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« En aucun cas, je ne ferai les éloges des ennemis du peuple », Almamy KJ, artiste reggae-maker burkinabè

Accueil > Actualités > Culture • • mercredi 9 mai 2018 à 12h30min
« En aucun cas, je ne ferai les éloges des ennemis du peuple », Almamy KJ, artiste reggae-maker burkinabè

Appelé « Artiste du peuple » par ses fans, Almamy KJ (Abdoul Kader Ouattara, à l’état civil,) est connu pour ses textes engagés, abordés sans langue de bois à travers ses différents opus. Auteur de « Dieu merci » en juillet 2011, « Article 37 » et « Dabo Boukary » en décembre 2013, « Clé de justice » en décembre 2015, puis, « La Lettre » en janvier 2018, Almamy KJ fait incontestablement partie de ces artistes avec lesquels, on prend toujours plaisir à aborder les questions liées surtout aux valeurs fondamentales de la société. Entre ses sollicitations en cette soirée de vendredi, 28 avril 2018, il a bien voulu réagir à nos questions.

Lefaso.net : Après la sortie en janvier 2018 de votre dernier album « La Lettre », quel bilan à mi-parcours peut-on dresser à ce jour ?

Almamy KJ : Effectivement, après la sortie de l’album, nous avons effectué pas mal de sorties, au plan national et à l’étranger. Après la sortie le 19 janvier à Ouagadougou, nous avons été à Bobo-Dioulasso le 7 février (2018) pour le présenter aux mélomanes, suivi le 9 février d’un concert live du côté des « Bambous » et le 12 février un autre concert Live du côté du Zenith. A cela, et toujours au niveau de Bobo-Dioulasso, il y a eu ces sorties à la SNC (Semaine nationale de la culture) où nous avons proposé deux plateaux live (pour ne citer que ces quelques spectacles). Il y a également eu de nombreuses invitations dans des festivals et par différentes couches sociales dans les régions du pays.

En ce qui concerne le comportement de l’album, il faut dire qu’il se porte très bien et les indicateurs, surtout au niveau de l’étranger, notamment en France, au Mali, en Guinée-Conakry, etc., sont très intéressants. Donc, l’album se porte très bien ; en termes de tournées, de visibilité et de vente.

Lefaso.net : Dans la même dynamique, on retient que la date du 13 avril 2018 est mémorable pour non seulement cet album, La Lettre, mais aussi l’ensemble de vos œuvres avec ce concert dans une salle du CENASA comble !

Almamy KJ : Je dirais qu’on essaie de faire notre musique, en donnant le meilleur de nous-mêmes, pour nos mélomanes, le public burkinabè, le public africain et le public du monde. La musique, je la fais de façon scientifique en respectant tous les contours de l’art…, après, c’est au public d’en juger. Maintenant, comme le disent les uns et les autres, si les textes vont dans la lancée des populations, des masses, du peuple, c’est souvent certain qu’ils vont prendre d’assaut les locaux des salles de spectacles.

Pour revenir au spectacle dont vous faites cas, il faut dire que les mots me manquent, presque (même si je ne suis pas surpris) …, quand vous entrez dans une salle, que vous la trouver pleine à craquer, vous vous imaginez que toutes ces personnes sont sorties pour vous, et qu’après, vous vous rendez compte que tous ces gens-là chantent à l’unisson en reprenant les chansons avec vous ; du début jusqu’à la fin… C’est touchant. Ce n’est pas une première, mais c’est touchant de voir cela et de constater que les gens ont repris en chœurs tous les titres de l’album que nous avons engrenés ce jour. Il y a de la satisfaction et on ne peut que profiter de votre espace pour leur dire merci ; merci à ces mélomanes qui sont sortis massivement du côté du CENASA (pas seulement faire salle comble, mais également pour vibrer positivement au rythme des chansons d’Almamy KJ).

