Windhoek : Du protectorat allemand à la SWAPO

mercredi 15 juin 2011 à 02h30min

En ce sixième mois de l’année 2011, c’est un autre long voyage que je viens de faire. C’est en Namibie, en Afrique australe, sur les bords de l’atlantique. Ce pays, qui a une zone frontalière avec le Botswana, est prospère ; et Windhoek, la capitale, a un style de vie voisin de l’Europe et signifie « le lieu où souffle le vent ». Mais c’est un vent froid qui vous gerce les lèvres. La ville est haute et montagneuse avec des maisons dont l’architecture est d’une beauté admirable. Plusieurs peuples cohabitent là-bas avec des Européens d’origine allemande et afrikaner.

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Quand j’ai pris connaissance de l’itinéraire de ce voyage pour la Namibie, j’ai tout de suite compris que j’allais au bout du monde. Je connais un peu la région pour avoir séjourné plus d’une semaine en Afrique du Sud à l’occasion de la CAN 96 et fait deux escales en avion à Johannesburg, en partance pour le Mozambique.

Mais la Namibie, je ne l’avais pas encore visitée. Je savais tout simplement que c’est un pays indépendant depuis 1990 avec, comme premier président, le Dr Sam Nujoma, l’ancien leader de la SWAPO. Aujourd’hui, c’est Hifikepunye Pohamba qui est aux affaires.

On parle rarement de ce pays au Burkina, et cela se comprend aisément puisqu’il n’est pas dans l’espace CEDEAO. En outre, géographiquement, la Namibie est loin de nous et ce n’est pas la porte d’à-côté.

Le mercredi 1er juin 2011, c’est le jour de mon départ pour l’Afrique australe. Je suis à l’aéroport de Ouagadougou peu avant 8 heures de même que d’autres confrères qui y vont, comme moi, pour la couverture du match Namibie # Burkina comptant pour la 4e journée des éliminatoires de la CAN 2012. Je n’ai qu’un petit bagage à main. Trente minutes après mon arrivée, on invite les passagers d’Air Burkina à destination d’Accra à embarquer.

A 8 h 41, l’avion décolle et prend de l’altitude. Je regarde, par le hublot, les pâtés de maisons que la pluie a arrosés la veille, pendant que l’appareil s’éloigne de l’aéroport. Le ciel se dégage et j’aperçois les rayons du soleil.

N’ayant pas eu un sommeil juste la veille, comme d’ailleurs les jours précédents, depuis que ma femme dort son dernier sommeil, je cède à l’assoupissement. Mais, en fait, des souvenirs viennent peupler mon âme.

Je lui avais parlé de mon voyage après notre retour du village, où une messe de requiem avait été célébrée le 30 avril 2011 à Sasséma à l’occasion du 30e anniversaire du décès de mon père. Si elle était sur cette terre ingrate, elle m’aurait sûrement présenté son petit chapelet (je l’ai avec moi) comme pour me dire qu’elle priera pour moi, surtout que ce 1er juin, c’est la St. Justin. Mais elle n’est plus là pour que j’entende sa voix.

Le cœur endolori, je m’abîme dans la douleur sur mon siège. A un moment, j’essaie de percer les nuages moutonnés pour voir si sa vie est remontée vers Dieu. Mais le ciel ne livre pas ce que nous enseigne la Bible, et je ne sais pas si des larmes silencieuses ont coulé de mes yeux comme celles de Marie Duplessis, la Dame aux camélias, qui avait toujours eu le pressentiment qu’elle mourrait jeune. Vigny avait raison d’écrire dans son célèbre vers, dans La colère de Samson, que « Les deux sexes mourront chacun de son côté ».

Le ministre Badini m’en voudra si…

Plongé dans mes pensées, je sors de ma somnolence quand la voix d’une hôtesse se fait entendre.

« Monsieur, demandait-elle, voulez-vous du thé ou du café » ?

Je fixe mon choix sur le café, histoire de me réchauffer. Mais il est froid. Je le fais savoir à l’hôtesse qui dépose sur ma tablette un thé. Mais c’est la même chose que le café. Je me contente alors d’un croissant et d’un verre d’eau. L’hôtesse, qui est revenue entre-temps pour débarrasser la tablette, s’excusera, disant que l’appareil de chauffage à bord était en panne. Je l’ai écoutée sans avoir quelque chose à objecter.

L’avion, qui continue de suivre sa trajectoire, perd de l’altitude et vole bas pour atterrir sur la piste à 9 h 47. Des passagers descendent quand d’autres restent à bord. Ils vont à Lomé. Nous autres, nous avons un autre parcours à faire, et le vol est prévu pour 21 heures. Allons-nous attendre toute la matinée à l’aéroport ?

