Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

mardi 9 août 2016 à 12h30min

L’Afrique est un continent très riche en ressources naturelles qui fait pâlir d’envie les quatre autres de notre espace commun qu’est la terre. Mais paradoxalement c’est dans ce continent que l’on rencontre le plus de superlatifs pour qualifier l’état de dénuement total de ses habitants : trop pauvres, très endettés, trop misérables, trop etc. L’Afrique a raté jusque-là les grands bonds de la civilisation moderne : la révolution industrielle, la révolution verte qui a permis à des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil de sortir de la faim et de pouvoir se projeter dans le développement des nouvelles technologies et techniques, dans le but de sortir leur population définitivement de la pauvreté. L’Afrique a été absente et toujours absente de la conquête spatiale.

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Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement  de la société civile au Burkina Faso

Le Burkina Faso est un pays de l’Afrique occidentale très pauvre en ressources naturelles qui se débrouille comme la plus part des pays africains pour survivre avec une agriculture rudimentaire et primitive, toujours déficitaire, et qui a besoin de l’aide internationale pour nourrir sa population de plus en plus croissante (taux de croissance annuelle de 3,1%). Les statistiques et leurs projections prédisent que les Burkinabè qui sont aujourd’hui au nombre de 17 millions, franchiront le cap de 28 millions à l’horizon 2030 et qu’ils seront 50 millions en 2050. Alors on se pose la question de savoir comment procéder pour nourrir tout ce beau monde, si déjà avec 17 millions on éprouve des difficultés à la faire ?

Dans un contexte où la main d’œuvre dans les campagnes est devenue de plus en plus rare pour ne pas dire inexistante, les jeunes préférant de nos jours aller sur les sites d’orpaillage à la recherche de l’or, plutôt que d’aider à cultiver les champs de leurs parents ; où la pression foncière est de plus en plus grande (les terres étant devenues indisponibles), où la sécheresse est devenue la règle plutôt que l’exception, nourrir tout ce monde relèvera de l’utopie voire une gageure. C’est dans cet environnement de précarisation de notre agriculture que, les biotechnologies peuvent être une opportunité, sinon une chance pour le Burkina. En effet malgré sa pauvreté, le pays bénéficie d’une recherche scientifique locale assez dynamique capable de relever beaucoup de défis qui se présentent à elle, pour peu qu’on lui accorde les moyens nécessaires.

C’est ainsi qu’avec l’avènement des biotechnologies agricoles, le pays a pu se faire un nom dans le monde entier, en étant le premier à commercialiser en Afrique, le coton génétiquement modifié communément appelé coton Bt. La commercialisation de ce coton a permis de hisser le pays au rang de premier pays producteur de coton en Afrique avec plus de 700 000 tonnes mises sur le marché en 2015. Il a aussi permis de baisser significativement la quantité de pesticides déversée dans la nature dans la production de coton. En effet il a permis de passer de six (6) litres de traitement de pesticides à l’hectare à seulement deux (2) litres.

Cependant, depuis un certain temps, nous avons constaté que des voix se lèvent pour condamner la présence des biotechniques agricoles au Burkina tout en acceptant les biotechnologies médicales dont ils ignorent les risques potentiels. Ce qui veut dire que, la technologie qui a permis à notre cotonculture de sortir la tête de l’eau est combattue par des gens qui invoquent des raisons qui, scientifiquement ne se justifient pas. Ces gens qui nous condamnent viennent surtout de l’Europe, avec l’intention d’influencer les africains en général et les burkinabè en particulier, afin qu’ils refusent une technologie qui peut leur permettre de maitriser leur souveraineté alimentaire et de parvenir par la suite à la sécurité alimentaire tant recherchée.

