‘’Lorsque vous n’avez pas d’emploi, il est difficile pour vous de bénéficier des fruits de la croissance ‘’, révèle Christian Darankoum, coordonnateur du Programme d’Insertion Socio-professionnelle des Jeunes

LEFASO.NET | Par Oumar OUEDRAOGO • lundi 13 février 2017 à 00h48min

La question de l’emploi des jeunes occupe une part importante dans le programme quinquennal du Président du Faso et le Premier ministre ne manque aucune occasion pour afficher cette détermination. Ainsi, le 26 novembre 2016 à Ouagadougou, Paul KabaThiéba procédait au lancement officiel du Programme d’Insertion Socio-professionnelle des Jeunes (PISJ) avec pour objectif annuel, la création de 13 350 emplois permanents et temporaires. Pour en savoir mieux sur cette vaste ambition déjà en action, nous sommes allés à la rencontre de son Coordonnateur, Larba Christian Darankoum, par ailleurs directeur général de l’Insertion professionnelle et de l’Emploi.

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‘’Lorsque vous n’avez pas d’emploi, il est difficile pour vous de bénéficier des fruits de la croissance ‘’, révèle Christian Darankoum, coordonnateur du Programme d’Insertion Socio-professionnelle des Jeunes

Lefaso.net : Quelle cartographie peut-on faire aujourd’hui du monde de l’emploi au Burkina, en rapport avec la jeunesse ?

Larba Christian Darankoum :La distribution sectorielle de l’emploi au Burkina met en exergue quatre principaux secteurs. Il y a le secteur formel qui occupe 6,4% des actifs dont 6,2% des jeunes actifs (16 à 35 ans). Nous avons le secteur informelurbain non agricole qui occupe 11,4% d’actifs dont 11,8% de jeunes. Il y a le secteur informel rural non agricole qui emploie 4,9% des actifs dont 4,7% de jeunes. Nous avons, enfin, le secteur informel rural agricole qui est le plus grand secteur d’emploi en termes d’effectifs.

En effet, 77,3% des actifs occupés sont dans ce secteur. Dans ces secteurs d’emploi, nous avons plusieurs catégories d’actifs qui y sont occupés. Si vous prenez le secteur informel rural (agricole et non agricole), il regroupe des actifs qui évoluent majoritairement dans le domaine agro-sylvo-pastoral et qui sont,pour la plupart, soient non-scolarisés soient déscolarisés. Si on prend celui dit formel, c’est le secteur où on trouve les actifs qui ont un niveau d’instruction et/ou de qualification donné et c’est dans ce secteur également qu’on rencontre les emplois dits formels,c’est-à-dire qui bénéficient d’une certaine garantie en termes de droits au travail, de protection sociale etc. Quand on prend le secteur d’emploi informel non agricole, iloccupe près de 70% des actifsdans les grands centres urbains ; il regroupe également une catégorie assez variée de jeunes (non-scolarisés, déscolarisés, des jeunes ayant un niveau d’instruction et/ou de qualification avancé, etc.). Mais comme on le dit, c’est un secteur d’emploi où les acteurs ne sont pas dans le système formel et où les emplois bénéficient rarement de toutes les conditions liées aux droits au travail et à la protection sociale surtout. Ce sont-là, les caractéristiques en ce qui concerne les principaux secteurs d’emploi.

Maintenant, qu’en est-il de l’état de chômage au Burkina, notamment en ce qui concerne les jeunes ?

Quand on prend un pays comme le Burkina, essentiellement agricole, on a plus de 80% de la population active qui œuvre dans le secteur d’emploi rural, notamment dans l’Agriculture. Du coup, on a une importante partie des actifs du pays qui est occupée. Malheureusement, dans ce secteur d’emploi, le véritable problème qu‘on a, c’est le sous-emploi, aussi bien du point de vue du temps de travail que de la productivité du travail. A ce niveau, la régularité des emplois est fonction de la saison (le plus souvent, la grande majorité ne travaille que durant la saison des pluies, c’est-à-dire environ quatre mois sur douze).