C’est même après qu’on s’est rendu compte que certains ont quitté d’autres villes pour venir communier avec nous… Tout le staff en est comblé. Pour moi, la meilleure façon de leur dire merci, c’est de poursuivre le combat que j’ai commencé, maintenir le flambeau de cet art, de cette lutte. Donc, c’est de toujours continuer à travailler de façon scientifique, travailler à toujours mériter la confiance de tous ces mélomanes d’ici et d’ailleurs.

Lefaso.net : A la sortie de cet album, certains avaient craint par rapport à votre engagement, se disant qu’il serait une barrière à votre visibilité, à vos prestations, à la vente de l’album... On dirait aujourd’hui que c’est bien le contraire qui se constate !

Almamy KJ : Effectivement, et quelque part, ça fait chaud au cœur… Quand certains peuvent trouver que le style et les textes sont assez durs, ça fait parfois rire ; parce que, pour moi, il n’y a pas cette musique-là qui n’est pas engagée. On s’engage à lutter contre l’excision, lutter contre la stigmatisation…, dénoncer les tares de la société, etc. Donc, je l’ai toujours dit : je vis, je vois donc, je dis. C’est peut-être en cela que les gens ont confiance, que les gens trouvent leur repère (on dit ce qu’ils vivent, ce qu’ils pensent...). Donc, notre engagement ne peut pas être un frein, bien au contraire, je me rends compte aujourd’hui que c’est ce qui fait faire le plein du jardin de la musique Reem-Dogo, le CENASA, etc. Donc, on est ce qu’on est, on n’est pas plus que ce qu’on est.

Lefaso.net : Une certaine opinion pense que de par votre engagement, vous optez d’être un artiste des masses que des podiums feutrés.

Almamy KJ : Je reste ouvert à toutes formes de spectacles. Si les gens n’ont pas peur de m’appeler, moi, je n’ai pas peur d’aller chanter. De toute façon, tout ce que j’ai comme chansons, comme lyriques, c’est pour tout le peuple. Celui qui pense que ma chanson ne va pas l’empêcher de manger ni de vivre, qu’il m’invite et moi, je vais prester. L’album est intitulé « La Lettre ». C’est une lettre qui est dédiée aux Chefs d’Etat de Gondwana, aux Chefs d’Etat africains, notamment avec des titres qui dénoncent l’impérialisme, la souffrance des enfants, le pillage de nos ressources naturelles, le terrorisme et tout.

Donc, je pense que c’est un album de quatorze titres qui profitent à tout le monde. Même celui qui pille, s’il est interpellé, peut être amené à changer de comportement. Interpeller ceux-là qui ont pillé pour dire que, tôt ou tard, ils paieront leur compromission. C’est ce dénonce l’album. Donc, je reste ouvert à tous les appels, à tous les spectacles ; je n’ai pas de problème. C’est l’expression qui fait vivre la musique. La musique, c’est pour éveiller, car il y a plusieurs types d’arts ; l’art ludique, l’art didactique, l’art thérapeutique…et moi, celui que je fais est à la fois didactique et ‘’conscientisateur’’ ; ce n’est pas contre quelqu’un. Eveiller la conscience n’est pas attaquer un individu.

C’est pour cela d’ailleurs, si vous écoutez cet album, vous verrez qu’il a une dimension internationaliste (que ce soient en France, aux USA, en Guinée, en Sierra-Léone, au Mali…, on se retrouve dans cet album). « La Lettre » s’adresse certes aux Chefs d’Etat, mais, nous aussi, peuples, nous y tirons notre compte ; parce que quelque part, nous avons besoin d’une Afrique plus responsable, d’une Afrique plus épanouie, plus libre ; un continent plus digne. Donc, nous rêvons tous d’une démocratie véritable, d’un épanouissement véritable et c’est ce que prône cet album. C’est donc dire que « La Lettre » est la continuité de mes albums. Je suis loin du sectarisme et de tout conformisme ; je reste égal à moi-même (c’est-à-dire épris de liberté, de vérité et de justice).

