Bongnessan Arsène Yé, metteur en scène des réformes politiques au Burkina Faso

lundi 19 août 2013 à 08h17min

Avant de partir, ce vendredi 16 août 2013, pour l’Ouest du Burkina Faso, histoire de rappeler aux Burkinabè urbains que le « pays des hommes intègres » demeure un pays de paysans, Luc Adolphe Tiao, Premier ministre, a ouvert ce matin la session de travail du Comité de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre des réformes politiques consensuelles. Une session de travail convoquée par le premier ministre à la demande du président du Faso. Dans l’urgence.

Bongnessan Arsène Yé, metteur en scène des réformes politiques au Burkina Faso

Histoire d’en finir avec les « controverses et préoccupations qui traversent les différentes composantes de la société burkinabè, et relatives à la création du Sénat », affirmait le communiqué de la direction de la communication de la présidence du Faso le lundi 12 août 2013 (cf. LDD Burkina Faso 0376 et 0377/Lundi 12 et Mardi 13 août 2013). La presse n’était pas conviée à cette manifestation. Mais Tiao a tenu, in situ, à s’exprimer sur la question. Avec sérénité mais beaucoup de rigueur. Il s’agissait de répondre aux interrogations de la presse : remise en question du projet sénatorial ? Simple « temps mort » dans sa mise en place ?

Impossible de « présager de ce que dira le comité de suivi » s’est contenté de répondre Tiao. En arrière plan, Bongnessan Arsène Yé, président de ce comité et principal artisan des réformes politiques engagées depuis deux ans au Burkina Faso, semblait perdu dans ses pensées, l’air grave, préoccupé, knockouté par la remise en question de ce qui devait couronner sa réforme constitutionnelle : la création d’une chambre haute. Ce n’est que lorsque Tiao a rappelé la règle anglaise du « wait and see » que Yé a opiné du chef, sortant de sa morosité.

Attendre et voir. Pour le vieux baroudeur politique, cela semblait signifier aussi : attendez, vous allez voir ! On peut compter sur Yé pour ne pas se retirer du ring sans avoir mené le combat jusqu’au bout. Et disputer tous les rounds… ! Même s’il est sur le devant de la scène politique depuis plus de trente ans, ce n’est pas encore un sexagénaire et il tient toujours la forme…

Yé est né le 10 octobre 1957 à Bagassi (province du Mouhoun), dans l’Ouest du Burkina Faso, entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, à quelques encablures de la voie ferrée de l’ex-RAN, la légendaire Régie Abidjan-Niger. En septembre 1969, il a rejoint le Prytanée militaire du Kadiogo (PMK), à Ouagadougou. En juin 1976, bachelier, il rejoint Dakar : Ecole militaire de santé et faculté mixte de médecine. Il en sortira docteur en médecine le 30 janvier 1984 après avoir soutenu une thèse sur les problèmes de santé dans le village de Yaramoko, à quelques kilomètres au Nord de Bagassi (où il a fait toutes ses études primaires).

Il sera directeur central du service de santé des forces armées nationales avant que la politique ne devienne sa raison de vivre au lendemain de la « Révolution ». Pas encore la trentaine, l’œil vif, avec un look de barbudos, le capitaine Yé s’affirmera comme le spécialiste des meetings et des grandes manifestations « populaires » de la « Révolution » puis, après 1987, de la « Rectification ».

On lui doit la publication, en 1986, de « Profil politique de la Haute-Volta coloniale et néo-coloniale ou les origines du Burkina Faso révolutionnaire » (Préface du « Camarade-Président » Thomas Sankara). Coordinateur national des structures populaires, secrétaire à l’organisation du Front populaire et à son comité exécutif, chargé de suivre le fonctionnement de toutes les structures du Front (dont les Comités révolutionnaires n’étaient qu’une composante), Yé aura la haute main sur tout ce qui concerne l’agitation et la propagande, « l’agit-prop » chère aux bolchéviks.