Aussi,dans cet important secteur,les emplois sont généralement vulnérables et précaires (le taux de travailleurs pauvres dans le secteur informel rural agricole est d’environ 50%). Compte-tenu de l’importance des actifs occupés dans le secteur rural, quand on calcule le taux de chômage au sens du BIT (Bureau international du travail) au Burkina, il est de l’ordre de 0,6% en milieu rural. Quand vous prenez ce taux, qui prend en compte la grande majoritédes actifs, que vous ajoutez à l’autre fraction, vous avez un taux de chômage au Burkina qui est relativement bas (de l’ordre de 2, 2%). Mais, à l’intérieur, il faut catégoriser selon la couche sociale, selon le milieu, pour savoir qu’il y a en réalité un phénomène de chômage au Burkina qui se vit plus en milieux urbains, où le taux de chômage peut aller jusqu’à deux chiffres (environ 11, 5% en ce qui concerne les jeunes urbains de façon générale et 34,5% pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur). Vous verrez également que 82% des chômeurs sont des jeunes, dont 43% ont moins de 25 ans. C’est dire que lorsqu’on parle de chômage, c’est essentiellement la frange jeune qui est concernée et c’est surtout la frange vivant en milieux urbains qui rencontre ce problème de chômage par rapport aux autres catégories de jeunes.

Ce chômage est lié à un certain nombre de facteurs, dont entre autres, la faiblesse de la structure économique de notre pays. Vous savez que l’emploi est étroitement corrélé à la dynamique économique ; lorsque vous n’avez pas une structure économique qui permet d’avoir de grandes unités de production et de transformation, lorsque vous n’avez pas un tissu économique qui regorge d’industries assez fortes et compétitives, il va de soi que l’emploi prenne un coup. Donc, la structure économique même de notre pays, déjà, est une des causes du chômage. La deuxième cause est la faiblesse du capital humain ; parce qu’avant de parler d’emploi, il faut avoir un savoir et un savoir-faire, donc une qualification. Quand vous n’avez pas de qualification, c’est clair que pour avoir un emploi,ce n’est pas évident. Même quand vous l’avez, c’est un emploi non qualifié, qui ne vous permet pas de sortir de votre situation de précarité. L’autre cause, c’est l’inadéquation entre la formation par rapport aux besoins réels du monde du travail.

C’est pour cela d’ailleurs que, dans le cadre de la politique nationale d’enseignement et de formations techniques et professionnels, il est préconisé d’aller vers un pilotage de l’offre de formation par la demande. C’est-à-dire, faire en sorte que l’on forme ce dont a besoin le marché du travail, plutôt que de former et demander ensuite au marché d’embaucher. Ce sont les besoins du marché du travail en compétences qui doivent déterminer l’offre de formation. D’où l’impérieuse nécessité d’un partenariat étroit entre les structures de formation et les entreprises. Je salue au passage, le Conseil National du Patronat Burkinabè (CNPB) qui a déjà engagé la réflexion dans ce sens.

Au regard de ces caractéristiques, qui sont que nous avons un secteur privé faiblement pourvoyeur d’emplois, un secteur public qui fait des efforts mais qui, quoi qu’on dise, ne peut pas offrir de l’emploi à tous les demandeurs (du reste, ce n’est pas ce qui est souhaitable, ce qui développe un pays, c’est le dynamisme dans le secteur privé) ; face donc à ce large déficit d’offre d’emplois salariés, l’alternative, c’est de faire des chercheurs d’emplois, eux-mêmes, des solutions à leur propre situation. C’est-à-dire, leur permettre de mettre en œuvre leur initiative privée d’auto-emploi.

Lefaso.net : Peut-on dire, au regard de tout ce qui précède, que le contexte burkinabè est favorable à l’initiative privée (à la créativité) ?

LarbaChristian Darankoum : Le contexte est favorable dans une certaine mesure. A partir du moment où vous avez un pays en développement, il y a forcément beaucoup de choses à faire en termes bien sûr d’initiatives, d’actions. Ce que nous demandons effectivement, c’est qu’il y ait davantage de créativité, parce que le contexte même s’y prête. En ce sens qu’il y a beaucoup de domaines qui sont inexplorés (quand on compare le Burkina à d’autres pays, on se rend compte de cette réalité). Quand vous prenez, rien que dans les domaines des TIC (Technologies de l’information et de la communication), des énergies renouvelables, même dans le domaine agro-sylvo-pastoral où nous avons la majorité de nos actifs et qui, même, constitue le socle de l’économie du Burkina, il y a encore certains secteurs dont l‘exploitation reste toujours au stade primaire. Alors qu’il faut moderniser la production, évoluer vers la transformation de nos produits et développer les services en amont et en aval de ce vaste secteur porteur pour l’économie et l’emploi.