Qu’on ne s’entende pas à ce que j’aille dire ce qu’ils veulent, même quand cela n’est pas vrai (je ne le ferai pas). Que les gens arrêtent également de se leurrer, le reggae a ses dimensions (dire ce qui est). Le reggae est une musique de masses, une musique ‘’conscientisatrice’’. Il ne faut pas sortir hors de cette donne. Si des gens ont, à un moment donné, gauchi le reggae, donné un autre sens au reggae, il faut avouer que ce n’est pas cela la reggae musique. La reggae musique, ce n’est pas être complice ; c’est-à-dire faire les éloges, les louanges d’un voleur, d’un pilleur (ceux-là qui ont volé l’or de nos pays, ceux-là qui ont pillé les terres, qui liquident les institutions dans nos pays).

Lefaso.net : C’est en cela qu’on vous retrouve également aux côtés de combats de masses, notamment à travers des organisations syndicales ... ?

Almamy KJ : Oui, pour la justice sociale. Beaucoup de structures m’invitent, je ne suis pas sectaire. Outre des organisations syndicales du Burkina, il y a des altermondialistes également qui m’invitent du côté de Bamako, de la Guinée-Conakry, etc. J’insiste donc, ma reggae musique n’est pas celle-là qui est complice des dirigeants. En aucun cas, je ne ferai les éloges des ennemis du peuple. Les ennemis du peuple, ce sont ceux-là qui maintiennent les peuples dans une certaine misère, une misère noire.

Il faut dire clairement, l’or du Burkina, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire… profite-t-il au peuple respectif ? Non ! L’or profite à ceux-là qui sont au pouvoir, il faut dire la vérité. Le diamant du Liberia n’a jamais profité aux Libériens, le cobalt de la RD Congo n’a jamais profité aux Congolais, mais plutôt aux gourous de ces pays et à l’impérialisme qui passent par les valets locaux. Donc, la reggae musique ne sautait être complice de pilleurs, de menteurs, de tricheurs, de démagogues, etc. Il faut qu’on sache maintenir le cap, en allant dans le sens des Peter Tosh, Bob Marley, Alpha Blondy, etc., pour apporter notre modeste contribution à la société pour une Afrique meilleure.

Lefaso.net : Un ministre burkinabè de la culture, au sortir d’un de vos concerts, confiait que « on ne peut parler de musique reggae au Burkina sans parler d’Almamy KJ ». Qu’est-ce que cela vous laisse comme sentiment ?

Almamy KJ : Ça fait plaisir d’entendre un ministre dire cela, parce que, quelque part, on se sent écouter. On sent que ce qu’on fait, porte. Quand on prend la « Théorie de la création » de l’éminent professeur de philosophie, Mahamadé Savadogo, quelque part, il dit que l’art est fait pour s’exprimer. L’art, c’est l’expression. Donc, lorsqu’on dit qu’on ne peut parler de musique reggae sans parler d’Almamy KJ, cela veut dire que quelque part, on est écouté et c’est plus important qu’avoir l’argent. Je dis souvent, par mon art, ce qui est d’abord recherché, ce n’est pas l’argent, mais plutôt de se sentir écouté et pouvoir ainsi apporter un plus à notre société, aux sociétés du monde entier. C’est le plus important.

Lefaso.net : Quels sont les projets immédiats ?

Almamy KJ : Nous préparons, dans les mois de juin-juillet, un grand concert à la Maison du peuple. Je me suis rendu compte que pour mes concerts, des gens quittent d’autres localités pour venir communier avec nous. Donc, nous avons également des sorties à l’intérieur du pays et dans des villes africaines et en France. Je prévois également des featurings avec de grosses figures de la musique reggae du continent.

Lefaso.net : Parlant de tournées nationales, vos mélomanes vous ont réclamé en 2016 dans plusieurs villes. Avez-vous pu honorer ces sorties de spectacles ?

