AEEMB : « Aujourd’hui, c’est une association de référence dans le milieu musulman », dixit le président, Ali Sawadogo

lundi 29 août 2016 à 12h28min

Créée en 1986, l’Association des élèves et étudiants musulmans du Burkina(AEEMB), commémore cette année ses 30 ans d’existence. C’est justement pour marquer cet évènement que les membres de l’association ont organisé un séminaire autour du thème « AEEMB, 30 ans de promotion de l’islam et d’engagement, acquis et défis » à Ouagadougou. A cette occasion, nous avons rencontré le président de la structure Ali Sawadogo, afin de lancer un regard sur le bilan des 30 années écoulées et les défis que se fixe l’association pour les années à venir.

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AEEMB : « Aujourd’hui, c’est une association de référence dans le milieu musulman », dixit le président, Ali Sawadogo

Lefaso.net : Cette année vous commémorez le 30ème anniversaire de l’AEEMB, quand est-ce qu’ont démarré les activités ?

Les activités du 30èmeanniversaire de l’AEEMB ont commencé en mars 2016. Nous avons fait le lancement le 21 mars 2016 qui correspond à la date de création de l’association. Depuis lors, les activités se sont étalées sur le reste de l’année et ce séminaire est le couronnement de l’ensemble des activités.

Lefaso.net : Parlant de ce séminaire, qui sont les participants et quel est son objet ?

Le séminaire poursuit plusieurs objectifs : d’abord, c’est de marquer la commémoration des 30 ans de l’association et en cela , nous avons voulu que se soit un séminaire qui regroupe aussi bien les militants et les anciens ; ce qui fait que les participants sont des militants de la structure venus des 45 provinces du pays mais aussi , des anciens que nous appelons dans notre jargon les « ainés » qui ont animé l’association pendant ces 30 ans. C’est aussi un cadre d’échange et de partage d’expériences afin defaire le bilan de ce qui a été fait et aussi de poser des actions pour le futur de la structure. Nous avons environ 2000 participants, c’est-à-dire les militants sur le terrain et les anciens. Ensuite, notre objectif pour ce séminaire, est d’offrir un cadre de formation religieuse pour les militants et aussi un cadre de formation citoyenne. Pour nous, autant on est musulman, autant on est burkinabé ; donc il faudra qu’on puisse concilier notre foi à la citoyenneté et au civisme.

Lefaso.net : Pouvons-nous avoir une idée des activités que vous avez menées depuis mars ?

Depuis Mars, nous avons dans un premier temps, animé une conférence de presse pour lancer les activités du trentenaire. Après cette conférence, s’en ont suivi d’autres sur l’ensemble des 45 provinces. Ces conférences concernaient la présentation de la structure (sa création, son évolution, son fonctionnement dans la localité etc.). Après ces différentes rencontres, nous avons organisé une formation des responsables à Ouagadougou pour leur expliquer le contenu de ce qui a été fait durant les 30 ans. Il ya eu un concours national d’excellence dont les présélections se sont faites dans les provinces et un concours national de lecture coranique. La finale des deux concours se fera à l’occasion de ce SENAFI (Séminaire National de Formation Islamique) qui se déroule actuellement, est le couronnement des différentes activités du trentenaire.

Lefaso.net : Quel bilan faites-vous de ces 30 années passées ?

Le premier aspect positif du bilan que nous pouvons mentionner, c’est le fait que l’AEEMB a pu éliminer le complexe de se sentir musulman dans les cadres d’activités que se soit dans le secteur privé ou public ; aussi, de permettre aux élèves et aux étudiants musulmans de s’exprimer en prenant en compte leur foi religieuse dans les différents espaces.

Le deuxième aspect est que l’association a formé aujourd’hui des hommes et des femmes compétents pour la nation burkinabé et qui sont nantis de valeurs (valeur de patriotisme, valeur morale) et qui participent au développement sociopolitique du pays. En ce sens, en 2008, nous avons eu la décoration pour notre participation au développement socio-économique.

