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Analyse des résultats : On récolte ce qu’on a semé

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • mercredi 30 novembre 2005 à 08h19min

Blaise Compaoré. Le grand vainqueur. On a toujours reproché à l’opposition burkinabè son manque d’ambition et d’initiative pour proposer au peuple un programme de gouvernement quantifiable et réalisable. Elle vient de récolter les fruits de son incapacité à créer un environnement de cohésion en son sein.

Le peuple burkinabè lui a infligé une correction dont elle se souviendra pendant longtemps. Il a porté l’enfant terrible de Ziniaré avec un score sans partage de 80,30%. Ce résultat est le fruit du travail bien fait par Blaise Compaoré. Chacun a donc récolté les fruits de son travail.

En Afrique, la politique est plus une question alimentaire qu’un sacerdoce, l’opposition a beau jeu de donner des leçons à tout-va, de rédiger des analyses au vitriol, en affichant sa cohésion, qui n’est que de façade.

Les raisons qui l’amènent à fédérer sont le plus souvent circonstancielles, dictées par une envie d’en découdre autour d’une question telle que celle qu’il n’y a pas longtemps encore la polémique sur la candidature de Blaise Compaoré. Une fois celle-ci évacuée ou sortie de l’actualité, sa volonté de regroupement ou d’alliance est reléguée aux calendes grecques. En réalité, sur le terrain, l’opposition burkinabè reste ce qu’elle est. C’est-à-dire incapable d’être une force alternative, parce que minée par des querelles de leadership où le "moi ou rien" prend toujours le pas sur l’intérêt général. Pour nous en convaincre, il suffit de revivre le climat qui animait les leaders de l’opposition sur la candidature à l’élection présidentielle de 2005.

Pour une première, c’est vraiment la première fois dans l’histoire du Burkina Faso que l’opposition participe à une élection présidentielle avec autant de candidats. La stature d’un homme politique se mesure avant tout à son discours. Ce qu’il dit est parfois plus important que ce qu’il fait, sinon, de réélection, il n’y en aurait point. Ce discours-là en Afrique et cela est bien dommage, se décline d’abord en termes d’invectives, d’anathèmes et de diabolisation systématique, à force desquels on construit la culture acquise de l’affrontement, avec pour certains pays, le basculement irréversible dans la guerre civile. La haine de l’autre n’est donc aucunement la solution à nos problèmes et les candidats qui se nourrissent de cette façon de décliner leur vision de la société ne font pas de la politique qui porte en elle des valeurs : responsabilité vis-à-vis du citoyen, engagement à rendre possible ce qui a priori ne l’est pas, acceptation de l’autre et de sa différence.

Le langage haineux appartient à un autre temps et ceux au nom desquels les politiques s’expriment sont fondés à attendre autre chose. Cette autre chose non évidente et exigeant beaucoup de don de soi. En lieu et place de la critique facile et systématique de l’autre que forment partout le débat d’idées et les propositions de mieux-être de la cité. Dans cette campagne de 21 jours les populations ont entendu toutes sortes de promesses et aussi de discours hostiles au pouvoir de Blaise Compaoré. On avait l’impression que l’enfant terrible de Ziniaré avait à lui seul les onze (11) autres candidats comme adversaires.

La différence des méthodes et le discours

La force de cet homme réside dans son amour pour son pays. Ses proches l’on avoué. C’est cet amour pour son pays qui l’amène à se surpasser pour bâtir un Burkina dont les Burkinabè sont fiers.

Ce bilan n’a pas laissé indifférents les électeurs burkinabè. Comme l’a dit un des candidats "Je préfère Blaise Compaoré aux autres". C’est dire que les Burkinabè avaient fait leur choix et ce n’est pas le dénigrement des autres candidats qui leur feront changer d’avis. Au regard du déroulement du scrutin du 13 novembre, visiblement, le Burkina avance vers le renforcement de sa démocratie. Toutes les mesures nécessaires à une meilleure expression du suffrage des électeurs ont été mises en œuvre, mais malgré tout on trouvera des partis incapables de traire la vache, prêts à dire que la vache n’a pas été bien traite. La campagne électorale a été une compétition politique marquée par des différences.

Nayabtigungu Congo Kaboré. L’essentiel n’est pas de participer. Des différences dans le programme de société, dans la méthode, le discours et les moyens. Nous n’oserons pas faire une comparaison entre Blaise Compaoré et les autres, mais on retient cette remarque pertinente faite par cet analyste et observateur étranger venu superviser l’élection présidentielle. "Il y a 01 et 12 candidats". Certes, Blaise Compaoré bénéficie d’une sympathie généreuse qui justifie les moyens nécessaires mis à la disposition pour sa campagne électorale, tout comme les autres en bénéficient en fonction de leur notoriété et de leurs relations. Cet élan démontre éloquemment qu’il a toujours su cultiver l’amitié, la bonté et la générosité. Ce vaste mouvement de scrutin qui s’est manifesté au-delà des frontières nationales est un signe de gratitude et de considération remarquable.

La véritable différence entre Blaise Compaoré et les autres se remarque dans le projet de société, qui reflète les réalités fondamentales du peuple burkinabè avec des solutions concrètes pour répondre à ses préoccupations légitimes. Sa méthode de conquête de l’électorat est globale. En un mot, Blaise Compaoré tire sa différence de sa méthode populaire de communication avec le peuple et de son discours fait de tolérance et de respect. Ce sont ces vertus cardinales qui lui ont assuré la victoire.