Lefaso.net : Effectivement, tous les gouvernements qui se sont jusque-là succédé ont affirmé que le secteur agro-sylvo-pastoral est le domaine sur lequel on peut miser pour changer la donne. Mais, les actes n’ont jamais été à la hauteur de ce regard. Qu’est-ce qui fait le blocage ?

LarbaChristian Darankoum : Je ne peux pas dire avec certitude, ce qu’il y a comme blocage. C’est vrai que nous le reconnaissons tous, il n’y a pas un seul gouvernement qui n’ait pas reconnu cette réalité qui est que le secteur agro-sylvo-pastoral est un secteur porteur l’économie et les emplois. Maintenant, les moyens d’actions pour développer ce secteur n’ont pas suivi immédiatement. Mais, il faut reconnaître que de plus en plus, un effort est fait à ce niveau et aujourd’hui, on a même un programme de renforcement de la mécanisation agricole et dans le domaine de la promotion de l’emploi, l’accent est mis de plus en plus sur la promotion de micro-entreprises agricoles. Vous verrez également qu’il y a un effort pour stimuler la consommation des produits locaux, en appui évidemment à ce secteur.

On n’a certes pas atteint la vitesse de croisière mais, tout cela est la preuve qu’il y a un réel engagement, une volonté politique à développer ce secteur et à en faire le tremplin du développement économique et social de ce pays. Tout ce qu’on souhaite est que la dynamique enclenchée en faveur du développement de ce secteur puisse se poursuivre, tout en se renforçant. On ne peut pas développer le secteur agricole sans développer les secteurs connexes, en amont et en aval. C’est une chaîne de valeurs qu’il faut créer.

Lefaso.net :Le 26 novembre 2016, le Premier ministre a procédé au lancement d’un programme, dénommé Programme d’Insertion Socio-professionnelle des Jeunes (PISJ), dont vous êtes le coordonnateur. A quoi répond réellement une telle initiative nationale, quand on sait qu’il existe déjà des Fonds et programmes en faveur des jeunes ?

LarbaChristian Darankoum : Effectivement, le 26 novembre 2016, Son Excellence monsieur le Premier ministre a procédé au lancement officiel du PISJ, qui a été adopté par le gouvernement le 12 octobre 2016. Ce programme se veut être une réponse holistique à la situation des jeunes sur le marché de l’emploi, situation caractérisée par un accès difficile aux emplois salariés, tant dans le public que dans le privé, une faiblesse de l’employabilité, un faible accès des jeunes aux moyens de développement de leurs initiatives privées d’auto-emploi. C’est également un programme qui contribue à la concrétisation des engagements pris par le Président du Faso en faveur de l’autonomisation économique des jeunes, tel qu’il l’a développé dans son programme quinquennal.

Vous posez la question de savoir pourquoi ce programme, alors qu’il existe déjà des Fonds et d’autres programmes ? J’allais vous poser la question de savoir s’il n’y a plus de problèmes de chômage et de sous-emploi au Burkina, parce qu’il existe déjà des Fonds et des programmes de promotion de l’emploi ? Je ne pense pas. Malgré l’existence de ces structures qui contribuent certes, à la lutte contre le chômage, le problème du chômage et de sous-emploi reste une préoccupation et se pose toujours avec beaucoup d’acuité. Ce n’est pas parce que ces Fonds et programmes existants ont forcément eu des résultats mitigés mais, parce qu’il y a une croissance rapide de la main-d’œuvre. Ce qui fait qu’on a une forte demande d’emplois face à une offre qui est dérisoire. Quand vous prenez les statistiques (qui ne sont pas très récentes mais la dynamique se poursuit), nous évaluons à environ 160 mille, le nombre d’actifs qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi contre un potentiel de création d’emplois qui tourne autour de 20 mille. Sans compter ceux qui sont déjà sur le marché, qui n’ont pas encore un emploi.

