Le bilan des quatre années de la révolution, dressé par le président Thomas Sankara

mercredi 8 août 2012 à 23h01min

Le 4 octobre 1987, onze jours avant sa disparition, le président Thomas Sankara a accordé sa dernière interview à une journaliste allemande, Madame Inga Nagel, qui représentait Jeune Afrique (NDLR : Jeune Afrique no 1401 du 11 novembre 1987). En voici des extraits :

Jeune Afrique : Quel bilan feriez-vous quatre ans après l’avènement de la révolution ?

Th. Sankara : je n’aime pas tellement cette question parce que je suis moi-même acteur. On dit, chez nous : « un danseur ne peut pas savoir s’il danse bien ». Mais nous pensons, en toute modestie, que nous avons remporté des victoires. Nous avons construit plus d’écoles. Nous avons multiplié le taux de scolarisation par deux : il est passé de 12% à plus de 23%. Nous avons construit un poste de santé primaire par village et nous sommes en train de « conscientiser » les gens pour qu’ils entretiennent ces postes de santé. Maintenant les gens ont l’habitude.

Nous avons fait des barrages, des petites retenues. Nous avons fait des forages pour que les gens aient de l’eau potable. Avant, chez nous, la femme faisait 15 km pour avoir une eau pas forcément potable, une eau verdâtre et saumâtre. Maintenant, elle trouve de l’eau à moins de 5 km. Nous pensons que nous allons réduire encore cette distance pour que ça soit à 1 km et pour qu’un jour, il n’y ait plus que la distance pour aller au robinet.

Nous avons construit des routes, des logements en ville et en campagne. De tous les pays de la CEDEAO, le Burkina Faso est le plus stable sur le plan économique et cela sans aucun centime du FMI, sans aucun emprunt.

Mais la plus grande des victoires, c’est la transformation des esprits. Le Burkinabé a confiance en lui-même maintenant. Il sent qu’il peut transformer la réalité, son milieu.

Jeune Afrique : Vous reconnaissez-vous des échecs, voire des erreurs personnelles ?

Th. Sankara : Ah oui. Nous avons connu beaucoup, beaucoup d’échecs. Chaque jour nous commettons des erreurs, mais la différence est qu’avant nous commettions cent erreurs et nous avions zéro victoire. Maintenant, nous commettons peut-être dix mille erreurs, mais nous avons deux, trois petites victoires. Nos erreurs sont tellement nombreuses qu’il m’est difficile de les citer. Dans l’appréciation des hommes ou de la situation par exemple. Nous-mêmes, nous nous décourageons parfois, nous sommes impatients ou intolérants. Je prends tout cela à mon compte, parce que c’est moi le président.

Jeune Afrique : Parlons des fonctionnaires. N’avez-vous pas peur de ce potentiel d’ennemis ? Les mesures du gouvernement les ont touchés brutalement. Au moins en ce qui concerne la réduction de leurs salaires…

Th. Sankara : C’est vrai. Ils ne sont pas contents et je les comprends. Moi-même je suis fonctionnaire et je comprends leur situation. Ils avaient auparavant des salaires très élevés. Aujourd’hui on leur demande de partager tout avec le peuple. Ils ont perdu quelque chose.

Mais il y a un choix à faire.

Ou bien nous cherchons à contenter les fonctionnaires ils sont à peu près 25 000, disons 0,3% de la population ou bien nous cherchons à nous occuper de tous ces autres qui ne peuvent même pas avoir un comprimé de nivaquine ou d’aspirine et qui meurent simplement quand ils sont malades. Les fonctionnaires ne savent pas ce que c’est que l’auto- suffisance alimentaire. Ils ne savent pas ce que c’est que la sécheresse. Mais combien de Burkinabé sont morts à cause de la sécheresse ? S’il faut prendre cette question en considération, il faut en trouver la solution. Ça va être un peu difficile pour les fonctionnaires. C’est pourquoi dans tous mes discours, je dis qu’il faut les comprendre, et, petit à petit, essayer de leur expliquer : « Vous avez à manger parce que vous êtes fonctionnaires, mais si le peuple est misérable et continue à être abandonné dans la misère, un jour le peuple va vous empêcher de manger tranquillement. Il viendra d’abord à votre porte et ensuite il la forcera avant de pénétrer dans votre maison pour tout casser et pour manger avec vous par la force ».

Jeune Afrique : Que signifie pour vous être chef d’Etat ?

Th. Sankara : Beaucoup de responsabilité. Il faut gérer la joie de tous vos compatriotes, faire en sorte que chaque jour il n’y en ait pas un seul qui soit triste et c’est difficile de réussir le bonheur, d’être responsable de tout. Or, les hommes ne vont pas être d’accord avec tout ce que vous estimez juste et bon. Si tout le monde est d’accord nous allons vers le bonheur. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Pendant que vous dites aux gens « nous allons marcher dans telle direction » certains vont marcher dans une autre direction.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui a changé votre vie depuis que vous êtes président ?