Le troisième aspect est que nous avons participé aussi à l’épanouissement des élèves en nous investissant dans les cadres de formations comme l’école (un complexe scolaire) et aussi dans le cadre sanitaire. Ce qui se matérialise par un centre de santé que nous avons érigé pour accompagner les autorités dans la quête de la santé pour la population. Les actions de solidarité sont aussi à prendre en compte dans ce bilan à travers des semaines nationales de solidarité, des journées de solidarité, à travers des dons de sang que nous avons fait. En somme, c’est un ensemble d’activités qui a fait de l’AEEMB depuis 1986,un acteur de développement, un acteur aussi de la promotion de l’islam.

Le dernier aspect qui concerne seulement la communauté des musulmans, c’est le travail que nous avons fait aux côtés des autres associations musulmanes pour qu’on arrive à l’unité des musulmans à travers la création de la fédération des associations musulmanes du Burkina où on est activement membre et où on participe à l’animation des activités. Aussi, s’ajoute à cette fédération, sous l’emprise de l’AEEMB, la création de l’organisation de la jeunesse musulmane en Afrique de l’Ouest qui regroupe les 8 pays de la l’Afrique de l’Ouest. Les associations de jeunesse musulmane de cet espace se retrouvent pour discuter et partager leurs expériences dans le cadre du travail islamique ; mais aussi dans le cadre de l’accompagnement des autorités administratives et politiques dans la mise en œuvre des différents programmes ; surtout dans la lutte pour la sécurité, la lutte contre le terrorisme et tout autre acte qui pourrait mettre la paix et la sécurité du pays en situations difficiles. Voici un peu, en quelques mots, ce que je peux dire sur le bilan des activités de façon générale pour les 30 ans d’existence.

Lefaso.net : Par rapport au bilan, peut-on dire que vous avez engrangé des acquis au cours de ces 30 années ?

Oui, le bilan de ces 30 ans est satisfaisant. Il suffit de voir la notoriété aujourd’hui qu’a l’association vis-à-vis des autorités et vis-à-vis de la communauté des musulmans. Aujourd’hui, c’est une association de référence dans le milieu musulman mais aussi dans le milieu laïc ; que se soit avec les organisations de la société civile, que se soit avec les différents projets de développement, c’est un bilan qui nous satisfaits et qui nous permet de dire qu’on apporte une touche au développement du pays. Du point de vue de l’éducation, nous avons contribué à la formation des élèves et des étudiants qui sont soucieux de leurs études et qui deviennent des responsables efficaces et importants sur le plan du travail et de la religion. Ces aspects nous font dire que nous sommes satisfaits de ce qu’on a comme bilan des 30 ans d’existence.

Lefaso.net : Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées durant ces 30 ans et quels sont les défis à relever ?

Il est vrai que durant les 30 années, beaucoup d’acquis ont été engrangés, mais comme on le dit de façon générale, il ne manque pas de difficultés. Nous sommes une association d’élèves et d’étudiants. La première difficulté qui est la difficulté majeure concerne les ressources financières : Comment trouver les ressources nécessaires pour financer les différentes activités ? Cela a été un souci auquel nous avons été confrontés. Fort heureusement que l’ensemble des acteurs, que ce soient des autres associations religieuses qui étaient déjà nos parents ou encore des bonnes volontés, nous avons pu faire ce que nous avons réalisé, mais cette question financière demeure l’une des difficultés de l’association. La deuxième difficulté qu’on puisse noter en fonction de ça, c’est le manque d’infrastructures pour la structure elle-même. On a pendant les 30 ans, fait recours à des infrastructures de l’Etat ou à des infrastructures privées. Alors que si aujourd’hui, la structure se dotait d’un certain nombre d’infrastructures, ne serait-ce que pour ces rencontres statutaires, cela aurait boosté le cheminement et la réalisation de certaines activités. Voilà les deux difficultés majeures que nous avons eues à rencontrer. De ces difficultés vont découler un certains nombre de défis : d’abord le défi d’acquisition d’infrastructures. Ce qui a amené la structure à mettre sur pied le projet de centre culturel islamique qui servira de cadre de prière pour les fidèles musulmans le vendredi, mais qui servira aussi de cadre d’apprentissage, d’échanges pour les chercheurs et les étudiants. C’est un centre polyvalent qui offrira des ateliers de formation et aussi de recherche. Ensuite, c’est le défi d’autonomisation financière de la structure. Beaucoup de projets sont déjà entamés dans ce sens dont le complexe scolaire et le centre de santé qui sont entrain de prendre forme. Il faudra dans les années à venir, qu’on travaille à ce qu’ils deviennent totalement fonctionnels, afin de générer des ressources qui permettront à la structure de financer son fonctionnement. Du point de vue de la gestion des ressources humaines, le plus grand défi devient de gérer des militants qui sont de plus en plus nombreux. En 1986, on pouvait compter le nombre de militants de l’association. Aujourd’hui, ils sont encore plus nombreux et cela demande qu’on puisse se doter d’outils modernes et surtout d’outils qui s’adaptent au contexte actuel, pour la gestion des ressources humaines. Ce sont des défis que les générations à venir doivent relever afin que cette ressource humaine qui a été mobilisée autour de la structure, soit en accord avec les réalités burkinabè et de l’islam.