Donc, la demande est forte. Et cela justifie ces efforts qui sont développés par le gouvernement, pour qu’à chaque fois qu’il y a une possibilité de mener une nouvelle action, l’on puisse le faire pour répondre de façon substantielle à la préoccupation des jeunes liées à l’accès à l’emploi. Cela justifie ce programme. Il faut également indiquer que les méthodes d’intervention ne sont pas forcément les mêmes. Vous avez un programme qui, en réalité, dans un seul cadre, prend en compte toutes les catégories sociales de jeunes (jeunes ruraux, déscolarisés et non-scolarisés, diplômés, qualifiés, etc.). C’est donc un programme assez large et ambitieux et qui donne une réponse aux préoccupations liées aux spécificités de chaque catégorie.

Donc, c’est une volonté politique certaine d’offrir à chaque catégorie de jeunes burkinabè, des opportunités d’insertion socio-professionnelle, des opportunités de participation au processus de production nationale et partant, au développement économique. Lorsque vous n’avez pas d’emploi, vous êtes en marge du système de production, lorsque vous êtes en marge du système de production, il est également difficile pour vous de pouvoir bénéficier des fruits de la croissance. Donc, avoir un emploi, c’est biensûr, d’abord pour l’amélioration des conditions de vie pour celui qui l’a mais au-delà, c’est aussi participer au développement économique et social de son pays. Et je pense que ce programme ambitionne de donner un nouveau paradigme en matière de prise en compte des jeunes en ce qui concerne leur insertion socio-professionnelle.

Lefaso.net : On note qu’effectivement, ce programme prend en compte toutes les catégories de jeunes. Mais, de façon concrète, comment comptez-vous le déployer sur l’ensemble du territoire, pour qu’il profite réellement à son public cible ?

LarbaChristian Darankoum : Pour que cela puisse se faire, nous allons travailler avec les structures déconcentrées du ministèrede la jeunesse, de la formation et de l’insertion professionnelles et en collaboration avec les structures techniques déconcentrées d’autres départements ministériels, en fonction des actions et composantes à mettre en œuvre. Si vous prenez la première composante de ce programme, il s’agit de recruter 10 950 jeunes pour des travaux à haute intensité de main-d’œuvre (THIMO) et pour sa mise en œuvre, il y a non seulement les actions de recrutement mais également de déploiement de ces jeunes dans les tâches. Pour cela, nous travaillons sur le terrain en collaboration avec le ministère des infrastructures et les collectivités territoriales, en l’occurrence les communes, pour la mise en œuvre des actions liées à cette composante.

Cela veut dire qu’il y a tout un ensemble de structures partenaires qui participent donc à sa mise en œuvre. Si vous prenez rien que le recrutement des jeunes pour les THIMO, le recrutement a été assuré par les communes, parce que ces jeunes seront mis à la disposition des communes. Et ce, avec l’appui des structures déconcentrées de l’Etat concernées. Si vous prenez la composante 2, qui consiste au renforcement de l’employabilité des jeunes, il y a la formation des jeunes à la conduite polyvalente des engins lourds, les stages de pré-emploi au profit des jeunes diplômés ou qualifiés. En ce qui concerne la formation des jeunes à la conduite polyvalente des engins lourds, à ce niveau, ce sont des jeunes que nous formons et que nous comptons d’abord placer en stage de perfectionnement au sein des entreprises minières et de BTP, et ensuite voir avec ces entreprises, comment ces jeunes peuvent obtenir des emplois. Pour cela déjà, il y a eu une rencontre d’échanges avec les acteurs du secteur privé notamment ceux qui œuvrent dans les BTP et les mines (qui sont les partenaires de mise en œuvre et avec qui les échanges ont eu lieu)pour voir comment opérationnaliser les actions. Pour les stages de pré-emploi, c’est la même chose, le ministre de la jeunesse, de la formation et de l’insertion professionnellesa rencontré le patronat, y compris d’autres organisations faîtières du secteur privé pour déjà voir comment la collaboration peut s’installer dans le cadre du placement des jeunes en stage de pré-emploi. Là également, tout un dispositif est mis en place pour permettre de dérouler les actions.

