INCULPATION DU COUPLE GBAGBO : Une entrée en matière avant la CPI

lundi 22 août 2011 à 02h36min

L’ex-couple présidentiel ivoirien, Laurent et Simone Gbagbo, est désormais situé sur ce que la Justice ivoirienne lui reproche. Inculpé depuis jeudi dernier pour infractions économiques, l’ex-couple présidentiel a été mis en détention préventive. Il voit ainsi son statut juridique clarifié, voire régularisé, après avoir été arrêté et assigné à résidence surveillée il y a de cela quatre mois. Cinq chefs d’accusations pèsent sur l’ancien chef de l’Etat et son épouse. Ils doivent répondre en effet de vol aggravé, détournement de deniers publics, concussion (ou malversation), pillage et atteinte à l’économie nationale. Le chômage technique prend ainsi fin pour leurs avocats que l’absence de charges retenues contre leurs clients avait visiblement privés de grain à moudre au point qu’ils avaient exigé leur libération sans condition.

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Cette inculpation couvre la période de crise postélectorale, qui va du 28 novembre 2010, date du second tour de la présidentielle, au 11 avril 2011, jour de l’arrestation de l’ancien président. Celui-ci risque la perpétuité au cas où il serait reconnu coupable des crimes économiques dont il est soupçonné. Une trentaine de proches de Laurent Gbagbo, dont son ancien Premier ministre Gilbert Aké N’Gbo et plusieurs ex-ministres, ont déjà été inculpés et attendent d’être interrogés.

En ne s’attaquant qu’au volet économique des crimes dont le régime déchu est susceptible de porter le chapeau, le pouvoir judiciaire ivoirien tient ainsi sa promesse faite de confier le jugement des crimes de sang à la Cour pénale internationale (CPI). Toute chose qui permettra de garantir à ce dossier un traitement plus ou moins équitable. Car, il ne fait aucun doute qu’une investigation impartiale et indépendante sur ces graves infractions mettra en cause des partisans des deux camps.

Il n’est par conséquent pas de bon ton que ce soit une des parties prenantes au conflit postélectoral ayant fait plus de 3 000 victimes, qui mène l’instruction d’une telle affaire. La CPI semble d’ailleurs la structure tout indiquée pour connaître du délicat dossier des crimes de sang commis en Eburnie, d’autant plus que, plus qu’une juridiction nationale, elle a les compétences et les moyens nécessaires pour le faire. Quant aux crimes à caractère économique, la juridiction internationale étant incompétente pour en connaître, la Justice ivoirienne peut s’en saisir avec juste raison. Certes, la justice des vainqueurs tant redoutée n’est pas évitable à cent pour cent, mais son impact sera considérablement atténué dans ce cas-ci.

Parce que les fonds publics dont le détournement au moment de la guerre est ici incriminé, n’étaient pas accessibles aux tenants de l’actuel régime, qui étaient plutôt du côté de l’opposition. A la limite, ceux d’entre les partisans du président Alassane Dramane Ouattara (ADO) qui ont été les auteurs de pillages pourront être inquiétés dans cette affaire de crime économique. Consciente donc qu’elle ne se heurtera à aucun obstacle lié à la présence d’un des gros bonnets du pouvoir d’Abidjan parmi les accusés, la Justice pourra dérouler sans entrave et amplement son rouleau compresseur en vue de traiter avec toute la rigueur du droit tout dossier qui tomberait dans ses mains.

Et elle tient d’ailleurs le bon bout dans sa traque des criminels économiques, qui n’est en réalité que le début d’un feuilleton judiciaire qui ne manquera sûrement pas d’intérêt. L’inculpation de l’ex-couple présidentiel se présente effectivement comme une entrée en matière assurée par la Justice ivoirienne, en attendant l’entrée en jeu de la CPI dont le procureur, Luis Moreno Ocampo, s’est dit déjà prêt à ouvrir une enquête sur les crimes postélectoraux commis en Côte d’Ivoire. En optant pour une recherche simultanée de la réconciliation et de la justice, ADO est probablement en train de marcher sur des œufs au regard de la délicatesse de sa démarche.

Car, les pro-Gbagbo n’accueilleront pas favorablement un verdict qui serait sévère envers leurs nombreux partisans inculpés, et peut-être clément pour ceux du camp de l’actuel président, qui viendraient à être ajoutés sur la liste des accusés. Toutefois, il est de la nature de la Justice de ne pas chercher à tout prix à mettre tout le monde d’accord, le principal étant de dire le droit, sans verser dans des considérations sentimentales ou partisanes. Cette option de ADO ne manque donc pas de sagesse et de pragmatisme et pourra se révéler la meilleure voie, pour peu que les nouvelles autorités du pays de Houphouët-Boigny acceptent de collaborer avec les institutions judiciaires nationale et internationale et de leur accorder l’indépendance et les moyens nécessaires pour faire leur travail.

« Le Pays »

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