Il sera le « Monsieur Politique et Organisation » du Burkina Faso. Les bustes de Marx et Engels trônaient sur son bureau. Pas par hasard. Ce « super-ministre » (une appellation qu’il réfutait) participait au conseil des ministres ; sa tâche était, me disait-il alors, de « coordonner le coordonnable et de faire en sorte que la Révolution révolutionne ». Avec la crainte, cependant, que la multiplication des structures politiques, localement et nationalement, n’entraîne le Front populaire « à ne plus gérer que des structures bureaucratiques ».

Yé va vivre les soubresauts de la « post-Révolution » : la « Rectification », le « Front populaire », l’exécution du commandant Jean-Baptiste Lingani et du capitaine Henri Zongo (« Tout est calme. Pas un coup de feu. La meilleure preuve en est que je suis à mon bureau en civil et non en tenue militaire », répondra-t-il à mon interrogation depuis Paris. Il dira, par la suite : « En réalité, ils visaient tout simplement à mettre en place un régime militaire »), l’instauration de l’ODP/MT (Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail), la rédaction de la Constitution de 1991…

Le mur de Berlin était tombé, l’URSS s’était délitée, le multipartisme avait enflammé l’Afrique noire. Yé abandonnera le faso dan fani (FDF) pour un costume croisé et une cravate qu’il avait bien du mal à supporter. Il abandonnera, aussi, le marxisme-léninisme (bougonnant, sans vraie conviction mais pour rester dans son personnage, contre « ces cons qui ont laissé s’effondrer le mur de Berlin ») au profit du libéralisme politique et de l’économie de marché.

En juin 1992, il sera élu président de l’Assemblée des députés du peuple. Chargé de mettre en route une institution majeure de la IVème République (« Les lois que nous adoptons, me dira-t-il alors, visent à mettre fin officiellement à la période de transition et à mettre en place les structures de l’Etat de droit »), Yé va être un personnage clé de la vie politique pendant son mandat à la tête de l’Assemblée, remarquable par sa forte personnalité qu’il exprime avec vigueur (ce n’est pas un homme avec qui on s’ennuie ; c’est, en plus, le meilleur connaisseur – ayant été un de ses acteurs majeurs – de l’histoire contemporaine burkinabè, y compris de ses zones « grises »).

En 1997, à l’issue de la première législature, il quittera le « perchoir » tout en étant réélu député en 2002, 2007 et 2012 ; il rejoint le gouvernement de Kadré Désiré Ouédraogo : ministre d’Etat (juin 1997/novembre 2000) à la présidence du Faso puis à l’Agriculture et, enfin, à l’Environnement et à l’Eau.

Mais s’il demeure « l’homme du parti » (l’ODP/MT, qu’il préside de 1993 à 1996, puis le CDP qu’il présidera jusqu’en août 1999), Yé n’est plus en adéquation avec l’évolution de la société burkinabè. Au tournant du siècle, son nom évoquait bien plus l’ancien régime que le nouveau. Il avait été membre du bureau politique du CNR en 1986, secrétaire général national des CDR, etc. ; pas les meilleures références quand « l’affaire Zongo » fera la « une ». Il lui faudra laisser la place à la nouvelle génération, celle de la campagne présidentielle de 1998. Il quittera le devant de la scène en étant promu colonel.

Il y reviendra en 2011. Dans le dernier gouvernement de Tertius Zongo, il est nommé ministre d’Etat, ministre auprès de la présidence du Faso chargé des Réformes politiques (janvier-avril 2011). Quelques semaines plus tard, le pays est confronté aux mutineries au sein de l’armée. Le régime ne vacille pas vraiment sur ses bases (même si son image en prend un sacré coup) ; mais chacun sait qu’il faut, désormais, passer à autre chose. Zongo, qui voulait aller trop vite, trop loin (avec une façon d’être volontariste très « Made in USA »), cède son job à un communicateur : Luc Adolphe Tiao.

