Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

Par Delwendé Nabayaogo • vendredi 23 mars 2018 à 13h58min

Ceci est une tribune d’un de nos lecteurs, Delwendé Nabayaogo. Il a bien voulu se prononcer sur la situation sécuritaire du Pays des Hommes intègres.

Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

Il y a encore quelques temps lorsqu’on parlait de terrorisme, cela paraissait comme une illusion pour beaucoup d’entre nous. Je me souviens des propos de certaines personnes y compris d’officiers de l’armée à ces époques perdues. Lorsque des camps militaires étaient attaqués dans d’autres pays voisins, nous estimions que leur armée ne valait rien. Nous étions si fiers et si sûrs de notre armée. Certains ont poussé l’outrecuidance pour dire que le jour où les terroristes s’aventureraient à nous attaquer, ce serait leur fin. Beaucoup de burkinabé y croyaient.

Hélas ! La réalité est là aujourd’hui. Les terroristes nous ont prouvé qu’ils avaient la capacité, l’intention et les ressources (humaines et matérielles) pour nous nuire. A ce stade, on admet simplement que le risque a atteint le niveau rouge.
Quant à notre vulnérabilité, les faits parlent d’eux-mêmes. Ce n’est toutefois pas le lieu d’en parler.

Des prières ont été lancées par les différentes confessions et je m’associe religieusement à ces prières. Toutefois, Dieu ne nous a pas rendu acteur de la vie pour rien. Il est fort utile que nos prières se fondent sur les principes élémentaires de justice, de droiture et de vertu.

Des pires conséquences des attaques terroristes

Au-delà de la destruction des biens, des pertes en vies humaines, des pertes économiques, c’est le clivage social semé aujourd’hui par le terrorisme qui est de plus en plus inquiétant. Ce clivage se manifeste par le jeu de l’accusation et de la victimisation, la méfiance et l’isolement.

En effet, pour ceux qui sont au pouvoir et bien d’acteurs de la société civile, c’est la faute du régime déchu. Pour leurs adversaires, c’est leur incapacité à gouverner qui est cause de cette situation d’insécurité. Ce jeu d’accusation se manifeste de façon plus globale dans les autres crises socio-politiques que connait le pays. Quand ce n’est pas la transition (en particulier le Général ZIDA), c’est le régime déchu.
Passer son temps à accuser et se déclarer victime de complots n’arrangent rien ; puisque les supposés ou réels comploteurs ne baisseront pas les mains de si facilement s’ils ont véritablement choisi cette option de réaction pour se défendre et se protéger.

Une autre conséquence de cette situation est le doute qui anime désormais les Burkinabé, eux qui se voyaient très en sécurité (même si ce n’était que de l’apparence). De jour en jour, la confiance en l’armée baisse involontairement.
Aujourd’hui, quoi que l’on dise, l’interpellation de trois militaires dans la récente attaque terroriste (qu’ils soient coupables ou non plus tard) laisse une tache sur la vie de l’armée.

Lorsque les premiers bruits ont couru sur l’attaque de l’Etat-Major, plusieurs personnes ont cru à un problème entre militaires. Cela traduit aussi l’esprit général qui prévaut dans ce pays. Les Burkinabé se disent que la situation est telle que ça finira par exploser en notre sein tôt ou tard. La fracture et les dissensions au sein de l’armée sont-elles si fortes pour qu’on s’attende à de telles situations ? Ce sentiment doit être démenti par l’autorité si elle en est consciente au risque que ce soit une réalité un jour. Il ne s’agit pas de le démentir par des discours politiques mais par l’attitude.

Que faut-il faire dans cette situation ?

La situation actuelle commande de restaurer la confiance entre le pouvoir, la population et le commandement militaire. Cela n’est toutefois pas possible sans humilité, courage, leadership, démarche inclusive dans la gestion de la sécurité et promotion d’une culture de sécurité.

Avoir de l’humilité et du courage

S’il y a des qualités qui nous font défaut aujourd’hui c’est bien le courage et l’humilité. Je ne parle pas du courage pour affronter les terroristes, mais du courage pour nous affronter nous-mêmes, du courage pour nous surpasseret voir l’intérêt suprême de la nation, du courage pour aller vers autrui s’il peut être utile à la sécurité et au développement de cette nation. Et ce courage, c’est après tout de l’humilité. Il est aussi intelligence et sagesse.

L’autorité devrait s’armer de plus d’humilité et de courage pour accepter les réflexions contributives dans l’intérêt de la nation, pas pour elle-même. Il y a plusieurs productions intellectuelles de structures organisées dont, les recommandations du colloque du Centre d’Etudes Stratégiques en Défense et Sécurité.

Aujourd’hui, ce n’est pas la tête du Président Roch ou le pouvoir MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir) qui compte. S’ils étaient les victimes des terroristes, on ne s’emmerderait peut-être pas trop. Là où le bât blesse, c’est que la situation touche le pays, ses citoyens, son économie et son développement.
C’est pour cela qu’ils doivent sortir de leur coquille, regarder la situation en face et prendre leur courage pour aller à la rencontre des personnes capables dont des acteurs de la transition ou des acteurs d’avant qui ont fait leur preuve de façon honnête.