Th. Sankara : J’ai découvert des réalités que je ne connaissais pas. J’ai appris à être beaucoup plus tolérant, à comprendre que les hommes ne sont pas identiques. Une idée peut être juste. Mais ce n’est pas parce qu’une idée est juste qu’elle sera acceptée par tout le monde. Pour accepter cette idée, chacun a besoin d’une explication qui passe par des chemins parfois différents. Il y a un proverbe de chez moi qui dit : « Pour guider son troupeau, le berger a besoin d’un seul bâton ». Mais pour guider un peuple, on a besoin pour chacun d’une règle bien adaptée. Certains veulent des règles petites, d’autres veulent des règles grosses, souples, sûres, avec des épines, sans épines. Donc il faut parler à chacun le langage qu’il veut. Je devrais avoir un seul objectif : 8 millions de discours pour adapter les discours à chacun ! Ce n’est pas facile.

Source : Salfo-Albert Balima, Légendes et histoires des peuples du Burkina Faso.

Par Bendré

Messages

  • Merci Mr le Journaliste,

    Mais la plus grande des victoires, c’est la transformation des esprits. Le Burkinabé a confiance en lui-même maintenant. Il sent qu’il peut transformer la réalité, son milieu : President SANKARA.

    Malheureusement, nous perdons tous ces acquis depuis le Jeudi 15 Octobre 1987. En fait, tous NOS PROBLEMES d’aujourd hui ont commence ce jour 15 Octobre 1987. Avant ce jour, il y avait A BOIRE ET A MANGER.

  • Oh mon Dieu, quel homme ! quel mentalité ! quel visionnaire !
    Il me manque énormément !!!!!!!!!!

  • il doit être entrain de se retourner dans sa tombe en regardant ce qu’est redevenu son pays.Mais, tôt ou tard, le Burkina sera à l’image de cet homme immense,qu’on le le veuille ou pas !Reposez en paix, excellence

  • SALUT.si tu es bukinabè honnète laissé passer tous les messages de verités.SANKARA fut un GRAND HOMME dans l histoire de notre pays.merci

  • Le PF était GRAND,humble,visionnaire.Plus qu’un bilan, son passage à la tête de ce pays a forgé un certain esprit africain.Visitez un pays d’afrique et prononcez le nom de THOMAS et vous comprendrez que le message que véhiculait THOMAS a eu un impact sur les consciences.IL n’y a qu’ici au BURKINA FASO, pays pauvre très endetté où les esprits sont retors que nous n’avons pas su engranger les idées et l’enseignement de SANKARA.Sinon nous aurions pris notre destin en mains depuis que le pays est sous coupe réglée de la famille de l’autre.

  • Tant que l’occident a ses intérèts dans les payes d’Afrique, on aura jamais des dirigéants "indépendants" capables de faire le developpement. Or à l’allure oû vont les choses,nous sommes foutus et à jamais.

    • a chaque fois que li les discours de sankara j’ai des larmes aux yieux.que la terre lui soit legere.

    • Chers internautes, je partage votre grande nostalgie pour le President Sankara, l’humanite tout entier d’ailleurs. Mais force est d’avouer que ses ideaux servent de lanterne pour nous aujourdhui pour affranchir nos peuples du jout de la nature et de nos ennemis. En d’autre termes, il ya en chacun de nous un "Thomas Sankara qui sommeille", mais qui est tout simple grippe par la peur d’etre rejete et stigmatise par les autres. C’est le plus grand defi pour tout un chacun de nous a Relever

  • oh Thoma Sankara , que tu nous manque tellement !
    En lisant cet article, j’ai la chaire de poule et des larmes aux yeux
    Que Dieu le pardonne !!!!!!!!!

  • Ohh Seigneur d’ou nous viendra il encore un autre sauveur comme Thomas Sank. Lui c’est homme HONNETE je dis bien HONNETE qui reconnait faire des erreurs mais qui avance. AUjourd hui tous nos hommes plitiquse font des bilans positifs on a jamais entendu que quelque chose n a pas marché. ohhh ça va nous sommes satisfaits et aujourd hui la bonne ménagère est tjrs à 5Km de la fontaine d’eau laissé par Thomas Sankara. Vive Thomas Skank

  • Il devrait ètre en avance sur son temps.Sankara a eu tort d’avoir raison trop tot !Sa vraie victoire demeure son intemporalité

  • Oui, on ne peut que pleurer SANKARA. Il était là pour le peuple, et ce sont ses idées qu’on ramène. On allait bien être en avance.
    Il a exister et c’était le sauveur de l’Afrique. Il était pas venu pour s’enrichir. Il fallait accepter un temps soit peu pour un avenir prospère pour tous. Sinon, l’Afrique va bien, ce sont nos dirigeants qui vont mal et nous traine dans la boue.