Yé, qui a mis en place, en octobre 2003, le Centre d’études et de recherches sur les pratiques de la démocratie (Cerprade), reste au gouvernement avec le titre de ministre d’Etat, chargé des Relations avec le Parlement et des Réformes politiques. Il va mettre en place le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) qui organisera les « Assises nationales » chargées « de créer de nouveaux cadres d’expression et de liberté », « d’améliorer la gouvernance dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire », enfin, « d’améliorer la gouvernance électorale ».

Il a pensé reformater le pouvoir burkinabè mais semble avoir oublié une de ses craintes (cf. supra) : être un pouvoir qui ne fait plus que « gérer des structures bureaucratiques ». Or, c’est ce que le sénat paraît devoir être pour bon nombre de Burkinabè.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

Messages

  • Mr Béjot, emporté par votre amitié pour Yé, vous dites des inexactitudes sur son parcours. Yé était encore à Dakar quand la révolution a éclaté en Aout 1983. Comme vous le dites si bien,il est sorti diplomé en Janvier 1984 avant de regagner le pays. C’est en 1985 qu’il est nommé Directeur du service de Santé. Comment alors pouvez vous écrire "Il sera directeur central du service de santé des forces armées nationales avant que la politique ne devienne sa raison de vivre au lendemain de la « Révolution »." Vous insinuez qu’il était directeur central du service de santé avant la révolution, ce qui est archi faux !!! Sa nomination, il la doit à Sankara seul dont il était un proche. Ou du moins il prétendait ! Sa nomination a été critiquée par tout le monde car comment confier le service de santé de toute une armée à un médecin tout juste diplomé de la fac alors que la même armée comptait des médecins expérimentés ! Sankara s’est imposé pour que la décision passe.De fait, Yé n’a jamais exercé son métier de base qui est d’etre médecin ! Le moins qu’on puisse dire c’est que Yé a payé Sankara en monnaie de singe !
    Ensuite je vous redis,que Yé n’a jamais été Sécrétarire général national des CDR ! Deux personnes ont occupé cette fonction : le pharmacien Abdoul Salam Kaboré, puis Pierre Ouédraogo. Yé a dirigé les CR (comités révolutionnaires) après le 15 Octobre 1987, donc après la révolution. Un journaiste doit etre ojectif, meme s’il parle de ses amis.Il ne doit pas travestir l’histoire !

    • polir l’image de Ye avant la grande défaite de la suppression du sénat ? Si tel est l’objectif de son ami bejot, alors trop tôt. Ye n’a pas besoins que tu lui renforce les coudes pour mener ce comité d’évaluation... tu peux donc faire un effort de laisser tomber ta propagande

    • Je constate toujours que nul ne connais toute l’histoire du Faso
      Au lieu de ce fichu sénat , demandons un comité de restitution des vérités historiques.
      Pour qu’enfin tout burkinabé connaisse son histoire vraie et pas les histoires qu’on nous raconte.

    • Dis-moi Zagthouli ! De tout ce que tu as dis là, quel point vient dire que ce Monsieur fut quelqu’un de bien ? Bien au contraire. Tes avances confirment ce que nous savons de ce Monsieur-là. Occuper un poste qu’on ne mérite pas ou encore commettre l’ineptie de tourner dos à sa Formation, à sa Technicité n’est rien d’autre que lâcheté et incapacité d’exercer. Son point fort depuis lors (son intégration dans le CNR) et ce, jusqu’à ce jour fut le "lunatisme" lu dans les livres rouges d’alors et chercher à embrigader le peuple. Quant à la monnaie de singe par lui, à Sankara rendue, ne dit-on pas que "Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes" ? Il a préféré un incompétent en lieu et place de compétents et expérimentés existant déjà sur le terrain. Il en a reçu une monnaie que je trouve bien mérité. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la trahison du peuple qu’il se prépare de faire faire au Premier Responsable du pays. Dans sa tête, je crois que quelque chose ne tourne pas rond. Il rêve certainement de revenir à l’ère des Régimes militaires Autoritaires. Qu’il fasse attention car depuis 1992, cela est passé. Cela fait, sauf erreur de ma part, 21 ans déjà.

