Sécurité : Les « conseils pratiques » du gendarme Elisé Sorgho

LEFASO.NET | Jacques Theodore BALIMA • mercredi 19 avril 2017 à 01h10min

Elisé Sorgho est un Maréchal des Logis/Chef en service à la Direction de l’Organisation et de l’Emploi (DOE) à l’Etat-major de la Gendarmerie Nationale à Ouagadougou ; il est auteur de deux ouvrages dont un déjà édité : « la sécurité personnelle et familiale : des conseils pratiques susceptibles de vous sauver la vie » et un autre en instance de publication. Aussi, ce jeune gendarme donne des conseils en sécurité publique depuis deux ans. Passionné de littérature, il a fait des études en Lettres modernes à l’Université Ouaga 1 Professeur Joseph KY Zerbo où il a soutenu la maîtrise en 2015 ; Outre les stages professionnels, ce jeune auteur a suivi une formation de secourisme à base communautaire auprès de la Croix Rouge Burkina. Nous l’avons rencontré pour vous…

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Sécurité : Les « conseils pratiques » du gendarme Elisé Sorgho

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Avant tout propos, permettez-moi de remercier d’abord mes supérieurs hiérarchiques qui m’ont donné l’autorisation de publier ce livre. Aussi, mes remerciements vont à l’endroit de mon éditeur ‘’Ceprodif’’, et de toutes les bonnes personnes qui m’ont soutenu dans ce projet. Pour ce qui est du livre, au départ, je n’avais pas l’intention de l’écrire. C’est en septembre 2015 qu’un responsable religieux à Ouagadougou m’a demandé de donner une communication sur la sécurité à l’endroit de ses disciples au regard des problèmes de sécurité que le pays commençait à connaître. J’ai alors axé cette communication sur la sensibilisation à la sécurité personnelle et familiale, en privilégiant des conseils pratiques. Après cette première qui fut un succès, j’ai été à plusieurs reprises sollicité à donner l’exposé dans d’autres milieux. Vu l’intérêt et les effets positifs des conseils que je donnais ; j’ai alors décidé d’éditer un livre qui puisse profiter au grand public. Voilà d’où est venue l’idée d’écrire ce livre intitulé « la sécurité personnelle et familiale : des conseils pratiques susceptibles de vous sauver la vie ».

Quels sont aujourd’hui les problèmes de sécurité auxquels les populations font face ?

Les problèmes de sécurité auxquelles les populations font face de nos jours sont multiples et multiformes. On peut retenir la délinquance que nous vivons au quotidien, le grand banditisme avec des criminels téméraires utilisant des armes de guerres et causant d’énormes troubles aux populations ; il y a ensuite la cybercriminalité. Cette forme d’attaque au moyen des techniques modernes, notamment Internet, constitue aujourd’hui un réel problème de sécurité. Aussi, le trafic de la drogue prend des propensions inquiétantes dans notre sous-région. A tous ces problèmes, s’ajoute le phénomène du terrorisme qui, évidemment menace aujourd’hui la tranquillité des populations et des Etats.

Pour le cas spécifique du Burkina, quels sont les problèmes de sécurité récurrents ?

Le Burkina n’est pas en marge de l’évolution des phénomènes de société. Mais retenons qu’aujourd’hui nous faisons face à des formes d’agressions armées dans nos villes et nos campagnes surtout à des moments où l’on s’attend le moins ; le phénomène de la drogue devient de plus en plus préoccupant. Lorsque vous constatez la récurrence des saisies de drogues effectuées par nos services de police, de gendarmerie et des douanes, et l’importance des quantités de stupéfiants saisis, cela vous donne froid au dos ; surtout quand on sait que c’est la jeunesse qui est victime de ce fléau. Aussi, en ces derniers moments, notre pays a connu des attaques terroristes et des menaces contre lesquelles chaque citoyen doit se dresser et contribuer à la lutte. Par ailleurs, notons-le bien, nos problèmes sécuritaires qui perdurent proviennent aussi, des crises socioéconomiques avec cette pauvreté et cette ignorance qui jettent nos jeunes gens dans les terreaux de la criminalité et du banditisme.

Vous prodiguez des conseils pratiques de sécurité, que peut-on retenir dans l’ensemble ?

Dans mon livre de 44 pages, les conseils de sécurité que j’apporte touchent quatre domaines : 1- les mesures de sécurité personnelles dans la circulation et en voyage ;

2- comment sensibiliser la famille sur la sécurité ;

3- quelles sont les mesures de sécurité dans le service ou quand on est en groupe tels les lieux de culte, ou en réunion ;

4- comment se comporter en temps de troubles : en cas de braquage en banque ou sur route, en cas de prise d’otage ou d’attaque terroriste. Dans l’ensemble, l’objectif recherché est de donner des connaissances élémentaires de sécurité à la population de sorte à faire naître des réflexes sécuritaires et susciter des comportements appropriés qui pourront contribuer à la sécurité générale de la nation dans un avenir immédiat ou à long terme.

