Chefferie coutumière à Nandiala : Naaba Karfo reconnaissant à celui qui l’a couronné

vendredi 18 novembre 2011 à 01h30min

Le chef de Nandiala, Naaba Karfo, s’est rendu le samedi 12 novembre 2011, à Lallé, commune rurale de Siglé dans la province du Boulkiemdé, pour dire merci à celui qui l’a fait chef. Il respecte ainsi une tradition léguée par ses ancêtres.

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Intronisé en 2008 par Naaba Sanem, chef de Lallé, Naaba Karfo, chef coutumier de Nandiala, est allé traduire sa reconnaissance à celui qui l’a couronné. Il sacrifie ainsi à la tradition léguée par ses pères. "En venant dire merci au chef de Lallé, je ne fais que suivre les pas de mes ancêtres...", a laissé entendre Naaba Karfo pour justifier le sens de son "pèlerinage" à Lallé. Il était accompagné d’une forte délégation dont les différents responsables coutumiers des quartiers de Nandiala.

Après que lui-même eut été installé, Naaba Sanem fait introduire son hôte du jour et sa délégation. L’objet de la visite du chef de Nandiala est situé par le porte-parole de Naaba Sanem qui, lui aussi, l’a reçu de celui de Naaba Karfo. Les échanges sont suivis de remise de cadeaux par la délégation de Nandiala à Naaba Sanem. Des cadeaux composés d’un bélier, de poulets et de l’argent. "Naaba Sanem me fait vous dire que vous venez de sacrifier à une tradition qui vous a été léguée par vos ancêtres. Maintenant, vous pouvez régner. Le chef vous souhaite un très long règne. Populations de Nandiala, vous êtes invitées à accompagner et à soutenir votre chef, afin qu’il puisse œuvrer au bien-être de tout Nandiala". Ces propos sont du chef de Lallé, transmis par son porte-parole, un neveu de la famille. Ils marquent un terme à la cérémonie qui a duré environ 30 minutes après que la délégation de Nandiala eut attendu près de 2 heures.

Mais comme il est d’usage, après Naaba Sanem, le chef doit aussi saluer les sages de la cour. Changement de décor donc, car c’est sous le grand neem à l’entrée de la concession, que cet autre évènement eut lieu. De l’argent est également remis aux différentes composantes. L’humour était au rendez-vous pour la circonstance. En effet, après avoir vérifié le contenu de l’enveloppe qui lui a été remis et l’ayant jugé insuffisant, un des sages lâche : "Si je ne peux prétendre au bonnet de chef, je ne dois pas être privé de nourriture...". Ces propos soulèvent un rire général. Ce coup de gueule (car, c’en est un) teinté d’humour a été bien entendu, puisque son auteur reçoit immédiatement après un billet de banque qu’il s’empresse de mettre dans la poche de son boubou, l’air content. Le billet de banque est suivi de trois bidons de 20 litres chacun, remplis de dolo (boisson locale à base de mil).

La deuxième personne à provoquer l’hilarité est le porte-parole lui-même, (chargé de remettre les enveloppes à leurs destinataires. Ayant reçu l’enveloppe destinée aux "serviteurs" de la cour (sog nin en langue nationale moore) et, jetant un regard autour de lui, il dit : "Je ne vois personne, cette enveloppe est pour moi". Et il la glisse dans sa poche.

Le chef met ensuite, le cap sur Nandiala. Une foule en liesse l’attendait. Il est conduit à la place du marché d’où il sera escorté à pied et aux pas de danse traditionnelle (le wiiré) rythmé par les tambours jusqu’à sa cour. "Dans cette cour sont effectée, les différents rites coutumiers. Le chef n’y réside pas. C’est notre aîné qui y habite...", confie un jeune frère du chef. La cour, très vaste, garde un aspect traditionnel. La plupart des maisons d’habitation, les greniers de mil sont conservés dans ce style.

Avant de regagner sa cour, Naaba Karfo a marqué un arrêt à l’endroit où le fondateur de Nandiala, Naaba Nagraogo, venu de Tenkodogo, aurait été enseveli ou se serait enfoncé sous terre, pour lui demander protection. Selon le frère aîné du chef, l’ancêtre de Nandiala, Naaba Nagraogo, aurait dit, lorsqu’il est arrivé à cet endroit de Tenkodogo, qu’il allait s’y installer pour régner : "m naa zinda ka n guélé". Le nom de Nandiala est un dérivé du mot "guélé" en langue nationale moore. "Notre ancêtre n’est pas mort. Il est rentré sous la terre et à la place, est sorti un figuier...", explique le frère aîné du chef.
Après avoir accompli ce "pèlerinage" à Lallé que tout chef intronisé par Naaba Sanem a l’obligation d’effectuer, Naaba Karfo, à l’état civil, Noaga Parfait Aristide Ouédraogo, peut désormais, régner avec plénitude sur Nandiala.

Etienne NASSA

Sidwaya

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