« Ce n’est pas parce qu’on a 50, 60 ans…, qu’on ne doit plus apprendre », Pr Serge Bayala, directeur de l’Institut universitaire de Formation initiale et continue

lundi 19 septembre 2016 à 11h00min

Il fait indéniablement partie des enseignants aux multiples casquettes au Burkina. Parler du Pr Balibié Serge Auguste Bayala, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est donc pas un exercice facile. Jovial, affable et beaucoup à l’aise également sur les questions d’entreprenariat, surtout en rapport avec la jeunesse, le Professeur tirecertainement une de ses forces de la confluence des systèmes éducatifs, notamment anglophone et francophone, dans lesquels il a été ‘’formaté’’. Projecteurs sur ce fonctionnaire international, inspirateur de l’Institut universitaire de Formation initiale et continue (IUFIC).

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 « Ce n’est pas parce qu’on a 50, 60 ans…, qu’on ne doit plus apprendre », Pr Serge Bayala, directeur de l’Institut universitaire de Formation initiale et continue

Son Agrégation était un impératif pour son pays. Son engagement, un devoir de reconnaissance vis-à-vis de sa Patrie. « C’était un impératif national, parce que l’on n’avait pas d’agrégé en Sciences de gestion pour le Burkina Faso. Cela s’est réalisé en 2013 à Brazzaville après des efforts de travail soutenus, aussi bien par l’Université Ouaga II que par des efforts personnels de travail. C’est pour cela vous constaterez que je suis engagé également dans le développement institutionnel, afin d’apporter en retour une contribution à l’édifice national », s’incline Pr Balibié Serge Auguste Bayala.

Après la maîtrise en économie, option gestion des entreprises à l’Université de Ouagadougou, il fit un DEA en sciences de gestion à l’Université Paris 12 en France et un Ph.D en finance au Pays-Bas en 2002, sur la bourse régionale des valeurs immobilières. « Je me suis intéressé à la thématique de l’introduction en bourse avec en toile de fond, un questionnement sur la perception, les motivations et les réticences à l’introduction en bourse des entreprises cotées et non cotées à la BRVM. Ce questionnement trouve une légitimité dans le fait que les entreprises burkinabè ne s’intéressent pas à la bourse comme un moyen de financement malgré les difficultés d’accès aux autres sources de financement d’une part et en l’absence d’une analyse théorique qui combine à la fois les entreprises cotées et non cotées dans l’étude de l’introduction en bourse, d’autre part », a-t-il expliqué. C’était la toute première thèse sur le marché boursière régional.

Après les études au Pays-Bas, il va servir à Nairobi au Kenya dans un organisme interafricain créé par la Banque mondiale,l’Université virtuelle africaine (UVA) dirigé par le navigateur interplanétaire, Dr Cheick Modibo Diarra. Il vaoccuper le poste de directeur du développement des programmes francophones dans cette organisation, avant de rejoindre la Fondation Pathfinderpour l’Education et la Fondation pour l’Innovation Politique, où il sera d’abord Chargé de mission pour la mise en place de l’Université Numérique Francophone Mondiale (UNFM) avant d’en assurer la direction Afrique. Les nombreux contacts, aussi bien avec le système éducatif anglophone etfrancophone, lui permettent d’avoir plus d’hauteur ; le fortifiant à la création-innovation. Commence ainsi à germer l’idée de la formation continue ou formation tout au long de la vie, de l’apprentissageet du réapprentissage … « C’est ce qui m’a ramené en 2007 pour mettre cette expérience au service du pays », dévoile Pr Bayala, par ailleurs directeur général du Centre national des œuvres universitaires (CENOU).

Entré donc au pays, il est proposé, cette même année, responsable de la maîtrise en Sciences de gestion (lieu de formation de l’élite en matière de gestion depuis 1994) ; une formation initiale dans les offres professionnalisantes de l’UFR/SEG, Université Ouaga II. « Je me suis dit que s’agissant d’une formation initiale, il y a sans doute le personnel des entreprises, des administrations, qui ne peut pas abandonner le travail pour suivre ses cours et qui pourtant serait intéressé par des formations spécifiques et pointues comme celle de la maîtrise en Sciences de gestion (MSG). D’où le développement de la formation en cours du soir. Et cette expérience a permis de montrer qu’il y a non seulement une demande mais mieux, une demande disposée à investir dans une formation de qualité. L’expérience a été concluante et a fait effet boule de neige avec d’autres formations initiales qui s’y sont développées en continue. Toutefois, avec cette évolution positive des formations continues, l’on s’est dit qu’il fallait maintenant aller à l’institutionnalisation, afin de ne plus en faire des offres de personnes. A travers cela, c’est toute l‘institution universitaire qui se trouve grandie », retrace-t-il.

De l’idée à la création de l’Institut !

L’IUFIC est désormais l’un des cinq établissements de l’Université Ouaga II en charge de la formation. Sa création s’inscrit, confie son directeur, dans l’action d’ouverture de l’Université Ouaga II à son environnement et intervient dans le cadre de la mise en œuvre de son plan stratégique sur l’horizon 2020, plus spécifiquement dans le contexte de la mise en œuvre de la réforme Licence-Master-Doctorat (LMD).Selon Pr BalibiéSerge Auguste Bayala, l’idée de la création de l’Institut est née de la conversion de plusieurs facteurs. Elle va être incarnée et formalisée en 2013. Le tout premier facteur est un constat institutionnel, qui est qu’au niveau des Universités publiques de façon générale, l’on assiste à des initiatives individuelles, isolées, issues des porteurs de parcours de formations. « Par exemple, je développe une filière de formation et j’en suis le porteur ; sans que l’institution (université, ndlr) soit véritablement impliquée.