Pour la sécurité personnelle, vous demandez de chercher tout le temps à savoir si l’on n’est pas objet de filature. Comment reconnait-on quelqu’un qui nous file ?

Pour un intérêt quelconque une personne peut vous filer pendant longtemps. Lorsque vous remarquer qu’un individu vous suit fréquemment, roulant toujours à votre allure ou vous croisant régulièrement à des intersections précises, faîtes donc attention ; changez de routes à plusieurs reprises et faites des arrêts improvisés pour vous en convaincre. Les malfrats et les criminels n’agissent pas à la première rencontre ; ils vous filent pendant longtemps de sorte à maitriser votre parcours et vos horaires pour enfin vous atteindre là où le secours tardera à venir. Pensez surtout aux voleurs engins. Lorsque vous-vous donnez aussi à certaines activités aux risques élevés, vous pouvez faire l’objet de suivi par vos coéquipiers ou vos adversaires. Soyez donc prudent !

En matière de gestion des répertoires de téléphones, vous donnez également des conseils. Qu’en est-il exactement ?

Il est conseillé d’enregistrer vos contacts importants le plus simplement possible ; exemple : papa, maman ; mari ; épouse ; fils, etc. En cas d’accident ou d’urgence, les secours cherchent d’abord ces contacts pour joindre vos proches le plus rapidement possible. Je conseille surtout nos épouses et nos sœurs à éviter les enregistrements tels : ‘’mon cœur’’, ‘’mon chouchou’’, ‘’mon chéri’’, ‘’mon amour’’ etc. c’est peut-être bien selon le contexte ; ici nous sommes en sécurité. Cela parait banal alors que c’est très important quand une situation d’urgence se présente.

Dans les hôtels, vous dites d’éviter les chambres qui sont aux extrémités. Pourquoi ?

Lorsque vous occupez les chambres ou les maisons extrêmes, vous êtes plus vulnérables à toute agression. Le malfrat qui aborde le couloir ou qui passe par le mur s’intéresse le plus souvent à la porte d’à côté ou à celle de l’extrême ; les plus proches des sorties ; de sorte à pouvoir pénétrer et s’échapper le plus rapidement possible. Si vous avez un choix, préférez toujours le milieu.

En rangeant les voitures dans les maisons, vous préconisez de garer toujours en position de départ. Dans certains cas, cela pourrait faciliter la tâche aux malfrats ?

Cela est relatif ; ici nous parlons des possibilités d’agir en urgence pour sauver une vie. Même si vous garez en position entrée, lorsque le malfrat veut, il accomplira sa forfaiture. Mais lorsqu’il s’agit de sauver un membre de votre famille qui fait une crise, les secondes sont comptées. Aussi, je connais bien des gens qui ont sauvé leur véhicule lorsqu’un incendie s’est déclenché parce qu’ils avaient su garer en position de départ. N’hésitez donc pas à mettre ce conseil en pratique.

En cas de braquage, quelle attitude observée ?

Que ce soit dans un centre commercial, dans une banque ou sur une route, lorsque vous tombez dans un braquage, la première des choses à faire est d’obéir aux injonctions des malfrats ; ne résistez pas, discutez peu mais observez beaucoup si possible, de sorte à pouvoir les identifier même sur photo, et contribuer à faciliter les enquêtes. Le but est de chercher à rester le plus naturel ou calme autant que possible.

Un nouveau fléau est en train de se développer surtout au Burkina. Il s’agit du terrorisme dont l’attaque du 15 janvier 2016 demeure encore dans les esprits. Que faut-il faire quand on est dans pareille situation ?

Ce n’est pas seulement au Burkina que le terrorisme se manifeste ; le phénomène est partout. En de pareilles circonstances, échappez-vous d’abord en vous dispersant. Lorsqu’il est impossible de fuir, cherchez un abri solide, gardez votre calme et coupez tout appareil (portable, radio, montre, etc.) qui pourrait accidentellement dévoiler votre cache. Dans les cas extrêmes, faîtes le mort en coupant momentanément votre respiration lorsqu’un assaillant passe ; dans le livre j’ai beaucoup plus développé ces conseils.

A combien et où peut-on avoir ce livre ?

