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Artistes engagés ou vulgaires hypocrites ?

Publié le vendredi 16 avril 2010 à 02h41min

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Smockey aurait-il remporté le kora du meilleur groupe hip-hop du continent si la cérémonie des « All Africa Kora music awards » n’avait pas été organisée à Ouaga ?
Peut-être que oui, peut-être que non !
Toujours est-il qu’il ne l’avait pas eu avant et que c’est à cette occasion qu’il l’a empoigné au nez et à la barbe des plus grands noms du continent en la matière. Tant mieux pourrait-on dire ?

En tout cas de quoi fouetter la fierté des Burkinabè en ces temps où il aurait fallu beaucoup plus pour arracher le moindre sourire à la vie dont la cherté serait devenue, selon le Général Tollé et ses troupes, quasi-insupportable avec la TDC, qui, pourtant à en croire des voix autorisées, ne permettrait pas de s’asseoir vraiment que dans un de ces nombreux tripots de liqueur frelatée. Et pourtant boites de nuit, bars, buvettes et cabarets ne désemplissent pas, alors que ce serait par dizaines voire centaines de milliers que les uns et les autres se seraient acquittés de leur devoir citoyen.

Un engouement qui a fait déborder les mairies pendant de nombreux jours, ce qui a fait dire à mon oncle que le maire Simon devrait, avec son conseil municipal, remercier Tollé SAGNON pour la pub gratuite qu’il leur a faite, car n’eût été sa campagne contre cette taxe et les effets contraires qu’elle a produits, les Ouagalais ne se seraient pas autant bousculés pour payer, eux qui sont passés maîtres dans l’art de feinter les flics, malgré les prouesses dont on crédite ceux-ci. Simon gagne donc au change, même si ses oreilles ont dû siffler et qu’il en a entendu des vertes et des pas mûres. Il semble qu’il en faudrait bien plus pour égratigner l’homme.
Pour revenir à notre Kora ou plutôt au « Kora de Smockey », à en croire mon oncle qui s’en démarque sans aucune concession, il laisse un goût quelque peu amer, une odeur fétide et des émanations pestilentielles, probablement un mélange de vomi et de déjections.

De l’artiste lui-même !
On le sait, Smockey n’est pas du genre qui a la langue dans la poche. Selon un certain vocable, ce serait un « artiste engagé », c’est-à-dire de ceux-là qui ont des opinions politiques fortement ancrées à gauche et qui en usent à profusion dans leurs productions. Défenseurs de la veuve et de l’orphelin, porte-parole des sans voix, moralisateurs à souhait, fous du roi à l’envie, ils ont en commun une impertinence que bien peu de situations peuvent ébranler, surtout lorsqu’ils ont l’occasion de faire leur propre promotion. Tout n’est-il pas dans la promotion dans leur métier ? Honni soit qui mal y pense. Voilà pourquoi mon oncle aime à dire que « vous ne devrez vous en prendre qu’à vous même si vous tendez votre micro à un artiste. » Il faut dire qu’il y va un peu fort mon oncle ; mais à bien y réfléchir, il n’a pas tout à fait tort.

Du reste, soit dit en passant, ne vivent-ils pas in fine de la misère des autres qu’ils mettent à la lumière ; des souffrances et pleurs des autres qu’ils chantent ; des conditions de vie difficile des autres qu’ils magnifient ; des travers des puissants qu’ils dénoncent au nom des autres etc. ? Plus que partout ailleurs, c’est un domaine dans lequel on peut dire que « les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions ». D’autant plus que tous révolutionnaires qu’ils sont,ils sont incapables eux-mêmes de renoncer à leur vie de petits bourgeois qui se sucrent grâce à la misère qu’ils dénoncent pour se mettre au service de leurs protégés. Faites comme je dis mais ne faites pas comme je fais ! C’est tellement plus simple ; n’est-ce pas ?
Ce n’est pas de l’hypocrisie ça ou de l’opportunisme pour parler révolutionnaire ?