Almamy KJ : Merci de me permettre également de rassurer toutes ces populations du Yagha et autres localités environnantes, qu’Almamy KJ est en route, que je suis de tout cœur avec elles. Je tiens également à rassurer les populations de Nouna, Djibasso, Ouangolodougou, etc., que je suis en route, avec tout mon groupe au complet, pour un live digne de ce nom. C’est le plus important.

Lefaso.net : L’édition 2018 des « Marley d’or » (cérémonie de récompense des artistes-musiciens reggae), c’est certainement pour bientôt. Y pensez-vous ?

Almamy KJ : Il faut d’abord féliciter cette initiative, qui s’est donné pour vocation de promouvoir le reggae à travers ses acteurs. Au-delà de cet évènement dédié au reggae, il faut saluer l’ensemble de tous les promoteurs qui œuvrent pour la promotion de la musique burkinabè. Ceci étant, tout comme les autres, je fais ma musique, l’essentiel étant d’abord d’être écouté. Si après, des prix et récompenses viennent, c’est un plus.

Lefaso.net : Vous avez quand même été le « Marley du Public » en 2016 ! Ce qui veut dire que vous faites partie du Palmarès et de l’histoire des Marley, ce n’est pas rien !

Almamy KJ : C’est vrai, c’est un plus pour ma musique et il faut tirer le chapeau aux initiateurs qui, par-là, apportent leur contribution au rayonnement du reggae au Burkina. Comme je le dis, c’est un plus et ça fait plaisir. Il y a même les « Trophées de l’engagement » à Paris qui sont entrés en contact avec moi et ça fait plaisir. Mais, le plus important, c’est de rester attacher à ses convictions, avoir foi à ce qu’on fait. Il faut travailler dûr et c’est bien que les artistes qui se distinguent se voient récompenser à travers les différentes initiatives qui existent (les FAMA, les Kundé, les Marleys d’or…). Donc, les artistes doivent relever le défi en redoublant d’effort, d’ardeur dans le travail. C’est le plus important.

Lefaso.net : Même si on ne peut s’y attarder, on notera quand même qu’à l’issue de votre concert du 13 avril dernier, vos fans vous voient déjà en « Marley d’Or » ! Qu’est-ce que cela vous laisse comme commentaire ?

Almamy KJ : C’est vrai que les mélomanes, ils mènent leurs débats et c’est à tout à fait normal. Mais, le plus important, c’est que je continue mon boulot afin de ne pas les décevoir, leur donner le meilleur de moi-même, à eux et à l’ensemble du public. Je reçois beaucoup de messages dans ce sens, mais je réponds simplement en disant de nous encourager plutôt à maintenir cette flamme (comme ils le font déjà en achetant nos albums, en venant à nos spectacles…). Tout cela nous revigore. Je profite donc de votre espace pour me satisfaire également du fait qu’il ne se passe pas un seul mois sans qu’on n‘ait des commandes de CD de pays étrangers. Au moment où je vous parle, Dakar vient d’entrer en contact avec nous pour des lots de CD et ça fait chaud au cœur.

Lefaso.net : Qu’avez-vous comme message de fin ?

Almamy KJ : C’est toujours un plaisir de s’exprimer, de parler à ses fans et à l’ensemble du public. Je dois dire, une fois de plus, merci à votre organe, Lefaso.net, qui me permet de rester en contact avec mes fans, le public ; d’ici et d’ailleurs. Je dis merci à tous ces inconditionnels qui ont pris d’assaut les locaux du CENASA, les fans qui m’ont accompagné lors de la SNC, etc.

Propos recueillis par O.L.J.
Lefaso.net

Messages

  • Réponses pleines d’humilité. Un album extrêmement riche : un texte percutant et une musique qui vous emporte. J’ai énormément de respect pour cet artiste, qui, malgré les moyens limités se donnent les moyens de satisfaire une bonne partie de la jeunesse en quête de démocratie et de progrès social véritable...Indiscutablement, il mérite le Marley d’Or 2018. Root

  • Vaillant combattant.reponses propre et plein d’humilité.plein succès dans ta carrière

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