Ce que ces gens oublient, si chez eux en Europe comme le dit le cinéaste et homme de culture Sembene Ousmane, ils peuvent se lever chaque jour et se demander « qu’est-ce qu’on va manger aujourd’hui ? » chez nous au Burkina Faso, beaucoup sont toujours au stade où on se lève chaque jour et on se pose la question « est-ce qu’on va manger aujourd’hui ? ». Nous sommes loin d’avoir les mêmes réalités. Nos réalités sont d’abord existentielles, les leurs sont surtout idéologiques et jouissives. Pendant que les populations ont faim en Afrique, les producteurs des pays européens enfouissent le surplus de leur production vivrière ou le jettent dans la mer dans le simple souci de faire remonter les prix. Si ces activistes n’avaient pas d’agenda caché, ils devraient commencer à s’activer chez eux en demandant à leurs dirigeants de ne pas jeter toute cette nourriture et de la mettre à la disposition de tous ceux qui souffrent de la faim de par le monde et cela gratuitement.

Ce qu’ils oublient encore, c’est que beaucoup d’africains sont lettrés de nos jours et comprennent les enjeux stratégiques du monde. Il y a un adage de chez nous qui dit que celui qui te tient par le ventre te tient aussi par la tête et par tous tes autres organes et membres. De cette prise de conscience a émergé une nouvelle société civile au Burkina, différente de celle qui conteste à tout vent car dépendant totalement de subsides d’ONG et autres financements occidentaux.

La nouvelle société civile croit en l’apport de la science et aux chercheurs africains, tout comme un patient africain croit en son médecin. Les producteurs africains sont aussi les patients des chercheurs africains. Cette société civile a commencé depuis 2012 à s’organiser et dans un premier temps, elle a approché les chercheurs du Burkina Faso pour comprendre ce que sont les biotechnologies agricoles et la biosécurité.

Au fil des années, elle a pris le relai (dans certains cas), des chercheurs pour porter les messages d’informations auprès des populations et des autorités du pays pour qu’elles accordent toute l’importance qu’il faut à la biotechnologie, qui est une alternative entre leurs mains à même de nous faire sortir de notre insécurité alimentaire chronique de plus en plus confrontée aux changements climatiques et à une forte croissance démographique. La spécificité de la société civile, c’est qu’elle n’est liée en aucune manière à l’Etat et jouit de ce fait d’une liberté de parole et d’opinion que la recherche ne saurait avoir.

Nous avons vu tout récemment le cas du coton Bt, où les sociétés cotonnières pour des raisons commerciales ont décidé de retirer ce coton de la production de cette campagne 2016-2017. La société civile a donné de la voix à travers des écrits dans la presse, et les sociétés cotonnières ont dû préciser qu’elles étaient d’accord avec les biotechnologies et que c’est simplement un recul pour mieux calibrer la fibre du coton Bt. Et qu’une fois ce travail fait elles reprendront les années à venir avec la technologie.

Dans un second temps, nous nous sommes organisés à partir de 2015 en un réseau d’associations pro biotechnologie avec des associations provenant d’origines diverses telles que la santé, l’éducation, l’agriculture, les droits de l’homme, etc., ce qui a permis de renforcer notre crédibilité et de porter notre voix encore plus loin. La société civile au Burkina Faso a un rôle de proposition, d’interpellation et de veille. Le réseaux ne se privera pas d’utiliser ces outils.

Notre combat n’est pas mené pour plaire à une entité, ou pour être contre une entité. Nous le menons pour nous même, pour notre avenir et pour l’avenir de nos enfants. Nous sommes fatigués de voir nos enfants, nos frères et sœurs s’embarquer dans des pseudos navires parce que tenaillés par la faim, à destination de l’Europe, avec une chance sur dix mille d’y arriver. Voir l’africain réduit à être le rebut de l’humanité nous est intolérable.

Aussi, pour terminer nous sommes d’avis avec Calestous Juma quand il affirme : “Le débat sur la biotechnologie est une bataille stratégique pour positionner le continent Africain comme acteur dans le champ de nouvelles technologies”. Et cette bataille-là, l’Afrique ne doit en aucun cas la rater sous aucun prétexte, au risque de faire le bonheur des néocolonialistes qui croient : penser, réfléchir, connaitre, comprendre, maîtriser, contrôler,… mieux que les Africains ces GRANDS ENFANTS !

