GAMBIE : Jammeh, ce dictateur oublié

jeudi 21 juillet 2011 à 02h20min

On a tendance à l’oublier, mais l’un des plus féroces dictateurs du continent aime pousser l’audace jusqu’à faire parler de lui : Yaya Jammeh, qui dirige la Gambie d’une main de fer depuis de nombreuses années, entend bien rempiler à la prochaine élection présidentielle. Le scrutin est prévu en fin d’année, et l’actuel chef de l’Etat a bien l’intention de succéder à lui-même.

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« The Gambia », comme on l’appelle en milieu anglophone, est un petit paradis touristique de l’Ouest africain. Lové dans la gueule du lion sénégalais, il partage avec ce dernier l’essentiel de ses frontières terrestres. Le reste est balayé par l’Océan Atlantique qui lui offre d’énormes possibilités au plan des ressources halieutiques, des échanges et des affaires. De la Gambie, on retient aussi les prouesses en football ! Il est incontestable qu’une fois sorti de ses turbulences politiques, ce pays a énormément progressé. Mais c’est davantage au plan touristique que la Gambie a de quoi faire rêver. D’où cet afflux de touristes au fil des ans.

Ils émanent de partout, surtout de pays nordiques comme la Suède, la Norvège et le Danemark. Des aventuriers débarquent également d’Amérique du Sud et des îles comme la Jamaïque. Mais aux amateurs du soleil, de la mer, du sable fin, du reggae et de la salsa, se mêlent également les trafiquants de tous genres. De sorte qu’il devient de plus en plus difficile de combattre avec efficacité la contrebande sous toutes ses formes et de lutter en particulier contre le commerce de la drogue qui prospère. Il en résulte que dans cette partie d’Afrique où se généralise la pauvreté, la morale tend à s’éroder au fur et à mesure que se désagrège le tissu social.

Mais autant la Gambie constitue une véritable curiosité touristique, autant son président actuel, Yaya Jammeh, passe pour un personnage atypique. Parvenu au pouvoir à la faveur de coups d’Etats et de rébellions armées, l’homme se conduit comme un messie. En véritable illuminé, Jammeh se présente, de temps à autre, comme un tradipraticien hors pair : s’il n’avance pas qu’il guérit les malades du SIDA, il affirme qu’il possède un remède efficace contre l’épilepsie. Toujours est-il que les résultats en la matière se font toujours attendre et malgré les solides connaissances du président gambien, son pays n’a jusque-là pas officiellement renoncé à l’aide internationale face aux épidémies qui perdurent.

En plus du bluff de son président, la Gambie actuelle se positionne comme un pays d’arrière-garde en matière de droits humains. Véritable bourreau pour tous ceux qui osent lutter en faveur des libertés démocratiques, le régime gambien constitue, à travers la personne de son président, un cas de conscience sur ce continent où les peuples aspirent depuis longtemps à vivre, à circuler et à travailler librement. S’il est vrai que des élections s’y tiennent régulièrement et que certaines institutions existent, il n’en demeure pas moins que le chef de l’Etat gambien demeure, pour beaucoup d’Africains, un véritable prédateur de la presse.

Des journalistes y sont régulièrement inquiétés ou incarcérés. Nombre d’entre eux finissent par prendre le chemin de l’exil pour ne pas perdre la vie, tant les conditions d’exercice de la profession sont exécrables. En fait, il se dégage la nette impression que plus vous faites bon compagnonnage avec l’éthique et la déontologie, autrement dit plus vous vous montrez plus critique et soucieux du respect de la vérité, plus vous courez la chance de vous faire assassiner. L’on comprend d’ailleurs très difficilement comment les partenaires techniques et financiers font pour continuer à coopérer avec un tel régime ?

Aux antipodes de la démocratie républicaine, le mode de gestion du gouvernement gambien a fini par classer ce dernier au même niveau de forfaiture que les régimes déchus de Tunisie et d’Egypte. C’est dire que de nos jours, Jammeh et son entourage occupent le premier rang lorsqu’il s’agit de désigner les dictateurs africains. Les peuples méritent leurs dirigeants, a-t-on coutume de dire. Mais comment ne pas compatir avec ce petit peuple gambien qui souffre à la fois de la pauvreté et des manquements graves en matière de gouvernance ? Des promesses non tenues par Yaya Jammeh à son avènement au pouvoir, tout comme de la sollicitude et du soutien à peine déguisé que les puissants de ce monde accordent à ce régime qui fait la honte du continent, il y a de quoi s’indigner !

Comme de nombreux pays africains gérés par des dictatures ouvertes ou discrètes, la Gambie de Yaya Jammeh se distingue de plus en plus comme une république sans foi ni loi. N’y règne en effet que la seule loi du régnant bientôt à vie : Yaya Jammeh ! Petit, sans grandes ressources et surtout sans liberté, la Gambie d’aujourd’hui sombre sous le diktat de Jammeh dont les agissements n’offrent point de salut aux générations montantes. Et ne comptez pas sur le Sénégal qui l’enserre, pour l’aider à se débarrasser de ses chaînes. En effet, on trouve aux commandes de ce pays voisin Me Wade, un autre prédateur des libertés et de la démocratie. L’actuel occupant du Palais de Dakar est aux prises avec les turbulences sénégalo-sénégalaises, et les maquisards de Casamance. Ce n’est donc pas lui qui a déjà du mal à répondre aux aspirations du peuple sénégalais qui saura aider à résoudre les nombreux problèmes des Gambiens. Il serait pourtant de bon ton de réactiver un jour le vieux rêve de la Sénégambie, une confédération qu’Abdou Diouf, après Senghor, avait difficilement tenté de bâtir avec le premier président gambien, Sir Dawda Kairaba Diawara.

Pour l’heure, il importe que la communauté internationale s’implique plus sérieusement dans le suivi du dossier de la gouvernance en Gambie. Il est temps que cessent des pratiques d’autres siècles. L’Union africaine (UA), les bailleurs de fonds en général, les Nations unies et l’Union européenne, les pays nordiques en particulier, doivent cesser d’être les complices d’un régime qui excelle quotidiennement dans la répression.

La Gambie de Yaya Jammeh incarne parfaitement aujourd’hui la « république très très démocratique du Gondwana », aux excès régulièrement dénoncés par l’humoriste nigérien Mahamane sur les antennes de notre consœur Radio France internationale (RFI). Aussi les partenaires du continent ne doivent-ils pas se montrer indifférents aux crimes que Jammeh et sa clique commettent jour après jour en Gambie. A l’heure où le Tribunal pénal international donne de la voix, il est inadmissible que des satrapes comme Yaya Jammeh continuent de violer impunément les droits humains élémentaires et surtout à narguer le monde !

"Le Pays"

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