Le livre coûte 1500 frs. A Ouagadougou, vous le trouverez dans les librairies Jeunesse d’Afrique, Diacfa, Mercury, ou encore au niveau de l’alimentation ‘’la Surface’’ à Zogona. A Bobo, il se vend dans la librairie Venus. Vous le trouverez aussi à Koudougou dans la librairie d’Afrique. Par ailleurs, les établissements scolaires, les associations, les sociétés, les institutions, les agences touristiques et autres groupes organisés peuvent l’acquérir auprès de l’auteur au 71 60 39 21 avec une bonne remise. Je conseille surtout les parents de le lire en présence des enfants avec des commentaires constructifs. Des familles qui l’ont déjà fait témoignent déjà de leur satisfaction.

Après ce premier livre, vous avez consacré un second à la problématique de la drogue. Que peut-on en retenir ?

Après cette brochure, j’ai écrit un roman qui traite du thème de la drogue. La problématique de la drogue y est traitée de façon analytique (problème, effets, cause et solutions) à travers l’histoire du personnage principal Yacouba. Yacouba est un jeune garçon de 20 ans déscolarisé qui embarque avec une bande de narcotrafiquants, ‘’les warriors’’ dans la ville de Tenko où ils multiplient les excès et les crimes. Trois ans plus tard, cette bande se retrouvera en tôle. Face aux pénibles conditions de la prison, ils fomentent avec succès une évasion qui les conduit en exil. Puisse que le mal est toujours puni, ils seront chacun châtié d’une manière ou d’une autre. Dans le roman, un insigne honneur est fait à la femme. Par amour et par persévérance, deux femmes (la mère et la petite amie de Yacouba) réussiront à réinsérer socialement ce fils fugitif après ses multiples dérives morales. D’autres thématiques comme le crime, l’appât du gain facile, le chômage, l’éducation, animent vivement le récit de ce roman intitulé ‘’le fils prodigue’’. Comme l’a dit le préfacier, le Général Robert T. GUIGUEMDE, professeur titulaire de médecine, à qui je témoigne une grande reconnaissance, ce roman est un véritable outil de sensibilisation que je voudrais mettre à la disposition de tous les acteurs (personnes physiques ou morales) qui luttent contre ce fléau de la drogue qui ne cesse de décimer nos populations, surtout sa frange jeune.

Des pays de l’Afrique de l’Ouest sont considérés comme faisant partie de la plaque tournante de la drogue. Comment arriver à mettre fin à ce fléau ?

« Même si vous ne pouvez pas interdire un oiseau de voler au-dessus de vous, vous pouvez quand même l’empêcher de faire son nid sur votre tête ». Dit un adage bien connu. Au-delà des mesures étatiques et institutionnelles qui sont mises à rude épreuve, je privilégie la cellule familiale et les structures communautaires comme des sources de solutions face à l’expansion de la drogue. C’est parce qu’il y a des consommateurs que la drogue gagne du terrain. J’invite chaque parent à œuvrer de sorte que son fils ou sa fille ne contracte pas ce virus. Appliquons un peu de rigueur dans l’éducation de nos enfants ; Ayons le temps pour les suivre et les surveiller ; ainsi il y aura moins de risque que nos jeunes soient consciemment ou involontairement victimes de ce fléau. Aussi, il est important que les collectivités locales (village, secteur) soient impliquées dans cette lutte.

Les leaders d’opinion (religieux, coutumiers, mouvements associatifs) dans ces localités peuvent servir de vecteurs de communication et de sensibilisation. Le combat n’est pas l’apanage des seuls politiques, ni des Etats. Une autre proposition contre l’insécurité en général dans la sous-région et la drogue en particulier est de travailler à instaurer une culture sécuritaire dans nos sociétés, c’est-à-dire instruire et sensibiliser les citoyens sur des notions de sécurité ; en un mot, éduquer les masses sur la sécurité. Le citoyen doit pouvoir s’intéresser aux faits inhabituels et aux personnes suspectes, et avoir le réflexe de la dénonciation ; cela nécessite que des grandes politiques de sensibilisation à court et long termes soient explorées. Enfin, nous constatons que des efforts sont faits dans chaque pays de la sous-région ; des mécanismes politiques et juridiques existent déjà ; il reste maintenant à aller résolument à une mutualisation de tous ces efforts pour avoir des résultats concluants.

Certes, les narcotrafiquants pullulent notre sous-région, mais lorsque nous prendrons véritablement conscience du danger, lorsque nous mettrons en commun nos forces et nos intelligences, des pistes de solutions certaines se dégageront.
Pour terminer, je remercie lefaso.net pour cette occasion qu’il me donne de présenter ce livre et de m’exprimer sur toutes ces questions liées à la sécurité. Je souhaite que Dieu protège le Burkina Faso et que toutes nos populations vivent dans la communion et dans l’unité d’esprit pour bâtir des lendemains paisibles.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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