Mahama ILBOUDO Président du Réseau Africa Biotech
Email : africabiotechnologie@gmail.com : Tél. : 0022676624576

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Vos commentaires

  • Le 9 août 2016 à 15:11
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    Merci pour ces clarifications. Pour le cas du coton au Burkina Faso, pour votre information, sachez qu’en 2005/2006, en l’absence de coton génétiquement modifié (CGM), la production nationale était de plus de 700.000 tonnes de coton graine. Ce n’est donc pas le CGM qui a permis au Burkina d’atteindre la barre de 700.000 tonnes. Comme vous le dites, nous produisons pour faire des bénéfices et non le contraire. Les CGM ont permis de résoudre la question parasitaire. Si des solutions sont trouvées concernant la longueur de la fibre, alors le Burkina pourra faire un retour au CGM avec tous les bénéfices induits. Nos chercheurs sont capables et ne doivent pas se laisser influencer par quoi que ce soit.

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  • Le 10 août 2016 à 08:13
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    Même si vous parlez au nom d’une certaine société civile inféodée aux intérêts des multinationales comme Monsanto, vous n’avez pas le monopole de parler en leur nom. Une autre société civile dénonce cette aventure mafieuse et non transparente du coton Bt au Burkina Faso depuis le début des années 2000. Résumé le retrait du coton Bt en une phrase que je cite "Nous avons vu tout récemment le cas du coton Bt, où les sociétés cotonnières pour des raisons commerciales ont décidé de retirer ce coton de la production de cette campagne 2016-2017". Si pour des raisons commerciales, vous perdez 50 milliards de F CFA, c’est que l’objectif n’est pas atteint. Pire, on sait très bien que 99% des plantes génétiquement modifiées cultivées dans le monde n’ont pas pour objectif d’augmenter les rendements mais juste pour résister à des insectes parasites. Donc, dire que cela est la solution pour résoudre la faim, c’est MENTIR A TOUS. Si l’autre société civile demande un moratoire de 10 ans, c’est pour avoir le temps de faire toutes les études d’impact de ces cultures OGM et décider ensuite avec tous les éléments (positif comme négatif) à la clé. Quand on sait que l’étude de Sérélini a montré qu’il y avait problème pour la santé humaine et animale avec du maïs OGM, on est en droit d’exiger des études complémentaires et approfondies selon le principe de précaution. C’est ce que demande l’autre société civile lorsqu’elle veut des études d’impact menées par des scientifiques indépendant dans les zones cotonnières GM au Burkina Faso (impacts environnementaux, santé animale (nombreux témoignages de morts de bétail dans les zones cotonnières...).

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  • Le 10 août 2016 à 08:58, par MEDA W.
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    La science n’est pas dangereuse en soi mais c’est l’utilisation qu’ on en fait qui est dangereuse.Les OGM avec d’autres nouvelles technologies connues déjà( l’internet,la nanotechnologie, le clonage thérapeutique,la robotique) peuvent permettre à l’Afrique d’éliminer vite son retard ; seulement il faut que nos chercheurs africains aient les moyens techniques et financiers nécessaires pour être indépendants dans la recherche. Que la recherche soit une coproprité entre le Nord et le Sud. C’est pourquoi nos gouvernements doivent soutenir la recherche et aussi faire un suivi sérieux des résultats ; et pour cela pourquoi ne pas activer l’organe consultatif qui est le Haut Conseil de la Recherche qui va regrouper toutes les sensibilités en vue de réfléchir et orienter les questions liées à la recherche.

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  • Le 10 août 2016 à 09:57, par ladebel
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    Mr ILBOUDO, je ne suis pas un scientifique et je pense que les sociétés cotonnières ne sont pas folles ou ne savent où sont leurs intérêt. 1 le coton Bt a été un fiasco sur sa qualité, sur ses rendements et sur l’indépendance du savoir. 2 est ce tous les bons résultats de la recherche sont appliqués par les producteurs ?, est ce la politique d’ appui au producteurs sont à la hauteur (répond aux besoins réels des producteurs) ?, pourquoi les riches n’investissent-il pas dans l’agriculture ? et les risques environnementaux vous les maitrisez ?. je vous comprend, vu votre poste de responsabilité dans un réseau de biotechnologie en Afrique. pour le moment nous devons explorer les autres pistes de la recherche et mieux s’organiser pour assurer notre auto-suffisance alimentaire.

