Déclaration du SNESS sur les situations de crise dans les espaces scolaires

vendredi 30 décembre 2016 à 17h35min

Travailleuses et travailleurs du Burkina,
Enseignantes et enseignants,
Militantes et militants,

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Déclaration du SNESS sur les situations de crise dans les espaces scolaires

L’actualité nationale au Burkina Faso reste marquée au niveau éducatif, ces deux dernières années, par des crises scolaires successives qui ont entaché le déroulement de l’année scolaire 2015-2016 d’une part et d’autre part celle de 2016-2017 en cours.
Pour l’année 2015-2016, les localités suivantes ont connu des crises assez aiguës. Il s’agit, entre autres, de celle survenue à Logobou, dans la Région de l’Est et précisément dans le CEG de Nagaré, marquée par des actes d’agression sur des enseignants et d’incendie de domiciles, de même que des actes d’incivisme caractérisés par le saccage d’un symbole de la nation (drapeau national) perpétrés par les élèves dudit CEG dans la journée du jeudi 14 avril 2016. Ensuite, ce fut le cas du Lycée Yadéga à Ouahigouya avec l’agression physique d’une enseignante par un élève en classe. Puis, ce fut le tour du Lycée Bambata à Ouagadougou, marqué par une gifle d’une élève sur une surveillante. En début Mars, des élèves du Lycée Untaani de Diapaga avaient saccagé des infrastructures judiciaires pour exiger la libération d’un des leurs, accusé d’avoir violé une mineure de 16 ans. Les élèves du lycée de Gounghin dans le Kouritenga, pour une revendication d’examens blancs, des violences ont été orchestrées contre l’administration.

Pour l’année 2016-2017 en cours, des cas d’incivisme, d’agression et de perturbation ont déjà été constatés durant ce premier trimestre finissant : Il y a notamment le cas de Gogo dans le Zoundwéogo, où, suite à une situation d’incompréhension entre un professeur et un élève, le parent de l’élève en question a porté la main sur l’enseignant.

Ouagadougou, a également, tout récemment, connu son lot de crises pendant ce premier trimestre : cela s’est traduit par des arrêts de cours, souvent, de façon violente dans certains établissements. En effet, des élèves motorisés et cagoulés, munis de cailloux, de lance-pierres, de bâtons, de sifflets, etc. sillonnent les établissements pour contraindre leurs camarades à déserter les classes. Ces faits sont accompagnés généralement et malheureusement par des actes de violence ; au Lycée Mixte de Gounghin, un professeur a été pris à parti parce qu’il aurait pris des photos des manifestants et une élève a été renversée et a malheureusement perdu deux dents ; le véhicule d’un professeur a été vandalisé au lycée Songtaaba ; au Marien N’gouabi, l’allée principale de l’établissement ressemblait à une piste de rallye… Le mobile évoqué est qu’ils réclament justice pour leurs camarades de Garango et de Boussé, et aussi pour le journaliste Norbert Zongo assassinés sous le défunt régime ; mobile compréhensible du reste, mais la forme de revendication reste problématique. Cette situation a contraint certains établissements publics et privés à arrêter les cours une dizaine de jours durant.

Le cas le plus récent nous vient de Niangologho où des notabilités coutumières et religieuses, accompagnées de parents d’élèves, sont allés vers les élèves en vue d’apaiser une situation tendue liée à la mise en place de structures associatives des élèves. Les élèves auraient refusé de les recevoir, et pire, ils les auraient hués, violentés et saccagé près d’une quinzaine de leurs motos.
Au-delà de ces actes récents, d’autres localités avaient auparavant été le théâtre d’actes d’agression et de vandalisme. Il s’agit entre autres de Solenzo et de Niangologho, où des enseignants ont été victimes d’agressions physiques, verbales et morales, avec destruction de biens matériels.
Les cas ne sont pas exhaustifs.
Suite à ces forfaits, les autorités administratives avaient entamé des démarches afin de trouver des solutions pour les cas de l’année scolaire 2015-2016, mais ces tentatives sont restées infructueuses dues certainement à des démarches inappropriées. Pour 2016-2017, le silence des autorités reste difficilement compréhensible au regard de l’ampleur et de la nature des manifestations.
Le SNESS affirme que la situation est d’autant plus préoccupante qu’elle interpelle la communauté toute entière en général et les plus hautes autorités du pays en particulier, en ce sens qu’elle témoigne d’une dégradation constante des rapports enseignants / enseignés dans nos espaces scolaires.