Sur le terrain, le recrutement de ces jeunes et le suivi à un certain niveau seront assurés par nos structures déconcentrées qui sont dans les treize régions et dans les 45 provinces. Si vous prenez la composante 3 qui consiste au financement de projets, on a trois actions : le financement des initiatives d’auto-emploi de jeunes qui seront recrutés dans le cadre des THIMO (on nous reproche le fait qu’on les recrute pour six mois et après, il n’y a pas de suite). Ici, il est prévu qu’après la phase des THIMO, il y ait un certain nombre de jeunes, 500, qui soient sélectionnés et formés aux métiers à l‘issue de laquelle formation, ils bénéficieront d’un accompagnement pour s’installer. C’est donc une innovation qui consiste à donner une suite aux THIMO. Là également, le travail se fera sur le terrain à travers nos structures techniques déconcentrées, les centres de formation, les chefs d’atelier, etc. Si on prend l’appel à projets pour le financement des jeunes diplômés du supérieur, il s’agit de financer autour de 500 projets innovants et structurants de jeunes (projets porteurs pour l’économie et pour l’emploi). A cet effet, un plan de communication est mis en place en collaboration avec les écoles supérieures, de sorte que les jeunes concernés par ce volet puissent également avoir l’information et puissent se préparer pour répondre à cet appel à projet. Nous allons également solliciter l’accompagnement des acteurs du secteur privé pour le coaching des jeunes qui seront financés. Pour la troisième action à savoir, la promotion de micro-entreprises agricoles, nous prévoyons la création de 1000 micro-entreprises agricoles à travers la dotation en équipements et en fonds de roulement.

On va donc sélectionner, dans un premier temps, des jeunes issus desCentres de promotion rurale et d’autres Centres de formation agricoles à qui des connaissances en termes de gestion de micro-entreprises agricoles seront données et à qui des kits seront donnés pour s’installer et ce, en collaboration avec les communes et les structures déconcentrées de l’Etat (ministères de l’agriculture, de l’élevage….). Il faut noter que le PISJ est un programme adopté par le gouvernement sous l’impulsion de Son excellence Monsieur le président du Faso et à ce titre, il ne s’agit pas d’un programme du ministère de la jeunesse, de la formation et de l’insertion professionnelles seulement (il assure la tutelle technique). Et pour réussir la mise en œuvre, tous les acteurs qui peuvent, d’une manière ou d’une autre, contribuer à sa mise en œuvre seront sollicités pour qu’ensemble, on puisse conduire à bon port ce programme pour le bonheur de cette vaillante jeunesse qui ne demande qu’à participer au développement économique et social de ce pays en se créant une place sur le marché de l’emploi.

Lefaso.net : On retient que les communes occupent une place importante dans la mise en œuvre de programme en ce qui concerne certaines actions et/ou composantes. Avec ce genre d’initiatives, la préoccupation de l’opinion, à tort ou à raison, c’est la politisation qui biaise les objectifs (surtout lorsqu’on sait que les conseils municipaux sont les lieux de la politique par excellence). Au regard des ambitions de ce programme, comment comptez-vous vous assurer que tous les jeunes bénéficient des mêmes chances au niveau des composantes ?

LarbaChristian Darankoum : C’est une préoccupation qui est légitime, c’est pour une question de transparence. A ce niveau, je peux dire que nous en faisons une préoccupation à notre niveau, au point que dans toutes les actions qui sont menées, les dispositions sont prises pour garantir la transparence. Quand vous prenez les THIMO, nous avons par exemple préconisé que ce soit par tirage au sort, pour donner la chance à tous ceux qui remplissent les conditions de pouvoir y participer, sans chercher à passer par des manières détournées. Outre cela, il y a même l’aspect information ; nous avons tenu qu’en amont, des communiqués soient diffusés, non seulement au plan national mais également au plan local, pour donner l’information aux jeunes à l’avance de l’existence de l’action et des différentes étapes. Tout cela, pour ne pas que ce soit une information sélective. En plus, bien que ce soit par tirage au sort, le comité mis en place est composé de représentants de différentes structures.