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  • Le 10 août 2016 à 12:20, par OUEDRAOGO Arouna
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    Merci pour ces informations qu’il a bien voulu partager. Je pense que tous les burkinabés doivent avoir l’humilité et la sagesse de se renseigner et chercher les informations justes pour eux même d’abord. Nous avons toujours raté le train du développement et que pour une fois que nous entreprenons quelque chose pour lutter contre la famine, la maladie etc. Des gens soutenus par l’Europe trouvent des moyens pour dire que ces produits (OGM) sont très dangereux pour l’homme, les animaux et l’environnement.
    A ce que je sache, depuis la production paysanne du coton Bt, il n’y a pas eu d’apparition ou de pic de maladies connues ou inconnues au Burkina Faso. Cela démontre un tant soit peu que le Bt n’est pas toxique comme aimerait nous faire croire certaines personnes à cause de leurs intérêts économiques. Mieux les producteurs qui le produisent reconnaissent les bienfaits et les avantages de ce coton Bt. Mais hélas, certains sont plus intéressés par un moratoire qui non seulement va permettre de nous mettre en retard et mieux va accroitre notre dépendance vis-à-vis de la France et de ces produits chimiques très nocifs.
    Ce que chaque burkinabé doit faire, c’est de rechercher l’information auprès des structures étatiques chargées de la mise au point des OGM telle que l’INERA, l’IRSS et autres structures de recherche publiques du Burkina Faso. Mais aussi auprès de l’Agence nationale de biosécurité (ANB) qui est chargée de veiller à une utilisation sécurisée des OGM au Burkina Faso. Discuter avec les chercheurs et autres scientifiques du Burkina Faso et surtout nos parents producteurs pour savoir ce que cette technologie rapporte sur tous les plans. Plus intéressant encore, c’est que ces expérimentations sont menées depuis des années par nos chercheurs burkinabè. Ce que les gens doivent savoir c’est qu’avant toute utilisation par les producteurs d’un OGM, de nombreuses études sur plusieurs années sont réalisées par les structures de recherche publiques burkinabè (INERA).
    Il existe de nombreuses études scientifiques sur les OGM reconnues internationalement sur des sites scientifiques. Ces études montrent les effets des OGM sur l’environnement, la toxicité, sur les sols, et les insectes qui sont accessibles à tous. Il existe aussi un centre international (www.cbd.int) dédié au partage de l’information sur les OGM dont les pays qui ont accepté cette technologie publient leurs études scientifiques et autres informations sur les biotechnologies. Il y a également International Service for Acquisition of Agri-Biotech application (ISAAA) qui publie toutes les informations relatives aux biotechnologies.
    L’information existe cherchons et comprenons là au lieu de se contenter des publications de ceux qui pensent que l’Afrique et spécialement le Burkina Faso ne peut rien entreprendre d’elle-même pour elle-même et la réussir pour le bonheur de sa population.

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  • Le 10 août 2016 à 14:07
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    Pour mieux comprendre les enjeux liés aux biotechnologies agricoles, voici pour information, le mémorandum du Collectif Citoyen pour l’Agro-Ecologie (CCAE) transmis le 27 mai 2016 à l’INERA :