Lefaso.net : Au bout de ces 30 ans, pensez-vous avoir rempli toutes les missions que vous vous êtes assignées depuis la création de l’association ?

Oui, beaucoup de missions ont été réalisées, certains objectifs sont atteints. L’un des premiers objectifs de l’association à sacréation c’était de promouvoir et dynamiser l’islam en milieu estudiantin. Aujourd’hui, nous avons dans les établissements secondaires et universitaires, des élèves et des étudiants qui font la promotion de l’islam mais qui arrivent aussi à exercer leurs activités religieuses et spirituelles au sein de ces établissements. L’objectif est de faire en sorte qu’aucun élève ou étudiant musulman ne grandisse sans l’islam qui est sa religion. Bien que cela ne prenne pas en compte l’ensemble des élèves et étudiants musulmans, c’est-à-dire, malgré que l’objectif ne soit pastoralement atteint, il peut être considéré comme motif de satisfaction. Le deuxième objectif est de regrouper les membres dans un sentiment de solidarité et de fraternité. Cela aussi est atteint, à travers la concorde et la solidarité agissante au niveau des militants. On peut constater cela par l’appui entre ainés et cadets, entre les plus anciens et les plus jeunes qui viennent d’intégrer l’association. Le troisième objectif qui est de participer au développement socio-économique du pays, on peut aussi l’estimer un peu satisfaisant même si beaucoup d’efforts restent à faire. Pour nous, il faut que la jeunesse musulmane devienne à un certain moment, un levier pour le développement burkinabè. Ce n’est pas forcement des acteurs politiques mais des acteurs dans la citoyenneté, dans le civisme afin d’apporter ce qu’ils peuvent apporter pour la construction du pays. Et sur cet objectif, beaucoup de choses restent à faire et nous pensons qu’avec les générations futures, nous pourrions y apporter une touche. Les objectifs s’étendent aussi et les besoins changent en fonction des époques mais nous estimons que les générations des 30 ans passés ont pu apporter sa touche et a pu réaliser de grandes choses. Nous estimons alors que la génération à venir suivra et restera fidèle à ces objectifs, afin que dans les jours à venir, on arrive à plus de satisfaction.

Lefaso.net : Dans la semaine, il y a eu une « marche pour la paix », pourquoi avoir initié cette marche ?