Je propose à mes compagnons de voyage d’aller en ville pour nous reposer en attendant l’heure fixée. Savez-vous où nous sommes alors descendus ? Eh bien, c’est à Victory hôtel, à Avenor Road (Neoplan Station). A la réception, on me reconnaît puisque mon dernier passage, c’était du 1er au 7 avril 2011. Je demande après la gérante qui est enchantée de me revoir.

Mes confrères Fernand Kouda (Sidwaya), Sidiki Dramé (Radio nationale), Cheick Karambiri (Télévision nationale) et son cameraman, Issa Kafando, restent perplexes. J’explique pourquoi nous sommes là et, aussitôt, elle donne des instructions. On nous trouve trois chambres de 2 lits dont une est gratuite.

Je fais monter mon petit bagage, et je descends pour aller me restaurer après le change dans une rue passante. Je passe près de la boutique dont je vous avais parlé dans une de mes précédentes lettres d’Accra, de l’homme de Pouytenga, des clients et de Gbagbo. Il est 13 heures passées et le boutiquier n’est pas là.

J’imagine qu’il est allé faire ses emplettes. Le Refondateur du FPI ayant perdu le pouvoir le 11 avril 2011 après l’entrée en scène de la Licorne, il est certain que le boutiquier et ses compatriotes qui soutiennent Ouattara se sont livrés ce jour-là à une jubilation intense comme au Golf de l’Observateur Paalga.

Ai-je oublié de parler d’une autre personne ? Le ministre Boureima Badini et mon confrère Paul Dédoui m’en voudront peut-être si je passe sous silence ce qu’ils attendent de savoir. Je n’ai pas vu Natacha Konan, l’Ivoirienne qui faisait le ménage à Victory et qui avait quitté Abobo pour le Ghana après les combats acharnés dans ce quartier cosmopolite d’Abidjan. J’ai appris qu’elle est repartie en Côte d’Ivoire pour continuer ses études. Je pense que c’est mieux ainsi.

Une fois dans ma chambre, je récite par cœur le sonnet que j’avais écrit quatre jours après la mort de ma femme, avant de m’abandonner au sommeil.

Un bel endroit pour le safari

Au lever, il est presque 17 h. Je passe rapidement sous la douche. Il est temps de partir pour ne pas être constamment pris dans un embouteillage. A Accra, on vit cela au quotidien, et le retard pour tel ou tel lieu ne pardonne pas.

Les deux taxis sont déjà dans la cour de Victory, les chauffeurs étant ponctuels au rendez-vous. Nous arrivons à l’aéroport à 18 h 30 environ. L’enregistrement vient à peine de commencer. Tout se passe bien et nous quittons Accra avec un Airbus 319 de la compagnie Air Namibia à 21 h 47.

Dans l’avion, il n’y a que deux stewards ; et ils font le tour pour s’assurer que chaque passager a respecté les consignes de vol. Ils sont jeunes et, pour reprendre l’expression chère à notre ami Michel Bationo, l’ardoisier du Tour du Faso, leur tenue est impeccable.

L’appareil de transport, qui a quitté l’aéroport à une allure vertigineuse, m’a donné un frisson d’angoisse. Il a fallu qu’il se stabilise pour que ma crainte se dissipe. Ses ailerons m’ont d’ailleurs rassuré avec une de ses lumières clignotantes. Il fait nuit noire dehors et on ne peut contempler la voûte céleste. Je m’ennuie à cent sous de l’heure.

On sert le dîner, et quelque temps après, je sens le sommeil me gagner. Je finis par m’endormir. Par moments, je me réveille et consulte ma montre. Elle tourne, mais l’avion ne tient pas compte de cela ; et je reste réveillé jusqu’à Johannesburg. Il est 4 h 54, heure locale, soit 2 h 54 TU. A notre descente, il fait un froid de loup. Nous sommes en transit. A Accra, on nous avait remis notre carte d’embarquement pour Windhoek.

Le jeudi 2 juin, c’est un autre avion de la même compagnie qui nous transporte pour la Namibie. Les passagers sont une quarantaine contrairement au vol d’Accra qui était plein.

C’est maintenant que je sens le voyage. La veille, j’ai presque passé une nuit mortelle. Par contre, le jour, c’est autre chose. En cours de route, je ne cesse de regarder une plaine qui s’étend jusqu’à l’horizon. J’ai l’impression que le fer volant traverse une zone désertique éloignée de toute agglomération.