Nous avons également fait en sorte qu’au niveau central, on puisse nous joindre à tout moment pour soit avoir des informations soit dénoncer tout manquement qui viendrait à être constaté sur le terrain dans le cadre de ce programme. Pour les autres composantes, c’est le même dispositif avec entre autres un comité chargé de réceptionner les dossiers et un tirage au sort lorsqu’on a plusieurs jeunes qui remplissent tous les conditions. C’est lorsque que tous les jeunes d’une région donnée ne remplissent pas les conditions que le travail de sélection se fait. Sinon, lorsqu’ils répondent tous aux critères requis, le tirage au sort est appliqué. Pour les actions de stage de pré-emploi par exemple, ça se fera en fonction du besoin dégagé par les structures d’accueil et nous inviterons toutes les entreprises qui souhaitent accueillir des stagiaires à exprimer leur besoin à travers nos directions régionales et provinciales. Suite à cela, il y aura un travail de validation des expressions des besoins, parce qu’il faut que ce soient des structures à même d’assurer un encadrement, d’apporter une valeur ajoutée en termes de connaissances aux jeunes. Une fois ces structures d’accueil retenues, nous allons communiquer sur le nombre de places disponibles et inviter les jeunes qui répondent à ces profils à postuler. Ensuite, il y aura un comité (regroupant des membres de structures différentes) qui va siéger pour faire la sélection en fonction des profils. Ici, il ne s’agit pas pour nous de sélectionner un stagiaire donné pour envoyer dans des entreprises, il s’agit plutôt, à travers nos bases de données, d’envoyer les candidats qui répondent au profil à la structure qui en fait la demande. C’est la structure qui, à l’issue d’un entretien, retient le stagiaire qu’elle estime être à mesure de participer efficacement au fonctionnement de l’entreprise, tout en apprenant.

Pour le financement de projets de jeunes, par exemple, pour les 500 qui seront formés aux métiers, il y aura un premier niveau de sélection par les communes et les structures déconcentrées de l’Etat qui vont les suivredans leurs travaux et un deuxième niveau de sélection qui va s’opérer sur la base de critères bien définis au niveau régional et un troisième niveau qui correspond au niveau national.
Pour l’appel à projets, c’est un comité national qui va siéger, impliquant des techniciens de plusieurs domaines (parce qu’on aura des projets de tous genres). Ce comité va étudier non seulement l’aspect technique, mais aussi les aspects financiers, de contribution à l’emploi, etc. C’est lorsque le projet sera jugé innovant, structurant, financièrement et économiquement viable, qu’il va être financé. Du reste, pour ceux qui vont passer par le Fonds de garantie qui sera mis en place (ce qu’il faut noter est que dans le cadre de l’appel à projets, non seulement il y aura une partie qui sera financée à travers les Fonds nationaux mais la grande partie sera financée par les institutions financières et bancaires à travers un Fonds de garantie qui sera mis en place à cet effet).

Cela veut dire encore, qu’il y aura nécessairement l’appréciation de ces structures de financement (banques et institutions financières) sur la viabilité des projets. Donc, le fait qu’il y ait plusieurs niveaux de sélection, minimise les risques de pratiques susceptibles de biaiser l’objectivité. Tout ce dispositif vise à garantir la transparence ; parce qu’en réalité, un jeune qui n’a pas fait d’effort pour bénéficier d’un accompagnement, ne peut pas utiliser à bon escient le soutien qu’on lui donne. Un jeune qui ne s’est pas levé de lui-même pour dire qu’il veut entreprendre, qui n’a pas porté son plan d’affaire pour venir déposer pour chercher le financement, ne peut réussir dans son entreprise.

Aussi, ramener à nous-mêmes, soucieux de la réalisation efficace de ce programme, soucieux d’avoir de bons effets en termes d’insertion socio-professionnelle des jeunes, il y va de notre intérêt, de mettre en œuvre tout ce qu’il y a à notre disposition et à même de garantir la transparence. Sinon, ce sont les résultats du programme qui seront, au finish, mitigés. Pour rassurer que ce ne sont pas les jeunes, potentiels bénéficiaires qui sont seuls soucieux de la transparence ; ceux qui ont en charge la mise en œuvre de ce programme, ceux qui doivent répondre des résultats de ce programme sont, je dirais, encore plus soucieux de cette question liée à la transparence.

Lefaso.net : C’est dire donc qu’avec le Fonds de garantie qui sera mis en place, les jeunes promoteurs ne devraient plus avoir peur de la pression liée non seulement aux taux d’intérêt élevés mais également aux échéances de remboursement !

LarbaChristian Darankoum : A ce niveau, on peut vous rassurer une chose : il y aura un Fonds de garantie qui sera mis en place et qui servira de passerelle pour l’accès aux financements des institutions financièreset bancaires mais les conditions d’accès au prêt via ce Fonds ne seront pas celles fixées uniquement par ces institutions financières et bancaires. Ce seront des conditions fixées en concertations avec le ministère de tutelle du programme et nous savons aujourd’hui que le principal blocage de l’accès des jeunes aux financements, ce sont les conditions en termes de garanties et de remboursement. Nous n’aurons rien apporté de nouveau, si c’est pour que les jeunes soient financés aux mêmes conditions du marché. Donc, il y aura des concertations en amont pour arrêter des conditions qui vont véritablement être accessibles par le public cible que sont les jeunes diplômés du supérieur. Donc, rassurez-vous, ce sont des facteurs qui seront pris en compte. Mais, nous tenons à préciser qu’il s’agit d’entreprises innovantes, structurantes, à forte valeur ajoutée pour l’économie et pour l’emploi que nous voulons promouvoir.