Somme toute, le SNESS fait l’amer constat d’un regain d’incivisme qui se manifeste à travers la destruction de biens publics et privés, la défiance de l’autorité de l’Etat et des enseignants par des élèves et de certains citoyens. L’espace scolaire, lieu d’instruction et d’éducation par excellence, tend à devenir un espace d’insécurité.

Cet incivisme qui gagne du terrain au Burkina pourrait s’expliquer par un certain nombre de facteurs dont l’extrême pauvreté qui contraint les parents à la démission de leurs rôles d’éducateurs à la base (famille). En outre, l’Etat lui-même, confronté à de nombreuses difficultés, peine à mobiliser les facteurs pouvant assurer une bonne éducation à sa jeunesse malgré les nombreuses réformes en la matière qui sont opérées dans le pays.

Il y a également une culture de l’excuse et de l’impunité empêchant de sanctionner, à la limite, de punir les agissements de certains citoyens, et les manifestations sont légion par conséquent. Dans presque tous les secteurs règne l’anarchie. Or, un Etat se doit d’être à mesure de contenir ces velléités par l’exercice d’une grande dose de rigueur, de fermeté et de démocratie réelle afin que force reste toujours et partout à la loi et que nul ne puisse être au-dessus de la loi. C’est là l’un des principes premiers d’un véritable Etat de droit.

Comme on le dit souvent, « aux grands maux les grands remèdes », face donc à cette situation d’incivisme gravissime dans notre pays, le SNESS juge nécessaire de revoir la copie du type de citoyen que le Burkina compte avoir et cela passe inéluctablement par la formation d’un Burkinabé de type nouveau ancré dans les valeurs cardinales empreintes de citoyenneté telles la tolérance, le respect à tous les niveaux entre citoyens et les biens publics et privés, la solidarité, la vertu, le courage, l’intégrité, la loyauté, la probité pour ne citer que celles-là.

C’est en cela que la revalorisation de l’instruction civique dans les écoles burkinabé est une nécessité absolue. A cela s’ajoute le besoin de campagnes de sensibilisation à la citoyenneté appuyées par le renforcement de la politique de l’éducation pour tous car bon nombre de ces actes d’incivisme découlent de l’analphabétisme dont le taux demeure toujours un autre défi dans notre pays.

En tout état de cause, le SNESS condamne avec la dernière énergie les récentes agressions d’enseignants, d’élèves et autres acteurs de l’éducation survenues dans les différents espaces scolaires à travers le Burkina-Faso. Par ailleurs, il voudrait rappeler aux élèves de ne se tromper de cibles car les enseignants et les élèves constituent une totalité, des partenaires indissociables et de ce fait, il ne saurait y avoir de velléités dans les rapports qui les lient. Sans enseignants pas d’élèves et vice versa. A l’endroit des parents, de la société entière, il serait judicieux d’éviter absolument de tomber dans l’auto-justice en posant des actes de violences envers les enseignants et les travailleurs de façon générale pour une quelconque raison, nous sommes dans une république.

Aussi, le SNESS attache du prix à la défense des intérêts matériels publics et privés, des intérêts moraux et de l’intégrité physique de tous les travailleurs en général et de tous les enseignants en particulier ; il leur témoigne son soutien et sa solidarité et les rassure de son entière disponibilité à mener la lutte en collaboration avec d’autres structures pour que nos espaces scolaires soient empreints de quiétude pour une éducation de qualité.

Le SNESS invite, par ailleurs, ses militantes et militants de toutes les contrées du Burkina à rester sereins et à ne pas céder à la panique face à l’actualité des événements d’agression récurrents dans les espaces scolaires. Il interpelle, en outre, les uns et les autres à être des modèles dans l’exécution de leurs tâches pédagogiques et administratives. C’est à ce prix que nous arriverons ensemble à bâtir un Burkina-Faso nouveau et prospère pour tous.

Sauvons l’école burkinabé !
Vive le SNESS !
Vive les enseignantes et enseignants !
Tous mobilisés et déterminés, nous vaincrons !

Fait à Ouagadougou, le 23 Décembre 2016

Pour le Bureau National

Anatole ZONGO
Secrétaire Général National.

