Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

Ceci est une tribune de Ousmane Djiguemdé sur l’avant- projet de Constitution du Burkina Faso. • samedi 18 mars 2017 à 00h34min

Le 29 mars 2017, cela fera un an qu’était lancé mon défi au constituant de 2016. À la lecture de l’avant-projet de constitution, le défi n’a pas été relevé. Il est inutile de développer encore ici les arguments de ce défi disponible en ligne. À quel courant la faute : régime parlementaire, régime présidentiel ou les deux à la fois ?

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Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

Toujours est-il que, à l’examen, la constitution à venir traduit la volonté des hommes forts du moment de continuer à abrutir le peuple à travers les mêmes discours insensés qui justifient que les politiques des années 1990 soient régulièrement dépoussiérées et servies sans esprit d’initiative et de nouveauté. On a vu ce que cela a donné avec le projet de société du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir, ndlr), la déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre, la difficulté de conception du PNDES (Plan national de développement économique et social, ndlr) et celle de sa traduction en politiques sectorielles crédibles, après presqu’un an et demi de règne sur cinq ans.

Les traces de l’hégémonie des hommes forts du moment

Le premier reflexe à été de parcourir sommairement la constitution afin de déceler, derrière les articles, le poids de l’hégémonie des inspirateurs de ce texte. Il n’y a pas à fournir trop d’effort pour déceler la première trace à l’article 8. Au sein d’un peuple majoritairement analphabète, paresseux en lecture, à qui on peut tout cacher dans les lignes intérieures du livre, les premiers articles sont des positions privilégiées.

On sent ici la puissance de Me Halidou Ouédraogo qui semble avoir usé de tout son poids pour mettre sa corporation devant. Ce qui est déjà un mauvais signe pour la suite du texte. À partir de là, il est difficile de convaincre sur l’existence de dispositions pour garantir une rédaction neutre de la constitution, autour de l’esprit de l’intérêt général, de la volonté de respecter les aspirations du peuple, de sacraliser l’unité nationale et la Nation.

On pourrait se demander pourquoi l’on constitutionnalise la profession d’avocat alors que dans le même temps l’éducation et la santé qui sont reconnues comme des droits universels et constitutionnels ne voient pas leurs professions constitutionnalisées ? Derrière cet acte se cache toujours la guerre des privilèges entamée depuis l’affaire des droits accordés aux magistrats. Bien d’autres traces de l’hégémonie des hommes forts du moment peuvent y être décelées, comme le silence sur les conditions d’éligibilité du Chef de l’État renvoyées à la loi et surtout à la merci des majorités parlementaires et de leurs agendas politiques !

La constitutionnalisation de la fuite des responsabilités politiques

Une autre insuffisance majeure est l’illogisme de la redevabilité de l’action politique et administrative imputée au Premier ministre qui n’est pas le porteur du projet de société, mais qui se retrouve à défendre la politique générale, sa traduction en politiques publiques et à en être responsable devant l’Assemblée nationale. Pour des populations qui ont suivi attentivement la Déclaration de Politique générale (DPG) du Premier ministre et qui commencent à comprendre la portée de ce type d’engagement, il y a lieu de mesurer l’ampleur de la trahison qu’il y a eu à ce niveau.

Néanmoins, cela aurait été un moindre mal si le constituant n’avait pas choisi de soustraire le discours sur la situation de la Nation (DSN), qui traduit le compte rendu de la mise en œuvre de la DPG, à un examen minutieux de l’Assemblée nationale, suivi de vote, pour que le responsable subisse la sanction politique correspondante. Hélas ! Là encore, il y a eu trahison du peuple insurgé. Le simple fait d’exiger cela aurait produit l’effet épée de Damoclès et contraint les gouvernants à une obligation de résultat et à la culture de l’excellence dans la mise en œuvre de l’action politique et administrative.

En reconduisant cette insuffisance de la constitution taillée sur mesure de la 4ème République, le constituant n’a rien compris du message du peuple et de sa jeunesse qui exigent que chacun soit responsable et assume ce qu’il dit, promet et fait ou ne fait pas. Si la constitution consacre la fuite de responsabilité du Chef de l’État, comment exiger que les responsables des structures administratives et l’Administration endossent les leurs devant le peuple ? Comment redressera-t-on l’administration dans de telles conditions ?