Des collines se dressent au loin majestueusement. A un moment, je vois des sillons en divers endroits sur le sol. Mon voisin, qui a changé de siège, m’informe dans un français approximatif que ces lignes délimitent la frontière entre la Namibie et le Botswana. De l’autre côté, dit-il, se trouve l’Angola ; et c’est là-bas qu’il se rend.

Ce que je vois me surprend : pas d’arbres ni d’habitations à part des cours d’eau où, peut-être, des bêtes sauvages viennent s’abreuver. C’est magnifique ce qui se déroule sous mes yeux, et les touristes doivent aimer ce genre d’endroit pour le safari. Dans ma contemplation, l’avion perd de la hauteur et, vers la cabine, on parle anglais. Mon voisin m’informe que nous ne sommes pas loin de Windhoek.

Le Boeing 737, dont l’un des réacteurs perce mes oreilles, survole enfin des arbres de petite taille et se pose. Le vol a duré 1 h 26, comme si vous allez par exemple de Ouaga à Abidjan.

Le dollar namibien

C’est à pied que les voyageurs se dirigent vers un bâtiment de l’aéroport Kosea Kotoka. Je ne sais pas à quoi renvoie ce nom qui sonne un peu zoulou. Mais ce qui me préoccupe le plus, c’est de me retrouver rapidement à l’intérieur à cause du vent froid qui me fouette le corps. Les formalités se passent sans problème puisqu’une liste avait été envoyée depuis Ouagadougou pour le visa.

A la sortie, des gens viennent à notre rencontre. Ce sont des chauffeurs qui ont stationné leurs voitures aux abords de l’aéroport. Nous regardons pour voir si on est venu nous chercher. Il n’y a personne, et nous n’avons aucun contact d’un membre de la délégation burkinabè. Pourtant, les Etalons sont arrivés avant nous à Windhoek.

Pour ne pas perdre le temps compte tenu de la fatigue, nous décidons de prendre un car genre « Dyna ». Le prix qu’on nous propose semble exorbitant ; on sait certainement à nos mines que nous sommes des étrangers. Les Namibiens font-ils aussi de la surenchère quand l’occasion se présente ? Nous tombons sur un chauffeur qui est prêt à nous emmener à 300 dollars namibiens.

Mais d’abord où et combien cela fait-il en FCFA ? Le conducteur nous propose des hôtels de première classe. Nous nous concertons du regard. Ce monsieur sait-il d’où nous venons et croit-il que nous sommes cousus d’or ? Nous lui faisons comprendre que nous voulons un hôtel dont les tarifs sont abordables et qu’au besoin une auberge nous plairait.

N’ayant pas réussi à le convaincre de revoir le prix de la course, nous n’avons d’autre choix que de nous plier. Il nous embarque. Je dois dire en passant que bien avant ce que je raconte, j’ai fait le change de 40 euros dans un bureau à l’aéroport. J’y ai été reçu par une dame qui m’a remis 340 dollars namibiens.

Les autres ont aussi fait de même selon leurs besoins du moment. Le plus pressant est d’abord de payer le chauffeur et de trouver de quoi se mettre sous la dent en attendant de maîtriser la monnaie officielle de ce pays qui est le dollar namibien. Mes 340 dollars peuvent-ils me permettre de tenir une journée ? C’est la question que je me posais et j’étais un peu inquiet.

Guest House

Après un poste de police où il n’y a même pas eu de contrôle, je vois sur un panneau le chiffre 40 suivi d’une flèche directionnelle. Je consulte les notes que j’ai prises quelques jours avant mon départ de Ouaga. C’est exact : l’aéroport est à une quarantaine de kilomètres de la ville. Je comprends maintenant pourquoi le chauffeur n’a rien voulu rabattre.

A peine s’est-il éloigné qu’il emprunte une route à double sens. Premier constat : le bitume n’est pas mal, bien que des ouvriers, sur une partie de la voie, soient en train de réparer la chaussée. Des voitures, qui roulent en sens inverse les unes des autres, sont d’un autre genre ; et là on reste tranquille.

Et comme on le dit dans un certain milieu, au bord de la lagune Ebrié, ça ne ment pas. Depuis un bon moment, nous faisons route vers Windhoek ; au fur et à mesure que le car poursuit sa destination, un étonnant panorama se déroule devant mes yeux : chaîne de montagnes, arbustes épineux, blocs de granit. A quelques distances de la voie, des glissières de sécurité. On peut donc sans crainte faire de la vitesse sans être surpris par des animaux.