    Nous, organisations paysannes, organisations de la société civile, scientifiques et citoyens rassemblés au sein du Collectif Citoyen pour l’Agroécologie (CCAE), interpellons l’Institut de l’Environnement et de la Recherche Agricole (INERA) sur son rôle passé, présent et futur dans l’imposition des OGM à notre pays, le Burkina Faso, patrie des hommes intègres.
    L’INERA se donne notamment pour missions de « promouvoir la protection, la sauvegarde et la gestion rationnelle des ressources naturelles et de l’espace rural ; conserver la biodiversité » . Malheureusement, si nous ne doutons pas que ces missions fassent l’objet de la plus grande implication d’une large partie des chercheurs travaillant à l’Institut, certains, par leurs travaux et les collaborations qu’ils nouent, contribuent fortement à produire la plus grande menace existante pour notre biodiversité ; les Organismes Génétiquement Modifiés. La littérature scientifique a largement démontré les impacts négatifs des OGM sur l’environnement et la biodiversité, et même le caractère irréversible et incontrôlable de la contamination OGM .
    À la suite des expériences de nombreux pays, après les déboires annoncés puis constatés du coton Bt au Burkina Faso, nous demandons à l’INERA de cesser sa collaboration avec la firme agrochimique Monsanto et toute autre firme agrochimique dont l’objectif serait de privatiser le vivant à des fins lucratives, au mépris de la santé, de l’environnement et des intérêts collectifs du peuple.
    Nous ne cherchons pas à stigmatiser l’ensemble des chercheurs de l’INERA, ni votre institution en tant que telle. Au contraire, nous souhaitons que celle-ci joue pleinement son rôle, en travaillant à améliorer le destin collectif des burkinabé. De ce point de vue, nous souhaitons que les responsabilités soient établies en votre sein, afin que l’Institution puisse en répondre devant les citoyens. Nous souhaitons que votre institution se prononce clairement sur ces futures orientations, auxquelles nous réagirons en conséquences, notamment au regard des éléments décrits ci-après.

    Quelles responsabilités pour le fiasco du coton Bt ?

    Le Burkina Faso s’est discrètement lancé dans la culture des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), en l’occurrence le coton Bollgard II (Bt) en 2001 en violation flagrante de la convention sur la diversité biologique de 1992 et du protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques de 2000. Ces traités internationaux stipulent que les pays concernés doivent se munir d’un cadre législatif et prendre les plus grandes précautions avant de commencer la culture d’OGM. En outre, les signataires s’engagent à informer la population des dangers et à ne prendre aucune décision sans une large concertation publique.
    C’est très tardivement que le Burkina Faso a fait ratifier par le Parlement, en avril 2006, le régime de sécurité en biotechnologie sans connaître les enjeux et les risques pour notre agriculture familiale, notre environnement et notre santé jusqu’à la diffusion en plein champ du coton Bollgard II de la firme agro-chimique Monsanto en 2009.
    Pendant tout ce temps, des chercheurs de l’INERA ont travaillé avec la firme pour préparer les semences de coton Bt, défendre leurs avantages et garantir l’absence des risques auprès de l’opinion publique. Il est évident que les résultats de la recherche, présentés pour justifier la diffusion en plein champ du coton Bt, n’étaient pas aboutis. Pire, des chercheurs ont consciemment menti à l’opinion publique, sous les injonctions de Monsanto, qui finançait leurs travaux mais aussi leur silence. A cette époque, des chercheurs burkinabè soulignaient les risques et les insuffisances de garanties pour la diffusion en plein champ des OGM. De plus, ils soulignaient que le processus de croisement n’était pas abouti, ainsi la diffusion en plein champ devenait une expérimentation extrêmement risquée. Nous regrettons aujourd’hui que l’INERA n’ait pas joué son rôle à cette époque, en travaillant à ce que la diffusion des OGM fasse l’objet d’une véritable étude d’impacts et soit soumise au contrôle de scientifiques indépendants. Nous constatons aujourd’hui l’ampleur des dégâts, dont le manque d’intégrité (ou de compétence) de certains scientifiques de l’INERA, est en large partie responsable.