Si bien que, le jour où vous êtes amené à partir, l’initiative disparaît ; aussi se pose le problème d’une bonne gouvernance universitaire. En faire fi, c’est détruire l’université. Quand vous développez une initiative de ce genre, vous l’avez développé c’est vrai, mais la paternité doit revenir à l’institution. Donc, il fallait trouver un mécanisme d’institutionnalisation des formations, un cadre comme l’IUFIC pour la formation continue ou l’Institut de Formation Ouverte et à Distance pour les formations à distance… », analyse Pr. Bayala. Le deuxième facteur est lié aux expériences acquises auprès des institutions internationales avec en sus, plusieurs approches continues à même d’aiguiser en lui, la nécessité de capitaliser tout cela au service de son pays. « Voici des éléments qui m’ont conduit à dire qu’il faut que nous ramenions tout cela dans cet institut appelé UIFIC. Et cela grâce, naturellement, au soutien des premiers responsables (le président KarifaBayo à l’époque et ensuite le président Stanislas Ouaro, président de l’Université, ndlr) qui m’ont soutenu à développer l’idée et à lancer l’institut après autorisation du ministère de tutelle.

L’institut, tel que conçu, dégage des ressources pour l’autofinancement des formations, le fonctionnement de l’institut et de l’Université Ouaga II. Ainsi, on amène l’apprenant à prendre la responsabilité d’assumer sa formation (modèle de conception) et d’être solidaire des plus jeunes en formations initiales qui profitent des meilleures conditions créés par les frais de formation des aînés. Voici comment l’IUFIC est parti et c’est un portail sur le monde, les entreprises ; parce que l’Université aujourd’hui ne peut rester en vase clos et elle ne peut pas non plus s’autofinancée. Quand vous prenez les grandes universités du monde, elles reçoivent effectivement les financements de structures du monde économique qui se donnent des missions d’aller vers les entreprises et c’est également des voies d’entrer dans ces entreprises », développe le directeur de l’IUFIC.

Susciter une société orientée vers la qualité et la performance …

« La qualité impacte sur la performance … », fait observer le directeur de l’IUFIC, qui précise que le contexte actuel est fait d’une forte demande sociale en termes de qualité. « Les mouvements autour des offres…et même les consommateurs qui se plaignent de la qualité des prestations et des produits », pointe-t-il en exemple. D’où l’impératif pour les acteurs économiques, les entreprises, l’administration, d’intégrer la culture de la qualité dans les mœurs. « La performance est indispensable pour que l’entreprise, l’organisation puisse survivre à son environnement et se hisser à un niveau de compétition extrêmement élevé. Sans qualité, pas de performance et le monde actuel est inscrit dans cette logique », prône Pr Bayala. Le succès que rencontre par exemple l’offre du « Certificat en Qualité et Performance » auprès du public burkinabè oblige l’Institut à mettre en place un autre parchemin plus pointu dans le domaine de la santé (responsables des hôpitaux, des cliniques, etc.) et des institutions du supérieur (Universités).

Bref, des secteurs qui intéressent la vie au quotidien des populations. L’objectif à moyen terme étant de trouver les moyens d’aller vers les femmes qui mènent les AGR (Activités génératrices de revenus), traduire les curricula dans des langues accessibles (langues nationales). « Vous voyez dans le contexte burkinabè, quand ça marche pour quelqu’un dans un secteur donné, il commence à baisser les bras et ses affaires dégringolent. Quand vous mettez la qualité, vous verrez que vos clients deviennent plus nombreux et les gens diront que c’est le ‘’wack’’, alors que non, c’est de la qualité », recommande-t-il. « Si vous mettez par exemples nos PME aux normes et standards de qualité, c’est leur permettre de faire des affaires avec le monde entier puisqu’elles véhiculeront un langage communs à leurs partenaires, africains, asiatiques, américains ou européens », conclut-il.

L’IUFIC …, demain ?

Pour Pr. Bayala, le principal défi, c’est de faire en sorte que dans les années à venir, l’IUFIC construise son siège, que ses formations soient plus accessibles à tous et travailler également à substituer l’institut à ses géniteurs. « Il faut dépersonnaliser les instituts... C’est dans cet esprit aussi qu’on peut bâtir des institutions fortes, comme le disait le Président Obama. C’est comme cela que nous devons concevoir l’esprit d’entreprise ; toujours regarder loin », projette Pr BalibiéSerge Auguste Bayala. Et l’IUFIC dispose d’ores et déjà d’un réseau de formations ouvert sur le monde (partenariat avec l’Université Senghor d’Alexandrie par exemple) et les Masters sont animés par des professeurs de grandes expériences venant d’horizons divers. « Pour nous, c’est le partenariat qui fait grandir », certifie-t-il. Comme le disait un grand penseur en sciences del’éducation : « On apprend, on désapprend et on réapprend », exhorte le directeur de l’institut à l’apprentissage continu.

« Ce n’est pas parce qu’on a 50, 60 ans…qu’on ne doit plus apprendre. Il faut oser non seulement mais aussi contribuer au coût de sa formation », appelle-t-il. « C’est dans la nature humaine que personne n’aime le changement ; il y en a qui sont plus prompts à aller au changement que d’autres, beaucoup plus tardivement parce qu’ils ont besoin d’être convaincus et l’IUFIC montre par sa dimension conceptuelle que ça peut se faire », explique le directeur de l’IUFIC.
D’où les encouragements de Pr BalibiéSerge Auguste Bayala à l’audace, à se projeter vers les connaissances et vers les rêves. Rêver et rêver utile !

Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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