Tout cela contribue à renforcer le mépris de l’administration publique vis-à-vis du citoyen et du peuple, sans compter le risque de blocage institutionnel pour des questions de majorité non réunie ! La preuve se trouve dans l’impuissance du constituant, traduit dans une disposition piège à l’article 56 ou encore le danger de dispositions comme celles de l’article 66, qui parle vaguement d’un « intérêt supérieur de la Nation » non défini ou celles de l’article 67 qui, à l’étape actuelle, augure de la poursuite de la supposée guerre de leadership entre les numéros 1 et 2 du régime.

On est tenté de s’indigner et de se demander pourquoi faut-il toujours que ce soit au citoyen ou au peuple de continuellement fournir des efforts pour garantir aux gouvernants les meilleures conditions de se faire arnaquer sans contrepartie de garantie de reddition de comptes sincère ?

Le paradoxe d’une constitution qui consacre le bâillonnement d’un peuple d’insurgés

La situation sociopolitique du Burkina Faso en 2017, il faut avoir le courage de le dire, n’est pas des plus rassurantes. Et pour qui connaît ce peuple, c’est de sagesse et d’habileté qu’on a besoin pour mieux le gouverner. Ainsi, on ne saurait parler de l’article 49 de l’avant-projet de constitution, dont l’alinéa 2 cache mal sa volonté d’interdire l’insurrection comme mode de réappropriation du pouvoir en dernier recours par le peuple, sans faire un bref rappel historique.

Dans presque les mêmes conditions sociopolitiques, Blaise Compaoré, que nous avons chassé du pouvoir, avait été très prudent de reconnaître, dans les années 1990, qu’ « il n’y a ni grandeur, ni sureté à gouverner des pauvres muselés ». Comprenne qui pourra ! Il nous a certes réprimés, mais sans nous museler. Une répression dans laquelle certains ont été blessés, torturés ou rasés, d’autres ont perdu la vie, sans qu’il n’ose jamais franchir le pas du musèlement jusqu’en fin octobre 2014.

L’article 49, pour un peuple qui n’est toujours pas sorti des griffes du diable de la "patrimonialisation", de la cupidité des gouvernants, et qui interdit malicieusement l’insurrection sans donner des gages d’une saine gouvernance et d’une sanction exemplaire des gouvernants non vertueux, ressemble au plan de Machiavel pour conserver le pouvoir. Entre désobéissance civile et insurrection, le fossé est très énorme !

Comment peut-on demander à un peuple d’insurgés de s’auto-museler en l’absence de toute garantie contre la violation de ses droits absolus par le gouvernement, en allant voter "oui" au référendum à venir ? Ce qui a permis à ce pouvoir de s’assoir sereinement les six premiers mois de 2016, c’est bien ce droit à l’insurrection, garanti par l’article 35 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, dont a usé le peuple en 2014 et 2015 pour lui confier, sans coup férir et peut-être sans plus de mérite que les perdants, toutes les rênes du pouvoir.

Et pourtant : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs". Cet article 35 doit être un vrai bouclier pour les peuples africains en lutte contre tout type d’asservissement, y compris l’asservissement économique comme celui du franc CFA.

La proclamation de droits dont l’effectivité reste difficilement réalisable

Dans un contexte de désengagement de plus en plus croissant de l’État et de réduction de ses possibilités d’intervention et/ou d’influence sur les secteurs d’activités, la constitution ouvre un certain nombre de droits sans proposer les pistes de leur effectivité à l’exécutif.

En l’absence de réformes sociales conséquentes, dont aucun signe n’est jusque-là perceptible avec ce pouvoir, il est évident que c’est une bombe sociale qui se prépare avec toutes ces surenchères de privilèges !

On est tenté de se demander « tout ça pour ça » ? Voilà autant de raisons qui m’incitent à préférer par défaut l’ancienne constitution à la nouvelle. Alors, je voterai donc contre cette trahison, surtout que le Président de la commission constitutionnelle n’est pas dans une posture rassurante !

Contrairement au Président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante, ndlr) qui a eu le courage d’avancer des chiffres et de se laisser piéger, le vieux sage Halidou Ouédraogo a été très prudent, le mercredi 15 mars 2017, en se gardant de répondre à la question des journalistes sur le coût de son jamborée touristique ! Dans un contexte de forte exigence de transparence, il refuse de nous dire combien il nous demande, à nous contribuables, pour assurer les missions de ses tournées d’explication d’une constitution au goût d’inachevé !

