SITARAIL : Lassiné Diawara, la nouvelle locomotive

lundi 27 juillet 2009 à 01h34min

Proposé par le groupe Bolloré au poste de président du Conseil d’administration de la Société internationale de transport africain sur rail (SITARAIL), le Burkinabè Lassiné Diawara a été confirmé, lors d’un conseil extraordinaire de ladite société, dans sa nouvelle fonction à Abidjan, le 22 juillet 2009 qui s’est terminée par une conférence de presse. Mission, remettre la machine, confrontée à des difficultés consécutives à la crise ivoirienne, sur rail.

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Abidjan, la capitale économique ivoirienne, a abrité, le 22 juillet 2009, un Conseil d’administration extraordinaire de SITARAIL. Entre autres points qui étaient inscrits à son ordre du jour, le remaniement de la direction de la société suite à la démission de Michel Roussin de la présidence du Conseil d’administration de SITARAIL et au départ à la retraite de Pierre Martineau. Lassiné Diawara, président du Conseil d’administration, et Bruno Marilhet comme Directeur général adjoint de SITARAIL en attendant d’occuper le poste de Directeur général de la société à partir du 1er novembre 2009 ; c’étaient là les propositions du groupe Bolloré, actionnaire majoritaire de SITARAIL (67%), entérinées, à l’unanimité, par le Conseil. Si la nomination de Bruno Marilhet ne relevait que d’un secret de polichinelle, ce n’était pas le cas pour Lassiné Diawara, premier Africain à ce poste de responsabilité d’une société du Groupe Bolloré. Le nouveau PCA, qui doit d’abord terminer la mission de son prédécesseur, Michel Roussin, qui courrait jusqu’en 2012, pourrait être reconduit pour un mandat normal de six ans.

Diawara n’est pas un quidam au groupe Bolloré

De l’avis du Directeur général de Bolloré Africa Logistics, Dominique Lafont, le nouveau PCA de SITARAIL, Lassiné Diawara, n’est pas un inconnu au groupe Bolloré. Puisque ce dernier, a-t-il expliqué, exerce de nombreuses fonctions aussi bien dans son pays qu’entre la Côte d’Ivoire et le Burkina. Ancien administrateur de l’ex-Régie Abidjan – Niger (RAN), Lassiné Diawara est, entre autres missions, PCA de nombreuses sociétés au Burkina (la Manufacture burkinabè du groupe Imperial Tobacco – Grande Bretagne, Bank of Africa – Burkina Faso, SDV-Burkina (Scac-Delmas-Vieljeux du groupe Bolloré), président d’associations professionnelles (Syndicat des commerçants importateurs et exportateurs du Burkina (SCIMPEX), président d’honneur du Club des hommes d’affaires franco-burkinabè), vice-président du CES-Burkina, de la Chambre de commerce, de la Chambre consulaire régionale de l’UEMOA et du Conseil national du patronat burkinabè... M. Diawara s’est en outre révélé être, toujours selon le DG de Bolloré Africa Logistics, « un artisan inlassable de soutien au corridor d’Abidjan » ayant toujours œuvré, pendant toutes les années de troubles politiques en Côte d’Ivoire, pour que Abidjan soit le passage de prédilection du Burkina, lequel démarre d’ailleurs avec le port et continue avec le chemin de fer. C’est donc au regard de cette expérience, à écouter M. Lafont, que SITARAIL a jeté son dévolu sur Lassiné Diawara pour succéder à Michel Roussin à la présidence de son Conseil d’administration.

Car le nouveau PCA, a-t-il expliqué, est un ami de la Côte d’Ivoire ayant toujours œuvré au rapprochement des deux pays. C’est dire que Lassiné Diawara capitalise les atouts nécessaires pour sortir SITARAIL des difficultés auxquelles elle est aujourd’hui confrontée suite aux nombreuses années de crise politique en Côte d’Ivoire. Des troubles qui ont, par ailleurs, provoqué non seulement l’interruption des activités de SITARAIL pendant un an (de septembre 2002 à septembre 2003) mais aussi entraîné des dommages tant sur le réseau que sur son personnel ainsi que la hausse du coût général de fonctionnement. Ce qui n’a pas manqué d’amener les importateurs et les exportateurs, depuis les brouilles des années 2000, vers d’autres itinéraires à destination du Burkina.

Un plan de sauvegarde de l’outil SITARAIL

Dominique Lafont a annoncé qu’au cours du Conseil, SITARAIL a proposé aux Etats membres et aux bailleurs de fonds la redéfinition d’un nouveau partenariat devant permettre d’attirer de nouveaux financements des bailleurs de fonds. L’adoption de ce plan de financement entre les différentes parties, a-t-il assuré, fera beaucoup de ressources qui pourraient être réinvesties dans le chemin de fer. Il a fait état de 75 milliards de francs CFA pour les infrastructures, environ 60 milliards de francs de CFA pour les équipements roulants et 130 milliards de francs CFA pour l’entretien approfondi des voies et du matériel. Il a par ailleurs indiqué que cette proposition de SITARAIL reconsidère les priorités, la répartition des responsabilités entre les Etats et la société concessionnaire et précise les nouvelles voies possibles de financement des bailleurs de fonds. Le Conseil a, en outre, attiré l’attention des Etats sur l’urgence d’examiner attentivement ce nouveau plan de partenariat établi par SITARAIL qui devrait, à court terme, les engager à effectuer des requêtes de financement auprès des bailleurs de fonds. Il a insisté sur la nécessité d’adopter le plan d’investissement établi et l’urgence à le mettre en œuvre pour épargner SITARAIL de graves difficultés.