Je descends la vitre pour humer l’air tout en restant sous le charme de la céleste beauté du paysage. A l’approche de la capitale, un groupe de maisons aux styles différents et des plantes grimpantes forment un décor impressionnant. Mais je constate que la ville est calme comme si on y avait décrété un couvre-feu.

C’est le 2 juin, et peut-être fait-on le pont de l’Ascension. Après bien des détours, le chauffeur s’arrête devant un hôtel. Il descend pendant que nous regardons le cadre. L’un d’entre nous, qui l’a suivi, revient pour nous informer que les tarifs de l’hôtel ne sont pas à la portée de nos bourses. Nous expliquons la situation à notre « guide » qui commence à comprendre que nous ne sommes pas des gens du monde.

C’est à Guest House CC 39 Andimba Toivo Suiderhof qu’il nous conduit en définitive. Une dame d’un certain âge nous fait un excellent accueil et nous communique, par l’entremise du chauffeur, le prix des chambres. Ce n’est pas un hôtel, et je considère que c’est une espèce d’auberge de jeunesse. On nous fait voir des chambres doubles.

Comme d’habitude, je choisis de rester seul, et pour une nuitée, je paie 200 dollars namibiens. A côté de ma chambre se trouve une cuisine avec tout un fourbi. A cette heure de la matinée, la ville ressemble à un cimetière. Où trouver à manger ? L’aubergiste nous indique un endroit où nous pouvons trouver une alimentation. Nous nous rendons à pied sur une route grimpante, et chacun en revient avec ce qui peut lui suffire.

Le calcul, ce n’est pas mon fort

En ce mois de juin, le climat est éprouvant à Windhoek. Le soir, il gèle à pierre fendre. Il souffle un vent glacé et, dans ma chambre, je ne fais que ressentir la morsure du froid ; pour mettre le nez dehors, il faut être muni d’un manteau. En venant à Windhoek, je n’ai pas pensé, comme les touristes, à me précautionner contre les brusques changements de température.

Je me sentais désespérément seul pour penser à autre chose avant ce voyage. Je ne suis pas bien au chaud sous la couverture malgré le semblant de chauffage du climatiseur. Je n’ai pas dormi de la nuit. Le matin, je tire les rideaux de ma fenêtre. J’ai une vue plongeante sur une rue, et de loin, j’aperçois des montagnes. Le soleil est étincelant mais, dehors, la fraîcheur du matin m’oblige à porter deux chemises.

La veille, nous avons su grâce à un appel de Maurice Tapsoba, le chef de la délégation, que les Etalons sont descendus à Windhoek Country Resort et s’entraînent à 9 heures à Independence Stadium.

Un taxi en maraude nous dépose à ce lieu et après avoir découvert le temple des Brave Warriors, je pars pour la ville avec Fernand Kouda. J’achète dans une boutique un manteau que je porte sans même attendre d’arriver à Guest House.

Il m’a coûté 500 dollars namibiens. La conversion, c’est tout un calcul ; on m’a dit que pour convertir 200 dollars par exemple en CFA, il faut les diviser par 9, 45 pour avoir le montant en euros et ensuite multiplier par 655. En outre, une autre opération vous attend, et vous passez par 9, 47 pour aboutir au CFA.

Bonnes gens, le calcul, ce n’est pas mon fort ; et je vous le dis, en ce qui me concerne, Dieu seul sait combien de francs j’ai dépensés pendant mon séjour. Je sais tout simplement que le dollar namibien (NAD) est divisé en cents. Le plus gros billet vaut 200 NAD et les autres billets sont : 50 NAD, 10 NAD. Il y a aussi des pièces de 5 NAD, 1 NAD, 50 CTS, 5 CTS. Il faut être orfèvre en la matière et si vous pouvez le faire à ma place, c’est tant mieux !

Pour ne pas épiloguer sur ces chiffres, suivez plutôt ma journée qui se passe en flâneries. Je me promène aux environs d’Independence Windhoek, le cœur de la ville. De l’endroit où je suis, j’admire les gratte-ciel ; tout autour, il y a de nombreux établissements bancaires.

La ville, qui est en altitude, connaît une animation avec des piétons qui traversent la voie avec prudence. Des pavés de grès sont visibles partout. Je regarde les passants dont la peau est de couleur différente de la mienne. Des femmes potelées et habillées comme des prêtresses marchent lourdement. Elles sont sûrement de la confession luthérienne. Il y a une origine sur cette diversité, et il faut remonter dans le passé.