Cela ne rassure point et fait penser qu’il y a lieu d’avoir des réserves sur le fait que cette constitution cacherait peut-être plein de pièges, vacillant entre le régime parlementaire de Salifou Diallo et le régime présidentiel de Roch Marc Christian Kaboré, qui ne peuvent s’apercevoir sous le regard d’un profane du droit constitutionnel. Il faudrait vraiment être naïf pour croire que chacun n’a pas mis la pression nécessaire pour piper les dés en sa faveur !
Politiquement Votre !

Ousmane DJIGUEMDE
oustehit@hotmail.fr

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Vos commentaires

  • Le 17 mars à 16:38, par Cheikh
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Pourquoi se montrer si pressé de prendre tant parti, en se positionnant en entier contre ce projet de constitution, si l’on n’a vraiment pas autre chose en tête. Allons cher Djiguemdé ! Au lieu de vous ériger si tôt en annonceur d’alerte, si vous n’avez rien à vous reprocher, restez tranquille et laissez le peuple libre et souverain faire ses choix, après son propre examen de conscience. Autrement dit, cessez de jouer les trouble-fêtes maintenant, car tout le monde a les yeux ouverts dans ce pays. Et si en dépit de votre haute capacité à produire une si longue analyse, vous continuez vraiment à croire, que pris indépendamment, le fait de "torturer à mort" reste de loin préférable à celui de "museler", alors mon cher, je ne pense point que vous soyez digne d’orienter ce peuple en quoi que ce soit. Bien au contraire, c’est vous qui démontrez à souhait, le pressant besoin que vous avez d’être guidé. Par conséquent, votre voix en plus ou en moins dans ce vote, n’équivaudra qu"à un coup d’épée dans l’eau.

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  • Le 17 mars à 16:43, par Mafoi
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Vous tous,vous saoulez avec vos papiers toilette nommés "constitution".En Afrique,la constitution c’est juste pour faire joli,joli car si nos malheurs ou bonheurs venaient de ces constitutions mal ou bien rédigées,ça se saurait.Un Etat comme l’Israël ne possède pas de constitution mais c’est le pays le plus démocratique du monde où l’actuel premier ministre peut être convoqué chez le juge pour répondre de ses turpitudes alors que chez nous,que ça soit l’ancienne,la nouvelle ou la future constitution,le plus petit DG,pour des malversations ne saurait être inquiété par la justice,elle aussi pourrie et corrompue.Pourtant il sera écrit noir sur blanc et surligné de l’indépendance de la justice,de la séparation des pouvoirs et tutti quanti.Que de la fumisterie que ces pseudo intellectuels nous balancent à la figure en guise de moquerie car ils sont les premiers à piétiner nos constitutions.Alors 1000 constitutions par ci,1000 constitutions par là ne pourront rien changer quoi que ça soit pour notre bien être tant que les mentalités ne se réforment pas dans le bon sens

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  • Le 17 mars à 17:47, par Tinto
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Sans comprendre grand chose dans ce bataclan, j’invite la presse et autres à animer des questions débats sur des simulations de situations. Cela permettra de savoir si les préoccupation des uns et des autres est pris en compte et évitera à ces soi-disant connaisseurs à flouer le peuple. et ça sera plus efficace que les tournées d’explication de Halidou !

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  • Le 17 mars à 17:51, par vidoumo
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Pour une lecture critique du projet de constitution, c’en est une. Mes félicitations à l’auteur de ces lignes qui s’ inscrit à n’en point douter contre le texte et visiblement aussi contre le président de la commission constitutionnelle. Cependant, il semble se lever contre tout le document qui présente pourtant des points significatifs en matière de renforcement de la démocratie et de l’état de droit. Qu’à ne tienne, encore merci pour les efforts d’analyse

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  • Le 17 mars à 18:00, par Yam damba
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Proposition
    Lancer un test de recrutement d’experts pour assurer les missions d’explication. C’est des emplois pour nous jeunes chômeurs. Il suffit d’élaborer des tdrs clairs et concis

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  • Le 17 mars à 18:18, par le vigilent
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Jurés que c’est ceux là même qui se ventent d’avoir organiser l’insurrection qui interdise l’insurrection. Hé wali ces gens sont nés mauuuuuuuvais