Pouvait-il en être autrement ?

On a beau tourner les questions dans tous les sens, Blaise Compaoré est aujourd’hui l’homme le plus estimé des Burkinabè. Les résultats ne pouvaient être autres. Les sondages de la CGD prouvaient que Blaise Compaoré est le meilleur parti pour la consolidation de la démocratie. Le même sondage prédisait Me Sankara comme le poursuivant immédiat de Blaise Compaoré. Ce qui s’est réalisé à travers un score honorable en tête des autres opposants.

Le meilleur a gagné comme les sondages l’avaient prédit. Les autres candidats savaient à moins d’un miracle qu’il était pratiquement impossible pour eux d’occuper le fauteuil présidentiel. Cette compétition est une occasion pour eux de tester leur force de frappe pour les échéances futures. A regarder en effet les suffrages, hormis le candidat élu, aucun des 12 autres candidats n’est proche du suffrage des bulletins nuls, Me B. Stanislas Sankara qui occupe la deuxième place n’a qu’environ 100 000 voix. Le candidat de l’UNIR/MS contrairement à certains candidats qui semblent avoir pris l’élection présidentielle pour "une élection de délégué du secteur", n’a pas dormi pour parcourir le Burkina Faso.

En tout cas, ce qui est sûr, le candidat a sérieusement préparé la présidentielle. Sa structure, sa composition, les attributions des membres et ses démembrements qui vont des régions aux villages en passant par les provinces, départements laissaient entrevoir une dynamique électorale dont les principaux acteurs avaient des objectifs précis à atteindre. L’état-major de la campagne de Me Sankara a fait un bon travail politique pour cette présidentielle et les résultats l’attestent.

Quant à Laurent Bado, il est venu apporter une autre façon de faire et de voir les choses dans le milieu.

En effet, l’homme que bon nombre de Burkinabè ont connu franc et direct dans quelque domaine qu’il se manifeste, ne pouvait que séduire et ce sont ces valeurs capitalisées qui lui valent la place qu’il occupe aujourd’hui au plan politique. Laurent Bado reflète son engagement et sa détermination à donner un autre visage au milieu politique national.

Pendant toute la campagne électorale, l’homme s’est évertué dans un langage qu’on lui connaît, à expliquer aux Burkinabè les chemins possibles du développement. Sans verser dans les promesses, il a asséné ses vérités partout où il est passé. Philippe Ouédraogo, quant a lui avait le fauteuil présidentiel comme objectif, mais il poursuivait un autre, qui était celui de battre Soumane Touré.

De ces deux objectifs à atteindre, celui d’avoir une longueur d’avance sur son frère ennemi était le plus plausible. Le candidat de l’Ecologie, Ram Ouédraogo s’est révélé au peuple burkinabè en 1998 en participant à l’élection présidentielle, sa participation au gouvernement d’ouverture Yonli I et son activisme fort remarquable et remarqué pour la paix sociale avaient fait de lui un acteur politique de premier plan. L’homme est allé à cette présidentielle par défi sinon il savait que ce n’est pas une consultation à laquelle on va comme pour l’élection d’un délégué de secteur. Ali Lankoandé, il faut le dire a si longtemps végété sous l’ombre du professeur Ki-Zerbo qu’il n’existe même plus.

A vrai dire, le PDP/PS n’a jamais réussi à se défaire de l’empreinte de son fondateur, pour cette consultation électorale, le score n’est pas reluisant pour l’un des plus vieux parti qui occupe la sixième place avec un taux de 1,74% des voix.

Norbert Michel Tiendrébéogo qui avait payé les fruits de son radicalisme lors des élections législatives de 2002 continue d’en payer encore. A tout cela, il faut ajouter le peu d’orthodoxie qu’emploie Norbert Michel Tiendrébéogo qui est souvent en déphasage avec les réalités des populations.

Le candidat de la jeunesse qu’il s’est proclamé ne s’est pas adapté aux réalités et au contexte dans lesquels vivent aujourd’hui les jeunes. Le PAI et son candidat Soumane Touré occupent la 8e place avec un taux de 1,12%. En tout, 23 433 électeurs ont voté en faveur du candidat. Un tel score pour un parti qui a 5 députés à l’Assemblée nationale n’est pas du tout reluisant.

Emile Pargui Paré est arrivé 10e avec 18 165 voix et 0,87% des suffrages exprimés en sa faveur. Un score qui est en deçà des espérances du candidat qui pensait pouvoir mettre Blaise Compaoré en touche. La gestion de la crise qui a secoué l’OBU qui l’opposait à Laurent Bado lui a été défavorable.

Nayabtigungou Congo Kaboré s’est présenté à cette élection à notre avis pour observer la CENI. Quant à Toubé Clément Dakio et Gilbert Bouda, ils se sont trompés de chemin.

Hermann Yaméogo qui s’était rétracté à la dernière minute est connu par le peuple burkinabè pour ses retournements de veste. C’est dire que l’élection présidentielle est venue éclairer chacun par rapport à sa situation politique. Les résultats ne sont donc pas étonnants. Chacun a récolté les fruits de son travail.

Kibsa KARIM
L’Hebdo

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