Car après tout, c’est de la lâcheté que de se replier sur soi-même entouré de quelques officiers et politiciens acquis dont les seules motivations c’est, de se servir et se réaliser, et non pas véritablement construire la nation. C’est de la lâcheté que de choisir la brimade et l’isolement comme traitement réservé à ceux qui pensent autrement ou qui peuvent nous ravir la vedette.

Cette lâcheté, c’est aussi bien au niveau du gouvernement que de la hiérarchie militaire qui, doit se doter d’humilité et de courage pour transcender les clivages claniques et générationnels. Si un chef militaire ne peut pas gérer ces problèmes, il ne mérite pas sa place.
Cette lâcheté a fait beaucoup de torts et de victimes jusque-là.

Tout système se construit de l’intérieur vers l’extérieur

De ce principe naturel et spirituel, on déduit que tout système peut être facilement détruit lorsqu’on l’attaque de l’intérieur. Si aujourd’hui, il y a des Burkinabè et en particuliers des militaires prêts à rendre service aux groupes terroristes, cela signifie que nous sommes plus que jamais vulnérables. La situation pourrait s’empirer si les clivages perdurent et que les uns se motivent à l’utiliser contre les autres.
De même, le terrorisme ne sera vaincu que par lui-même et non par les armées. En d’autres termes, les armées doivent pouvoir les utiliser contre eux-mêmes, un travail laborieux mais possible.

De la démarche participative et inclusive

Bien de gens sont aujourd’hui mis à l’écart dans notre armée et, de façon générale dans notre société à cause des stigmates claniques et politiques qui leur ont été collés.

Des officiers avec des compétences prouvées sont complètement ignorés et déclarés indésirables. Ces attitudes sont juste la conséquence de l’orgueil, de la cupidité et de l’égoïsme de certains chefs.

Les difficultés de collaboration entre les différents acteurs de la sécurité ont été plusieurs fois évoquées. On sait à quel point chacun est dans son cocon voulant voler la vedette à l’autre. Le clivage entre générations constitue l’autre mal des FDS (Forces de défense et de sécurité, ndlr). Ce qui commande un autre leadership pour amener les uns vers les autres.

Du leadership et de la pensée stratégique

Si la guerre est un art, la gouvernance est un sacerdoce dont nous n’avons pas tous l’appel. Par conséquent, on ne saurait devenir un président, un ministre, un chef d’Etat-major leader de par le poste que nous occupons. Le poste nous confère juste un titre pas une qualité.

Notre gouvernement actuel est appelé à asseoir un leadership visionnaire avant qu’il ne soit trop tard puisqu’il est écrit : « L’intelligence du chef de guerre comme de l’homme d’Etat…, consiste à scruter les signes infimes du présent afin de connaître les retournements à long terme. » Et le philosophe d’affirmer que le sage est celui qui entend ce qui n’a pas de son et voit ce qui n’a pas de forme.

De la stratégie nationale de sécurité

Il est grand temps de revoir la stratégie nationale en matière de sécurité. Aussi, faut-il sérieusement revoir la sécurité de certains lieux critiques et mettre en place des plans de sécurité conséquents. Il convient de faire une étude de vulnérabilité des infrastructures vitales et sites sensibles afin de revoir leur niveau de protection et de sécurité.

Favoriser l’émergence des groupes de réflexion crédibles et non partisans dans l’intérêt du pays.

L’impulsion de la société civile depuis l’insurrection fait de plus en plus du tort à notre nation. Le pays est malmené par une société civile acquise à tel ou tel clan ou à la recherche d’opportunités. Ce mal doit être enrayé et laisser la place aux organisations qui cherchent à développer le pays par des réflexions et des actions saines.
Dieu garde la nation !

Delwendé Nabayaogo

Vos commentaires

  • Le 23 mars à 16:43, par Très Fort En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Le terrorisme sera vaincu. Le mal n’a jamais résisté au bien.

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  • Le 23 mars à 18:04, par Grand En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    bsr. le Bf n’est et ne sera pas o bord du goufre. l’ennemi viend comme un fleuve mais il sera desseché.Non et Non. On s’en sortira.

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  • Le 24 mars à 00:30, par war En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Toute la bande nord (jusqu’à sebba dori ouahigouya tougan,nouna et orodara) a déjà été réintégree dans l’azawad et l’arrangement avec le Blaiso est désormais nul.On à choisi l’affrontement au lieu de la diplomatie donc soyons prêt pour une guerre asymétrique de très longue durée (au moins 50 ans ).Ces gens là ne vont jamais abandonner la lutte pour un état indépendant ,lutte enclenchée depuis 1958.Ils ont tout leur temps ainsi que les ressources humaines et financière nécessaire. Il leur suffit de quelques louffiat a pieds nus et determines pour tenir tete a toute une armée républicaine mal équipée et non motivée

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  • Le 24 mars à 00:42, par Jerkilo En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Belle analyse, il faut que tous les burkinabè se réveillent, se serrent les coudes et surtout changent de mentalités. A voir les comportements des uns et des autres, le mot "burkinabè" n’a plus son sens. De la Haute-Volta jusqu’au temps du CNR, on était fier d’être voltaïque puis burkinabè, parce qu’on avait les mêmes valeurs de référence. Mais aujourd’hui, il y a de quoi se poser des questions sur les valeurs qui guident les burkinabè. Est-ce que nous regardons tous vers le même objectif ? Où allons-nous ?