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  • Le 17 mars à 20:21, par Ka
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Merci pour cette analyse d’avertissement qui peut nous donner des idées s’il y a un referendum crédible pour cette constitution de la Ve république. Je te comprends très parfaitement, car la continuité des constitutions en Afrique, c’est que chaque président qui arrive au pouvoir taille une constitution a sa taille, et à la conception de son pouvoir politique, qui le permet de garder le pouvoir aussi longtemps que possible et même à vie. C’est pourquoi après les magouilles du vieux lion Halidou Ouédraogo, il nous faut un vrais referendum, pour résumer a des simples questions ou réponses ‘’’OUI ou NON’’’ qui éclaireront nos doutes. Par le referendum, le peuple répondra les questions essentielles dont tu te poses dans cette analyse qui reste légitime, surtout, tout dernièrement en 2014 nous avons été trompé par un introverti et sa clique qui voulaient tripatouiller un article 37 mal verrouillé, et qui a causé les morts de nos enfants. Je comprends tes inquiétudes comme pour 98% du peuple Burkinabé, par ce que ce sont les mêmes personnes qui ont rédigés et modifier la constitution de la 4e république, qui pourrait reproduire les mêmes effets néfastes pour la nouvelle constitution. Ton analyse est très pertinente, mais compréhensible, et nous devions ouvrir l’œil, pour surveiller ce vieux renard d’Halidou Ouédraogo, et son protégé le diviseur pour régner sans partage, qui est un PAN.

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  • Le 17 mars à 21:21, par KOMBASSERE
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    cher protagonistes la démocratie au Burkina Faso est d’une manière ou autre a la faveur des leaders politiques et leurs proches. prévoyant ce problème je pense que le dialogue pourrait être la meilleure solution. pour le développement au Burkina Faso une cinquième république n’est pas prioritaire.

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  • Le 18 mars à 01:56, par Boinzem
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Dans un article publié sur Lefaso.net le 30 Aout 2005, vous pourrez lire les arguments de Salif Diallo, alors ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) invité de la rédaction des Editions Sidwaya le 15 Août 2005 où il se prononcait pour justifier la dernière révision Constitutionnelle et la candidature de Blaise COMPAORE à l’élection présidentielle du 13 Novembre 2005.

    A la question de S. : Vous avez été le premier à affirmer que le président Blaise Compaoré sera candidat à l’élection présidentielle de 2005. Cela est aujourd’hui une réalité. Etiez-vous sûr de votre pronostic ? Blaise Compaoré n’a-t-il pas hésité entre temps avec les diverses attaques contre sa candidature ?

    Salif Diallo : Effectivement en 2004, dans une interview accordée à l’Observateur Paalga, j’avais déclaré que le président Compaoré sera notre candidat. Cela pas parce qu’il me l’a confié contrairement à ce que les gens pensent. Je suis parti d’une simple analyse de la situation politique aussi bien de notre pays qu’au sein de notre parti, le CDP. Je me suis dit qu’au regard de la Constitution, de la loi, le président Compaoré peut se présenter. C’est là une lecture juridique.

    Au regard aussi des tâches qu’il a à accomplir, j’ai personnellement pensé qu’il n’était pas à bout de ses tâches. Pour ce faire, il n’avait aucune porte de sortie et aucune échappatoire pour ne pas être candidat. Sinon cela allait s’apparenter à une sorte de trahison de son parti. En politique souvent, chaque individu est dans un collectif et il pense dans celui-ci en termes d’ambitions collectives et de programme à exécuter. Je n’ai pas consulté le président Compaoré à l’époque. Je suis parti d’une simple observation de la scène politique tant à l’intérieur de mon parti que des forces en présence.

    S. : Et si le président Compaoré avait refusé de se porter candidat le 10 août 2005 ?

    Salif Diallo : Il aurait été jugé par nous, les militants de son parti (le CDP).

    S : Que répondez-vous donc à ceux qui affirment que ce n’est pas en dix (10) ans que le président Compaoré réaliserait ce qu’il n’a pas pu réaliser en dix-huit (18) ans ?".