  • héy ! supprimez nous cela tout simplement et tout le monde aura la paix

    • sil est vrai ce que notre ami zagtouli dit, il faudrais repondre officiellement et en voie de presse aux écris de Jean-Pierre BEJOT enfin de restituer l’histoire telle qu’il est.

    • Bidior, tu es un vrai patriote, fils integre. Tout ce bruit poiur supprimer le machin senat est une perte de temps meme si ca donne au moins l’ impression que ces inutiles qui nous gouvernent meritent leur salaire de sinecure. L’ africain aime meme trop gaspiller ses energies. On cree un bidule biscornu, le peuple dit niet et voila, on a l’ impression qu’ on travaille en defaisant ce qu’ un cerveau a la bonne place n’ aurait jamais du commencer. Bull shit. Sorry. Je suis depasse par les provocations d’ un regime en fin de parcours. pourtant, c’est Sankara le "deviationniste"

  • sil est vrai ce que notre ami zagtouli dit, il faudrais repondre officiellement et en voie de presse aux écris de Jean-Pierre BEJOT enfin de restituer l’histoire telle qu’il est.

    • OM demaandes à Béjot de confirmer ces informations avec Yé. Ce que dit Zagtouli est vrai car je me rappelle qu’en avril 1987, en sa qialité de Directeur du service de santé, il a organisé un meeting à Yalgado où il a affirmé "Nul ne verra la fin du CNR ici". Trois mois après, il était d ela cohorte qui justifiait l’assassinat de Thom Sank et la fin du CNR

    • Eh ben voilà ! Preuve supplémentaire que ce type ne fut, ni n’est ce qu’il nous faut pour faire avancer notre cher Burkina

  • je ne sais rien de tout cela du fait que je ne suis pas le père de ce dernier !!!!!!!!! donc gommez nous toute cette cette salade sans preuve là.

  • Ce monsieur là va bientôt se faire trouer le jabot ! Soyez en sûr !

  • Zagtouli, toi aussi. Tu comprend pas francais ? La notion de temps te manque ? Entre 1985 et 1987 il n`ya pas que deux mois. Stp, si tu n`a rien a dire, tais-toi.

  • L’écrit du journaliste est professionnel. M.YE est un patriote et un batisseur pour le Burkina. Il est un des acteurs clé qui a travaillé à asseoir la démocratie au Faso. Félicitations au ministre d’état YE pour les différentes réformes dans le sens de renforcer l’état de droit.

  • bagassi est dans la province des balé

  • Il doit réflechir par 2 fois avant d’accepter les sales besognes. Quand c’est bon il est au placard ; on le ressort que pour des missions impossibles. Comme il ne s’appelle pas Tom Cruse, bonne chance à lui.
    Les ânes de l’autre sont nombreux !!!

    • je ne comprend pas monsieur. il ne t’utilise que quand il est dans un gouffre. TU ne peu pas passer troute ta vie a servir de sureur. comme le dit l’autre ,quand c’est bon on te met au garage tu ne ressort que quand besoin se fait sentir. Nous les bobos là meme c’est pas la peine, on cherche tjr à arranger pour les autres.

  • Si un jour le BURKINA FASO prend feu, si la paix disparait, si le maleur habite notre cher BURKINA FASO...!? Ce sera à cause de vous. Posez les vrais problèmes est trouvé les bonnes solutions. Vous savez personne ne paurra cacher le soleil. Quelqu’en soit la durée de la nuit le soleil se levera. Si le peuple demande un chagement..., donnons le, et assitons le. Que le seigneur des armés et toute sagesse vous guide si besoin.

  • Nous lui faisons confiance . Monsieur Yé quoi qu’on dise est un homme d’Etat qui donne des résultats et se donne pour le progrès de notre patrie . Nous attendons les recommandations de ce comité d’évaluation et ensuite les décisions qui s’en suivront . En conclusion c’est la démocratie qui en ressortira grandi et raffermi

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