volonté du gouvernement d’instaurer une urbanisation avec plus de regard sur les constructions dorénavant. Le maire de Ouagadougou sait désormais quelles sont les zones inondables, et cela est défini dans le plan d’urbanisation. Après cette première phase, on passera aux maisons habitées après avoir distribué les parcelles.

Des mesures seront prises pour que plus personne ne construise dans ces zones inondables. Le gouvernement veut entreprendre une nouvelle façon d’aménager et d’urbaniser. Bien aménager veut dire que nous allons définir les zones habitables, c’est ça, le développement durable ». A l’écouter, l’opération « Aide à la reconstruction » est en cours, avec bornes fixées au niveau des sites, et en principe, la semaine prochaine, les aides qui vont commencer à être distribuées.

« Qu’on nous donne des parcelles seulement… »

08h 35, la démolition commence effectivement. Les populations de Lanoag Yiri, dans sa majorité, n’y voient pas d’inconvénient, car elles sont conscientes de la fragilité de leur périmètre, situé dans une zone inondable. Leur souci concerne plutôt l’attribution de nouvelles parcelles : « Qu’on nous donne des parcelles seulement, même si c’est à Koudougou ! », réclame Zénabo Ouédraogo.

Mère d’une famille de 9 membres, elle raconte qu’elle garde actuellement les effets de ses anciens voisins qui ont dû se résoudre à aller sous les tentes des sites d’hébergement après que leurs maisons ont été emportées par les eaux. Si, pour Mahamoudou Ilboudo, c’est bien que le gouvernement fasse par là son boulot, le scepticisme est par contre grand chez lui quant à l’acquisition prochaine de parcelles, car les numéros d’attribution seraient trop nombreux à son avis.

« De la manière dont ils peuvent nous aider, qu’ils le fassent pour qu’on ne reste plus dans cette zone inondable », soupire Rasmané Ilboudo. Boukaré Sanfo, lui, soutient qu’il faut que le gouvernement veille à ce que tout le monde soit relogé avant de casser les maisons, sinon… L’opération de démolition est prévue pour se dérouler dans l’ensemble des arrondissements de la ville de Ouagadougou jusqu’au 06 décembre prochain.

Hyacinthe Sanou


(1) Certainement en référence au célèbre film futuriste d’action américain, « Demolition Man », sorti en 1993 et réalisé par Marco Brambella avec Sylvester Stallone et Wesley Snipes dans les rôles principaux

L’Observateur Paalga

Vos commentaires

  • Le 6 novembre 2009 à 11:40, par lance de fer En réponse à : Zones non loties inondables : « Demolition man »(1) est entré en action

    travail titanesque pour le bougmestre. Mr le maire,pendant que vous etes dans la zone de Balkuy a detruire des non lotis,quel effet ca doit vous faire de voir ces zones loties qui vivent dans la precarite,sans eau ni electricite ni de voies pratiquables. Pourtant il s’agit de lotissements de 2004. je vous suggere de terminer ce qui reste inachevé depuis 5 ans en meme temps que ce que vous faites,ca vous fait un mandat,un lotissement pendant ce mandat et rien n’est toujours fait pour viabiliser...Relevez ce défi,on vous connait teigneux dans vos decisions...

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  • Le 8 novembre 2009 à 12:56 En réponse à : quelques bienfaits de la revolution

    et voila, lorsque la revolution a deguerpi certaines familles des zones inondables, insalubres et leur a remis des terrains et de l argent pour reconstruire ailleurs, certains ont prefere dilapider le cash et refuser de demenager. La nature et le temps ne font que nous rattraper. Nous les Africains nous sommes tetus. Tant que le malheur ne nous frappe pas, nous ne prenons jamais les previsions et les plans quinquennaux au serieux. Nous avons banni et insulte Sankara comme le principal malheur du pays et nous sommes obliges de reconnaitre avec le temps que certains de ses projets etaient salutaires et visionnaires.

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    • Le 11 novembre 2009 à 14:16 En réponse à : quelques bienfaits de la revolution

      mon frere ou ma soeur bien merci pour ta vigilance Aujourd’hui on a la memoire courte ! tout le monde oublie quand ca arrange tout le monde. On avait traité sankara et la revolution de tous les mauvais noms imaginables, etc. alors qu’ils avaient ete dedommages. Aujourd’hui certains vont refaire leur nom sur leur malheur Apres on attendra un autre malheur pour recommencer la meme chose, etc Tant pis. Mais au moins reconnaissons que sankara avait vu tres clairs et avait les bonnes solutions quoi qu’on dise
      somé

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  • Le 9 novembre 2009 à 00:34, par mytibkèta En réponse à : Zones non loties inondables : « Demolition man »(1) est entré en action

    A lire cet article,on est tenté d’en rire car on est en face d’une véritable précampagne avant l’heure . En effet dans tous les pays du monde il y a des bidonvilles, il y a des inondations et ce n’est pas les 260 mm qui peut les émouvoir car tout est fait de manière à limiter les dégats. Dans notre cas mais le problème ici c’est que même les maisons en définitif loin des zones d’inondation il y a au bas mot 10 cm dans les chambres .Pour dire que la reflexion se devait d’abord d’être technique. Pourquoi cela est il arrivé. Il y a le mauvais calibrage des ouvrages d’évacuation. toute l’eau de Ouaga aboutit aux retenus 1 et 2 de Ouaga qui du fait de son emsablement est à une cote pas loin de la zone de départ des eaux moralité il ya reflux vers les terres . De même à ouaga les voies sans issus de certains quartiers constituent des mers intérieures déruisants des bien.A cela pas de réaction parceque non vendable et ne peut donner lieu à une précampagne. Les burkinabe ont grandi et savent qu’on ne peu pas les avoir indéfinient.

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