    Réponse de Salif Diallo : Nous avons un bilan. Ce qui a été fait aujourd’hui ne l’était pas en 1991. Je regrette. En 1991, nous étions à 15 000 forages pour prendre un secteur que je connais. Aujourd’hui, nous sommes à 42 000. Malgré les défis qui restent à relever dans ce pays, il faut être honnête et reconnaître qu’il y a eu du boulot qui a été accompli. Je refuse d’être pessimiste. Je ne pense pas que ceux d’en face puissent en faire autant dans notre contexte. Le Burkina Faso n’étant pas le nombril de la terre, un pays pauvre ne peut se bâtir dans l’autarcie et l’incantation. Au plan politique, l’un des acquis du président Compaoré, c’est d’avoir su donner et contribuer à la création des espaces de liberté dans ce pays pour qu’aujourd’hui, nous ayons quinze (15) candidats à la présidence. Sous d’autres cieux, pour se déclarer candidats il faut mesurer 1,80 m, peser 50 kg, ne pas être de telle ethnie, etc. Et je crois qu’aujourd’hui, il faut rendre à César ce qui est à César. Le président Compaoré a ouvert en tout cas une ère de liberté démocratique. L’Etat de droit se consolide malgré ses insuffisances. Tout n’est pas parfait mais aujourd’hui même nos opposants doivent saluer cet acquis qu’est la liberté politique retrouvée. Je suis sûr que si certains parmi eux accédaient au pouvoir, il n’y aura plus d’Etat de droit dans ce pays parce qu’ils ont toujours professé, défendu et œuvré pour un état totalitaire...suivez mon regard". Maintenant on sait vers qui allait son regard. C’est ça on appelle "blaguer tuer". Qui aurait pu résister à un tel griotisme ????

    Pourtant, après il a osé accuser l’autre de "patrimonialisation" du pouvoir. Et il va exactement jouer le même tour à Roch Marc après la révision constitutionnelle en cours.

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  • Le 18 mars à 02:52, par Boinzem
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Arguments de Salif Diallo, M. Salif Diallo, ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) pour justifier la révision constitutionnelle de 2005 ayant permis à Blaise COMPAORE de rester au pouvoir 9 années de plus (Interview intégral à lire dans LeFaso.net du 30 Aout 2005)

    Question du Journaliste S. :" Vous avez tantôt soutenu que la candidature de Blaise Compaoré (à l’élection du 13 Novembre 2005) était fondée. Les textes juridiques permettent-ils réellement cette candidature ?

    Salif Diallo : Absolument ! Je suis plus apte à le dire parce que j’étais délégué de mon parti à la commission des réformes politiques. En tant que membre de cette commission qui a regroupé les partis de la majorité, ceux de l’opposition et de la société civile en 1999, nous avons bataillé pendant un mois autour d’une même table pour faire des propositions. Concernant l’article 37, la position consensuelle qui en est ressortie est que le mandat est ramené à cinq (5) ans renouvelable une fois. Et nous avons la ligne suivante : « cette révision n’empiétait pas sur le mandat en cours actuellement ». Nous l’avons écrit noir sur blanc à l’unanimité, à l’époque. Et nous avons souligné qu’il s’agira en 2005 d’entamer sur la base de la nouvelle constitution révisée, donc sur un autre consensus politique.

    Nous avons travaillé au sein de la Commission des réformes politiques. C’est elle qui se présente dans l’état actuel des choses comme le constituant dérivé pour la révision constitutionnelle. On dit bien révision constitutionnelle. Ce n’est pas la même constitution que celle en vigueur avant la révision. Maintenant, du point de vue juridique, l’Assemblée nationale ayant adopté dans sa majorité qualifiée requise ces dispositions constitutionnelles pouvaient opter pour deux alternatives. La première était d’inclure avec cette révision une clause d’effet immédiat à savoir que cette révision écourtait immédiatement le mandat de sept (7) ans en cours.

    Cela aurait donné lieu séance tenante à de nouvelles élections. L’Assemblée nationale n’a pas pris cette disposition. Elle n’a pas introduit la clause d’effet immédiat. Il restait donc l’autre alternative en droit, le principe de la non rétroactivité qui dit que la révision constitutionnelle dispose pour l’avenir.

    Et ça tous les juristes et les constitutionnalistes peuvent le confirmer. Même parmi ceux qui, aujourd’hui, récusent cette révision, il y en avait qui étaient au parlement et au gouvernement au moment où celle-ci s’opérait. Je prends le cas de l’ADF/RDA, aujourd’hui certains sont devenus UNDD. Je pense qu’aujourd’hui, aucun juriste sérieux ne peut soutenir que le président Compaoré ne peut pas se présenter aux élections du 13 novembre. Interrogez tous les constitutionnalistes et ils vous le diront. Abstraction faite bien sûr des positions politiques et politiciennes. C’est clair, le président Compaoré a le droit avec lui. Maintenant sur un autre plan, je crois qu’il appartient au peuple de faire son choix le 13 novembre 2005. Que les uns et les autres fourbissent leurs armes pour que le peuple puisse trancher !