    De plus, loin de prendre acte et de reculer sur la question des OGM, lors d’un atelier organisé par votre institut le 18 avril 2016, vos chercheurs renouvellent leur plein engagement aux côtés de Monsanto. Ils annoncent travailler sur un nouveau coton Bt et évoquent des recherches sur des cultures alimentaires OGM. 
    A l’instar de nos avertissements sur le coton Bt, nous prévenons les chercheurs de l’INERA que l’introduction de Maïs OGM, de Niébé BT et de Sorgho bio fortifié possédant des gènes dits Terminator (interdis en Europe depuis 1998), s’avéreraient une catastrophe sanitaire, économique et environnementale pour notre pays, dont ils devront assumer la pleine responsabilité de leur collaboration.
    Au regard de ces éléments, nous exigeons que les chercheurs impliqués dans la diffusion aventuriste du coton Bt répondent de leurs actes. Nous exigeons que les travaux actuels de recherche de l’INERA sur les OGM soient soumis à un contrôle citoyen et à une transparence totale. Nous exigeons que ne soit autorisée à la diffusion en plein champ aucune culture dont l’absence de risques sanitaires et écologiques n’ait été démontrée scientifiquement et soumise au contrôle de scientifiques indépendants. Nous exigeons que l’INERA, en tant qu’institution, par la voix de son premier responsable, se prononce sur sa responsabilité concernant l’échec du coton Bt.

    Un désastre économique pour notre pays.

    A l’époque, de nombreux scientifiques indépendants avaient mis en garde ; le processus de croisement n’était pas abouti et les garanties présentées n’étaient pas suffisantes.
    Nous voici en 2016 avec devant nous l’échec cuisant du coton Bt de Monsanto. Échec économique prévisible ; la longueur et la qualité de la fibre ont baissé, ce qui aurait dû être prévenu par la recherche burkinabé. Pourquoi la diffusion du coton Bt chez les agriculteurs en plein champ a pu se faire dès 2008 ? Avec près de 48 milliards de pertes, les enjeux dépassent largement le seul cadre du secteur cotonnier mais impacte notre nation négativement dans son ensemble.

    Des risques toxicologiques non-évalués, la santé de la population menacée.

    Toutefois ne nous laissons pas aveugler par les chiffres, l’enjeu économique ne doit pas masquer les potentiels dégâts sanitaires et environnementaux causés par la mutation. En effet, de nombreux témoignages de producteurs et éleveurs viennent confirmer que la consommation des feuilles de coton Bt par le bétail provoque des maladies mortelles. Ceci est extrêmement préoccupant !
    Ainsi, tout laisse à penser que les plantes génétiquement modifiés (PGM) représentent un risque toxicologique pour les populations et le bétail. Or, l’huile de coton est abondamment consommée dans notre pays et sans aucun étiquetage obligatoire avec ou sans OGM.
    Les évaluations menées par la firme sur des rats pendant 90 jours ne permettent de dégager aucune conclusion, sinon que la firme ne souhaite pas évaluer les effets toxicologiques des OGM en établissant des protocoles factices. En effet, une étude de 90 jours ne peut mener à aucun résultat significatif, les contres-études indépendantes montrent que des résultats apparaissent après 6 mois.
    Tout est fait par Monsanto pour que les risques sanitaires des semences GM ne soient pas évalués et rendus public.
    Nous exigeons aujourd’hui qu’une étude soit faite pour mesurer les impacts du coton Bt sur la santé humaine. Après les nombreuses manipulations de la firme, nous exigeons que soit rendue publique toute étude sanitaire effectuée en amont ou en aval de la diffusion du Coton Bt, afin d’évaluer les protocoles et les méthodologies de celles-ci.

    Des paysans manipulés et endettés.

    Les témoignages des paysans recueillis dans les études sur le coton Bt montrent toute la manipulation dont ils ont été l’objet. L’épandage de pesticides est deux fois plus important qu’annoncé, les rendements ne suivent pas, le prix des semences est exorbitant (le sac de 30 Kg est à plus de 25.000 F CFA contre environ 800 F CFA pour le conventionnel)… beaucoup de cotonculteurs sont aujourd’hui endettés à cause des semences Bt qui leur ont été imposées. Cet endettement des paysans est organisé et inacceptable. Les paysans endettés n’ont plus le choix, ils deviennent soumis à la firme qui les exploite et les humilie. La logique mise en place par Monsanto est révoltante et inadmissible.