  • Que du regret. Il était 30 ans en avance sur son temps. Ce qui fait que le Burkina ne pouvait pas ne pas se hisser sur tous les plans. Aujourd’hui, nous sommes dans la merde par ce qu’il n’y aucune vision, aucun leadership. C’est la boulimie, l’égoïsme, le gain facile,... qui prévalent et qui constituent la vision des "responsables" d’aujourd’hui. Pauvre Burkina, quand est-ce que tu te reveillera ????

  • PAIX A TOI HOMME INTÈGRE. JE T’AI DANS MON CŒUR POUR TOUJOURS

  • Que du gâchis. Le Faso vous regrettera toujours. Héros éternel

  • Repose en paix mon PRESIDENT. Tes assassins, eux, n’arrivent pas à dormir. Prions pour le Burkina car l’horizon est sombre

  • RIP Thomas 100carats !! Africa and the World shall remember !

  • Que Dieu garde ton ame et qu’il travaille a une véritable justice car tu as vécu dans sa direction et consenti des efforts immenses pour le peuple de Dieu. vivemenet que nous en soyons edifie sur ta mort....

  • quel beau gosse que dieu le reveil dans sa tombe pour qu il vient nous sauver.

  • le Burkina a perdu un homme si cher. Que son âme repose en paix. en parlant de Thom Sank j’ai des larmes aux yeux.

  • repose en paix, tu n’as pas vécu en vain

    « Vous avez à manger parce que vous êtes fonctionnaires, mais si le peuple est misérable et continue à être abandonné dans la misère, un jour le peuple va vous empêcher de manger tranquillement. Il viendra d’abord à votre porte et ensuite il la forcera avant de pénétrer dans votre maison pour tout casser et pour manger avec vous par la force ».

  • oui tout le monde reconnait aujourd’hui l’action de sankara mais a l’époque qui l’avait soutenu il s’est retrouve tout seul contre tous (je parle de l’elite) Et meme aujourdh’ui les gens ont fini par voir clair malgre tous les mensonges qu’on a dites pour salir les actions de sankara Et meme ca combien de gens sont prets a se mobiliser pour defendre la memoire de sankara dire non et se battre pour les idees de sankara ? on a laissé de faux sankaristes occuper le terrain et jouer un jeu malhonnette. Seul le peuple doit se prendre en charge et accepter se sacrifier pour ses idees comme sanakara a donné l’exemple. Admirons sankara et ses idees, c’est bien, suivons son exemple, c’est mieux

    SOME

  • Tu nous manques presi..............on a mal mal tres mal

  • Merci au journaliste pour son article. En fait, de mon humble avis, Thom Sank n’était helas pas fait pour les Burkinabè, nous ne le méritons pas,sinon, il y aurait des milliers de Thom Sank pour poursuivre son oeuvre, nous avons préféré la facilité, les raccourcis, les BRAKINA, les brochèttes, les bordelles, en fait, les 3B de l’autre. Pour ça, l’homme dérangeait, comme il n’est plus là pour nous en empêcher, nous avons dévoilé notre vraie nature. Nous allons payer cela cash si nous n’avons même pas commencer à le faire. Tous les peuples méritent leur dirigeant.Paix à son âme

  • Mes respects président THOMAS SANKARA. On ne t oubliera JAMAIS.

  • Tu etais un messi mon presi,tu avais le sens de la projection.tu es partis prematurement en laissant deriere toi des dictacteurs dont le seul souci etait de faire de ton pays dont tu avais une vision un enfer terrestre.Ils ont reussi leur mission,mais comme ils ne peuvent pas tromper tout le peuple tout le temps alors ils tendent vers leurs assymptotes. Thom Sank c’est toi qui avait raison. Paix a son ame

  • Thomas, tu nous a quitter ,mais tes paroles demeurera pour toujours.
    tu t’ai donner corps et ames pour ta patrie.
    Que ton ame repose en paix.

  • La seule façon de lui rendre hommage c’est de nous comporter ou que nous soyons selon son esprit de patriotisme.

    Reposez en paix Mr le Président !

  • Il a eu tord d’avoir raison trop tôt. Mêmes les plus grands capitalistes reviennent sur des principes simples comme la régulation depuis que les banques ont mis leurs économies à genou. Au Burkina, les boutiques témoins ne seront que le début du commencement. Contrôler de manière à ce que les plus pauvres aient le minimum est un acte souverain pour un état.

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