    S. : Et sur le plan politique, le président Compaoré peut-il se présenter ?

    Salif Diallo : Pourquoi pas ? S’il a le droit avec lui comme tout citoyen, il peut se présenter. Sur le plan politique, c’est son parti et ceux qui le soutiennent qui l’investissent. Le congrès du CDP l’a investi. Vingt-sept (27) autres partis le soutiennent. Or, en tant que citoyen, même individuellement il peut être candidat comme M. Dicko l’est à titre individuel.

    S. : Le président n’est-il pas usé par le pouvoir ?

    Salif Diallo : L’usure du pouvoir dépend des contextes et des tâches à accomplir. On est au pouvoir parce qu’on a un programme, on a un objectif, parce qu’on a entraîné des hommes et des femmes dans un projet de société à mettre en œuvre, à réaliser. C’est en cela qu’on parle de politique.

    Est-ce que le principe de la rétroactivité sera appliqué à Roch pour écourter ou allonger son mandat après une éventuelle adoption de la nouvelle Constitution comme ce fut le cas en 2005 pour Blaise COMPAORE ? Si tel est le cas, les prochaines élections présidentielles seront reportées en 2022, autant dire un lenga au pouvoir pour le MPP".

    En 2005, Achille Tapsoba a évoqué publiquement la possibilité que Blaise ne se représente pas comme candidat. Salif s’est chargé de le contredire ouvertement dans son interview en jouant au vrai griot du Chef. Actuellement, Achille et bien d’autres paient pour le long règne de Blaise savamment orchestré et les conséquences du griotisme de Salif. Par ironie du sort, c’est ce même Salif qui se charge de les accuser de tous les tords pour les 27 ans du régime CDP, tout en préparant tranquillement une autre révision constitutionnelle pour servir, cette fois-ci, ses propres ambitions même s’il est visiblement usé par le pouvoir. Puisse la justice divine se manifester rapidement au Burkina Faso, Pays des Hommes Intègres.

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  • Le 18 mars à 03:04, par Boinzem
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Dans son discours d’investiture du 5 Juillet 2015, Roch Marc Christian Kaboré a dit " le MPP se pose et s’impose comme l’antidote imparable pour décortiquer ce que le régime déchu a savamment planifié dans le but caporaliser notre peuple. Nous en avons la volonté et les moyens..... pour que demain soit meilleur. En 27 ans de pouvoir, le régime déchu a un lourd passif en matière de gouvernance. Et il cite comme passif : "les crimes politiques et économiques, l’impunité, la gabegie, la caporalisation de toutes les institutions et structures, la politisation à outrance de l’administration, des fonds nationaux, la dépravation des mœurs et valeurs qui font la fierté et la dignité des Burkinabè, l’exploitation éhontée de la misère du peuple et des travailleurs".

    Il dit également dans discours d’investiture que "la IVème République a vécu et avec elle la Constitution du 11 juin 1991, taillée sur mesure par un homme et pour un homme. Si les Burkinabè nous installent à Kossyam, je m’engage à réunir un large consensus national de toutes les forces politiques et sociales progressistes et patriotiques de la nation pour engager, poursuivre et parfaire dans les meilleurs délais les réformes politiques et institutionnelles devant consacrer le passage à la Vème République. Engagés tous autant que nous sommes pour faire en sorte et veiller à ce que plus rien ne soit comme avant, nous devons réussir ce passage obligé à la Vème République, après les élections, pour payer la dette de sang que nous devons à nos martyrs tombés sur le champ de bataille les 30 et 31 octobre 2014"