    Des contaminations de l’écosystème irréversibles et incontrôlables

    Nous sommes très préoccupés par les conséquences engendrées par les OGM sur notre environnement. Les prétendus avantages avancés par Monsanto, notamment la réduction de l’utilisation de pesticides sont des manipulations. Nous savons que l’utilisation de pesticides dans les champs américains OGM augmente chaque année. Les témoignages des cotonniers burkinabè montrent que l’utilisation de pesticides a été deux fois plus importante que ce qu’avait annoncé la firme. Dans les autres pays, avec le soja et le maïs OGM notamment, l’usage intensif d’herbicides couplé au Roundup avec son glyphosate stérilise les sols et entraîne des déséquilibres majeurs.
    Surtout, concernant l’ensemble des cultures OGM et donc celle pratiquée au Burkina, un risque majeur est la diffusion du transgène. Ce risque environnemental a été avéré dans de nombreux territoires où les OGM sont cultivés. A notre connaissance, aucune étude n’a été menée au Burkina pour en mesurer leurs effets. La diffusion du transgène par le pollen de la plante transportée par le vent ou les insectes, mais aussi sa diffusion par les semences (repousses au champ, transport, stockage…) sont extrêmement préoccupantes. En effet, il s’agit d’une contamination vivante et donc exponentielle, qui diffuse l’ensemble du patrimoine génétique de manière incontrôlable. Il est évident que les zones tampons sont très largement insuffisantes à prévenir ce risque. Une étude d’impact est nécessaire afin de déterminer l’ampleur de la contamination.
    Ainsi, une fois cultivés en plein champ, la diffusion des OGM devient incontrôlable et exponentielle. Il est de ce fait inadmissible que cette diffusion soit autorisée sans l’accord des citoyens et sans preuve scientifique des impacts sanitaires et environnementaux des OGM.

    Le Burkina Faso doit œuvrer à sa souveraineté alimentaire

    Au regard des éléments précédemment cités, il apparaît clairement que les OGM ne sont pas une réponse ni à l’insécurité alimentaire, ni aux défis des changements climatiques, mais participent fortement à leur aggravation.
    Les OGM sont une atteinte à la souveraineté du peuple, et particulièrement à sa souveraineté alimentaire.
    De nombreuses études ont démontré qu’à condition d’une volonté politique, l’agroécologie peut nourrir sainement et durablement l’ensemble de la communauté humaine. A l’heure des dérèglements climatiques, causés et aggravés en large partie par l’agriculture intensive conventionnelle et l’emploi des OGM, à l’heure de la sous-alimentation chronique dont souffre l’Afrique subsaharienne, il est urgent et nécessaire de mobiliser tous les acteurs afin d’œuvrer à la réalisation de la souveraineté alimentaire par l’agroécologie.

    Pour une recherche indépendante au service du peuple

    Pour faire face aux défis alimentaires, économiques et climatiques auquel le Burkina Faso est confronté, il est nécessaire que la recherche nationale soit indépendante. Il est inacceptable que les travaux et les conclusions des chercheurs soient influencés par des intérêts privés. La recherche nationale doit œuvrer pour une souveraineté et une résilience alimentaire de notre pays. La science trouve sa noblesse et sa raison d’être quand elle sert l’intérêt commun, quand elle œuvre à l’émancipation du peuple.
    Dans ce sens, nous revendiquons que les travaux de l’INERA ainsi que leurs méthodologies soient rendus publics, particulièrement ceux touchant aux OGM. Ainsi, ils pourront faire l’objet d’une véritable veille citoyenne, ce qui, au regard du passif récent du coton Bt, nous paraît essentiel concernant les recherches actuelles sur le coton, le niébé, le sorgho et le maïs OGM.
    Au regard de ces éléments, l’INERA doit cesser de collaborer avec Monsanto dont la motivation n’est que le profit alors que l’objectif de la recherche scientifique nationale doit être l’amélioration des conditions d’existence des citoyens. En matière agricole, notre recherche doit avoir pour objectif de proposer des solutions durables qui iront dans le sens d’une plus grande résilience et indépendance alimentaire pour notre pays, donc agro-écologique.

    Les hommes intègres sont réveillés.