Les deux étudiantes

J’ai la chance de rencontrer deux jeunes filles qui m’ont entendu parler le français avec Kouda. Ce dernier achetait une « puce » à quelques mètres. Elles s’arrêtent et me saluent. Je fais de même et les deux inconnues me demandent de quel pays je viens.

Quand je prononce le nom du Burkina Faso, elles semblent surprises. De notre conversation, l’une d’entre elles m’informe qu’elles sont originaires de la RD Congo et font des études dans une université de Windhoek. Je suis, à mon tour, ébahi et je me présente.

« Depuis que nous sommes ici, c’est la première fois que nous voyons des Burkinabè. En Namibie, les Congolais, les Angolais et les Ivoiriens sont nombreux », me laisse entendre une des jeunes étudiantes.

Mes deux interlocutrices m’apprennent qu’en Namibie, les Noirs sont plus nombreux que les Blancs, les métis et les Chinois. L’anglais est la langue officielle, mais l’afrikaans, une langue d’origine hollandaise, l’allemand, le portugais sont également parlés.

D’autres langues existent, mais ma curiosité me pousse à leur demander pourquoi la ville était calme la veille de notre arrivée. Selon celle qui tient le crachoir, la moitié des Namibiens sont des catholiques et, dans ce pays, l’élévation miraculeuse dans le ciel du Christ ressuscité est jour férié.

Nous causons par la suite amicalement ; et quand la conversation commence à languir, les deux Congolaises me quittent pour un magasin achalandé.

Le protectorat allemand

Je les vois ressortir et se diriger vers une voiture où une femme les attend. La plus jeune des deux étudiantes me fait signe de la main ; je vois que, sur la plaque minéralogique, figure la mention CD (corps diplomatique). Je n’en crois pas mes yeux et je ne doute plus que les deux Congolaises soient vraiment des étudiantes, mais pas n’importe lesquelles.

Dans les environs, je vais casser la croûte dans un restaurant de type européen. Dans ce pays, la colonisation a laissé des traces et l’architecture des bâtiments en dit long. L’histoire s’appuie sur des documents d’où il ressort que la Namibie, connue autrefois sous le nom de Sud-Ouest africain, dont les côtes ont été découvertes par les Portugais (1488-1488), fut colonisée par les Allemands à partir de 1883.

Ceux-ci réprimèrent avec brutalité la révolte des Herero (1904-1906) en massacrant plus de 80 000 personnes. C’est une ethnie à côté des Ovambo, des Kavango, des Damara et des Nama. Pendant la Première Guerre mondiale, l’Afrique du Sud occupa le Sud-Ouest africain qu’elle annexa.

Après la Seconde Guerre mondiale, elle refusa de transformer son mandat en tutelle et gouverna le territoire malgré l’opposition croissante de l’ONU et les pressions internationales.

L’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo) lança la lutte armée en 1966. En 1973, l’ONU et l’OUA reconnurent la SWAPO comme seul représentant du peuple namibien. La lutte armée s’amplifia dans les années 1980. Le 5 août 1988, un accord de cessez-le-feu fut signé à Genève. L’armée sud-africaine se retira en 1989 et la Swapo remporta les élections législatives. Le 21 mars 1990, l’indépendance de la Namibie fut proclamée, Sam Nujoma étant le premier président.

J’ai fait un bref séjour à Windhoek et je n’ai pas eu le temps de visiter le cœur colonial de la capitale. On m’a aussi parlé du désert du Namib situé dans le sud-ouest du pays ; et il semble qu’il est le plus vieux désert du monde.

J’ai vu des photos du désert du Namib, qui a l’aspect d’une colline de sable. J’aurais voulu être là-bas pour le voir de près à cause de sa signification : « La terre où il n’y a rien ». Mais j’étais là pour autre chose. Par contre, je me réjouis d’être à Windhoek surnommé « Le lieu où souffle le vent ».

Mais ce n’est pas n’importe quel vent puisque celui-là est particulier : j’ai les lèvres fendues par le vent froid comme si j’ai attrapé le palu. Avec ce climat rigoureux, je n’ai pas eu le temps de sortir pour changer mes idées. Les deux Congolaises m’avaient indiqué un lieu appelé « Chez Ntemba », un célèbre night-club où on ne danse que la musique africaine. Ce n’est peut-être que partie remise.

Le 5 juin 2011, quand l’avion s’envole en direction de Johannesburg, je me plonge dans une profonde méditation. Le lieu où souffle le vent m’a permis un moment de cacher ma douleur ; et un tel voyage ne s’efface pas du souvenir.

Justin Daboné

L’Observateur Paalga

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