Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

mardi 28 juin 2011 à 02h10min

Les malades mentaux errants peuvent représenter un danger public, du fait de leurs agissements. Pourtant à Ouahigouya, chef- lieu de la région du Nord, leur nombre va croissant, ce qui suscite certainement un malaise, tant au sein de la population que de celui des autorités communales et davantage au niveau du service psychiatrique du Centre hospitalier régional.

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En contexte africain, on explique la folie par le fait d’être possédé par des esprits maléfiques. Dès lors, le possédé adopte des comportements impropres à la vie sociétale. Au nombre de ces conduites, des propos incohérents parfois agressifs sont proférés à longueur de journée par le délirant. Les familles, averties dès les premiers instants tentent diverses formes de guérison. Le patient est conduit chez le guérisseur qui est le seul à détenir le secret de la guérison ou il est amené dans des lieux de culte pour des prières en vue de sa délivrance. A l’issue de toutes ces tentatives de guérison infructueuses, certaines familles, compte tenu du lien parental très fort, préfèrent isoler le malade de la concession familiale et le ligotent souvent, si celui-ci présente des comportements agressifs. Par contre, d’autres préfèrent s’en débarrasser, parce qu’il devient une personne « gênante ».

Communément appelés « fous » ou en encore malades mentaux errants dans le jargon médical, la majorité de ces aliénés ignorent leur état et ont des difficultés relationnelles avec leurs proches. « Le malade mental errant correspond le plus souvent à la schizophrénie. C’est celui qui souffre d’une affection mentale », précise Ousséni Kondo, attaché de santé, en santé mentale, au service psychiatrique du Centre hospitalier régional (CHR) de Ouahigouya. Une fois loin de leur famille, ces malades se créent un univers à eux. A Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord, il n’est pas rare de voir ces personnes des deux sexes et de tous âges en haillons, les cheveux crasseux, parfois nues, dans les lieux publics.

Même si aucune statistique ne montre que la cité de Naaba Yadéga est la localité qui abrite le plus de malades mentaux errants au niveau de la région du Nord, elle regorge tout de même d’un grand nombre de ces personnes aliénées. Il suffit de longer une voie beaucoup pratiquée par les usagers comme celle du marché central de la ville, pour se convaincre de leur présence en ces lieux. Ils squattent les espaces publics qu’ils prennent le soin d’aménager avec des objets (chiffons, ustensiles divers, bouts de ferraille...) collectionnés au cours de leur promenade. Même les cimetières ne sont pas épargnés. Ils y dorment pour la plupart, à la belle étoile. Ainsi, il peut arriver de trouver des malades mentaux errants couchés au bord du goudron ou devant la concession d’un particulier.

Comment ils s’alimentent ? A l’observation, on peut dire que ces aliénés tirent leur pitance dans des poubelles qu’ils écument à longueur de journée ou vont s’alimenter au marché de Nab-raaga (marché de fruits et légumes jouxtant le grand marché de la ville). Ceux qui gardent un peu de lucidité font l’aumône. Ils s’adressent aux passants, en quémandant quelques pièces d’argent ou tendent une boîte pour recueillir tout ce qu’ils reçoivent en guise d’aumône.

Ouahigouya, déversoir des fous

Si jusque-là, la population supporte la présence de ces fous à ses côtés, il n’en demeure pas moins que leur nombre, qui va crescendo, suscite un certain nombre d’inquiétudes. De là, on est en droit de se poser la question suivante : qu’est-ce qui peut expliquer la présence d’un grand nombre de malades mentaux errants dans la cité de Naaba Yadéga ? De l’avis de Alizèta Ouédraogo, secrétaire administrative, une grande partie de ces malades viendrait d’ailleurs « Quand il y a un grand évènement à Ouagadougou, on prend les fous et on les envoie à Yako. Ensuite, ils progressent jusqu’à Ouahigouya. Sinon ils ne sont pas tous originaires de notre localité », dit-elle.