    Le Collectif Citoyen pour l’Agro-Ecologie (CCAE) veillera au respect des pratiques susmentionnées. En l’absence d’engagement de l’INERA, le CCAE mobilisera particulièrement l’opinion publique nationale et internationale sur ses agissements et sa compromission auprès de la firme agrochimique Monsanto. Depuis la mobilisation de la marche contre Monsanto du 23 mai 2015 à Ouagadougou, le peuple s’approprie les enjeux liés aux OGM. Le CCAE annonce que le 8 octobre 2016, une mobilisation populaire massive s’opposera aux OGM et à leurs promoteurs, par une marche à Ouagadougou.
    La résistance burkinabè est aujourd’hui connectée aux résistants du monde entier, que ce soit en France, en Bretagne, en Inde ou en Argentine. Le CCAE est à l’initiative du Front Africain pour la Souveraineté Alimentaire (FASA), ainsi les luttes africaines sont dans une dynamique de renforcement mutuel et leur convergence œuvrera à l’adoption de moratoire d’une durée de 10 ans sur tout le continent. Le CCAE participera en octobre 2016 au Tribunal International Monsanto à la Haye (Pays-Bas) où le crime d’écocide sera défini sur une base juridique. Ainsi, notre résistance et les résistances du monde entier œuvrent à présent à prémunir notre pays et le monde des catastrophes engendrées par les OGM.
    Nous connaissons les moyens de la propagande de Monsanto, nous en prenons acte et affirmons aujourd’hui que par la convergence internationale des résistances, la firme ne pourra plus entraver la marche des peuples vers leur souveraineté alimentaire. Les institutions qui hier ont pu collaborer avec la firme, doivent aujourd’hui faire un choix entre l’argent ou le peuple, et être prêt à en assumer les conséquences qui en découleront.


    Pour un moratoire de 10 ans sur les OGM

    • Par le présent document, les organisations paysannes, les organisations de la société civile, les scientifiques, les citoyens et militants libres du Burkina Faso renouvellent leur exigence d’un moratoire sur l’importation, la dissémination et la production des OGM au Burkina Faso pendant une période minimum de dix (10) ans.

    • Ces 10 ans permettront que des travaux de recherche indépendants fassent état des conséquences sanitaires et environnementales réelles des OGM.

    • Ces 10 ans permettront que les recherches en cours sur les cultures coton, maïs, sorgho et niébé soient évaluées par une veille citoyenne, et fassent l’objet d’un véritable débat public avant leur diffusion en plein champ.

    • Ces 10 ans permettront à la recherche burkinabé de proposer des solutions durables comme l’agroécologie qui œuvre efficacement à la souveraineté alimentaire du pays.

    Nous appelons l’INERA a cessé sa collaboration avec Monsanto dès à présent et à se joindre à cette revendication.
    Si la science tend à l’objectivité, son rôle dans une société n’est pas neutre. Par ceux qu’elle choisit de servir, elle détermine en grande partie l’avenir de tout un peuple. Nous appelons l’INERA à choisir le peuple burkinabé plutôt que ses oppresseurs, nous appelons l’INERA à défendre notre patrie plutôt que Monsanto, nous appelons l’INERA à servir l’humanité et le bien commun.

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  • Le 12 août 2016 à 18:18
    En réponse à : Biotechnologies agricoles : Le sens de l’engagement de la société civile au Burkina Faso

    "Notre combat n’est pas mené pour plaire à une entité, ou pour être contre une entité. Nous le menons pour nous même, pour notre avenir et pour l’avenir de nos enfants. Nous sommes fatigués de voir nos enfants, nos frères et sœurs s’embarquer dans des pseudos navires parce que tenaillés par la faim, à destination de l’Europe, avec une chance sur dix mille d’y arriver. Voir l’africain réduit à être le rebut de l’humanité nous est intolérable." Vous voulez plaire à qui ? aux actionnaires de Monsanto comme un certain bill Gates qui vous veut du bien. Soyons sérieux ! l’alimentation de l’humanité passe par l’agro-écologie pour, en même temps, sauver notre planète contre le réchauffement climatique. Mais, l’agro-écologie rend indépendant le paysan vis à vis des multinationales qui veulent se faire du FRIC sur le dos de tout le monde même si c’est pour nous vendre de la merde pour se nourrir.

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