Arnaud et Wilfried : Portrait croisé de deux passionnés de la construction

mercredi 23 mars 2016 à 00h31min

Si Paris s’identifie à la Tour Eiffel, New York à la Statue de la Liberté, Yamoussoukro à sa Basilique, alors pourquoi Ouagadougou ne pourrait pas s’identifier à une esplanade, l’Esplanade de l’Union nationale ? C’est le projet ambitieux que nourrissent deux étudiants burkinabè vivant à l’extérieur. Et même si leur projet n’a pas été primé au Concours international ARCHIGENIEUR Afrique 2015, Relwende Daniel Arnaud Sawadogo et Bgnon Robert Wilfried BASSINGA ne se laissent pas dépiter. Ensemble, ils rêvent d’être des acteurs clés de la nouvelle révolution burkinabè : une urbanisation qui participe au développement plutôt qu’une urbanisation génératrice d’une autre forme de pauvreté. Portrait croisé de deux passionnés de la construction.

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Arnaud et Wilfried : Portrait croisé de deux passionnés de la construction

Décidément quand deux grands esprits se rencontrent... Vous souvenez-vous de Daniel Arnaud Sawadogo, ce jeune élève pensionnaire du Lycée municipal Vénégré qui avait décroché en 2011 son BAC D avec la moyenne de 16,88/20 ? Et Bgnon Robert Wilfried Bassinga, celui-là qui avait été, la même année, major national au BAC F4 béninois alors que la série n’existait pas encore au Burkina Faso ? Eh, bien ces deux Burkinabè poursuivent leurs études respectivement en France et au Maroc. Le premier est étudiant en 5e année d’architecture à l’Ecole Nationale d’Architecture de Paris val de seine et le second est élève ingénieur en 2e année du cycle d’ingénieur de l’Ecole Nationale des Sciences Appliquées d’Agadir au Maroc. Mais avant leur départ pour l’extérieur, ces deux génies se sont rencontrés au Centre national d’information, de l’orientation scolaire et professionnelle et des bourses (CIOSPB). Lors des dépôts de dossiers pour l’obtention d’une bourse d’études, les deux élèves avaient choisi des filières différentes du même domaine, à savoir la construction.

Des rêves d’enfant

Même si Arnaud est resté fidèle à son rêve d’enfant, celui de devenir Architecte, ce ne fut pas le cas du jeune Wilfried. «  Gosse, j’ai eu plusieurs rêves de carrières en commençant par le plus fameux et populaire, devenir pilote de ligne (rires). En grandissant j’ai appris à connaître et aimer d’autres métiers. L’Architecture est celui qui m’a le plus attiré durant les années du collège. J’ai donc entamé à partir de la seconde l’Enseignement technique en option Dessin d’architecture à l’Etablissement Gabriel Taborin à Ouagadougou. Mais une fois dans la filière, j’ai constaté que j’avais plus un penchant pour tout ce qui avait attrait au dimensionnement, calcul de structure ou encore travaux publics. D’architecte je changeais à nouveau d’objectif, devenir ingénieur en génie civil », confie-t-il.

Pourquoi l’Esplanade de l’Union nationale ?

Bien qu’étant des étudiants, Arnaud et Wilfried ont déjà à l’esprit un grand projet commun : L’Esplanade de l’Union nationale. Ils l’ont baptisé ainsi parce que « ces dernières années, le peuple burkinabè a vécu les périodes les plus difficiles et douloureuses de son histoire. Une grande force a permis aux hommes intègres de venir à bout de ces événements et d’avoir comme seul objectif, panser les plaies et regarder ensemble vers un avenir plus radieux. Cette force-là c’est l’union nationale. L’Esplanade vient symboliquement matérialiser cette dernière en reliant deux zones longtemps séparées par un grand caniveau et en rapprochant des avenues très fréquentées par les Burkinabè. Il s’agit du Nord au Sud du Boulevard Charles de Gaule, Avenue Houari Boumediene, Avenue Babanguida ».

Conception du projet

« Hormis quelques sites de détente comme Bangr-wéogo qui d’ailleurs devient impraticable en saison pluvieuse, Ouagadougou avec son énorme superficie manquait sérieusement d’espaces aménagés où les gens pouvaient marcher, faire promener et jouer leurs enfants, se détendre ou pratiquer un hobby et cela même en saison pluvieuse », constatent Arnaud et Wilfried, en bons Ouagalais. Partant de là, les deux étudiants se sont munis du plan d’occupation des sols de la ville à la recherche de l’endroit propice pour l’aménagement de l’esplanade. Leur choix s’est porté sur « une zone longeant un grand caniveau qui traverse quasiment les plus grands axes de la ville et située en plein milieu de la trame verte ».

Après le choix du site, Arnaud et Wilfried ont mené sur les réseaux sociaux une petite enquête auprès d’une centaine de personnes pour voir quel est le regard des Ouagalais sur l’aménagement public dans leurs quartiers. « Munis de ces résultats et avec pour enjeu principal d’éviter autant que possible l’inondation, nous avons procédé à la conception architecturale, aux choix des matériaux locaux comme le BLT ou le BTC, de traitement et captage des eaux par des méthodes passives, et d’éclairage des lieux par l’énergie solaire. L’Esplanade de l’Union Nationale devrait à termes éviter qu’il y ait plein de sachets plastiques et de déchets à la fin du caniveau à ciel ouvert tout juste en face de Bangrwéogo. Le site devrait être autonome à 90% en énergie, et de nombreux emplois devraient être créés ».

Ce qu’on trouve dans l’esplanade

Le long de l’esplanade, diverses activités peuvent être pratiquées. De grands parkings ont été aménagés pour faire face au nombre de plus en plus élevé des quatre roues dans la ville, des cases urbaines pour la causerie, la restauration ou la vente d’objets d’art, des terrains de sport, des airs de jeux pour enfants, des espaces réservés aux étudiants pour tenir compte de l’emplacement du site dans une zone universitaire (Aube nouvelle, Université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo) , des zones d’agriculture urbaine avec des systèmes d’arrosage à la pointe qui fonctionneraient même en saison sèche, des espaces récréatifs etc.

L’échec et l’espoir

Pourquoi un tel projet n’a-t-il pas été primé ? A cette interrogation, les deux concepteurs croient avoir des pistes de réponses : « Le projet est vaste alors que l’objectif principal du concours, c’est de pouvoir quand même réaliser ce qui sera primé. Nous n’avons eu ni le temps ni les données nécessaires pour procéder à une estimation financière. Nous pensons aussi que nous n’avons pas su vendre notre projet à travers son rendu graphique. »

Qu’à cela ne tienne, Arnaud et Wilfried ont foi en l’avenir tout comme le duo tuniso-burkinabè Youssouf Sawadogo et Zied Hattab qui avait remporté la toute première édition du concours Archigenieur Afrique. « Nous n’avons certes pas gagné, mais avec les encouragements et félicitations que nous recevons de nos proches, nous constatons que partis d’une simple participation à un concours, nous avons touché un point sensible chez le Ouagalais en ce qui concerne sa relation avec le domaine public. Nous sommes décidés dès aujourd’hui à frapper à toutes les portes pour non seulement demander des conseils pour l’amélioration de ce travail mais également pour qu’il sorte de terre », espèrent-ils. Ensemble, ils rêvent d’être des acteurs clés de la nouvelle révolution burkinabè : une urbanisation qui participe au développement plutôt qu’une urbanisation génératrice d’une autre forme de pauvreté.

Herman Frédéric BASSOLE
Lefaso.net

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