Le lundi 22 août passé, nous avons initié cette marche que nous avons appelé « la marche de la paix ». Nous l’avons initiée d’abord pour interpeller nos frères et sœurs musulmans ainsi que les Burkinabé pour qu’on se mette main dans la main pour lutter contre le terrorisme et contre toute forme de violence qui pose des difficultés à la sécurité. Pour nous, le terrorisme comme tout autre forme de violence qu’on pourrait appeler extrémisme, n’a pas de religion, de race, ni d’ethnie. Aujourd’hui, l’amalgame qu’il ya entre le terrorisme et l’islam est beaucoup prononcé carles acteurs même du terrorisme disent le faire au nom de l’islam. Nous disons que l’islam dans son éthique qui signifie « paix » ne saurait aller à la recherche du meurtre, du danger ou de déranger la quiétude de la population. Il faudra que tousles musulmans puissent se lever et combattre ce terrorisme afin qu’on n’utilise pas la religion musulmane pour assoupir des désirs de ceux que nous appelons des « vendeurs d’illusion ». Ils viennent proposer un paradis et des sommes à des jeunes désœuvrés, qui sont dans le chômage, qui ont besoin de s’en sortir et pensent qu’ilstrouveront la solution à leur situation à travers des actes de terrorisme. Cette marche marque l’occasion pour nous de dire à l’ensemble des parents, des acteurs politiques, des acteurs religieux, qu’il faudra qu’on trouve ensemble des débouchés pour la jeunesse. Une jeunesse formée qui en pleine activité ne saurait tomber dans les griffes du terrorisme. C’est cela qui était notre message et nous l’avons fait non seulement avec les participants à ce séminaire mais aussi avec nos frères qui sont venus de la sous région pour participer au séminaire et participeraussi à la marche pour dire que partout ailleurs, l’islam est contre le terrorisme. D’ailleurs, le coran nous apprend que quand vous tuez une personne, c’est comme si vous avez ôté la vie à toute l’humanité ; qu’en est-ilde celui qui ôte la vie à plusieurs personnes ?On nous apprend également qu’une femme pour avoir sauvé la vie d’un chat a été promue au paradis, qu’en est-il de celui qui sauve la vie d’un être humain ? Ce sont donc ces messages et ces sensibilisations quenous avons voulu donner à la jeunesse pour lui dire de ne pas céder aux propositions des différents acteurs qui sont pour le terrorisme.

Lefaso.net : En dehors de cette marche que vous avez organisé dans le cadre de votre 30ème anniversaire, quels actes menez-vous en plus pour empêcher les jeunes frères de tomber dans cette dérive ?

Depuis bien longtemps, nous avons initié des cadres de conférences et de débats. Nous avons un débat islamique qui se tient chaque deux mois sur des thématiques du terrorisme et de la citoyenneté. En plus, depuis l’avènement de l’attentat au Burkina, nous avons animé de concert avec le CERFI, plusieurs conférences sur le terrorisme. Nous avons aussi dans les différentes provinces, animé des conférences avec les plus jeunes sur le terrorisme afin d’attirer leur attention sur ce qui se passe. L’action principale que l’association fait, c’est la sensibilisation à travers les conférences. C’est notre principale force et c’est ce que nous pouvons faire en ce sens. Aussi, nous apportons notre soutien aux victimes des attentats terroristes. En dehors de ces deux, nous n’avons pas mené grand-chose, mais je dirais qu’une personne bien formée à travers la sensibilisation qui ne cède pas au terrorisme sera le plus grand cadeau qu’on puisse offrir au Burkina Faso. Nous l’avons fait aussi avec l’ensemble de la sous région. Tout récemment, nous avons organisé un colloque international de formation sur le terrorisme. Le thème était intitulé : « quelle contribution de la jeunesse musulmane en Afrique de l’Ouest dans la lutte contre l’extrémisme violent ? ». Durant cinq jours, nous avons échangé avec les jeunes venus des huit pays de l’Afrique de l’Ouest sur cette thématique, afin que chaque jeune une fois de retour chez lui, puisse mener un certain nombre d’activités de sensibilisation pour que les jeunes ne tombent pas dans les griffes des terroristes.

Lefaso.net : Un message à l’endroit de la population à l’occasion des 30 ans ?

Nous voulons dire à la population que le bébé qu’on a vu naître en 1986 a aujourd’hui 30 ans. Il a évolué sur le regard de tous et aujourd’hui, il a beaucoup de défis à relever et nous demandons à nos parents de croire en nous et de nous soutenir. Nous disons aussi merci aux autorités administratives et politiques pour leur accompagnement et à tous les acteurs qui nous soutiennent. Et comme on le dit chez nous : « quand vous dites merci à une personne, c’est non seulement pour ce qu’il a fait pour vous, mais c’est pour ce qu’il fera demain aussi ».

Entretien réalisé par Nicole Ouédraogo
Anaïs Moné (Stagiaire)

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