Pour Ousséni Kondo, la raison principale est que la ville est l’endroit où le fou est susceptible de trouver à manger. « Compte tenu de leur état, ces malades mentaux errants ne se mélangent plus aux gens. Ils ont des difficultés dans les relations avec leurs parents, parce que ces derniers ne les comprennent plus. Par finir, ces malades se retrouvent en ville, où ils ont la facilité pour se trouver à manger et pour mendier également. C’est pourquoi vous les verrez la plupart du temps au grand marché de la ville », explique-t-il. Une autre raison non moins importante est à prendre en compte. Il s’agit, selon Daouda Songué, enseignant au lycée Yadéga, de la consommation des stupéfiants. « L’oisiveté et souvent le travail des jeunes dans les sites d’orpaillage, font que ceux-ci s’adonnent à la consommation de la drogue, à telle enseigne qu’ils disjonctent. Quand vous voyez les fous dans la ville, c’est pratiquement des jeunes » dénonce-t-il.

L’autre versant de ce décor est le comportement de ces malades errants vis-à-vis du citoyen lambda. Quelques fois pris dans l’étau de la schizophrénie, ils s’en prennent violemment, aux passants. Daouda Ouédraogo, élève au lycée Yamwaya de Ouahigouya raconte sa mésaventure. « J’ai failli un jour être agressé par une folle vers la Place Naaba Kango. Elle a essayé de me gifler, mais j’ai eu le réflexe de l’éviter. On doit éloigner cette folle de la ville, parce qu’elle est dangereuse ». Certains sont réputés dans les agressions des passants. Ainsi, au secteur n°13 de Ouahigouya, un malade mental, du nom de Bernard, s’en prend à une catégorie de personnes. « Sa cible, ce sont les femmes et les fillettes qu’il frappe », soutient Amadé Ouédraogo.

En des circonstances pareilles, les plus impulsifs sont amenés de force au service psychiatrique du CHR de Ouahigouya par les forces de l’ordre. Quand bien même une des dispositions du code pénal, en ce qui concerne les mesures de sûreté, stipule que l’autorité (le gouverneur, le maire ou le préfet) peut décider de l’hospitalisation d’un malade mental, si elle estime que ses agissements dans la ville met en danger à la fois, les individus et les biens publics ou privés, l’attaché en santé mentale déplore le manque de moyens dans son service, lorsque ces genres de situations se présentent à lui. « Souvent, la police municipale les amène chez nous sans accompagnants. Et là, nous sommes coincés, quand les choses se passent ainsi, parce que nos structures ne sont pas tout à fait préparées à recevoir des malades sans accompagnants. Nous sommes pauvres en ressources (NDLR : humaines et matérielles) pour les prendre en charge », confie-t-il. En effet, le service psychiatrique ne compte que 3 agents et reçoit en moyenne 15 consultations par jour et elles peuvent aller jusqu’à 30 quelques fois.

Le silence radio de la mairie

Pour l’agent de santé, la prise en charge des malades mentaux errants ne devrait pas être uniquement l’affaire du système sanitaire. « Nous avons la chance d’être entré dans la communalisation. C’est aux maires de s’engager dans la prise en charge des malades mentaux errants et ils auront l’appui des techniciens en santé mentale, à travers des solutions », préconise-t-il. A la mairie de Ouahigouya, la question semble ne pas être sur les lèvres. En l’absence du bourgmestre de la ville, l’autorité habilitée à répondre à nos sollicitations, n’a pas voulu se prononcer sur le sujet. Dans notre persistance, nous avons pu glaner quelques informations auprès d’un agent de la mairie qui a préféré garder l’anonymat. Selon lui, cette question aurait été abordée à une des réunions du conseil municipal, mais rien n’a filtré en ce qui concerne les solutions pour juguler ce phénomène.

Vrai ou faux ? La remarque est que le nombre de malades mentaux errants continue de prendre une allure exponentielle à Ouahigouya. Pourtant, le problème est si préoccupant que si l’on n’y prend garde, il sera difficile voire impossible pour la commune, de faire sortir « le diable de la maison ». Nous osons croire que cet article fera mouvoir les autorités communales, afin qu’elles travaillent en synergie avec le service psychiatrique du CHR de Ouahigouya. Car, un constat général montre que ce n’est pas seulement la cité de Naaba Yadéga qui regorge d’un grand nombre de fous, mais c’est pratiquement toute la région du Nord. Ces aliénés étant très mobiles, ceux-ci peuvent converger vers le chef-lieu de la région. La solution qui consiste à les éloigner de la ville ne résoudra pas le problème.

