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Laurent Bado : aux âmes bien nées...

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Présidentielle 2005 • • vendredi 25 novembre 2005 à 08h13min

Laurent Bado

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Cet adage colle bien au professeur Laurent BADO et son parti le PAREN dont l’ascension politique est ahurissante. Ce « novice » du paysage politique national ne cessera d’étonner plus d’un observateur.

Et pour cause, à peine a t-il créé son parti, qu’il engrange des sièges à l’Assemblée nationale, aujourd’hui, il sort troisième du scrutin présidentiel. Analyse du parcours politique de l’homme du « Tercetisme »

La rentrée, pourrait-on dire, fulgurante du professeur Laurent BADO dans l’arène politique a apporté une autre façon de faire et de voir les choses dans le milieu. En effet, l’homme que beaucoup de Burkinabé ont connu franc et honnête dans quelque domaine qu’il se manifeste, ne pouvait que séduire et ce sont ces valeurs capitalisées qui lui valent la place qu’il occupe aujourd’hui au plan politique. Si, pour bien d’observateurs, honnêteté et franchise sont des valeurs qui n’ont pas place dans le milieu politique, Laurent BADO lui prétend que c’est plutôt ce qu’il faut pour l’assainir et son langage en est empreint. Pour l’homme, la politique c’est d’abord les idées avant d’être une question de personne. Son langage dans le milieu politique tranche d’avec ce dont les hommes politiques de l’opposition sont friends : critiques acerbes, comportements haineux, aucune proposition concrète et alternative.

Certes le résultat de 2,61%, des suffrages n’est pas reluisant, mais force est de constater qu’il a mieux fait que certains qui se réclament « vétérans » de la politique dans le landerneau national. La position qu’occupe Laurent BADO reflète son engagement et sa détermination à donner un autre visage au milieu politique national. Pendant toute la campagne électorale, l’homme s’est évertué dans un langage franc et direct à expliquer aux Burkinabé les chemins possibles du développement. Sans verser dans des promesses démagogiques, il a asséné ses vérités partout où il est passé. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt, car derrière cet homme de droit qui se veut « droit comme un tek de Pabré » l’expression est de lui, se cache un homme complexe.

Très convaincu de ses idées, l’homme semble frileux quant à leur contestation, aussi n’hésite t-il pas à déverser sa « bile » sur l’impertinent qui ne comprenant rien à rien s’hasarde à mal y penser. N’est-ce pas là des réactions épidermiques qui portent à faire croire que l’homme a des tendances dictatoriales et qu’il se plairait dans un régime totalitaire s’il advenait au pouvoir ?
Laurent BADO gagnerait amplement à soigner son image par des comportements plus tempérés, plus responsables. Il ne faut donc pas se le cacher, cette image a certainement contribué à diminuer la confiance de certains électeurs à son endroit.

Outre ce tempérament « chaud » qui fait peur, la stratégie de campagne du candidat BADO l’a beaucoup desservi. Son message pour lui était clair mais les électeurs qui ne sont pas tous imbus de la chose intellectuelle comme lui et nombre de personnes de sa suite, pour beaucoup, n’y ont vu que du feu comme on dit. On comprend d’ailleurs pourquoi dans son entourage, on crie que la presse a tronqué, galvaudé les propos de meetings du candidat.

Si dans la déontologie du métier de journaliste il est accepté que le commentaire soit libre, il faut reconnaître que les uns et les autres ont dit et écrit ce qu’ils ont entendu et compris, ce n’était ni plus ni moins. Ce qui du reste met en exergue la nécessité de disposer d’une direction de communication efficace, ce que l’on n’a pas vu durant la campagne. Une telle structure aurait pu mieux faire comprendre les propos « non conformistes » de Laurent BADO et suppléer le manque criard de moyens qui empêche d’aller partout porter « la bonne nouvelle ».

Laurent BADO avec toute son équipe aurait dû innover et apporter , au-delà du message des actions qui tranchent d’avec ses adversaires et qui collent au « visage humain » qu’il entend donner à la politique. Entre deux meetings, le candidat pouvait par exemple descendre dans un hôpital, un champ,un atelier, pourquoi pas dans un cabaret pour montrer au peuple qu’un chef d’Etat, ou un futur chef d’Etat reste avant tout un homme qui est proche des réalités du peuple et qui les partage. L’aspect humain a donc échappé aux communicateurs de nos candidats, de sorte que la campagne présidentielle était plutôt terne pour beaucoup. Pas de particularité notable en dehors du fait que chacun voulait être le plus grand pourfendeur du pouvoir en place.

Une autre lacune qui n’est pas des moindres et qui a grippé la machine de campagne de BADO comme de la plupart des candidats fut la mauvaise organisation structurelle du parti alliée à l’absence de culture militante des membres. En effet, le PAREN est loin d’être implanté dans les 45 provinces du pays et tous les militants ne sont pas prêts au sacrifice. « Ventre vide n’a point d’oreille », c’est peut être ce qu’ils ont voulu faire comprendre au professeur qui dit ne pas s’adresser aux ventres mais à la conscience, en n’étant pas présents comme délégués dans la plupart des bureaux de vote.

Outre tous ces « déchets » qui quoi qu’on dise ont contribué à diminuer les chances du candidat BADO et même de l’ensemble de l’opposition, il faut ajouter que l’affaire de l’OBU n’a pas été sans conséquences sur l’image et la notoriété de l’homme. Malgré ses explications et sa bonne foi manifeste, l’affaire des 30 millions de Blaise COMPAORE a semé le trouble chez nombre d’électeurs qui voyaient dans cette action, une trahison de tout ce qu’il défendait comme valeur.

Certainement qu’avec un peu de recul l’homme ne se laissera plus prendre dans un tel traquenard, mais peut-il faire oublier une telle affaire qui couplée à la défection des trois députés de son parti à quelques encablures du scrutin a, à n’en pas douter, porté un coup dur à ses capacités de mobilisations aussi bien financières qu’humaines ? C’est donc autant de faits et de situations qui ne concouraient pas véritablement à hisser l’homme sur le fauteuil présidentiel au soir du 13 novembre.

De leçons, il en a eu pour mieux se préparer aux autres échéances électorales qui s’ouvrent bientôt. A 60 ans, Laurent BADO a certainement beaucoup à apporter au paysage politique national de par son expérience et ses compétences, mais il devra beaucoup soigner son image s’il veut convaincre davantage.

Par Frédéric ILBOUDO
L’Opinion

P.-S.

Voir notre dossier :
Présidentielle 2005

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