    La Constitution de 1991 est toujours en vigueur et le régime du MPP risque de gérer le pouvoir pendant plus de deux ans sans passer à la Vè République parce qu’il n’y a pas d’argent pour organiser une référendum budgétivore pour adopter une CONSTITUTION taillée à la mesure des nouveaux gouvernants. Quand déshabille Paul pour habiller Pierre, il faut faire des retouches et ajustements et non coudre un nouveau habit quand on a pas les moyens. Sans changer les hommes et les tares de la gouvernance qu’ils pratiquent, le changement de constitution n’est pas du tout une OBLIGATION. C’est une question de simple BON SENS que d’attendre un moment favorable sur le plan économique, psychosocial et culturel. Cela s’appelle vivre selon ses moyens et considéré le peuple mandataire et décideur final. Dans l’état actuel de la situation économique et de FRACTURE SOCIOPOLITIQUE de notre pays et pour les trois prochaines années, un référendum constitutionnel à milliards est un luxe à côté des besoins urgentissimes (santé, éducation, sécurité alimentaire, sécurité) non couverts du PEUPLE. Le passage à la Vè République n’est pas une PRIORITE CITOYENNE face aux salaires à augmenter pour contenir la grogne sociale et relancer la machine économique et la consommation. Il n’est pas un impératif de DEVELOPPEMENT national mais juste une FIXATION POLITICIENNE.

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  • Le 18 mars à 15:41, par Ka
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    ’’’’A’’’ Cheikh internaute 1 : J’ai eu toujours l’occasion de te lire, ici ce n’est pas pour défendre l’auteur de cette analyse qui a pris son temps pour nous donner un avertissement légitime qui va suivre par la suite de cette constitution, loin de là : Mais si c’était Ka, ou son ami Kôrô Yamyélé, ou quelqu’un d’autre qui l’avait fait sur le forum, il aurait été attaqué et soupçonné d’être pro régime Kabore Roch et sa clique, comme s’il était impossible d’être juste et intellectuellement objectif sans être partisan de quelqu’un comme notre valeureux Ousmane DJIGUEMDE qui a pris la décision intellectuellement de nous dire, de ne pas dormir sous nos oreillers. Ils sont malheureusement nombreux nos compatriotes intellectuels comme toi qui n’ont pas encore compris que les hommes passeront, mais le pays des hommes intègres demeurera avec sa nouvelle génération qui veut des constitutions fortes tallées sur mesures aux enjeux du 21e siècle. Peu importe qu’on s’appelle Salif Diallo, Halidou Ouédraogo, qui avec des ruses de mettre encore le peuple dans un filet, comme ils l’ont fait avec la constitution de la 4e république qui leur donne un plein pouvoir de manipuler aveuglement le peuple, ils sont mortels : Les cimetières ne dit-on pas sont remplis d’hommes qui se croyaient indispensables ? Mais la vie continue. Tout ce que demande l’auteur de cette analyse que je cautionne sans réserve, c’est un minimum de réflexe démocratique pour une constitution sur une dynamite à venir. Car la constitution de la Ve république a venir n’est pas une loi ordinaire, mais un vrai avocat pour un peuple qui a été toujours trahi par des gouvernants prédateurs.

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  • Le 18 mars à 15:42, par patardé
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Mr BOINZEM, il est dit que le politique est l’agencement des savoirs, des pouvoirs (Volonté) des avoirs (humains et financiers pour le résultat. dans le cas de la révision de la constitution de 2001, les savoirs portants les volets rétroactivité ou non et effets immédiats. les militants CDP, bien outillés juridiquement sur les avantages et inconvénients des deux volets, ont mouillé le maillot pour une prescription douteuse de la révision, ce qui a permis l’interprétation de non rétroactivité. D’ailleurs BLAISE avait fait interprétée la révision par le législateur en relevant deux ministres qui étaient députés titulaires appelés au gouvernement qui étaient sous une loi interdisant le retour à l’AN après plus de deux ans hors de l’ Assemblée. cela fait une expérience pour le peuple et les constituants qui prendront des dispositions pour nous éviter une constitution d’instabilité institutionnelle. l’avant projet de constitution contient assez d’éléments normes recommandées par la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance,et sa mise en forme conforme aux recommandations à l’esprit du forum de la francophonie-ligue arable pour la promotion de cette charte notamment les rôles attendus des acteurs constituants. des certaines attentes corporatistes notamment, au lieu d’être constitutionnalisées, devaient relever des lois à indexer à la constitution et rejetables par le conseil constitutionnel en cas de non conformité. de part ces lois on mesure aussi la capacité des gouvernants à prendre en compte les aspirations des gouvernés.

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  • Le 18 mars à 17:36, par adama
    En réponse à : Avant-projet de Constitution de la 5ème République : Constitution de la trahison ?

    Mr Ousmane, Vous êtes loin d’un constituant.pourquoi refuser de lire entre les lignes.faites ns honneur ds votre prochain article.

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