Cela voudrait dire également que les jeunes ne doivent pas s’entendre à une gratuité parce que, lorsqu’on se lance dans l’entreprenariat, c’est qu’on veut utiliser un capital pour faire fructifier. Si tel est le cas, vous devez être à mesure de dégager une marge qui vous permet de faire face à vos engagements financiers. Mais, si déjà vous partez sur une base de gratuité, sans pression fondamentale de faire fructifier le capital (parce que vous n’avez pas d’engagements financiers à honorer), il est clair que ça ne fait pas de vous un entrepreneur. L’entrepreneur, c’est celui qui sait s’engager, qui sait engager des capitaux dans une activité et qui sait faire fructifier ces capitaux.

Lefaso.net : Qu’est-ce que les jeunes doivent comprendre de ‘’projet innovant’’ ….? Est-ce dire qu’un projet d’ouverture d’un restaurant ou d’un secrétaire n’est pas admis ?

LarbaChristian Darankoum : Il ne faut pas prendre l’ « innovation » ici dans son sens stricto sensu, parce qu’on peut faire de l’innovation dans la restauration. Ça dépend de comment on produit, de comment on conditionne, de comment le produit arrive chez le consommateur. L’innovation, ce n’est pas qu’il faut forcement trouver quelque chose qui n’existe pas (s’il y en a et que ça répond à un besoin,tant mieux !).L’innovation peut être quelque chose qui existe mais pour laquelle, on améliore le contenu, de sorte à davantage répondre aux besoins des consommateurs.

Lefaso.net : Ce programme vise, en une année, la création de 13 350 emplois temporaires et permanents. Ce résultat est-il vraiment réalisable, en une année ?

LarbaChristian Darankoum : Là-dessus, je suis catégorique : c’est tenable. C’est tenable parce que, si vous voyez un peu comment les emplois à créer ont été estimés, vous vous rendrez compte que c’est tenable.On parle d’emplois permanents mais aussi d’emplois temporaires. Lorsque vous prenez les 2400 emplois permanents qui sont constitués, des 1000 micros entreprises agricoles à créer, des 500 projets innovants et structurants qui seront financés, etc. En réalité, chaque bénéficiaire a été comptabilisé comme un emploi créé. A ce niveau, nous avons simplement voulu être prudents, sinon, on pourrait aller au-delà de ce chiffre en ce sens que chaque entreprise créée peut générer au moins un emploi en plus du promoteur de l’entreprise.

Lefaso.net : Une autre réalité, est qu’on fait face à un besoin pressant (les jeunes n’aiment pas attendre) alors que l’administration a des procédures assez longues qui, souvent, tirent sur le temps d’opérationnalisation de certaines actions (la remise des kits par exemple). Avez-vous pris langue avec le gouvernement pour que certaines procédures puissent être accélérées pour répondre à l’urgence de la situation ?

LarbaChristian Darankoum : C’est un programme qui est sous la tutelle technique du ministère de la jeunesse, de la formation et de l’insertion professionnelle, et à ce titre, il est soumis aux procédures régulières. Ce qui est tout à fait normal parce que, tout cela participe de la transparence autour de sa mise en œuvre.Mais, il faut dire que pour ce qui est de ce programme, au niveau de notre département ministériel, il y a une certaine diligence dans le traitement des dossiers qui concernent sa mise en œuvre ; parce qu’il faut le dérouler dans le temps et avec efficacité. Donc, les premiers responsables de notre département accordent, en tout cas,une place de choix au traitement des dossiers qui sont liés à ce programme. Il faut aussi noter qu’il y a des procédures nationales qui s’imposent à nous (l’acquisition des kits par exemple) et nous ne pouvons pas les outrepasser.