Paténéma Oumar OUEDRAOGO


Chaque ville a “son fou”

C’est pratiquement toute la région du Nord qui est « infestée » par la présence des malades mentaux errants. Dans la province du Passoré (Yako), leur nombre, quoiqu’important, n’est qu’une banalité aux yeux de la population. Dans cette contrée, ils sont de tous les âges et de tous genres et la convergence des vues s’accorde à dire que le bannissement, la malédiction et même la faillite sont les principales causes de l’état des fous. A Gourcy (province du Zondoma), ville à cheval entre Yako et Ouahigouya, enregistre aussi un grand nombre de ces personnes aliénées. Si certaines y ont établi leur quartier général, parce que natifs de la localité, d’autres sont en partance pour la cité de Naaba Yadéga. La province du Lorum (Titao) n’est pas en reste, car, elle aussi, a son lot de fous qu’elle déverse par moments, à Ouahigouya.

POO

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 28 juin 2011 à 11:13, par Ben
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    Un nouveau chantier que le gouvernement devrait explorer et
    voter un budget pour la prise en charge de ces malades.Ils sont avant tout les rejetons de la société Burkinabè.

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  • Le 28 juin 2011 à 12:31, par yade-bilo
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    Depuis 2001 j´en ai fait la remarque lors d´un bref sejour à ouayigouya .Je pense que cette ville bat le record en nombre de malades mentaux au BF.
    De toutes les facons le yadega est née fou(rire)y compris moi meme et dès que sa tourne mal socialement il dijoncte completement.

    Répondre à ce message

  • Le 28 juin 2011 à 14:41, par MADESS
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    SALUT A TOUS
    VOILA. C’EST DAN CE SENS KON PEUT AIMER CE SITE. SA Cè RIEN KE DE LA VERITE. L’AFFAIRE DES FOUS DE YAKO ET OUAHIGOUYA DOIT-ETRE PRIS O SERIEUX. MAIS MALHEUSEMEN LES POLITIK SEN FOUTENT ET LES GENS LES CAUTONNE. CE PAYS LA EST PRESQUE FOUTU. MAIS KE DIEU NOUS GARDE !!!!

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  • Le 28 juin 2011 à 14:51
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    faudra penser à couper les trompes des folles pour qu’elles n’aient pas denfants ou à leur mettre des norplants

    bocoup profiteront leur faire des enfants jen ai vu et tout pour des raisons ignobles

    Répondre à ce message

  • Le 28 juin 2011 à 15:14
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    Je n’ai pas lu l’article mais je trouve que ce n’etait pas necessaire et meme deshonorant d’inclure une telle photo. Nous qui ne sommes pas fous devons respecter la dignite des fous et de tout autre etre humain. Je ne comprends pas ce que la photo est supposee accomplir.

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  • Le 28 juin 2011 à 16:23, par séverin
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    Bjr à tous !
    il faut mener des études sociologiques et psyhologiques pour vraiment cerner les facteurs qui conduisent à l’état de malade mental. c’est grave aussi à Ouaga.

    prudence à tous quand on s’approche de nos frères qui sont dans cette situation. ils n’ont pas les mêmes réactions

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  • Le 28 juin 2011 à 16:25
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    Merci pour cet article qui nous rappelle la souffrance de temps de personnes abandonnées par l’Etat Burkinabè et le monde du volontariat et le monde associatif qui souvent préfèrent s’orienter dans les secteurs où il y à bouffer (SIDA, PALU, TBC....) !!! Je trouve très blessant d’utiliser la parole "infestés" pour parler des personnes souffrantes d’une pathologie psychiatrique.
    Comment osons nous parler d’un Burkina émergeant quand la réalité est autre ? malades abandonnés, cimétières délabrés et lieux de décharges.... où est notre dignité et notre solidarité ?

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  • Le 28 juin 2011 à 18:54, par Mouss-Bill
    En réponse à : Commune de Ouahigouya : Ces fous qui errent dans la cité

    << le malade mental errant coorespond le plus souvent a la schizophrénie ;c’est celui qui souffre d’une affection mental.CELA ne defini pas la schizo ;revoyer svp

    Répondre à ce message

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