Comment expliquer autrement que Smockey pourfende les Koras et en accepte un qu’il veut comme un prix qui salue « à sa juste valeur » son travail et « une invite à persévérer dans le travail… » (in Le Révolutionnaire n°42 du vendredi 09 avril 2010). Il y a forcément quelque chose qui ne va pas dans cette affaire ! Dire tout le mal, qu’il pense d’une distinction et l’accepter avec tous les honneurs qui vont avec, est pour le moins surréaliste et a forcément quelque chose de choquant tout de même !
Mais cela ne devrait pas tellement surprendre car la plupart de ces artistes, dits engagés, manient bien la parole mais au niveau de la pratique, font exactement le contraire de ce qu’ils professent. Ainsi ils passent allègrement du taudis aux cités futuristes, de la masure à la grande villa de luxe, de la situation de révolté à celle de pion des systèmes d’exploitation internationale des artistes, s’ils ne se muent pas eux-mêmes en saprophytes des plus petits à travers de fausses aides et des soutiens intéressés… Ne dit-on pas que le milieu de la musique et du show-biz est un milieu de requins ?

Encore une fois, revenons à notre Smockey et à son Kora, pour constater dans l’édition n°42 du quotidien « Le Révolutionnaire » que, en définitive, c’est un homme comme vous et moi qui a aussi ses peurs. Il déclare en effet que « Les politiques ne me font pas réellement peur… On s’attend à ce qu’ils se fâchent lorsque l’on chante. Ils réagissent généralement dans le sens de nos prévisions à savoir la condamnation de nos propos… Mais les réactions qui font peur ce sont les réactions surprenantes… »
Est-ce à dire que notre intrépide Smockey a eu peur parce que le président Blaise COMPAORE l’a applaudi alors qu’il donnait l’impression de vouloir le mettre mal à l’aise en évoquant le nom de Thomas SANKARA et en l’appelant lui et ses contemporains à suivre les exemples de certains de leurs devanciers ? C’est l’impression que laissent ses propos chez notre confrère « Le Révolutionnaire. »

Une attitude qui rappelle celle d’un autre « artiste engagé » qui voyait du COMPAORE dans des menaces proférées contre lui, au prétexte qu’il ferait l’apologie de Thomas SANKARA avant qu’on ne se rende compte qu’il ne s’agissait que d’une vulgaire bagarre entre petits copains. Smockey devrait donc rechercher ses ennemis ailleurs s’il en a et s’il estime avoir des raisons d’avoir peur.
Car celui qui l’applaudissait, a fait de Thomas SANKARA un héros national et a permis qu’on donne son nom à une des rues les plus fréquentées de Ouagadougou. D’ailleurs en arrivant au Palais des Sports, il a dû voir le monument aux héros nationaux dans toute sa splendeur. Et la tribune qui lui a été offerte n’a-t-elle pas été favorisée par Blaise COMPAORE ? Et puis, s’il faut parler de panafricanisme entre Thomas SANKARA qui a conduit une guerre contre un pays voisin et Blaise COMPAORE qui apporte la paix dans de nombreux pays alentour et qui réussit à régler dans la paix tous les problèmes de frontières survenus entre temps, sur qui devrait-on prendre exemple ?

Et puis encore, parlant d’exemple à suivre entre la démocratie populaire sous Thomas SANKARA et la démocratie sous Blaise COMPAORE où « même les crocodiles sont plus sacrés que l’article 37 » et que sous la première il n’aurait jamais eu le toupet d’interpeller le chef de l’Etat. C’est vrai que les révolutionnaires, qui comme lui n’ont vécu la révolution que par procuration et n’ont connu Thomas SANKARA que par la légende, peuvent se permettre certaines libertés avec la vérité historique et les faits mais ils devraient avoir l’intelligence de ne pas être trop ridicules. Chanter les légendes est bien plus aisé que de vivre les réalités sinon, Smockey lui-même serait un révolutionnaire. Mais voilà, il préfère chanter la révolution que de la faire. Parce que la révolution, on peut la faire sur soi-même et pour soi-même. Qui est fou !

C’est la leçon de cette affaire qui aura mis à mal l’intégrité morale de notre Smockey national. Mais tout n’est peut-être pas perdu s’il accepte de joindre l’acte à la parole ! Une autre paire de manches que de chanter et de dénoncer… !o.

Par Faèz

L’Opinion

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