Ce que nous préconisons pour que le programme puisse se dérouler dans le temps imparti et efficacement, c’est qu’il y ait une diligence, au regard de l’impatience même du public cible. A titre illustratif, quand on prend les jeunes qui ont été sélectionnés pour la conduite des engins lourds ou pour les THIMO, ceux concernés par les stages de pré-emploi ou l’entreprenariat, ce sont eux-mêmes qui viennent vers nous pour demander quand est-ce que ça va commencer. C’est dire qu’il y a une forte attente et pour répondre à l’urgence, il faut qu’il y ait une diligence dans les procédures qui doivent permettre l’opérationnalisation des actions de ce programme. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut outrepasser les règles. Cela veut dire simplement qu’il faut se donner les moyens d’y aller vite et bien.

Lefaso.net : De façon claire, à quand l’opérationnalisation de tout cela ?

LarbaChristian Darankoum : Nous sommes déjàdans l’opérationnalisation. Ceux qui doivent faire les THIMO ont déjà été recrutés, il reste à mettre à leur disposition les équipements et le matériel de travail. Ils attendent également d’être vaccinés contre la méningite, le tétanos, la fièvre typhoïde avant d’aller commencer les travaux parce que ce sont des conditions préalables. Quand vous prenez les jeunes sélectionnés pour la conduite des engins lourds, ils pourront également dans les jours à venir commencer leur formation. Pour l’appel à projets, les communiqués passent déjà dans les médias pour le retrait des canevas de montage des plans d’affaires. Bref, à tous les niveaux, c’est déjà parti. Seulement, il y a des étapes à franchir, des conditions à réunir, avant que les bénéficiaireseux-mêmes ressentent qu’ils bénéficient de ce programme.

Lefaso.net : Quel est votre message, d’une part à l’ensemble des parties prenantes à la mise en œuvre de ce programme et, d’autre part aux jeunes ?

LarbaChristian Darankoum : C’est vrai que je ne suis pas la voix la mieux indiquée pour lancer un message aux structures qui participent à sa mise en œuvre mais, si je devrais lancer un message, c’est simplement dire que le PISJ est un programme qui doit nécessairement produire les résultats escomptés. C’est un programme qui doit être mis en œuvre de façon correcte et de sorte à ce que les jeunes sachent qu’il y a une attention à leur endroit, qu’ils puissent bénéficier du fruit de ce programme et consolider leur confiance à l’endroit des autorités de ce pays en termes de volonté à répondre à leurs préoccupations. Toujours à l’endroit des parties prenantes dans la mise en œuvre de ce programme, je voudrais également dire que nous n’avons pas le choix que de réussir sa mise en œuvre. C’est de cette façon que nous pouvons participer véritablement à l’autonomisation économique de jeunes. C’est vrai que ce n’est qu’un programme qui tourne autour de 13 350 emplois à créer mais, ce que nous devons savoir aussi, c’est que la suite et la consolidation de ce programme pour qu’il y ait davantage d’envergure, déprendra du résultat que nous aurons obtenu dans la mise en œuvre de cette première phase. S’il y a de bons résultats à terme, il y auraitdes chances qu’il soit reconduit et renforcé. Mais si à la fin, le bilan est jugé mitigé, cela veut dire que c’est un programme qu’il faut arrêter et dès lors, nous aurons fait du tort à cette jeunesse qui ne cherche qu’à être actrice de développement de ce pays. Je voudrais aussi dire que la réussite de ce programme dépend de son appropriation par les jeunes eux-mêmes, principaux bénéficiaires. En réalité, au niveau de la mise en œuvre, toutes les dispositions peuvent être prises mais, s’il n’y a pas une forte adhésion de la jeunesse et une appropriation des actions, là aussi, nous risquons de ne pas obtenir les effets escomptés.

Ceci étant, je voudrais me permettre d’inviter la jeunesse à y croire d’abord, à oser, et à montrer qu’elle à cette capacité de saisir les opportunités qui lui sont offertes. Cela mettrait les autorités dans une situation où elles seront plus à l’aise d’initier d’autres actions, de donner davantage de consistance au contenu de ce programme, toujours à l’avantage de la jeunesse. Il s’agit pour les jeunes, de montrer qu’ils sont capables et que l’on peut compter sur eux pour que le développement de ce pays soit une réalité. Maintenant et pour toujours.Résorberle chômage et le sous-emploi au Burkina, c’est possible, mais dans une réelle synergie d’actions.

Interview réalisée par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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