Le challenge n’est pas insurmontable

Lassiné Diawara s’est dit être honoré par la confiance faite à lui par Bolloré et les Etats en le nommant à la tête du Conseil d’administration de SITARAIL. Il est conscient de la lourdeur de sa mission qui est de sortir SITARAIL des difficultés qu’elle traverse actuellement. Le challenge, selon lui, n’est pas insurmontable, eu égard à la qualité des hommes animant la société qui demeure un outil important de développement et d’intégration entre les deux pays, et dont les bénéfices s’étendent aux autres Etats de l’UEMOA et de la CEDEAO. Des liens forts, a-t-il dit, existent entre la Côte d’Ivoire et le Burkina qui ont contribué à la construction de ce chemin de fer. En se référant à l’histoire, la génération d’aujourd’hui ne peut que, a-t-il lancé, ressentir le devoir d’œuvrer pour que ce patrimoine hérité de nos aïeux résiste à toutes les calamités. Lassiné Diawara compte en outre s’appuyer sur les nombreuses réflexions déjà faites en vue de la relance de l’outil pour réussir son mandat. C’est le cas de la stratégie du développement du chemin de fer que SITARAIL et les Etats sont en train d’élaborer et qui, s’est-il réjoui, vient à un moment où les bailleurs de fonds manifestent beaucoup d’intérêt pour cet outil.

Les priorités du nouveau PCA de SITARAIL

La relance de la machine est au centre des préoccupations de Lassiné Diawara. Il s’agit d’une question urgente et qui nécessite, selon lui, un partage des bonnes pratiques. Comme dans le passé, il préconise qu’on fasse tout de suite de SITARAIL un investissement d’urgence pour réhabiliter la voie et les infrastructures et renouveler le matériel roulant. Il recommande également l’amélioration de la gestion des flux entre les deux Etats, notamment les délais de rotation des locomotives et des wagons pour satisfaire le marché et la clientèle. Le groupe Bolloré peut faire de son mieux, a-t-il dit, mais celui-ci ne détenant que la concession de la gestion du service, il doit être rapidement accompagné par les Etats.

Lassiné Diawara, la main sur le cœur, s’est donc engagé à ne ménager aucun effort pour le redémarrage de la machine. A cet effet, il a dit être prêt à bien communiquer, à renouer dialogue et à mieux expliquer la vision que SITARAIL a pour le chemin de fer dans les 20 ans à venir. Il est également nécessaire, selon lui, que la convention de concession soit révisée pour l’adapter aux contraintes du moment et aux exigences environnementales qui se posent aujourd’hui.

Il a en outre été question, au cours du point de presse, de l’évolution du tonnage au niveau du transport marchandises. En 2001, avant la crise, SITARAIL a atteint un trafic record de plus d’un million de tonnes de marchandises contre un maximum de 900 000 t à l’époque de la RAN. SITARAIL s’était fixé un objectif d’1,2 million de tonnes en 2002, quand la crise ivoirienne est survenue. A en croire Lassiné Diawara, l’espoir est permis car l’année passée, le trafic s’est terminé à 830 000 t. Les projections de 2009 promettent d’être meilleures surtout dans le dernier semestre où, selon le PCA, une forte demande est constatée en ce moment.

Il n’est donc pas exclu, a affirmé M. Diawara, que l’on atteigne encore le niveau de l’année antérieure voire le dépasser. La crise financière, la grève des dockers, des douaniers, les manifestations contre la vie chère, a renchéri Mariam Diallo, la chargée de communication de SITARAIL, ont également joué négativement sur l’exploitation de la société. Quel qu’en soit, SITARAIL a mieux fait que du temps de la gestion séparée du rail, car rien qu’en 1995, SITARAIL a fait 500 000 t contre la moitié pour les ex-réseaux. Et depuis lors, le tonnage n’a cessé d’augmenter.

De l’avis de Lassiné Diawara, l’espoir est permis, car les activités reprennent de plus en plus et cela peut occasionner un programme de formation et partant de recrutement de personnel pour renforcer l’effectif, actuellement estimé à 1400 travailleurs, suivant le niveau des activités. Le trafic marchandises demeure le premier objectif de SITARAIL, pour sa rentabilité, mais la société a pris en compte le trafic voyageur, dans son plan de relance où il est prévu la réhabilitation de certaines gares. Il faut cependant, a indiqué Lassiné Diawara, que les Etats membres jouent leur partition en acceptant le partage du coût.

Hamidou Ouédraogo

L’Observateur Paalga

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Vos commentaires

  • Le 27 juillet 2009 à 19:02
    En réponse à : SITARAIL : Lassiné Diawara, la nouvelle locomotive

    Je souhaite beaucoup de courage a cet homme qui se bat pour le developpement de la sous region.En effet mr DIAWARA doit savoir qu’a l’heure actuelle la demande des wagons marchandises depasse largement la capacite de SITARAIL.Ca penalise pas mal de societes industrielles au faso.Alors etant un moyen sur de transport je voudrais qu’il s’active dans ce sens pour relancer cette compagnie qui etait entrain de mourir.
    De la part d’un industriel burkinabe.

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