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La gueule de bois des lendemains électoraux !

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • jeudi 1er décembre 2005 à 07h52min

Les vaincus sont surpris et déboussolés, parce qu’ils ont été laminés. Les vainqueurs sont surpris et groggy parce que les résultats étaient au-delà des projections. Terribles " burkinabéries " qui se répètent et se répètent à chaque élection depuis 1991.

Depuis le 14 novembre dernier, les discours traduisent ce mal être général. Les vaincus sont mal à l’aise et les vainqueurs le sont tout autant. Alors, c’est quoi cette situation où les compétitions ne rendent personne vraiment heureux ?

C’est là la réalité de l’expérience démocratique burkinabè entamée depuis 1991, dont pour l’instant le seul mérite qui fait consensus, c’est sa stabilité. Que vaut en effet, une démocratie dans laquelle toute idée d’alternance et d’alternative est impossible ? Entre l’hyper gagnant Blaise Compaoré, plus de 80% des suffrages, et son poursuivant immédiat (une façon de parler) Bénéwendé Sankara, moins de 5% des votes, le fossé est abyssale pour donner au second un quelconque espoir de vaincre un jour. Un contexte de ce genre ne donne à personne, surtout pas aux rivaux immédiats, un intérêt quelconque à se battre pour préserver le système.

Nous en sommes là aujourd’hui avec notre démocratie qui depuis une quinzaine d’années fait toujours les mêmes heureux et les mêmes malheureux. Une sorte de fatalité manichéenne qui aurait définitivement fait le partage des rôles. Notre opposition est trop faible et notre majorité trop forte. Entre les deux, une mouvance présidentielle, (tous affirment soutenir Blaise Compaoré et non le parti majoritaire), bien symbolique. Mais est-ce vraiment la seule explication de cette " abîme " politique dans le pays ? Ou même la plus importante des explications ? On peut en douter.

A la vérité, le mal de cette démocratie est inhérent aux conditions de sa naissance. La reconversion à la démocratie n’était rien d’autre qu’un moyen de mieux conserver le pouvoir. Dans cette perspective, la démocratie entamée et menée sous surveillance n’a pas pour rôle d’édifier un vrai Etat de droit, avec l’éventualité de céder le pouvoir si tel était la volonté des citoyens. Notre démocratie à nous est conçue pour la sauvegarde du pouvoir. C’est pourquoi International IDEA n’avait pas craint d’affirmer que notre expérience " laissait prudents les observateurs quand à l’issue de la transition démocratique ".1

Dans ces conditions, il est quasi inévitable que les consultations à venir produisent autre chose que ce que nous avons l’habitude de voir. Y a-t-il possibilité que cela change ? Oui il y en a une. Il faut lever l’hypothèque sur l’avenir de cette expérience et cela seul le président Blaise Compaoré peut le faire. Le jour qu’il montrera un horizon au-delà duquel il ne voudra plus rester à la tête du pays, alors une recomposition pertinente se dessinera et créera les conditions d’une alternative.

Pour l’instant, rien ne dit qu’en 2015, il ne sera pas encore candidat. A cette date, il ne sera âgé que de 65 ans seulement, l’âge actuel d’un certain Alassane Dramane Ouattara qui envisage commencer un destin à la tête de la Côte d’Ivoire.
D’ici là, il ne faut pas se faire d’illusion. L’opposition ne pourra pas dépasser son stade actuel. Comme on dit, chaque régime mérite bien son opposition. Et notre opposition est celle qui convient à la majorité actuelle.

On pourra gloser sur les questions de leadership et de charisme, on n’aura pas résolu pour autant la question. En effet, pourquoi les personnalités en qui l’on croit, quand elles sont hors de l’arène politique, deviendraient elles invariablement indignes d’intérêt, une fois qu’elles franchissent le seuil de la politique ? Et en même temps, ceux qui y sont déjà, même décriés, sont régulièrement plébiscités. C’est une véritable " burkinaberie " qui ne peut être comprise qu’en la replaçant dans le contexte particulier de notre expérience et de notre histoire politique.

Dans ce pays, en règle générale, les opposants tous bords confondus travaillent à s’affaiblir mutuellement pour donner plus de chance à celui que tous veulent remplacer de mieux rester à sa place. Ça n’a pas commencé avec Blaise, c’est une logique de notre vie politique. Alors comme Sisyphe, notre opposition, le temps de digérer la défaite, remettra le métier de l’absurdité à l’ouvrage. Alors faut-il désespérer de notre démocratie ? Est-ce que nous y pensons vraiment ?

Par Newton Ahmed BARRY
L’Evénement

1 International IDEA.
La démocratie au Burkina Faso, Stockholm, 1998.

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