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  • Le 24 mars à 04:25, par Annie En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Vos commentaires sont beaux., mes chers "tres fort" et "grand". Oui, nous sortirons vainqueurs !!!!!

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  • Le 24 mars à 07:00, par PAK En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Merci pour cette analyse digne d’intérêts.
    C’est bien pertinent et c’est loin d’être une contribution de trop.

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  • Le 24 mars à 09:25, par ragomzanga En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Très belle analyse. La sécurité n’est pas que la chose des hommes de tenu mais de tous.
    Nous espérons que ce texte sera lu et qu’il auré un échos dans l’esprit de nos autorités.
    RAOGAMZANGA

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  • Le 24 mars à 15:05, par Yako En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Merci mon cher ami.Une analyse profonde et sage.Seulement notre pays est bien installé dans cet état de règlements de comptes de telle sorte que l’actuelle majorité et ocs satelites voire sataniques sont prêtes à tout,y compris l’effondrement national.Alors pas d’autre alternative que la solution à l’Égyptienne.Et ça c’est l’armée au nom du salut national.Mais il existe encore cette génération des Seye Zerbo,Bila Zagre,N.Bdembie,Yawa Tamini M...?Qui en 1980 avait sommé le président Lamizana(rip) de trouver une solution au blocage et anarchie que le pays traversait.Eh bien 48h après ils étaient obligés d’agir c’était le 25/11/1980.C’etait l’oeuvre des patriotes.Pourtant à l’époque il ne s’agissait pas du terrorisme ni de l’unité nationale.En Égypte l’armée était obligée d’intervenir face au désordre et le développement du terrorisme après le printemps arabe qui accelera l’accession de Mr Mursi au pouvoir,surtout dans le Sinai ( équivalent de notre région de Dori).C’etait le prix à payer pour sauver l’essentiel.C.à.d la paix et la sécurité.

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  • Le 25 mars à 08:23, par Ka En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Appeler l’armée à un coup d’état est être un criminel en 2018, et l’état Burkinabé doit te coffrer Yako. Le pouvoir s’arrache dans les urnes et non par la Force. Que toi Yako, tu veux ou pas tu ne veux pas, tu dois attendre en 2020 pour choisir un autre président, car ce régime a été sollicité par plus de 50% du peuple Burkinabé. Les coups de force pour s’attribuer du pouvoir et tuer les institutions fortes sont périmées.

    Mais je te comprends toi qui veut la continuité du régime sanguinaire de ton mentor Blaise Compaoré, lorsqu’on voit ce ce que vous aviez fait à notre pays sur la base de mensonges et paradigmes foncièrement imaginaires suivis des crimes pour des intérêts particuliers, la seule conclusion qui s’impose est que tout ce qui arrive maintenant comme merde, n’est que la récolte naturelle des semences d’hier.

    Le constat est clair YAko : Vous aviez pris la fâcheuse habitude durant 27 ans de violer le droit et les valeurs fondamentales de notre société. Cette situation a conduit à la banalisation du mal, à la déresponsabilisation, à la criminalité politique, à l’impunité et la déliquescence des mœurs. Yako quitte tes pensées criminels et donne des suggestions constructives aux décideurs du jours pour faire avancer le pays que nous aimons tous, et non demander l’armée de s’emparer du pouvoir.

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  • Le 25 mars à 09:09, par warb En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Passer le temps à insulter Blaise et son cdp sans toutefois apporter des réponses pertinentes adaptées est devenu contreproductif.Blaise au moins avait une politique claire et propre Pour securiser notre peuple avec zéro attentat.Il est temps de régler la question des koglweogo et d’associer les populations à leur sécurité. On pourrait par exemple créer par décret un conseil villageois de sécurité dans tous les villages du bf à l’image des cvd et des conseils communaux de sécurité dans chaque commune et ainsi de suite au niveau régional et national. Toutes les structures oeuvrant dans la securite pourraient ainsi intégrer cette structure légale et agir désormais conformément aux dispositions fixées. (obligations de se faire identifier avec son fusil de chasse, rattachement direct à chaque mairie. .......).Le burkina doit rapidement créer les conditions d’une reconciliation nationale,créer la sérénité avant d’espérer une victoire totale sur nos ennemis. sinon actuellement nous sommes le maillon le plus faible du G5.

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  • Le 26 mars à 09:22, par leprospère En réponse à : Sécurité nationale : Le Burkina est-il au bord du gouffre ?

    Belle contribution à la cause du Burkina ! Vivement que la sagesse de Dieu anime les autorités pour le bonheur des burkinabè ! QUE DIEU BENISSE LE BURKINA FASO !

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