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Vos commentaires

  • Le 30 décembre 2016 à 20:26, par bobn’donbin
    En réponse à : Déclaration du SNESS sur les situations de crise dans les espaces scolaires

    Belle déclaration ! Mais voilà le maître qu’il fallait aussi développer suffisamment : "Il interpelle, en
    outre, les uns et les autres à être des
    modèles dans l’exécution de leurs
    tâches pédagogique . " Le plus gros du problème aussi se trouve là .
    En sus le soi disant partenariat enseignants élèves a été trop perverti par les uns et les autres ! Quand l’adulte indique à l’enfant comment il faut nuire à l’autre il ne faut pas s’attendre à mieux qu’à l’effet boomerang !

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  • Le 31 décembre 2016 à 01:15, par SINARE Lamine
    En réponse à : Déclaration du SNESS sur les situations de crise dans les espaces scolaires

    j’aimerais remercier d’abord mes camarades SNESS qui ont eu du cran pour interpeller nos autorités. Ensuite j’estime que le jeu en vaut la chandelle car il s’agit bien de l’avenir de notre pays. Par ailleurs ce message fort doit entrainer un électro-choque pour qui le lira.Pour finir , concernant la campagne de sensibilisation sur le civisme ; comme des clubs Droits Humains existent déjà dans certains établissements, il suffit de mobiliser des moyens pour redynamiser ces clubs Droits Humains et civisme. Merci

    Répondre à ce message

  • Le 31 décembre 2016 à 08:41, par KNERA
    En réponse à : Déclaration du SNESS sur les situations de crise dans les espaces scolaires

    Le constat est vraiment amer et nous devons tous mettre la main a la pate. La responsabilité est partagée et a mon humble avis, la famille endosse la plus grande partie.
    En effet, la société est à l’image de la famille. Si vous jettez un regard critique, vous verrez que la cellule familale a mal car les parents ont démissionné. Combien de parents inculquent véritablement la culture du respect de l’autre ? Combien de parents passent un temps utile avec leurs enfants pour les enseigner les valeurs cardinales de la société ? c’est la course effreinée a la recherche de l’argent et c’est la télévision qui remplace les parents(d’après un chanteur).Combien de parents irresponsables sèment la terreur dans leur famille en maltraitant et en battant leurs femmes au vu et au su de ces pauvres enfants ? Qu’est-ce qu’ils inculquent ainsi aux enfants ? sinon la violence, le manque de tolérence, le manque de pardon !...
    Si les parents jouaient pleinement leur role, cette recrudescence de la violence prendrait un sérieux coup.
    Les parents ne sont pas les seuls responsables car il ya toute une chaine dont un des maillons incontournable est les enseignants.
    En effet, beaucoup de ces enseignants ne donnent pas aussi le bon exemple a ces élèves. Les enseignants ont pourtant une influence hors paire sur les élèves. malheuresement, cette influence est exploitée a des fins inavouées. Il n’est pas rare de voire des enseignants manipuler ces pauvres innocents en les amenants a poser des actes de vandalisme, d’agressions sur d’autres enseignants ou sur le personnel des administrations des lycées. Les élèves sont devenus des instruments de revendications. N’oublions pas que celui qui tue par l’épée mourra par l’épée. L’enseignant se doit donc d’etre un modèle pour les élèves dans son travail, son comportement...comme vous l’avez spécifié dans votre message.
    Toutefois, les politiques doivent accompagner les parents et les enseignants dans leurs efforts pour une bonne éducation. S’ils ne le font pas, la gouvernance sera affectée négativement. Les décideurs politiques se doivent donc de créer les conditions favorables aux parents et aux enseignants pour pouvoir atteindre l’objectif à savoir : éradiquer ce fléau qu’est l’intolérence en milieu scolaire.
    Je terminerai en disant que le trio Parents-Enseignants-Politiques doit travailler en synergie en organisant des rencontres pour en vu de proposer des solutions adaptées.
    Vive l’école Burkinabè ! Vive la cellule familiale ! Vive le corps enseignant ! Que Dieu bénisse notre chère nation, le BURKINA FASO !

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  • Le 31 décembre 2016 à 11:52, par Equilibreur
    En réponse à : Déclaration du SNESS sur les situations de crise dans les espaces scolaires

    Le SNESS invite les élèves à ne pas se tromper de cible. Et si ceci est une insinuation qu’il y a cible, alors je pense qu’il faut la nommer et ensemble, nous pourront voir comment y proposer des solutions. Inquiétude partagée à propos des crises scolaires. J’attends votre prochain article pour le décryptage des causes.

    Répondre à ce message

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